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Her

Les sentiments sont une histoire de sens. Chaque sentiment est une combinaison de sensations, complétant mutuellement chaque sens.

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Le cinéma, la lecture ou la musique ne remplaceront jamais la réalité, la beauté du vécu. Tout comme l’amitié ou l’amour virtuel ne peuvent devenir une norme. Ils peuvent seulement la stimuler ou l’amplifier. Her nous montre à quel point l’esprit d’un être dans un environnement matériellement parfait, au sens de l’occident, est vulnérable à la moindre émotion humaine. Son âme est transportée sans frein comme un livre évaderait un prisonnier sans qu’il ne bouge de sa cellule. Son bonheur artificiel prend la tournure d’une expérience inimaginable, jusqu’au moment où certains sens manquent à l’extase tel que le toucher ou la vue.

 L’attachement à un être ne peut se résumer à l’explosion d’un sentiment envers celui-ci sans que les autres ne se restreignent. Désirer un corps sans s'attacher à son âme ne fera que stimuler le plaisir, avec grandeur et euphorie, mais cela ne mène pas au bonheur. Adorer l’esprit d’une personne qui nous parle ne peut combler le vide que la chaleur humaine dégage. La souffrance et le manque seront les dernières sensations lorsque le plaisir s’épuisera, ainsi le bonheur s’éclipsera.

 C’est une belle claque philosophique que les scénaristes de Her ont offert au public. Une analyse moderne dans un monde futuriste mais réaliste. Les insinuations sont permanentes avec les faits présents que la société occidentale connait. Les réseaux sociaux, la communication virtuelle et la vie citadine solitaire. Il suffirait de filmer les centres villes de métropoles en gardant la même bande son, le résultat serait semblable. Cette dépendance au partage, cette frustration généralisée de ne pas assumer le moindre instant de solitude. On se rend compte avec un regard reculé que notre société s’enlise dans un syndrome de la « froideur humaine ». On partage les instants sans y impliquer toutes les sensations. Rendant les choses plus éphémères et superficielles encore qu’elles ne le sont déjà. Les conversations se limitent à la parole et l’écoute, sans faire appel au visuel. Les fidèles amitiés son dévalorisés par les centaines de relations que la connectivité crée. Les instants que l’on crée manquent de présence des êtres.

 L’instant où Theodore réalise l’absurdité de sa relation vient au moment où Samantha lui avoue avoir des discussions avec des milliers d’autres humains, d’aimer comme elle l’aime des centaines d’autres êtres. On ne peut pas démultiplier à l’infini les sensations d’amour ou d’amitié. Si l’homme connait cette sensation de jalousie et de possessivité lorsqu’il est victime d’infidélité, c’est qu’il est important de comprendre qu’il ne faut pas exagérer et profiter pleinement de ce que l’on peut toucher, voir, écouter et sentir. Le plaisir de vivre est ressenti grâce à l’environnement proche qui nous entoure. On peut connaitre plusieurs environnements mais on ne peut en vivre qu’un à la fois. Si l’on ne se limite pas à cela, alors on perd le sens du partage puisqu’on survole les relations pour enfin finir solitaire.

 Her est le film de science-fiction certainement le plus proche de nos craintes actuelles. Il ne s’agit pas de fin du monde ou de chaos politique mais bien d’une transformation lente et invisible d’une société qui s’emballe vers un modèle inhumain. Monsieur Spike Jonze, félicitation.


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7 réactions à cet article    


  • Fergus Fergus 14 mai 2014 10:15

    Bonjour, Parlons-en.

    « Her » est sans doute, dans le genre qu’il aborde, une fiction futuriste peut-être assez proche de la réalité qui nous menace, le meilleur film actuellement sur les écrans. Une vrai réussite ! 


    • DanielD2 DanielD2 14 mai 2014 14:05

      Résumé du film : Un neuneu moustachu demi-tarlouze tombe amoureux de son système d’exploitation, et attention spolier, réussi à se faire plaquer.

      Et j’ai du mal à comprendre ce qu’il y a de réaliste ou de prophétique dans cette vision aseptisé du futur. Le jour où Google réussira à faire un traducteur qui fonctionne, on reparlera de l’intelligence artificielle. Mais je ne pense pas que ça soit le sujet du film de toute façon. Mais quel est le sujet au fait ? La « froideur humaine » ? Alors que ça se vautre dans le sentimentalisme le plus bêta du début à la fin ? Faire un film avec S.Johanson sans S.Johanson ? Faire un film ou J.Phenix parle tout seul en gros plan 95% du temps ? Ne pas assumer de faire un film romantique et le camoufler derrière un artifice scénaristique en faisant passer ça pour un film d’anticipation  ? 

      De toute façon personne ne se souviendra de ce film dans 3 mois.

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