• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Histoire : le Roy René, le comte qui se faisait appeler Roy

Histoire : le Roy René, le comte qui se faisait appeler Roy

Connaissez-vous le bon Roy René ? Si vous avez déjà mis les pieds à Aix-en-Provence, vous n’avez pas pu passer à côté de ce personnage incontournable de l’histoire régionale dont le nom a notamment été repris par un grand hôtel, une marque de calissons, etc. A voir la notoriété qui est la sienne en Provence, à voir sa magnifique statue qui veille sur le cours Mirabeau, on serait tenté de s’imaginer que René fut roi de Provence, et bien que nenni amis lecteurs ! René n’eut de roi que le titre, nous allons voir pour quelle raison…

René Ier serait bien embarrassé de nos jours, puisqu’il serait considéré comme un vil cumulard ! Et pour cause : seigneur puis comte de Guise (1417-1425), duc de Bar (1430-1480) de fait dès 1420, duc consort de Lorraine (1431-1453), duc d’Anjou (1434-1480), comte de Provence et de Forcalquier (1434-1480), roi de Naples (1435-1442), roi titulaire de Jérusalem (1435-1480) et d’Aragon (1466-1480), ainsi que pair de France et fondateur de l’ordre du Croissant. Et puis quoi encore ?! Ça ne rentrerait même pas sur une carte de visite… Au passage vous aurez noté que notre ami René n’est pas originaire de Provence mais bien d’Anjou. Elevé en Lorraine, il ne découvrira « sa » Provence que sur le tard mais deviendra un vrai provençal d’adoption.

René Ier vécut à une époque passionnante de l’histoire de France et de Provence, c’est en partie de lui que viendra le rattachement définitif de la Provence au royaume de France. Né à Angers en janvier 1409, il est le second fils de Louis II d’Anjou et Yolande d’Aragon. Sa famille des Anjou est extrêmement puissante et va réussir par une habile politique de mariages à donner à leur fils René plus de terres qu’il n’en pouvait rêver. Marié à Isabelle de Lorraine à seulement 11 ans, cette union va lui ouvrir les portes de la Lorraine dont il héritera par son beau-père. Mais en ces temps troublés il est encore plus difficile de faire reconnaître son droit qu’à l’accoutumée. Précisons qu’en pleine guerre de Cent Ans la famille de René soutient le dauphin Charles VII dans ses efforts pour faire valoir son droit au trône de France. En face, le parti Bourguignon soutient l’Anglais et lutte de toutes ses forces contre Charles VII et ses soutiens. C’est ainsi qu’en guerroyant contre Antoine de Vaudémont, allié des Bourguignons et qui lui conteste ses droits sur la Lorraine, René est fait prisonnier en 1431 et ne sortira qu’en 1437 contre une forte rançon et la liberté de ses deux fils.

En 1435 il avait hérité du royaume de Naples, de Sicile et de Jérusalem (les deux derniers n’étant que théoriques, seule Naples pouvait être contrôlée via cette couronne). René passera de longues années à lutter pour obtenir cette couronne que de puissantes lignées de princes européens réclament pour eux, à commencer par les Aragon. Battu en 1442 par Alphonse V d’Aragon après une guerre financée au prix de lourds impôts sur ses sujets provençaux (des caisses vides et une fiscalité foisonnante, Sarkozy n’a rien inventé !), René ne réussira guère à faire valoir son droit sur cette couronne, et pourtant l’Histoire le retiendra tout de même en tant que roi, René Ier le Bon.

Son rôle dans la guerre de Cent Ans est essentiel. Luttant aux côtés d’une certaine Jeanne d’Arc, il est présent lors du sacre de Charles VII à Reims, un évènement qui fut sans doute la plus grande réussite de la « Pucelle d’Orléans ». René fut également un des principaux négociateurs des accords de paix avec l’Angleterre en 1444, ouvrant la voie à la fin de la guerre de Cent Ans quelques années plus tard. Ironie du sort, c’est à cause de son trône fantôme de Naples que les rois de France se lanceront dans un nouveau conflit à rallonge, les guerres d’Italie qui vont durer plus d’un demi-siècle…

Si l’Histoire garde un tel souvenir du Roy René, c’est avant tout pour son œuvre dans le domaine civil. Excellent gestionnaire, il va développer l’économie de son comté de Provence de manière efficace, en s’appuyant entre autres sur l’industrie viticole. Aujourd’hui l’association des « Echansons du Roy René » rend hommage au « roi vigneron » en organisant des cérémonies liées au vin en costume d’époque. Ami des Arts et des Lettres, René Ier sera un mécène influent et réunira autour de lui de prestigieux artistes européens. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages traitant aussi bien d’amour que de chasse ou de tournois, une œuvre pour le moins éclectique et magnifiquement enluminée par des moines laborieux !

Enfin dans les dernières années de sa vie il est contraint de céder à son neveu le roi Louis XI – un obsédé de l’agrandissement du royaume – l’héritage de la Provence en échange de la libération de sa fille Marguerite d’Anjou, détenue par l’Anglais depuis des années. C’est donc une fois encore par héritage que le domaine royal s’agrandit et prend petit à petit la forme de la France que nous connaissons.

Après sa mort en 1480 ses sujets provençaux veulent le voir enterré ici, dans la région où il avait élu domicile 8 ans plus tôt pour terminer ses jours. Mais sa famille d’Anjou fera secrètement transporter le corps en la cathédrale d’Angers où il repose aujourd’hui.

Voir l'article le Roy René, le comte qui se faisait appeler Roy

Pierre SCHWEITZER - News Of Marseille


Moyenne des avis sur cet article :  2.33/5   (6 votes)




Réagissez à l'article

6 réactions à cet article    


  • brieli67 15 décembre 2011 11:35

    Strasbourg l’Internationale

    la liste des dirigeants passés et présents ayant étudié a Strasbourg est longue

    récemment ...

    Moncef a été mon Chef de Clinique

    30 ans de Santé Publique et de Droits de l’Homme à ses côtés ou pas loin
    Souvent sa présence sur le sol français était mal vue


    • La râleuse La râleuse 15 décembre 2011 15:57

      Bonjour l’auteur.

      Je vous remercie d’avoir écrit cet article que je trouve très intéressant et qui enrichit mes connaissances... Lesquelles ont tout autant besoin de s’enrichir que mon escarcelle smiley


      • brieli67 15 décembre 2011 17:53

        C le René un ou deux qui nous tend les bras............
        sortant des tavernes à bières et cervoises à Nancy ?


        • Rensk Rensk 15 décembre 2011 23:52

          J’ai beaucoup aimé le coin (salut Régine & Bruno le forgeron)...

          Je savais qu’il avait fait des trucs... mais pas obligatoirement la manière dont vous en parlez... il a laissé « une trace importante » dans la population car, il a travaillé pour elle... (sans toujours réussir)...


          • Rensk Rensk 16 décembre 2011 00:05

            Ce n’est seulement après que j’ai vu SCHWEITZER...
            Salut « le Suisse » smiley... Si tu cherche Bruno le forgeron il avait déménagé sur Marseille, il est très « réputé » et n’a plus de temps pour de nouveaux clients... smiley

            Bon je te dis cela car je suis Suisse et ton nom de famille dit qu’il l’est aussi ; dans Aix j’ai rencontré pleins de gens et la majorité a pris ce Roi (et non Roy) comme exemple dans leurs « trucs » politique... Sans grand succès dans les années 70


            • minijack minijack 30 décembre 2011 17:54

              Ce « bon roi René » était en effet par son père comte d’Anjou et roi de Provence ainsi que « roi titulaire de Jérusalem », ce qui lui permit d’ajouter la Croix de Jérusalem aux armoiries du comté (plus tard érigé en duché) de Bar (comportant initialement deux bars ou deux poissons, et c’est cette Croix de Jérusalem qu’on appellera plus tard Croix de Lorraine) .

              C’est en 1420, par une transaction avec les Luxembourg, que René a obtenu le Barrois en échange de son duché de Guise. Et il est intéressant de se demander pourquoi, même à ce prix, le comté de Bar (ou Barrois) devait absolument passer sous l’égide de René...
              C’est en effet en 1420 que René acquit le Barrois par le moyen que je viens d’indiquer, au moment même où était signé l’infâme Traité de Troyes par lequel Isabeau de Bavière, désavouant le dauphin Charles, accordait la couronne de France au roi d’Angleterre. Situé à la frontière lorraine de ce comté de Bar, cela faisait de Domrémy un territoire indépendant de la couronne de France. 

              Or, c’est précisément là, à Domrémy, que depuis quelques années déjà on préparait une jeune princesse (plus du tout une gamine !) à devenir le « Sauveur de la France »... Et c’est également dès cette même année 1420 que Baudricourt (homme lige de René d’Anjou) accorda à Jacques soi-disant « d’Arc » un bail de 9 ans pour la location du château de l’île à Domrémy ! 
              Qu’aurait donc pu bien faire un « laboureur » d’une forteresse ?... On se le demande !... 
              C’est que le père Jacques n’était pas plus laboureur que Jeanne n’était bergère !... 


              1420+9=1429. Il n’y a pas de hasard !... La « Délivrance d’Orléans » — laquelle n’était pas encore menacée à l’époque et ne le sera qu’à l’été 1428 ! — fut programmée de longue date par une société secrète appelée l’Ordre de SION, lequel avait son siège en l’église Saint-Samson d’Orléans depuis 1254. Et René d’Anjou en était le Grand-Maître, le Nautonier. Ce n’est pas la cité que Jeanne devait protéger mais les archives de SION ! Elle avait vocation à cela depuis sa naissance, et PAR sa naissance-même... 


              Jeanne est tout sauf une « sainte » catholique. Elle fut même probablement une adversaire résolue de la papauté. 

              Tous les détails et des tonnes de précisions historiques sont dans mon roman : « Jeanne d’Arcadie » (sur Amazon : http://www.amazon.fr/Jeanne-dArcadie-ebook/dp/B0064L5UFE/ ) 

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON


Auteur de l'article

NewsofMarseille

NewsofMarseille
Voir ses articles






Les thématiques de l'article


Palmarès



Partenaires