• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Hitchcock, avant qu’il ne tourne en couleur

Hitchcock, avant qu’il ne tourne en couleur

Lorsqu’on parle d’Alfred Hitchcock on pense de suite à ces grands films des années 50 et 60 que sont « Le crime était presque parfait », « Fenêtre sur cour », « La Main au collet », L’Homme qui en savait trop », « Vertigo », « La Mort aux trousses », « Les Oiseaux », « Pas de printemps pour Marnie », toutes ces œuvres en couleur que programment en priorité les chaines de télévision, comme si le noir et blanc nuisait à la qualité d’un film.

Pourtant tout au long de son parcours cinématographique, le célèbre réalisateur britannique n’a cessé de revenir au noir et blanc. C’est le cas lorsqu’à partir de 1950 il tourne une série de 3 films ( « Le Grand Alibi », « L’Inconnu du Nord-Express » et « La Loi du silence »),après ses deux premières œuvres en couleur, « La Corde »(1948) et « Les Amants du Capricorne « (1949).

Il y reviendra encore à deux reprises, avec des films intercalés entre les œuvres cités plus haut, tout d’abord avec « Le Faux Coupable » en 1956, et surtout en 1960 pour « Psychose »

J’ai donc décidé aujourd’hui de m’attarder sur quelques-unes des œuvres du maître du suspense avant son premier film en couleur, qu’elles soient de sa période anglaise ou hollywoodienne.

On débute avec « Jeune et Innocent » (1937).

L’histoire :

Une actrice est retrouvée morte étranglée sur la plage. Entraperçu quittant les lieux du crime, un jeune homme est accusé à tort. Il se rend compte rapidement qu’il ne peut compter que sur lui-même pour prouver son innocence…

Avec les « 39 marches », « Jeune et innocent » fait partie des meilleurs films de la période anglaise d’Alfred Hitchcock.

Ce film, bien au-delà de son intrigue, vaut surtout par son humour, et aussi par le charme de ce jeune couple pétillant qui est l’un des plus réussis de l’oeuvre d’Hitchcock .

http://www.enfants-de-cinema.com/2011/films/jeune.html

 

« Une femme disparaît » (1938)

L’histoire :

Dans un train en provenance d’Europe Centrale, Iris Henderson voyage en compagnie de Miss Froy, une vieille dame britannique comme elle, dont elle a fait connaissance dans un hôtel la veille. Au cours du voyage, Miss Froy disparaît mystérieusement. La jeune femme s’inquiète, mais personne ne veut la croire et l’on tente de la convaincre qu’elle a tout imaginé.

C’est l’avant-dernier film de la période anglaise d’Alfred Hitchcock, celui dont l’immense succès lui permettra de négocier en position de force son futur départ à Hollywood.

La première partie du film est un régal d’humour anglais où s’illustrent quelques moments savoureux présentant les différents protagonistes.

« Une femme disparaît » est aussi une critique sévère d’un monde sourd face à la montée du nazisme en Europe, presque une prophétie des accords de Munich. C’est aussi pour cela que c’est un film essentiel, réalisé en 1938, rappelons-le.

http://suite101.fr/article/-une-femme-disparait–dalfred-hitchcock-a9782#.VRWkpvmG9Ig

 

« Rebecca » (1940).

Une jeune femme timide rencontre à Monte Carlo un homme aux pulsions suicidaires . Il s’agit d’un riche veuf anglais qui retrouve le goût de la vie à son contact, l’épouse sur un coup de tête et l’emmène dans sa vaste demeure, la propriété de Manderley, où le souvenir de la première épouse, Rebecca de Winter, décédée l’année précédente dans des circonstances mystérieuses, hante encore les lieux du château. Un château ou se trouve également la troublante et inquiétante Mrs Danvers….

Même s’il s’agit du premier film américain d’Hitchcock, « Rebecca », qui est une adaptation d’un roman de Daphné du Maurier, nous emmène dans une ambiance et un décor typiquement anglais. Les acteurs principaux, Laurence Olivier et Joan Fontaine, sont eux aussi anglais.

En raison des rapports difficiles entre Hitchcock et son nouveau producteur, le tout puissant David O. Selznick, le réalisateur ne voulut jamais considérer Rebecca comme un véritable « Hitchcock film » . Il est pourtant l’un de ses sommets.

http://www.critikat.com/panorama/analyse/rebecca.html

 

« L’Ombre d’un doute » ( 1943)

L’oncle Charlie vient rendre visite à sa famille en Californie, ce qui met en joie sa nièce, prénommée elle aussi Charlie, avec qui il a toujours entretenu une relation très proche. Mais l’oncle Charlie a quelque chose à cacher, et un malaise s’installe au sein de la famille Newton. Sa nièce ne tardera pas à découvrir son terrible secret.

Ce qui est le plus captivant dans ce film, ce sont les notions de bien et de mal que l’on constate au travers des deux Charlie (la nièce et l’oncle).

Au niveau de l’interprétation, Joseph Cotten incarne merveilleusement l’oncle Charlie et sa vision très noire et désabusée du monde.

Alfred Hitchcock n’a jamais caché que « L’ombre d’un doute » était une de ses œuvres préférées (et moi aussi ). Ce film est l’un des plus complexes du maître, bourré d’ambiguïté.

Il y a de multiples raisons d’aimer ce film. Un seul petit bémol cependant, sa fin.

http://www.dvdclassik.com/critique/l-ombre-d-un-doute-hitchcock

 

« Les Enchaînés » (1946).

Miami, 1946. Huberman, un espion nazi, vient d’être condamné. Sa fille Alicia, qui a toujours été fermement opposée aux convictions de son père, est connue pour la légèreté de ses mœurs. Elle est contactée par Devlin, agent des services secrets, qui lui propose une mission qu’elle est seule à pouvoir accomplir : il s’agit de s’attirer les faveurs et la confiance d’Alexander Sebastian, ancien ami du père d’Alicia, qui vit au Brésil et dont la maison est un véritable repaire de nazis.

Ce film d’espionnage est aussi et surtout une grande histoire d’amour. Comme toujours avec Hitchcock, le scénario est parfaitement orchestré entre tension, suspense et romantisme. Les dialogues sont ciselés et la mise en scène est remarquable et inspirée. Cary Grant et Ingrid Bergman sont absolument magnifiques, quant à à Claude Rains, il est formidable dans son personnage très ambigu . Encore un très grand Hitchcock.

http://www.dvdclassik.com/critique/les-enchaines-hitchcock

Pour la même période on citera les excellents films que sont « Les 39 Marches », « Correspondant 17  », « Soupçons », « Cinquième Colonne », « Lifeboat », « La Maison du docteur Edwardes », et « Le Procès Paradine »


Moyenne des avis sur cet article :  4.6/5   (10 votes)




Réagissez à l'article

18 réactions à cet article    


  • bakerstreet bakerstreet 31 mars 2015 09:58

    L’important n’est pas de filmer en couleurs, mais de vous en faire voir de toutes les couleurs. 


    Bravo pour votre article, qui comme pour tout ce qui touche à la culture ne sera pas trop lu. Mais enfin, on se fait plaisir à vous lire, et surement à l’écrire aussi, ceci compense cela.
     
    « Jeune et innocent », j’ai une tendresse pour ce film très ancien, très novateur, aussi, avec cette fille dégourdie qui prend le volant. 
    Frissons amoureux, sel de la jeunesse, qu’importe le crime, car nous sommes tous deux ! C’est ce qui me reste de ce merveilleux petit film, drôle, impétueux, comme « un adorable monsieur bébé ». 
    « so sweet england » aurait pu chanter charles trenet, sur l’air de "douce france

    • fatizo fatizo 31 mars 2015 17:50

       Bonsoir Bakerstreet,

      Je confirme que l’on prend du plaisir à écrire un article sur ce sujet.
      On prend aussi beaucoup de plaisir à lire les les commentaires sur ce billet. 
      A défaut de quantité, on y trouve la qualité, ça compense largement.
      J’ai également une tendresse toute particulière pour « Jeune et Innocent », un film qui porte parfaitement son titre. 
      Insouciance, naïveté, fraîcheur, un petit régal de film.
      Pour ceux qui ont le câble, un cycle « young Hitchcock » en avril sur TCM.



    • chitine chitine 31 mars 2015 11:10

      Sur ce site il est possible de visionner les 23 films d’Hitchcock (sur la cinquantaine réalisés) actuellement tombés dans le domaine public :
      http://www.openculture.com/free_hitchcock_movies_online
      .
      Hitchcock a longtemps été cantonné dans la catégorie des faiseurs de succès, reconnu comme réalisateur efficace, le meilleur des techniciens - mais sans plus (il me semble qu’il n’a d’ailleurs jamais remporté d’oscar).
      .
      C’est tardivement que le domaine de la critique s’est intéressé à la part de l’« auteur » dans ses réalisations.
      .
      Qu’on aime ou n’aime pas ses films, Hitchcock est indéniablement un grand réalisateur, tellement le travail de la forme (une composition d’image hypertravaillée) est chez lui au service du fond (pas tant l’histoire elle-même que les émotions produites par les interactions des personnages).
      .
      Merci pour cet article.


      • fatizo fatizo 31 mars 2015 17:55

        Bonsoir Chitine,

        C’est vrai qu’en France par exemple il a souvent été boudé par une certaine élite. Étonnement , c’est grâce à des réalisateurs de la nouvelle vague comme Truffaut et Chabrol qu’il a pu être reconnu dans notre pays. 

      • chitine chitine 31 mars 2015 21:09

        @fatizo

        Oui, la nouvelle vague a modernisé la vision de la tradition critique en France, restée jusque là trop attachée au fond - tradition littéraire - et dédaignant la forme (et les réalisateurs à succès, associés à « l’industrie »).
        Hitchcock est alors devenu pour la nouvelle génération l’exemple même de l’auteur purement cinématographe, capable justement de produire le fond par la forme.


      • chitine chitine 31 mars 2015 22:09

        (mais je me répète :p


      • Surya Surya 31 mars 2015 11:18

        Vous m’enlevez les mots de la bouche : les films en noir et blanc d’Hitchcock sont un vrai régal. Je crois même que je les préfère à ses films en couleur. La couleur tue une partie du suspense créé par les jeux d’ombres, l’obscurité, les visages qui se découvrent partiellement dans la lumière... Mais c’est vrai que des couleurs bien criardes peuvent aussi créer un sentiment de malaise, de choc, et ainsi augmenter l’impression d’angoisse et de peur. Je n’imagine pas en noir et blanc, par exemple, la scène des Oiseaux où ils sont réfugiés dans le café, et où l’on voit cette suite de photos du visage de Mélanie Daniels lorsqu’elle découvre, épouvantée, que l’essence va faire sauter le véhicule.

        Parmi ses films en noir et blanc, je crois qu’Une femme disparait est mon préféré. J’ai sans doute vu l’Ombre d’un doute, car il me semble les avoir tous vus, mais je ne m’en rappelle absolument pas. Votre article m’a donné envie de le (re)voir. 
        Hitchcock, ça c’était du vrai cinéma... 
        Mince, j’aurais pas dû lire votre article, me voilà reprise d’une soudaine crise d’Hitchcockite aigüe... smiley

        • chitine chitine 31 mars 2015 11:50

          @Surya

          « Mince, j’aurais pas dû lire votre article, me voilà reprise d’une soudaine crise d’Hitchcockite aigüe...  »

          .
          C’est contagieux !! :) 


        • fatizo fatizo 31 mars 2015 17:59

           Bonsoir Surya,

          Au début j’étais parti pour faire un article sur mes Hitch Préférés, mais vu le nombre j’ai changé mon fusil d’épaule, et j’ai préféré me consacrer aux films que certains peuvent moins connaitre.
          Je partage votre avis sur le noir et blanc, surtout pour ce genre de cinéma, il ajoute une dimension dramatique. Je pense notamment à Rebecca. 


        • Surya Surya 31 mars 2015 21:07

          Oui, tout à fait, car de plus le fantome de Rebecca hante toujours Manderley, et la couleur aurait ajouté trop de vie, elle aurait risqué d’apporter de la joie à cette bâtisse somptueuse, mais finalement lugubre, que Mrs Danvers fait tout pour conserver à l’état de tombeau.

          Bonne soirée smiley

        • chitine chitine 31 mars 2015 21:18

          @Surya

          Oui, le noir/blanc permet des constructions visuelles qu’on ne peut produire par la couleur. Si la couleur domine aujourd’hui c’est par souci d’un certain « réalisme » dont on n’imagine plus le public contemporain se passer. Le souci de la rentabilité bride alors aujourd’hui les projets qui voudraient revenir à cette possibilité graphique de composer l’image des films.
          Les films noirs actuels témoignent de cette envie des réalisateurs de pouvoir encore composer avec les teintes NB.


        • chitine chitine 31 mars 2015 12:23

          Hitchcock, qui a été formé au dessin technique, dessinait ses story boards de manière très détaillée avec un schématisme géométrique. Il les suivait ensuite scrupuleusement.
          C’est ce qui a, entre autres, fait sa réputation de dictateur de plateau : la mise en scène - décors et acteurs - devait correspondre au plan, il n’y avait aucune marge de liberté pour l’impro...


          • bakerstreet bakerstreet 31 mars 2015 17:03

            @chitine


            A noter pour ceux qui ignoreraient les entretiens Truffaut- Hichcock , si plaisant à lire, et qui expertisent chacun des films, l’un après l’autre. 
            De l’analyse des plans, aux petits potins qui donnent de la substance, comme cette histoire où Alfred raconte qu’après qu’il ait choisi la maison à coté du motel, à l’ambiance bien glauque, pour le flm psychose, le propriétaire, très fier avait cru bon de repeindre sa maison.....Il a fallu retrouver les couleurs de l’écaillé.

          • chitine chitine 31 mars 2015 21:33

            @bakerstreet
            Tout à fait incontournable. On peut aussi ajouter à la liste le « Analyse du film » de Raymond Bellour qui se sert abondamment de « The Birds » et de « North by Northwest » comme supports privilégiés de ses analyses.


          • bakerstreet bakerstreet 31 mars 2015 22:25

            @chitine


            Excellente collection « ramsay cinema », où j’avais lu un bouquin sur Louise Brooks, « la divine »....

            En parlant de Louise Brooks, me revient comme un enchaînement-fondu cette superbe émission « cinema-cinema », qui passait dans les années 80 début 90, et où on trouvait une liberté de ton étonnante...

            Vu dernièrement un entretien avec un des fondateurs de l’émission avouant qu’une émission pareille, ça serait maintenant tout à fait impossible à réaliser.

          • Simple citoyenne Simple citoyenne 1er avril 2015 20:13

            Bonjour à vous Fatizo ! « Les Enchaînés » (1946). excellent film ! Vraiment bien !


            • Simple citoyenne Simple citoyenne 1er avril 2015 20:17

              Et merci pour cet hommage à Hitchcock !

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON








Les thématiques de l'article


Palmarès



Partenaires