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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Huis Clos » de Jean-Paul Sartre exalté par Jean-Louis Benoît au Théâtre (...)

« Huis Clos » de Jean-Paul Sartre exalté par Jean-Louis Benoît au Théâtre de l’Atelier

Huis Clos, la plus célèbre des pièces de Sartre, a été créée à Paris le 7 mai 1944 au Théâtre du Vieux-Colombier et jouée partout dans le monde, mais délaissée depuis un certain temps, sans doute jugée obsolète de par sa portée philosophique existentialiste athée et son écriture qui fait date. 

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HUIS CLOS
© Pascal Victor - Agence Opale

  

Et pourtant Jean-Louis Benoît s'est à nouveau emparé avec efficacité et intelligence de l'œuvre sartrienne au Théâtre de l'Atelier qui se transforme ainsi en antichambre de l'enfer. Le metteur en scène respecte scrupuleusement la pièce tout en la modernisant.

Trois personnages sont condamnés à passer l’éternité ensemble dans un salon bourgeois où sont disposés, en demi-cercle, trois canapés aux couleurs différentes. Un homme, Garcin, deux femmes, Inès, Estelle. Ils ne se sont jamais rencontrés.

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HUIS CLOS
© Pascal Victor - Agence Opale

Un garçon d'étage (ce soir-là Brock, truculent portier) les introduit les uns après les autres par une porte rouge comme le feu au milieu de ce lieu clos et leur attribue un canapé à chacun, le rouge pour Garcin, le gris bleu pour Inès et le brun pour Estelle qui, n'en appréciant pas la couleur mal assortie à sa robe, refusera de s'y asseoir.  

Dans cet univers complètement hermétique, privé de repères temporels, pas d’instrument de torture, de décors en flammes. Seulement la présence de quelques objets tels un coupe-papier, une sonnette qui ne fonctionne pas et une sculpture, un bronze, que le gardien dépose sur une cheminée. 

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HUIS CLOS
© Pascal Victor - Agence Opale

  

Au-dessus de leurs têtes, des lampes suspendues sont allumées et ne pourront jamais être éteintes. La lumière (Jean-Pascal Pracht) joue un rôle crucial et elle constitue l'essentiel de ce décor épuré.

Nous sommes dans un « No man’s land » éclairé en permanence pour empêcher les condamnés de dormir. Ici, pas de nuit, pas de sommeil comme échappatoire.   

Car nos trois personnages doivent ''payer'' pour leurs actes, prendre conscience qu'ils sont pleinement responsables de ce qu'ils ont mal fait et qu'ils refusent de voir. Ici, pas d'issue extérieure, pas de fenêtre pour tenter de fuir, pas la moindre interstice lumineuse.

Chacun opte dans un premier temps pour le mensonge, l’illusion de ce qu’ils ne sont pas, la négation de leur être réel. Tous font mine d’être en enfer par erreur, ou du moins de ne pas comprendre ce qui a pu les y conduire. Leur mauvaise foi est une protection pour eux-mêmes. 

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HUIS CLOS
© Pascal Victor - Agence Opale

  

Garcin se prétend journaliste pacifiste et fait de sa désertion un acte d'héroïsme. Inès, employée des postes homosexuelle, se targue de son altérité. Quant à Estelle, frivole et superficielle mondaine, elle se réfugie dans l'imaginaire. 

C’est compter sans la ténacité que le trio va mettre afin d’arracher les masques qu'ils ont revêtus et parvenir à force de harcèlement à faire avouer sa trahison, ses mauvaises actions, jusqu'à ses crimes.

C'est le regard du partenaire qui servira de miroir et ce regard aura la force du vitriol. Chacun est un bourreau cynique et abject pour l'autre de par la torture mentale qu'il inflige tout en étant victime de ce lynchage collectif.

« Tous les regards qui me mangent… Ha, vous n’êtes que deux ? Je vous croyais beaucoup plus nombreuses. Alors c’est ça l’enfer. Je n’aurais jamais cru… Vous vous rappelez le soufre, le bûcher, le gril… Ah ! Quelle plaisanterie. Pas besoin de gril : l’enfer, c’est les autres » dixit Garcin.  

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HUIS CLOS
© Pascal Victor - Agence Opale

 

Lequel se dévoile un vrai lâche face à l'engagement nécessairement responsable qu'il a rejeté en refusant d'aller se battre, Estelle, mère infanticide, a tué le nouveau-né qu'elle ne voulait pas de son amant, Inès s'est complu à faire souffrir sadiquement sa compagne Florence.

Cette mise à nu de la vérité de chacun s'exprime par le jeu physique des comédiens et les mots venimeux qu'ils se crachent à la figure. Les corps en perpétuel mouvement expriment la non acceptation de leur enfermement et de leur châtiment. Ils se mesurent, se rebiffent, s'exaspèrent, s'empoignent, se repoussent, se débattent.

Maxime d'Aboville campe avec hargne un Garcin imbu de lui-même malmené par une Inès volcanique interprétée par Marianne Basler magistrale pleine de fougue agressive et un appétit carnassier déployé à rejeter les faux-semblants et pousser à bout l'hystérique et narcissique Estelle (pulpeuse Mathilde Charbonneaux).   

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HUIS CLOS
© Pascal Victor - Agence Opale

 

Ainsi, le corps des acteurs tout en tension fait éclater les dissensions jusqu'au vertige de n'avoir plus rien à sauver, assujettis à être ensemble pour l'éternité, telle une résignation finale avec ces derniers mots de Huis clos « Pour toujours ! Eh bien, continuons ».  

Le rideau tombe sur une sépulcrale réconciliation avec eux-mêmes en se faisant éternellement dévorer par le regard de l'autre.

Jean-Louis Benoît donne chair aux propos sartriens sans fioriture avec une simplicité extrême, laissant la place au texte brut dans toute sa puissance.  

Les personnages de Huis clos sont condamnés à l'enfer car ils n'ont pas assumé leurs actes. Il est impossible de se soustraire à sa liberté de choix toujours possible et l'homme n'a pas d'excuse, même menacé par le jugement d'autrui.  

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HUIS CLOS
© Theothea.com

 

Servi par trois acteurs impeccables, Jean-Louis Benoît a réconcilié la philosophie existentialiste avec un théâtre vif, acéré, un théâtre de l'engagement essentiel.   

   
photos 1 à 6 © Pascal Victor - Agence Opale
photos 7 & 8 © Theothea.com


     
HUIS CLOS - ***. Cat'S / Theothea.com - de Jean-Paul Sartre - mise en scène Jean-Louis Benoît - avec Marianne Basler, Maxime D’Aboville, Mathilde Charbonneaux, Brock, en alternance Guillaume Marquet & Antony Cochin - Théâtre de l'Atelier
   

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HUIS CLOS
© Theothea.com

  


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2 réactions à cet article    


  • mmbbb 15 février 08:55

    Est ce du théatre subventionnée ? 


    • Theothea.com Theothea.com 15 février 11:53

      @mmbbb
      L’Atelier fait partie des Théâtres privés. En l’occurrence pour cette création, celui-ci est en coproduction avec La compagnie de Jean-Louis Benoît & La Comédie de Picardie.

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