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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « I don’t want to sleep alone » de Tsai Ming-Liang

« I don’t want to sleep alone » de Tsai Ming-Liang

« I Don’t want to sleep alone » est déjà le neuvième film de Tsai Ming-Liang mais le premier tourné dans son pays d’origine, la Malaisie. Jusqu’alors, Tsai Ming-Liang avait toujours travaillé à Taiwan, à tel point que pour nombre de spectateurs, il est considéré à tort comme un compatriote de Hou Hsiao Hsien.

Tsai Ming-Liang entretient des rapports assez difficiles avec son pays. Il ne s’y sent pas à l’aise, semble-t-il, et ne revient à Kuala Lumpur (ou Kuching, sa ville natale) que pour rendre visite à sa famille.
Tsai Ming-Liang, le 4 juin 2006 à Paris lors de sa présentation
du film au cinéma MK2 Hautefeuille.

Le réalisateur, présent lors de la projection à laquelle nous avons assisté, a montré toute sa conviction à vouloir défendre un cinéma d’art, coûte que coûte, face à l’hégémonie d’un cinéma commercial et formaté. Tsai Ming-Liang n’a ainsi pas dissimulé ses craintes personnelles de voir disparaître à plus ou moins long terme ce cinéma exigeant dont il est l’un des plus éminents dépositaires. « Les jeunes réalisateurs malais font comme à Hong Kong, en Corée ou même à Taïwan. Ils ne s’intéressent qu’au divertissement. Quand l’un d’entre eux fait un film un peu personnel, on lui propose vite de passer à un film de fantômes, puisque c’est ça qui marche. Les jeunes d’aujourd’hui ne connaissent plus beaucoup les cinémas de Truffaut, de Godard ou de Fassbinder. C’est très inquiétant ».
Ainsi, chaque ticket vendu pour un film comme « I don’t want to sleep alone » est une victoire personnelle pour le cinéaste, lequel n’hésite pas à descendre dans les rues de Kuala Lumpur pour dialoguer avec les gens et les inciter à se rendre dans la seule salle malaise qui projette le dernier film de son plus illustre cinéaste.

« I don’t want to sleep alone » échappe donc logiquement à tout formatage. Le film est simplement dans la continuité esthétique des précédentes œuvres de Tsai Ming-Liang. Excepté la très excentrique et jouissive « Saveur de la pastèque », le cinéma de TML est trop exigeant pour espérer séduire un large public. Sans négliger la dimension burlesque de ses films, encore largement présente ici, le cinéma de Tsai Ming-Liang reste quasi mutique, ne s’encombre en tous cas pas de paroles inutiles, et se construit en longs plans fixes, aussi beaux que déstabilisants pour un public non initié.
A Kuala Lumpur, un sans-abri, Hsiao Kang, est attaqué et laissé pour mort. Un groupe de travailleurs clandestins le trouve et le recueille. L’un d’entre eux, Rawang, va s’occuper de lui jusqu’à le ramener lentement à la vie, développant parallèlement une troublante relation physique avec son hôte. Rétabli, Hsiao Kang rencontre bientôt Chyi, une jeune et jolie serveuse, pour laquelle il tombe sous le charme.

Marginaux et solitaires, les trois personnages centraux - ceux-là même que l’on voit sur l’affiche du film - arrivent à se trouver mutuellement. Ils se découvrent une réelle utilité sociale. Leurs solitudes les relient car, perdus, ils ont besoin de s’entraider pour éclore. « On a tous besoin de quelqu’un à côté de soi quand on se couche ».

La notion de temps est essentielle dans le cinéma de Tsai Ming-Liang. L’histoire se déroule doucement dans des plans fixes magnifiquement composés où le cinéaste laisse durer l’action comme pour abandonner à ses comédiens le soin de laisser la vie s’épanouir. Le malaise social est présent dès les premiers plans mais il se développe insidieusement via les rapports qui se nouent entre les personnages. Une fumée polluante, en provenance de Singapour, vient tout à coup contaminer la ville dans son ensemble. L’atmosphère est irrespirable, les couples ne peuvent plus s’embrasser sans s’asphyxier. Ce brouillard venu de l’étranger symbolise la contamination générale du pays tout autant que le terrain glissant sur lequel les trois personnages principaux du film s’égarent doucement. Les individus développent fatalement entre eux un rapport vicié.
« I don’t want to sleep alone » est finalement assez cynique si l’on valide ce constat désespéré. Le film est pourtant empli d’humanité et d’espoir. En un sens, « I don’t want to sleep alone » est caractéristique de ce cinéma de la mélancolie qui, partout dans le monde, nous parvient régulièrement, et le plus souvent, comme ici, pour le meilleur.

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