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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « I Love You Phillip Morris », et Jim Carrey !

« I Love You Phillip Morris », et Jim Carrey !

Adapté d’une histoire vraie, « vraie de vraie » souligne son générique du début !, I Love You Phillip Morris (USA, 2009, Ficarra & Requa) présente Phillip Morris (E. McGregor), et surtout… Steve Russell (J. Carrey), ex-flic et arnaqueur aux assurances prêt aux escroqueries les plus folles (c’est bien connu, plus c’est gros plus ça passe) pour garder auprès de lui l’amour de sa vie, rencontré derrière les barreaux.

Au-delà de la plasticité incroyable (visage élastique, corps caoutchouc) de l’acteur Jim Carrey, ce qui est intéressant avec I Love You Phillip Morris, c’est ce thème de l’escroquerie, du mensonge élevé au rang d’art. C’est peut-être là une nouvelle figure du dandy : faire de sa vie une œuvre d’art, la mettre perpétuellement en scène et, pour ce faire, être prêt à tout, jusqu’à jouer, en faisant fi de toute morale, avec sa propre mort ; Russell, pour échapper à la prison et retrouver son amoureux (P. Morris), se fait carreyment, euh pardon…, carrément passer pour sidéen. Ces derniers temps, que ce soit en Amérique ou chez nous, on ne compte plus les fictions contemporaines qui font de l’escroquerie le moteur de leur récit. De Escrocs mais pas trop d’Allen au film de Ficarra & Requa, via Arrête-moi si tu peux (Spielberg), Un Héros très discret (Audiard), L’Emploi du temps (Cantet), L’Adversaire (Garcia) et autres The Informant ! (Soderbergh) ; et on attend le film en projet, inspiré par la vie rocambolesque de Christophe Rocancourt, escroc qui n’a eu de cesse, au cours de ses pérégrinations, de berner moult stars hollywoodiennes et qui, même lorsque le pot aux roses a été découvert, a tout de même réussi, de par son amour des feintes, à encore perpétuer son art du mensonge pour extorquer de l’argent : cf. l’affaire Catherine Breillat, une cinéaste, à savoir une créatrice de fictions entremêlant le vrai (l’autobiographique) et le faux (la romance, plus ou moins X), qui se plaint de s’être faite déposséder de 650 000 €. Qu’est-ce à dire ? Qu’il y a, certainement, un lien évident entre le septième art (de la fiction comme mensonge, cf. le « Je suis un grand menteur ! » de Fellini) et la pratique de l’escroquerie : on cultive le mensonge histoire d’échapper ou de transcender le quotidien en faisant peut-être sienne la célèbre devise de John Ford, « Quand la légende est plus belle que la réalité, imprimez la légende ! ».

Toujours en restant dans le champ du cinéma, quant aux histoires d’arnaqueurs il y a là la mise en place, imparable, d’une ficelle scénaristique accrocheuse sur le mode Plus dure sera la chute : bâtir un scénario-arc allant de l’ascension de l’arnaqueur hors pair jusqu’à sa chute du fait de la découverte par autrui de ses subterfuges mais, au-delà de cette cuisine scénaristique séduisante parce qu’ô combien prenante, il y a aussi une lecture sociologique possible : se rendre compte que le cinéma actuel se fait le révélateur de notre époque Société du spectacle XXL. Puisqu’on est dans un temps présent où, hélas ?, souvent l’habit fait le moine, eh bien certains en profitent pour brouiller les pistes et jouir à satiété de ce que la société capitaliste peut nous offrir (l’argent, le luxe…) en se mettant dans la peau d’un autre : passer du statut de victime du système à celui, qui peut rapporter gros (le jackpot possible à la clé), de distributeur des cartes. Et ça marche ! En tout cas, jusqu’à un certain stade. Dans le Garcia et le Cantet, films inspirés de la vie mensongère de Jean-Claude Romand (un nom qui ne s’invente pas !), on assiste au portrait glaçant d’un homme qui a berné pendant des années ses proches en se faisant passer pour médecin et chercheur à l’OMS alors qu’il s’était arrêté à la 2e année d’études de médecine ! Dans The Informant !, Mark Whitacre, un cadre supérieur du géant agro-alimentaire ADM joue l’agent secret au sein de sa propre boîte afin de débusquer certaines entourloupes alors qu’il est lui-même l’initiateur de l’escroquerie soupçonnée ! Pour un temps, la planche à billets verts tourne à plein régime pour lui. Idem pour Steve Russell dans I Love You Phillip Morris, l’argent coule à flots grâce à ses entourloupes identitaires et financières incroyables.

C’est le Dieu Argent qui les motive mais on sent bien qu’il n’y a pas que ça et c’est là qu’ils en deviennent, selon moi, intéressants. Puisqu’on en est pleine société de l’apparat et du costume taillé sur mesure qui définirait d’une pièce un individu dans l’espace social, ces hommes-là (Romand, Whitacre, Russell…) en saisissent les codes formels, ayant compris qu’ici-bas l’habit peut faire le moine. Ils ne maîtrisent pas le fond. Qu’importe, ils vont coller à la forme et emporter le morceau, et le pactole, comme ça. Bien sûr, tout cela est loin d’être moral mais puisque la bulle économico-financière avance suffisamment masquée pour parvenir à ses fins (s’enrichir à tout prix, quitte à vendre son âme au diable), ces escrocs-là jouent les anguilles et se fondent à merveille dans le système. Et c’est peu dire que Jim Carrey, homme-masque par excellence, est vraiment l’homme de l’emploi pour interpréter Steve Russell, un homme qui, au-delà de ses mascarades et entorses à la bienséance, montre toute l’absurdité d’un système transformant l’individu en homme-machine au service du tiroir-caisse. Ainsi, il y a selon moi deux scènes fortes dans I Love You Phillip Morris et qui valent le détour à elles toutes seules. Lorsque Russell devient le directeur financier d’une grande entreprise, le boss et ses dirigeants, moutonniers, attendent de grandes choses de sa part. Ne maîtrisant en rien leur jargon et leurs codes stratégiques dont le tropisme logistique vire à l’abstraction complètement ubuesque, Russell, au cours d’une table ronde, s’improvise en grand manitou des finances : à coups de grands effets de manche et de tableaux comparatifs colorés en veux-tu en voilà (le souci de la forme, donc), il parvient à s’imposer brillamment ; l’habit et le décorum faisant le moine, en l’occurrence ici le grand stratège financier. Tel un magicien, un roi de l’esbroufe, il a réussi son coup. Autre scène où le roublard est comme un poisson dans l’eau : il se fait passer pour un avocat dans le bureau d’un juge et, ne maîtrisant en rien le dossier en cours ainsi qu’une bonne connaissance de son adversaire (un autre avocat), l’arnaqueur, à l’aide de silences qui en disent long et d’une soupe à la grimace, parvient à piéger le juge qui, de lui-même, déterre une histoire de jurisprudence dont Russell ignorait tout, bingo ! De l’art du masque pour parvenir à ses fins. La pantomime fait l’avocat. Ainsi, dans nos sociétés industrielles occidentales (Etats-Unis, France, etc.), où les secteurs professionnels (le monde de l’entreprise, du droit…) croulent de plus en plus sous le joug d’une spécialisation à l’extrême confinant à une certaine déshumanisation, ce n’est pas un hasard si ces multiples fictions sur l’art de la manipulation (Arrête-moi si tu peux, L’Emploi du temps, L’Adversaire, I Love You Phillip Morris…) se multiplient et ont de beaux jours devant elles dans les salles obscures et question box-office ; elles fonctionnent comme autant d’exutoires nous permettant de rire de nous-mêmes et d’une société normative qui, en faisant passer le capital économique avant la question humaine, aliène l’homme chaque jour un peu plus.

Concernant I Love You Phillip Morris, cinématographiquement, il n’a rien de très original (tout l’épisode en prison est prévisible). Du 3 sur 5 pour moi. Par contre, par rapport à nos sociétés industrielles kafkaïennes, il présente un réel intérêt sociologique. En outre, cerise sur le gâteau, il bénéficie du formidable acteur qu’est l’homme élastique Jim Carrey : acteur qui, en donnant l’impression de se mettre non stop en scène, apparaît comme le coréalisateur de ce film déjà signé à quatre mains (Ficarra-Requa) ; homme de spectacle qui, semblant en permanence se regarder dans le miroir de la Société du spectacle, vient redoubler celle-ci, voire la démultiplier, pour mieux s’en moquer et exorciser nos peurs contemporaines (le chômage, la peur de perdre son emploi, de l’incompétence, d’être démasqué comme imposteur, etc.). Certes, Jim Carrey, star hollywoodienne bankable, est loin d’annoncer le Grand Soir ou d’être un caillou dans la chaussure du capitalisme carnassier (il sert à merveille l’industrie du cinéma), mais son je(u) décalé, venant révéler les travers de notre espace citoyen hyper normé, fonctionne telle une bouffée d’air nous permettant de garder une pensée de côté quant à nos modes de vie devant se plier à certaines obligations sociales. Et pour une fois que Luc Besson ne produit pas un énième film de baston entre ninjas et Yamakasis mous du bulbe, on ne va pas s’en plaindre ! 

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« I Love You Phillip Morris », et Jim Carrey !

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2 réactions à cet article    


  • LE CHAT LE CHAT 15 février 2010 09:58

    Philipp Morriss , avec un nom pareil , il doit avaler la fumée ?  smiley


    • morice morice 15 février 2010 09:59

      Comment peut-on apprécier et ici encenser un acteur aussi cabot et aussi mauvais que Jim Carrey ? 


      « En outre, cerise sur le gâteau, il bénéficie du formidable acteur qu’est l’homme élastique Jim Carrey »

      il est l’un des pires acteurs d’Hollywood, sans aucun doute ! Le second même :

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