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« Il faut repenser les associations littéraires africaines pour garantir l’avenir des lettres du continent » interview avec Ulrich Talla W.

Lors de mon récent passage à Yaoundé (Cameroun), j'ai eu l'occasion de rencontrer l'écrivain et promoteur culturel Ulrich Talla Wamba. Très discret, j'ai pu obtenir un entretien en rapport avec son expérience littéraire et associatif.

Bonjour M. Ulrich Talla Wamba et merci d’avoir accepté de répondre à mes questions. Si l’on vous demandait de vous présenter ainsi que vos projets ?

Je suis Ulrich Talla Wamba, écrivain, promoteur culturel, communicateur et artiste à mes heures perdues. Je suis né entre les trois collines de la ville de Nkongsamba (Littoral-Cameroun) où j’ai effectué l’essentiel de mes études scolaires et secondaires. Ce parcours a été sanctionné par un baccalauréat scientifique (série C). Je poursuis mon cursus académique dans la ville de Yaoundé, depuis bientôt 05 ans. J’ai cofondé le Cercle littéraire des jeunes du Cameroun (CLIJEC) en 2013. J’ai dirigé l’organisation pendant trois années, au cours desquelles j’ai pu mettre sur pied de nombreux projets à l’exemple de « CLIJEC, le Mag’ », magazine des littératures africaines (que j’ai dirigé pendant deux années) qui est lieu d’expression supplémentaire offert aux écrivains africains. Dans cet élan, nous avons donné la parole aux écrivains d’une dizaine de pays (Algérie, Gabon, Burkina Faso, Congo, Cameroun, Sénégal, Côte d’Ivoire, Mali, Niger, Centrafrique, Tchad, etc.). Également, nous avons mis sur pied l’émission littéraire « PAROLE À L’ ÉCRIVAIN » qui est un rendez-vous mensuel qui met en lumière un écrivain et son livre. Elle a permis de donner une visibilité à près d’une vingtaine d’écrivains locaux. J’ai également fondé il y a deux ans déjà, le festival international de Littérature pour la jeunesse, le « KAMEROON Festi-jeunesse de Littérature », qui connait un succès manifeste auprès des passionnés du livre et des lettres de la capitale Yaoundé. Nous avons mis sur pied un concours associé à ce jeune festival, qui a récompensé des plumes du continent (du Cameroun, du Burkina Faso, de RDC et du Maroc). Je ne parlerais pas des projets de publications de livres, ou des lectures et ateliers d’écriture.

Autant d’activités au quotidien : comment vous en sortez-vous ? Le secret, c’est quoi ?

(Rires). Je pense que le secret est justement qu’il n’y a pas de secret. Je crois que c’est plus une question de passion, de conviction et de foi. On regarde ce qui se fait ailleurs avec une relative facilité et on se demande pourquoi, c’est si compliqué de « tricher » ? Vous en savez quelque chose (je suppose) puisque vous vivez en occident. Je m’arrange à ventiler mon emploi de temps tous les débuts de semaine et rien n’est plus réjouissant que le sentiment d’un devoir accompli. D’une mission remplie, d’une contribution à la chose existante.

Quelles ont été les difficultés rencontrées pendant toutes ses années de présidence ?

L’expérimentation. Pour ma part, ça été la principale difficulté parce que justement loin du terrain, tout parait évident. C’est lorsqu’on s’investit véritablement qu’on se frotte aux réalités insoupçonnées et que le mot « résilience » vaut son pesant. Vous savez ? Promouvoir la littérature, la lecture, les écrivains et leurs œuvres dans un environnement économique et social inadéquat est vraiment osé, (surtout lorsque vous assumez votre profession d’étudiant). Le Cameroun est l’un des rares pays africains ayant une mêlée d’écrivains de qualité (vous pouvez regarder le listing des lauréats de prix internationaux). C’est pourtant dans ce pays qu’on trouve les écrivains parmi les plus individualistes : c’est étrange, triste mais c’est une réalité. Personne ne veut vraiment s’investir dans la promotion de la chose littéraire (le bien commun). Au contraire, vous recevez des appels et des mails à longueur de journée vous sollicitant pour promouvoir un bouquin qui vient de sortir.

L’Apec (Association des Poètes et des Écrivains du Cameroun) est l’une des premières associations de Littérature en Afrique noire. Elle a été ressuscitée récemment mais ces activités restent nulles sur le terrain. L’écrivain et universitaire Pabe Mongo a tenté à plusieurs reprises, de consolider l’Union des Écrivains Camerounais, sans grand succès. Le terrain est donc vierge à l’exception de quelques tentatives isolées çà et là (Ronde des Poètes, notamment).

En ce qui me concerne, c’est un véritable fiasco. Je pense qu’il faut repenser les associations littéraires africaines pour garantir l’avenir des lettres du continent. Toujours de cette expérimentation, j’ai pu me rendre compte qu’il y a plus de sympathisants que de membres à proprement parler. Vous avez au quotidien des encouragements verbaux mais aucun investissement concret pour la construction du bouquet commun.

En résumé, je vous dirai que certes, il y a des initiatives louables quelques fois, mais celles-ci généralement sont plombées par l’environnement infixe qui caractérise l’âme des organisations de promotion du livre, de la lecture, de la littérature.

Monsieur le président, s’il vous fallait dresser un bilan de vos trois mandats à la tête du cercle littéraire ?

Beuh, vous savez il est difficile de se voir placer par la fenêtre en étant soi-même à l’intérieur. Faire de l’autocritique est toujours difficile et délicate. Je laisserai les uns et les autres se faire leur opinion de mon passage. Tout de même, j’ai commencé à vous citer un ensemble de projets réalisés et concrets que j’ai pu créer et mettre sur pied pendant mon passage. Comme je l’ai dit plus haut, le Cercle littéraire des jeunes du Cameroun (CLIJEC) est né en 2013. Quand je suis donc élu en 2014, l’association n’existe que de nom. Il fallait donc créer les activités, faire appels aux nouveaux membres, et mener ainsi nos objectifs. Ça parait peut-être évident à première vue, mais c’est un sanctuaire qui est bien difficile. Car, il fallait créer une identité (logo, charte graphique), les fréquences et lieu de rencontres, meubler le programme général, trouver des ressources (financières, humaines, etc.). Il a fallu créer des partenariats qui sont consolidés encore aujourd’hui. Il a fallu également mener des campagnes numériques (réseaux sociaux, site web, etc.). Le moins que je puisse dire est que je suis en tout cas largement satisfait de toutes ces avancées, surtout de la détermination des associés associatifs. Maintenant, je pense que la suite revient au bureau qui a été élu en mi-juillet et que ‘ai personnellement installé. Ce sont des jeunes au moins autant déterminés, et je pense que le meilleur reste à venir…

Donc vous comptez vous effacer ? Ce n’est pas régulier, des présidents quitter la scène surtout dans votre pays ?

Bon ! Écoutez, chaque association a ses modes de fonctionnement et ses textes fondateurs (généralement). Pour ce qui est de diriger et laisser la place à d’autres personnes ensuite, je pense qu’il y a des précédents (même s’ils sont rares, comme vous le dites. Et vous avez raison) : je pense par exemple à l’Apec (donc je faisais mention plus haut), même si là encore la guerre de succession a été pour quelque chose pour son hibernation.

Personnellement, je pense qu’une association, est un endroit de duels d’idées. Je suis de ceux qui croient en la démocratie et au choix libre des dirigeants sur la base légale et des projets. Donc, si un jour, j’ai d’autres projets à faire passer, et que mon leadership est à nouveau sollicité, pourquoi pas ? Mais généralement, je regarde devant. Je suis un soldat de l’avenir.

Ulrich Talla Wamba, des projets en cours ou futurs ?

Je prends d’abord du bon temps pour moi. Ensuite je continuerai le combat de transformation du secteur culturel de mon continent que j’aime beaucoup.

Monsieur le président, merci.

Je vous en prie…Merci à vous pour cette tribune !

 

Propos recueillis par : Michel Paquot.


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