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Intérieur

Intérieur de Maeterlink, mise en scène par Claude Régy avec : Soichiro Yoshiue, Yoji Izumi, Asuka Fuse, Miki Takii, Tsuyoshi Kijima, Haruyo Suzuki, Kaori Ibii, Mana Yumii, Gentaro Shimofusa, Hiroko Matsuda, Kouichi Ohtaka, Hibiki Sekine.

Au Festival d’Automne, Maison de la Culture du Japon à Paris du 9 au 27 septembre 2014.

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Intérieur commence avant l’installation du public en salle. L’entrée du public est mise en scène par Claude Régy. Tout le monde attend dans le hall, puis quelqu’un vient dire au micro, en substance, que le metteur en scène souhaite que l’on entre tous ensemble et en silence, que l’on prenne les places dans l’ordre où elles se présentent à nous et que l’on reste en silence jusqu’au début. Et le public obéit.

Cette obéissance est un peu surprenante. En même temps, on ne voit pas bien comment et pourquoi s’y soustraire. Si on vient, on joue le jeu. Pas trop le choix. Claude Régy a bâti cette autorité dans une longue carrière polémique ; il obtient cela de son public, et il s’en sert.

Le spectacle se déroule dans une lenteur d’aï. La mère et l’enfant traversent la moitié du plateau en quatre ou cinq minutes. C’est un spectacle de photos. Il faut tout voir comme des peintures ou photos, et non comme de l’art cinétique. C’est un effort. Si on y arrive, on est transporté dans un autre monde, dans un état de conscience sensiblement différent de celui de nos jours ordinaires. Un peu comme à l’opéra, à ceci près que l’opéra, quand il est bien fait, est fait de bruit et fureur, de tensions et nous emporte sans que l’on ait rien à faire, alors que, dans Intérieur, il faut s’y mettre, il faut donner de sa personne.

Cette lenteur dans les gestes, dans la diction, est narcotique, pour qui arrive à entrer dedans. C’est une transposition théâtrale du monde qui vaut la peine de faire cet effort de prendre un spectacle comme une exposition de photos plutôt que comme un récit, un conte, qui bouge, où tout bouge, à la vivacité ordinaire, courante, connue.

Ensuite, on peut tout de même se demander ce qui porte singularité à l’intérieur de cette transposition extrême. Autrement dit, c’est dans la lenteur que se situe la beauté du spectacle, le reste n’est que littérature pour paraphraser Verlaine. Autrement dit, l’autorité institutionnelle, politique, de Claude Régy fait plus que son travail de metteur en scène.

Certes, le théâtre est mise en scène du public. Le mot théâtre dit autant le bâtiment que ce qu’il s’y passe, ce à quoi il sert. Même le théâtre sans bâtiment, le théâtre de rue, même le plus simple, celui où les comédiens sont au même niveau que le public, celui sans projos, sans affiches, sans festival, celui, rare, impromptu que l’on découvre parfois au coin des rues à l’improviste de nos promenades ; même ce théâtre-là met en scène son public. Il faut placer une « scène » dans un espace sans circulation, créer par le geste, la parole, l’arrondi du public debout… les artistes de rue savent ça et ne se mettent pas n’importe où… Le théâtre est toujours mise en scène du public.

Certes, mais là, on frise l’abus d’autorité. Claude Régy a dit en conférence qu’il y a peu de temps qu’il ose demander au public d’entrer en silence et de garder le silence jusqu’à ce que le spectacle commence. Il entendait des bavardages quotidiens et pensait que les gens ne pouvaient pas « entrer » dans le spectacle aisément.

Certes, il est nécessaire de préserver la confection et la diffusion de ce type de beauté difficile dans lequel chaque membre du public doit se faire son spectacle avec le texte mis en scène. Cependant, assez peu de texte est traduit et on ne peut pas dire que l’on lise ou entende, que l’on perçoive la poésie du texte de Maeterlink. Claude Régy dit qu’il ne faut pas trop lire pour rester dans la perception du spectacle, au sens de totalité, englobement de la perception. Idem sur le silence. Le silence est un langage plus vaste que les mots… Il a une grande confiance dans ces valeurs. Ce que je ressens, c’est qu’il les laisse « parler » toute seule.

L’espace est divisé entre l’intérieur d’une maison et son pas-de-porte. Claude Régy représente ces deux espaces par la couleur de la lumière. Y toucher le moins possible, en quelque sorte. C’est très réussi.

L’enfant qui met cinq minutes à venir au centre de la scène pour jouer qu’il dort dort vraiment. Il faut le réveiller à la fin du spectacle et le temps qu’il met à se réveiller peu à peu est un spectacle involontaire touchant. Claude Régy a tenu à ce qu’il soit réveillé pour que le public comprenne bien que l’enfant qui dort n’est pas l’enfant qui meurt dans l’histoire. C’est étrange. Au théâtre, les morts viennent saluer à la fin du spectacle.

Tout se passe comme si Intérieur qui a commencé avant son début n’est pas fini après et que le silence qui le suit est encore le silence qui le constitue.


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