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Isabelle de France par Sophie Brouquet

Sophie Brouquet est professeur d’histoire du Moyen Age à l’université de Toulouse II Jean-Jaurès. Elle a commis, entre autres, Chevaleresses, une chevalerie au féminin. Le présent ouvrage intitulé Isabelle de France revient sur la « personnalité complexe à l’existence hors du commun » de celle qui fut fille de roi, Philippe IV le Bel, épouse de roi, Edouard II, mère de roi, Edouard III.

Dès les premières lignes, l’auteur écrit : « L’intérêt pour l’histoire des femmes est relativement récent en France et, jusqu’ici, il n’a guère porté sur les reines. Bien sûr, quelques souveraines du Moyen Age, toujours les mêmes - Aliénor d’Aquitaine, Blanche de Castille, Isabelle la Catholique et Anne de Bretagne - se sont vu consacrer des biographies, mais combien d’autres demeurent à ce jour de parfaites inconnues, ou sont entachées d’une légende noire comme Isabelle de France ». Par exemple, sa date de naissance demeure incertaine nonobstant son statut de princesse.

Quoiqu’il en soit, Brouquet rappelle à juste titre que cette femme fut «  très populaire en France comme en Angleterre et admirée par ses contemporains. Isabelle de France a hérité de nos jours d’une réputation sulfureuse, comme en témoigne son surnom de Louve de France ». Il convient d’emblée de préciser que cette appellation n’a rien d’historique. De son vivant, aucun contemporain ne la nomma par ce sobriquet. Toutefois, comme l’écrit l’auteur « elle a été plus calomniée que toutes les reines d’Angleterre, et les reproches qui lui sont adressés sont multiples : une épouse rebelle, hypocrite, adultère, tyrannique, et sanguinaire ». Ce livre - que nous trouvons digne d’intérêt - replace Isabelle dans son contexte, ce qui permet de séparer le bon grain de l’ivraie, concrètement l’Histoire de la légende, que cette dernière soit dorée ou noire.

Pour poursuivre sur cette dernière, nous citons Brouquet qui écrit que pour certains « le fantôme de la reine, punie pour l’éternité, hanterait les ruines du monastère des Franciscains de Londres, près de Newgate, où l’on peut voir une femme portant le cœur de son mari assassiné sur sa poitrine, ou encore les souterrains du château de Nottingham, où elle cherche désespérément son amant Mortimer ». Les récits surnaturels et les mystifications s’amusent toujours autant de la crédulité du public qui atteint des sommets.

Il reste, à notre humble avis, important de comprendre qu’Isabelle « est une femme de son temps, qui n’a cessé d’être jugée par les censeurs de différentes époques oubliant tout des circonstances historiques dans lesquelles elle s’est battue ». Brouquet précise le contexte sans lequel il est possible de comprendre les événements : «  Cette princesse capétienne, fille de Philippe IV, est contemporaine de l’apogée du pouvoir des capétiens. Objet de paix, sa destinée était de se marier au futur roi d’Angleterre pour mettre fin à la querelle plus que séculaire des rois de France avec leur ennemis Plantagenêts  ». Très souvent, les romanciers, les cinéastes voire certains historiens la réduisent à son rôle de «  femme, mère, amante » alors qu’elle « fut bien plus que cela  », comme le prouve cette passionnante étude.

Il convient d’avoir à l’esprit, ce qui explique en grande partie son parcours et le rôle éminent qu’elle a joué dans l’Histoire, qu’Isabelle de France « a très tôt conscience d’appartenir au sang royal par son père et par sa mère et est élevée dans une haute idée de la monarchie. Elle est issue de la lignée la plus illustre d’Europe par son ancienneté et par l’éclat que lui confère l’aura de son arrière-grand-père, le roi Louis IX, canonisé en 1297. Son père règne sur le pays le plus peuplé et le plus riche d’Europe, dont l’art et la langue rayonnent dans tout l’Occident  ».

Cette noble idée de la monarchie, elle la défendra toute sa vie, ce qui provoquera des dissensions dans son couple, car son mari, qu’elle voyait comme le roi, ne correspondait pas à l’image du roi telle qu’on lui avait enseignée. Edouard II souffrait de la comparaison avec son beau-père. Cela prendra du temps, mais après avoir gouverné avec son mari, elle finit par le renverser au terme « de la dernière invasion que l’Angleterre ait connue depuis celle de Guillaume le Conquérant  ». Il faut imaginer une reine envahissant l’Angleterre à la tête de ses troupes pour combattre son royal époux. Certes, elle fut brillamment secondée, notamment par Mortimer, mais cette action démontre incontestablement son courage et son caractère décidé voire opiniâtre.

Après une lecture attentive de cet ouvrage, nous reconnaissons la pertinence de l’idée défendue par Brouquet dans sa conclusion : « Reine Bafouée, reine conquérante et reine mère toujours écoutée, Isabelle de France est un personnage essentiel de l’Histoire de l’Europe médiévale  ». Malgré « la misogynie du temps », cette princesse de France sut tirer son épingle du jeu « dans un climat de guerre constante entre la France et l’Angleterre ». De fait, au vu son riche parcours et de son comportement, il n’est guère surprenant de lire le propos suivant : « Cette princesse française a été aimée par ses sujets et elle a toujours conservé le soutien du peuple anglais qu’elle n’a jamais trahi. Un véritable exploit ». Loin de la tragédie Edouard II écrite en 1592 par Christopher Marlowe qui lui attribue un très mauvais rôle, cette biographie réhabilite une reine méconnue et, malheureusement pour l’Histoire, injustement décriée.

 

Franck ABED


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4 réactions à cet article    


  • Étirév 19 octobre 11:48

    La femme exclue de la couronne de France
    Les premiers États généraux eurent lieu en 1304, sous Philippe le Bel.
    Philippe de Valois succéda à son cousin Charles IV, en 1328, parce que les États généraux avaient décidé que les femmes ne pouvaient pas hériter de la couronne de France. Sans cela, l’héritière de la couronne aurait été Isabelle, fille de Philippe le Bel, et après elle son fils Edouard III, qui était roi d’Angleterre.
    Edouard III prétendait que les États généraux n’avaient pas le droit de faire ce qu’ils avaient fait et que c’était lui qui était roi de France.
    Philippe de Valois causa le malheur de la France.
    La guerre de Cent ans contient en germe les principes de la guerre des Deux Roses.
    La Rose rouge est féministe, la Rose blanche masculiniste.
    Trois malheureuses reines furent mêlées aux événements qui résultèrent de cette loi injuste qui exclut les femmes du trône de France : Eléonore de Guyenne, femme de Louis le Jeune, Isabelle de France, fille de Philippe le Bel, et Isabeau de Bavière, épouse de l’insensé Charles VI.
    Éléonore de Guyenne, répudiée, se remarie avec Henri d’Anjou, roi d’Angleterre, et lui porte en dot les plus fertiles provinces de France.
    Le roi d’Angleterre se trouva, à la faveur de ce second mariage, réunir les duchés de Normandie et d’Aquitaine, les comtés d’Anjou, de Poitou et du Maine, et devint ainsi un des plus redoutables vassaux de la couronne de France.
    Isabelle de France, fille de Philippe le Bel, épousa Edouard II et vécut mal avec lui. Elle profita des troubles du royaume pour armer contre lui et lui faire la guerre.
    Ayant convoqué un Parlement, elle le fit déposer juridiquement, et, peu après, il mourut.
    Edouard III, son fils, qui lui succéda, fit enfermer la reine pour le reste de ses jours.
    Mais cela n’empêcha pas qu’il se prévalût des droits qu’elle lui donnait au trône de France pour allumer contre Philippe de Valois la guerre violente qui mit la France à deux doigts de sa perte.
    La troisième, Isabeau de Bavière, avait consenti à l’exhérédation de son fils, pour appeler au trône son gendre Henri V. Ce fils indigne lui volait son argent.
    Charles VI, dans un moment de prétendue lucidité, surprit un galant avec la reine, dit-on, le fit coudre dans un sac et jeter dans la Seine. Puis il fit enfermer sa femme dans un château-fort. Mais elle trouva le moyen d’appeler le duc de Bourgogne à son secours et de l’intéresser à sa délivrance. Il la délivra, en effet, et conclut avec elle une ligue où entra le roi d’Angleterre.
    Telles étaient les victimes de ce prétendu droit qui consacra toutes les irrégularités et donna lieu à toutes sortes d’intrigues.
    Ces malheureuses femmes sont torturées, couvertes de boue, accusées de meurtres, de débauches, d’ambition, etc., etc.
    Ce sont elles qui ont commis tous les crimes de leurs maris !... Et cela parce qu’on leur a volé le droit de régner.
    Charles VII, ce fils indigne, avait vu le duc de Bourgogne abattu à ses pieds par un de ses serviteurs. Accusé de ce meurtre, il avait été cité par le Parlement de Paris, condamné par contumace et déclaré incapable de régner. On avait donné sa sœur Catherine pour épouse au roi d’Angleterre, et, sans s’occuper des prétendues lois du royaume qui excluent les femmes du trône, on lui avait décerné la couronne.
    Mais, quand la femme n’est pas une rivale, elle a toutes les qualités.
    Ainsi, voici Jeanne de France, la femme de Philippe le Bel, qui lui laissa administrer ses États héréditaires. Ce fut elle qui remporta la victoire qui rendit la Navarre au roi.
    Belle, généreuse, tolérante, lettrée, éloquente, elle récompensa magnifiquement les savants de son époque.
    Pour clore ce commentaire, rappelons quelques noms des grandes femmes qui ont régné en France et dont le règne s’est éteint avec la fin de la race Mérovingienne.
    Posthumius l’invincible fonde l’empire transalpin (261-271), que gouverne après lui Victoria, la Mère des camps.
    Valentinien III avait poignardé Aétius ; il fut poignardé à son tour, et sa veuve Eudoxie appela le Vandale Genséric à Rome, pour se soustraire au pouvoir de Maxime Pétrone, assassin de son mari.
    Sainte Geneviève règne pendant 40 ans sur Paris.
    Basine, reine des Thuringiens, épouse Childéric et lui donne son royaume.
    Clotilde, d’une famille burgonde (légitime), gouverne sous Clovis, qui ne fait que se battre.
    Radegonde, femme de Clotaire, règne aussi.
    Les trois femmes de Chilpéric : Audovère, Galswinthe et Frédégonde, exercent leur influence sur le roi, et la dernière règne après lui.
    Brunehaut règne en Austrasie durant 40 ans, pendant la minorité de son fils et de ses petits-fils.
    Plectrude (714) fut gérante du royaume de Neustrie et d’Austrasie pendant la minorité de son fils Théodoald, petit-fils de Pépin d’Héristal.
    Sainte Bathilde gouverna pendant la minorité de son fils Clotaire III, de 656 à 665 ; on la dit femme de Clovis II.
    LIEN


    • laberniaire laberniaire 19 octobre 20:59

      Connaitriez vous un ouvrage contant l’histoire de Dangereuse de l’Île Bouchard..

      Cette nobliaude du Sud Anjou qui se mariera contre l’avis de son suzerain Plantagenet et donc la descendante la plus illustre épousera un des rejetons... ; pour porter deux fois la couronne de Reine.


      • Plum’ 20 octobre 10:33

        @laberniaire
        C’est une curiosité généalogique. Guillaume IX d’Aquitaine, dit le Troubadour, eut pour maitresse Maubergeonne, dite Dangereuse, de l’Isle-Bouchard. Ils n’ont pas eu d’enfants mais ont pourtant une descendance royale impressionnante. Comment est-ce possible ?

        Aliénor d’Aquitaine a pour grand-mère maternelle Maubergonne (d’un mariage légitime) et pour pour grand-père paternel Guillaume (d’un mariage légitime). Elle est bien le fruit de leurs amours et elle tient bien de ces deux fortes personnalités...


      • Plum’ 20 octobre 10:07

        Etirèv vient d’en parler : « Posthumius l’invincible fonde l’empire transalpin (261-271), que gouverne après lui Victoria, la Mère des camps. »

        Victorina (ou Victoria) a effectivement eu un rôle extraordinaire dans la Gaule du IIIème siècle. Célébrée lors du XIXème, elle a été écarté de l’Histoire au XXème siècle parce que des historiens ont douté de son existence. La découverte de sa stèle funéraire à Reims lève pourtant tous les doutes, mais elle reste oubliée. La page http://pressibus.org/victorina titré « Victorina, souveraine des Gaules », très documentée, est une nouvelle tentative de réhabilitation, après, notamment, les livres d’Anne de Leseleuc.

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