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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Jacques Villeret : quinze films sur ordonnance

Jacques Villeret : quinze films sur ordonnance

« Cela peut être un très grand rôle pour vous, mais cela peut aussi être la fin de votre carrière ! » (Louis de Funès à Jacques Villeret, lui proposant le rôle de l’extraterrestre dans "La Soupe aux choux", en 1981).



L’acteur Jacques Villeret est né il y a soixante-dix ans, le 6 février 1951 à Tours, et il est mort il y a un peu plus de quinze ans, le 28 janvier 2005 (à Évreux). Tout le monde connaît Jacques Villeret parce qu’il faisait partie de ces comédiens français facilement reconnaissables, tant d’un point de vue physique que psychologique. Certes, il pouvait incarner le personnage du "p’tit gros" ou du "grassouillet", de plus en plus chauve, c’est-à-dire, jamais celui du héros, "jeune et beau", mais ses faux airs débonnaires le rendaient extrêmement sympathique et attachant surtout. Comme de nombreux autres acteurs, il faisait partie de cette grande famille, peut-être le cousin lointain, toujours présent aux repas familiaux, mais un peu distant.

Rien dans son physique en faisait un physique de rêve, mais les yeux et la voix le caractérisaient tellement que c’étaient sur ses aspérités qu’il pouvait "capitaliser" son jeu d’acteur. On ne redira jamais assez ici qu’il y a une différence fondamentale entre la réalité d’un acteur et celle des personnages qu’il incarne. Entre ce qu’il est vraiment et le jeu de rôle pour des personnages souvent similaires (avec Jacques Villeret, on peut parler de personnages un peu timides, gentils, rondouillards et débrouillards, etc.).

Les meilleurs comédiens sont ceux qui sont capables, justement, de quitter la facilité de leur caractère pour approcher des personnages plus surprenants (exemple : Coluche dans "Tchao Pantin"), mais ces personnages récurrents ne sont jamais aussi bien joués que par un acteur qui leur ressemble réellement (exemple : le désabusé Jean-Pierre Bacri).

En ce sens, Jacques Villeret est intéressant à connaître. Certes, les rôles qui l’ont fait connaître étaient une sorte de caricature personnelle dans laquelle il s’est engouffré de nombreuses fois, mais au début de sa carrière, il a beaucoup hésité dans le type de rôle, il s’est cherché, et à la fin de sa vie, en particulier dans les remarquables films de Jean Becker (voir plus loin), il tenait des rôles beaucoup plus dramatiques que la critique a salués.

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L’adolescent aimait imiter ses profs et faire de la scène. Sa première prestation, il l’a faite à 15 ans à Loches, là où il habitait. La passion est devenue métier. Il a suivi à Tours puis à Paris des cours d’art dramatique, dont ceux du légendaire Louis Seigner, Sa première pièce de théâtre en 1970, au Théâtre Hébertot à Paris. Son premier film en 1973 avec Yves Boisset. Dans sa carrière, une vingtaine de pièces (ainsi que des one-man-shows pendant près d’une vingtaine d’années), du Ionesco, du Molière, du Feydeau, etc., et surtout, un grand nombre de films, environ soixante-dix.

Au début, Jacques Villeret prenait des seconds rôles, mais au fil du temps, sa notoriété aidant, il a pris carrément des premiers rôles. Il fut d’ailleurs reconnu par la profession avec deux Césars (justement : un du meilleur second rôle en 1979 grâce à "Robert et Robert", et un du meilleur acteur en 1999 grâce à "Dîner de cons") et avec trois nominations pour le Molière du meilleur comédien.

Rester dans sa caricature était un peu facile, mais il faisait rire aussi grâce à cela, comme le faisait Coluche au cinéma. Jacques Villeret apportait sa sauce personnelle qui épiçait le film. Mais pas seulement dans la comédie…

Dans "Dupont Lajoie" d’Yves Boisset (sorti le 26 février 1975), Jacques Villeret joue le (second) rôle de Gérald aux côtés notamment de Jean Carmet, Pierre Tornade, Jean Bouise, Robert Castel, Jean-Pierre Marielle, Victor Lanoux, etc. Dans "Robert et Robert" de Claude Lelouch (sorti le 14 juin 1978), bien que cela lui ait donné un César de second rôle, Jacques Villeret a partagé le premier rôle avec Charles Denner, ils sont deux "vieux" célibataires d’une quarantaine d’années (Villeret n’avait que 27 ans et Denner 52 ans !), en relation avec Jean-Claude Brialy, véreux directeur d’agence matrimoniale. Dans le film à sketchs "Rien ne va plus" de Jean-Michel Ribes (sorti le 12 décembre 1979), Jacques Villeret fait plusieurs premiers rôles aux côtés de Micheline Presle, Tonie Marschall, Eva Darlan, Anémone, Philippe Khorsand, Patrick Chesnais, Jacques François, etc.

Jacques Villeret a vu sa notoriété exploser avec sa participation dans le film "La Soupe aux choux" de Jean Girault (sorti le 2 décembre 1981), dans lequel il fait l’extraterrestre face aux deux compères Louis de Funès (dont ce fut l’avant-dernier film) et Jean Carmet. Ce fut le producteur, Christian Fechner, qui voulait Jacques Villeret aux côtés de Louis de Funès comme il avait proposé Coluche pour "L’Aile ou la Cuisse". Mais Jean Girault aurait préféré pour le rôle l’humoriste Olivier Lejeune dont le physique aurait mieux convenu.

Le film fut un véritable navet, dénaturant le roman d’origine, et les critiques y sont allés avec véhémence, à l’image de Dominique Jamet dans "Le Quotidien de Paris" le 15 décembre 1981 : « L’insupportable vulgarité, la confondante et dégradante nullité de ce film qui se veut visiblement un produit authentique de notre terroir et qui est sans contestation possible un sous-produit du cinéma national n’ont qu’un seul mérite, indiscutable : de montrer jusqu’où il est possible de descendre sans encourager la moindre sanction. En prison pour médiocrité, suggérait Montherlant. À ce compte, Jean Girault mériterait sans doute la détention perpétuelle, et encore dans l’hypothèse où la peine de mort serait abolie. » [Elle venait d’être abolie en France].

Malgré cela, le film, servi par une bande originale très appréciée et identifiable, fit un véritable carton au cinéma et il reste un énorme succès populaire à la télévision lorsqu’il y est rediffusé. Jacques Villeret, loin de voir sa carrière ruinée par ce navet, a eu ainsi une explosion de notoriété.

On le retrouve ensuite dans le film "Papy fait de la résistance" de Jean-Marie Poiré (sorti le 26 octobre 1983), dans le désopilant rôle du maréchal Ludwig von Apfelstrudel, le demi-frère d’Hitler, aux côtés de la troupe du Splendid, de Pauline Lafont, Roland Giraud, Michel Galabru, Jean Carmet, Jacqueline Maillan, Jacques François, Julien Guiomar, etc. (film dédié à Louis de Funès qui aurait dû prendre le rôle soit de Michel Galabru, soit de Jacques Villeret). Là encore, la critique n’était pas au rendez-vous mais le public, si.

Dans "Garçon !" de Claude Sautet (sorti le 9 novembre 1983), Jacques Villeret est le collègue serveur d’Yves Montand, et ils jouent avec notamment Nicole Garcia, Marie Dubois, Rosy Varte, Bernard Fresson, Hubert Deschamps, Yves Robert, etc. Ce film lui a valu une nomination pour le César du meilleur second rôle en 1984.


Jacques Villeret joue le rôle principal, Maurice, un homme en situation de handicap mental refusant de retourner en asile, dans "L’Été en pente douce" de Gérard Krawczyk (sorti le 29 avril 1987), aux côtés de Jean-Pierre Bacri (son frère), Pauline Lafont, Jean Bouise, Guy Marchand, Claude Chabrol, etc.

Premier rôle aussi dans trois films intéressants de Jean Becker, loin des sentiers battus : "Les Enfants du marais" (sorti le 3 mars 1999), avec Jacques Gamblin, Isabelle Carré, André Dussolier, Michel Serrault et Gisèle Casadesus ; "Un crime au Paradis" (sorti le 28 février 2001) avec Josiane Balasko (sa femme), Suzanne Flon (l’ancienne institutrice), André Dussolier (l’avocat), Gérard Hernandez, Roland Magdane, Daniel Prévost (le procureur général), Valérie Mairesse, etc. ; et "Effroyables Jardins" (sorti le 26 mars 2003), avec André Dussolier, Thierry Lhermitte, Suzanne Flon, etc.

Dans "Le Bal des casse-pieds" d’Yves Robert (sorti le 1er février 1992), Jacques Villeret a l’un des rôles importants, Jérôme, présentateur de météo et surtout, l’ami du héros, Jean Rochefort brimé par les emm*rdeurs, dans une comédie très bien ficelée avec Miou-Miou, Victor Lanoux, Jean Carmet, etc.

Dans "Malabar Princess" de Gilles Legrand (sorti le 3 mars 2004), du nom d’une épave d’avion écrasé dans les Alpes, Jacques Villeret a encore le rôle principal avec Claude Brasseur, Michèle Laroque et Clovis Cornillac. Jacques Villeret est aussi présent comme calife Haroun El Poussah dans "Iznogoud" de Patrick Braoudé (sorti le 9 février 2005, quelques jours après la mort de Villeret), adaptation de la célèbre bande dessinée de Tabary et Goscinny, avec Michaël Youn (Iznogoud), Kad Merad, Olivier Baroux, Franck Dubosc, Rufus, etc. (à l’origine, l’idée aurait été de confier le rôle d’Iznogoud à Louis de Funès selon la proposition de Goscinny et de Pierre Tchernia, mais le projet ne s’est pas fait après la mort soudaine de Goscinny).

L’avant-dernier film que je cite ici, lui aussi sorti après la mort de Villeret, le 30 mars 2005, est "L’Antidote" de Vincent De Brus, une comédie légère où Jacques Villeret, petit comptable, aide le grand patron Christian Clavier à guérir de son bégaiement et de ses angoisses, avec également Agnès Soral, Alexandra Lamy, François Morel, Pierre Vernier, Daniel Russo, Gérard Chaillou, etc.

Jacques Villeret a encore joué dans deux autres films qui sont sortis encore plus tard. Il était très actif au moment où il est mort à quelques jours de ses 54 ans, le 28 janvier 2005, des suites d’un gros problème de santé. Il pouvait être un clown triste, une vie personnelle difficile qui s’est noyée dans l’alcoolisme et la dépression.

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J’ai gardé pour la fin sa pépite, elle était à la fois celle du théâtre et celle du cinéma mais je retiens celle du cinéma, car sa prestation a été exceptionnelle, je veux bien sûr parler de ce film "culte" (le gros mot mis à toutes les sauces) "Le Dîner de cons" de Francis Veber (sorti le 15 avril 1998), avec Thierry Lhermitte, Francis Huster, Daniel Prévost, Catherine Frot, Edgar Givry, etc. François Pignon est la personne du "con" invité dans un dîner dans lequel chaque convive invite son "con". Le convive principal est Thierry Lhermitte. Heureusement, le scénario a une morale qui, en gros, est que le "con" n’est pas celui qu’on croit.

Ce film assez court, au succès populaire incontestable (plus de douze millions d’entrées, concurrencé par "Titanic"), est une excellente pièce d’humour avec de nombreux quiproquos. Au-delà de la prestation extraordinaire de Jacques Villeret qui connaissait bien le rôle puisqu’il le jouait aussi en 1993 au Théâtre des Variétés (mise en scène de Pierre Mondy), on notera également le sourire sadique du contrôleur fiscal Daniel Prévost, avant de se savoir cocu (les deux acteurs ont reçu un César pour cela). Au théâtre, Brochant était incarné par Claude Brasseur mais Francis Veber a préféré le remplacer par Thierry Lhermitte au cinéma.

Jacques Villeret aurait pu ne pas être au centre du "Dîner de cons" car il en voulait beaucoup au réalisateur qui lui avait proposé un peu trop rapidement de jouer le rôle de la chèvre dans "La Chèvre", dans un duo avec Lino Ventura, projet qui ne s’est jamais réalisé à cause du refus de Lino Ventura de jouer avec Jacques Villeret. Le film s’est donc fait avec le duo Gérard Depardieu et Pierre Richard. Malgré le succès de la pièce écrite par Francis Veber et jouée en 1993, Jacques Villeret a pris son temps avant d’accepter du bout des lèvres la proposition du réalisateur pour la version cinématographique (Francis Veber avait écrit la pièce pour Jacques Villeret).

Jacques Villeret s’en est allé rapidement, en plein succès, sans crier gare et pour rappeler toujours cette petite leçon d’humanité : la vie ne s’use que si l’on ne s’en sert pas.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (06 février 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jacques Villeret.
Richard Berry.
Omar Sy.
Louis Seigner.
Jean-Pierre Bacri.
Jacques Marin.
Robert Hossein.
Michel Piccoli.
Claude Brasseur.
Jean-Louis Trintignant.
Jean-Luc Godard.
Michel Robin.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

_yartiVilleretJacques04
 


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8 réactions à cet article    


  • Jeekes Jeekes 7 février 17:40

    Quoique, pour le diner de cons...

    Le réalisateur est passé à coté d’un autre inénarrable comédien, pourtant tout indiqué pour ce rôle.

     

    Sûrement qu’il connaissait pas AVox, ni rat-ko-to-lèche-fion !

     


    • Gégène Gégène 7 février 18:26

      c’est sûr que « La soupe aux choux », c’est pas un film pour des gens qui se la pètent !


      • Jeekes Jeekes 7 février 20:28

        @Gégène
         
        Avec rat-ko-to dans le rôle du pet ?
         
        En v’la une idée qu’elle est bonne.
        Succès assuré !
         
         smiley
         
         


      • Ouam Ouam 7 février 21:52

        @Jeekes
        C’est suce-pet cette histoire pour un leche cul
         
        (pas toi jekkes bien sur, mais t’avais déja compris (à qui) je pense...)


      • xana 7 février 21:28

        Commentaires ci-dessus bien mérités.


        • dr.jambon-beurre dr.jambon-beurre 8 février 03:33

          Cher auteur, que faîtes vous samedi soir ? Mes amis propagandistes euro béats et moi-même organisons un dîner.


          • ggo56 8 février 11:46

            Le rako a encore fait son caca quotidien...Pourrait pas faire dans les toilettes ???


            • ggo56 9 février 10:27

              Rako, et ton caca journalier sur Jean-Claude Carrière ? tu vieillis...

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