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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Jane Austen, chroniqueuse géniale, fine et ironique de la psychologie (...)

Jane Austen, chroniqueuse géniale, fine et ironique de la psychologie humaine

« Pourquoi sommes-nous au monde, sinon pour amuser nos voisins et rire d’eux à notre tour ? » ("Orgueil et préjugés").



Il y a deux cents ans, le 18 juillet 1817 à quatre heures et demi du matin, est morte la célèbre romancière britannique Jane Austen à Westminster. Elle n’avait que 41 ans, probablement malade dès le début de l’année 1816, peut-être d’une insuffisance surrénalienne due à la tuberculose. Elle a cherché à continuer à écrire le plus longtemps possible, mais la maladie l’a fait arrêter d’écrire le 18 mars 1817, assigner au lit à partir d’avril 1817. Elle était encore jeune, d’autant plus qu’elle n’a jamais été mariée. Elle a été enterrée dans une aile de la nef de la cathédrale de Westminster.

Issue d’une famille nombreuse (fratrie de huit enfants dont deux filles) qui l’a toujours soutenue, Jane Austen a écrit de nombreux romans qui décrivent la vie sociale des notables provinciaux en Grande-Bretagne au début du XIXe siècle. Son génie, c’est la réalisme social, parfois mordant, et son style en discours indirect libre fut assez novateur (mais elle n’était pas la première romancière à l’avoir utilisé). Ses romans sont toujours très lus, deux siècles plus tard, voués parfois à un véritable "culte", et semblent encore d’une grande actualité pour les sentiments.

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La plupart de ses romans partent d’une ou de plusieurs familles, souvent nombreuses, et évoquent plus particulièrement le destin des femmes. Une jeune femme, à l’époque, n’avait vraiment d’avenir qu’en se trouvant le mari idéal. C’était comme cela que son existence sociale pouvait le mieux s’épanouir et qu’en tout cas, sa sécurité financière était assurée (Jane Austen n’a pas beaucoup voyagé et n’était pas mariée, comme je l’ai indiqué plus haut).

Ses descriptions sont très précises car l’auteure a le souci du détail, expliquant à son neveu que c’était comme « un petit morceau (deux pouces de large) d’ivoire, sur lequel je travaille avec une brosse si fine qu’elle produit peu d’effet pour beaucoup de travail ». Son premier grand roman a été publié de façon anonyme une quinzaine d’années après l’avoir écrit. Elle s’est toujours effacée derrière ses écrits, si bien que sa vie est restée peu connue (du moins de son vivant).

L’ouvrage biographique de référence a été écrit par son neveu James Edward Austen-Leigh et publié en 1870 ("A Memoir of Jane Austen") avec des portraits d’elle réalisés par sa sœur et complice Cassandra (elle aussi mourut sans être mariée, à l’âge de 72 ans, et elle détruisit une grande partie des lettres de sa sœur pour préserver la confidentialité de leurs nombreux échanges épistolaires).

Ses principales œuvres (dont certaines ont été adaptées bien plus tard au cinéma et à la télévision avec un grand succès) sont : "Raison et sentiments" ("Sense and sensibility") en octobre 1811, "Orgueil et préjugés" ("Pride and Prejudice") en janvier 1813, "Le Parc de Mansfield ou les trois cousines" ("Mansfield Park") en mai 1814, "La Nouvelle Emma ou les caractères anglais du siècle" ("Emma") en décembre 1815, "La Famille Elliott ou l’ancienne inclination" ("Persuasion") en décembre 1817 (posthume) et "L’Abbaye de Northanger" ("Northanger Abbey") aussi en décembre 1817 (posthume). Les titres (originaux en anglais comme ceux traduits en français) ont évolué au fil du temps (avant puis après la mort de l’écrivaine).

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Les dates correspondent à la première publication et pas à l’écriture, car le brouillon de "Raison et sentiments" a été achevé avant 1796 (elle avait 20 ans) et celui de "Orgueil et préjugés" en août 1797 (elle n’avait pas encore 22 ans). Elle lisait à voix haute ses manuscrits devant sa famille et les remania souvent (dans un souci de perfectionnisme, parfois en changeant complètement la structure, passant d’un style épistolaire à la narration à la troisième personne). Ce fut à la lecture de "Orgueil et préjugés" que son père chercha un éditeur, mais sans succès. La première version de "L’Abbaye de Northanger", parodiant les "romans gothiques" très à la mode à l’époque (précurseurs des romans noirs, misant à la fois sur le sentimental et le macabre), a été finie d’écrire en 1799 (elle avait 23 ans).

Ce fut son frère Henry, banquier et très introduit dans la "haute société", qui lui trouva un éditeur, Thomas Egerton, qui publia en 1811 " Raison et sentiments". Ce fut un succès commercial suffisant pour se permettre de vivre en toute indépendance (après la mort de leur père en janvier 1805, les deux sœurs Cassandra et Jane ont vécu grâce à l’aide financière de quatre de leurs frères). Après la publication du "Parc de Mansfield", Jane changea d’éditeur pour un éditeur londonien plus renommé, John Murray. L’éditeur Richard Bentley a racheté les droits en 1832 et a publié la première édition (quasiment) complète des œuvres de Jane Austen en octobre 1833.

La pamphlétaire anglaise Elizabeth Barrett Browning (1806-1861) jugea Jane Austen sans complaisance : « Elle atteint la perfection dans ce qu’elle entreprend… mais son excellence, me semble-t-il, repose plus dans l’exécution que dans l’aspiration. Sa vision de la vie est étroite, terre à terre et essentiellement non poétique (…). Ses personnages ne lèvent jamais le regard, et quand ils le tournent vers eux-mêmes, ils ne touchent pas au tréfonds. (…) La vie conventionnelle n’est pas la vie intérieure. (…) Dieu, la nature, l’âme, qu’est-ce qu’elle en dit, ou même suggère, à leur propos ? » (1853).

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La popularité et le succès de ses romans proviennent d’abord de ce grand talent de la description par l’observation minutieuse de la société humaine, des relations sociales, des sentiments, des détails savamment construits avec des liens logiques, et ensuite d’un véritable humour, au second degré, voire une ironie parodique qui confine à un certain féminisme, à une défense de la "condition féminine".

La première phrase de "Orgueil et préjugés" est par exemple très percutante : « C’est une vérité universellement reconnue qu’un célibataire à la tête d’une belle fortune est forcément en quête d’une épouse. ». La suite démontre l’humour décalé : « Cette vérité est si bien ancrée dans l’esprit des familles des alentours qu’il est considéré comme la propriété légitime de l’une ou l’autre de leurs filles. ». Cette ironie a un but, celui de pointer du doigt la vanité de ses personnages.

Les héroïnes sont souvent de séduisantes jeunes femmes, courageuses et pauvres, qui évoluent bien grâce à des mariages finalement réussis et heureux. Un bon mariage faisait justement un élément de survie dans cette petite noblesse terrienne très patriarcale. Tout se joue entre 18 et 25 ans. C’est la préoccupation première de leur mère.

L’audace sociale de l’auteure se lit au-delà de la description très structurée de ses histoires. La focalisation géographique et temporelle est telle que Jane Austen ne s’est jamais occupée de l’évolution générale des mentalités ni des courants culturels.

Sophie Thomas, professeure associée à l’Université Ryerson au Canada, spécialiste de la littérature anglaise du XVIIIe siècle et du XIXe siècle, a noté qu’on pouvait comprendre « l’excellente veine de cynisme féminin » de Jane Austen, selon l’expression de la romancière écossaise Margaret Oliphant (1828-1897), en lisant le commentaire assez machiste du célèbre écrivain américain Mark Twain (1835-1910) sur l’auteure : « Chaque fois que je lis "Orgueil et préjugés", j’ai envie de la déterrer et de lui taper le crâne avec son propre tibia. ».

Son dernier roman fut inachevé : "Sanditon" ("The Brothers"), composé d’une cinquantaine de pages écrites entre janvier 1817 et mars 1817, a été publié seulement en 1925. Dans ce roman, sur un ton comique et léger, sont évoqués trois personnages hypocondriaques très caricaturaux et pleins d’imagination. La mère de Jane fut elle-même hypocondriaque. Avec ce dernier ouvrage, la romancière britannique Margaret Drabble (née en 1939) a décrit Jane Austen comme « une femme mourante traitant le sujet de la maladie de façon amusée et railleuse ». C’est cette distance qui trouble d’autant plus que la narration est très proche des personnages (donc sans impression de distance).

Dans sa nouvelle "Les Janéites" publiée en 1924, Rudyard Klipling a rendu hommage à l’œuvre de Jane Austen comme romancière indispensable pour les soldats britanniques pendant qu’ils vivaient l’horreur des tranchées de la Première Guerre mondiale. Beaucoup d’analyses ont été proposées sur les romans de Jane Austen depuis une cinquantaine d’années. Son œuvre fait désormais partie du patrimoine littéraire mondial, à tel point que certains romans ou films comme "Le Journal de Bridget Jones" d’Helen Fielding (1996, adapté au cinéma par Sharon Maguire le 4 avril 2001) et "Coup de foudre à Bollywood" réalisé par Gurinder Chadha (6 octobre 2004) furent principalement inspirés par les romans de Jane Austen.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 juillet 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jane Austen.
William Shakespeare.

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5 réactions à cet article    


  • Vraidrapo 19 juillet 10:19

    Si quelqu’un peu m’indiquer les équivalents de Jane Auten pour le village mondial actuel et ses travers multiples et variés, je suis preneur.


    • La mouche du coche La mouche du coche 19 juillet 13:01

      Jane Austen est une pétasse mondaine qui a tout raté dans sa vie. Elle suçait si mal qu’aucun homme n’est resté avec elle. Elle n’a pas eu d’enfants parce qu’elle était incapable d’avoir de l’amour pour autrui. Elle a passé sa vie à écrire des livres de jalouse sur ses amies qui elles se cassaient le cul à construire une belle vie, à avoir des enfants, à bien les éduquer et leur donner un avenir.

      .
      Bref, cette parasite absolue a tous les défauts pour être idolâtrée par notre société libérale pourrie et servir d’exemple aux jeunes filles qui doivent devenir aussi nulles qu’elle : des consommatrices dépressives.

    • Vraidrapo 20 juillet 05:34

      @La mouche du coche
      1) Elle suçait si mal qu’aucun homme n’est resté avec elle.
      2) ...pour être idolâtrée par notre société libérale pourrie...

      y"aurait pas un chouïa de contradiction, voire de frustration... là ?


    • La mouche du coche La mouche du coche 20 juillet 18:44

      @Vraidrapo
      je ne vois pas la contradiction. Pourriez vous développer ?


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