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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Je l’aimais » d’Anna Gavalda théâtralisé par Patrice (...)

« Je l’aimais » d’Anna Gavalda théâtralisé par Patrice Lecomte

Il existe des moments de grâce où tout semble se joindre pour mettre à l’unisson, la subtilité d’un texte, en l’occurrence celui d’Anna Gavalda, l’hypersensibilité d’un metteur en scène, Patrice Lecomte, intégralement dévolue à la justesse de son adaptation, la pertinence charmeuse d’un comédien, Gérard Darmon ainsi que l’objectivité judicieusement émotionnelle de deux comédiennes, Irène Jacob & Noémie Kocher.

Si, à ces qualités humaines et artistiques, s’ajoutent la plénitude rustique d’un décor de villégiature (Yvan Maussion), la mélancolie d’un leitmotiv musical (Ours et Lieutenant Nicholson) et la sensualité discrète des lumières de Franck Thévenon, alors au moment du tomber du rideau, dans ce temps du rêve éveillé où la conscience reste sous le charme d’une représentation réussie au plus fort des sentiments, l’interrogation finale poursuit insidieusement son cheminement métaphysique : « L’homme est-il doué pour le bonheur ? ».

Quelques instants auparavant, Chloé aura, à son tour, conclut laconique : « Alors, l’amour est une connerie ! »

Pierre, lui, comme à son habitude, sera resté en suspend, entre deux eaux, celle du tourment délicieux d’une part, celle de la destinée, imparable d’autre part.

« Je l’aimais », c’est l’histoire d’un homme qui cherche à réconforter sa belle-fille, abandonnée lâchement par le propre fils du beau-père, qu’il assume être.

Toutefois, son expérience de la vie l’empêche de condamner sa progéniture ; tout au plus consent-il à admettre que d’un mal devrait sortir un mieux, c’est-à-dire une nouvelle chance offerte par l’existence.

A l’appui de son état d’esprit pragmatique, le récit du dilemme qui l’a submergé lorsqu’il a du, lui-même, choisir entre l’affection pour l’épouse et les enfants, confrontée à la passion amoureuse pour Mathilde, rencontrée fortuitement.

Aujourd’hui, à soixante ans, revenu des illusions qu’il continue paradoxalement de chérir, Pierre tente, avec tact mais force boissons alcoolisées, de relativiser la détresse morale de Chloé, qui aurait tendance à s’apitoyer sur son sort.

Sur le plateau du théâtre de l’Atelier, jonglant avec dextérité entre le contingent et le virtuel, Gérard Darmon s’offre, à coeur ouvert, au simulacre de l’émotion palpable.

Son rôle de conteur transporte ses deux partenaires, au royaume de l’infinité des possibles où la part féminine de chacun d’entre eux atterrit avec persuasion délicate, au plus profond de l’âme du lecteur Gavaldien, spectateur d’un soir, subjugué.

Alors, le jaillissement des applaudissements s’adresse, au-delà des voix scéniques, à la romancière qui aura su déceler, derrière les ressorts de la psychologie, ces forces souterraines qui submergent la condition humaine se débattant, maladroitement, avec ce qui s’appellerait « l’Amour », faute de mieux.

« On ne pas avoir tout bon, tout le temps » explique Pierre à Chloé, puisque, en définitive, Mathilde n’est pas revenue !... Certes, mais « Avoir tout bon, ici et maintenant » au Théâtre de l’Atelier avec « Je l’aimais », c’est, bel et bien, le retour intense d’une intuition de la vie.

photo affiche © Julien de Rosa / agence Starface
JE L’AIMAIS - **** Theothea.com - de Anna Gavalda - mise en scène : Patrice Lecomte - avec Irène Jacob, Noémie Kocher & Gérard Darmon - Théâtre de l’Atelier -
 

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3 réactions à cet article    


  • Bardamu 8 février 2010 14:05

    De l’écriture blanche de Gavalda -la si-peu-écrivaine !- mise en scène par un Lecomte capable du meilleur -« Ridicule »- et plus récemment du pire -« Les Bronzés 3 »- accouche ici-bas une si petite chose -mièvre et insignifiante.
     
    Et ce Lecomte, qui, au pied de la lettre galvadienne, n’est pas si bon -voir la grosse astuce d’un « le compte est bon » en des chiffres à « la lettre » !- n’admet pas même la juste critique d’un Zemmour !...

    Bien, voyons ?... ne peut-on donc alors parler d’une véritable aristocratie du showbiz, au regard d’indécents salaires touchés, et d’une plèbe ne pouvant qu’approuver ce qui émane du haut de cette tribune ?

    De facto, que de progrès effectués !... pour en revenir aujourd’hui et en tous domaines -économique, politique, comme culturel- à une ambiance digne de l’Ancien Régime !


    Enfin, et pour conclure !... pourquoi donc se gêner ?... quand d’autres, à l’image de l’auteur, se font à l’instar de quelques alchimistes changeant le plomb en or, critiques par avance conquis devinant du chef-d’oeuvre en la mouise !


    • Theothea.com Theothea.com 9 février 2010 01:38

      « Changer le plomb en or », dîtes-vous  !....
      Vous ne croyez pas si bien dire !.... C’est effectivement tout l’enjeu du rôle de Pierre, interprété par un Gérard Darmon, dans l’excellence !.... Ceci dit, je précise que je ne pouvais « être conquis par avance » par la pièce de Patrice Lecomte car , jusqu’à ce jour, je n’ai lu aucun roman d’ Anna Gavalda.
      Je considère que la direction d’acteurs aboutit à une interprétation à fleur de peau, tout en faisant appel à une contradiction des sentiments vécus en temps réel sur scène !.... 
      Du bien beau travail, effectivement !....
      cordialement
      JM pour Theothea.com


    • Magdalena 14 février 2010 15:54

      En réponse à Bardamu : d’abord ce serait respectueux de ne pas écorcher le nom de patrick LECONTE (avec un N et non un M.) D’autre part, je ne suis pas du tout d’accord avec votre critique, car la pièce est d’une grande finesse, l’interprétation formidable. Mais bon chacun ses goûts. Par contre, pas d’accord quand vous écrivez que Leconte n’accepte pas la « juste » critique de Zemmour, ce pauvre homme aigri qui ne vit qu’en disant du mal des autres (et encore, s’il ne faisait que dire du mal, mais surtout il adore les tourner en ridicule et essayer de se rehausser en piétinant les autres. Pour moi, une critique constructive, ça n’est pas faire de bons mots pour briller sur les autres. Zemmour s’est retrouvé dans le rôle de l’arroseur arrosé et il n’a eu AUCUN humour, lui qui se plait tant à se moquer des autres ! J’avoue que la vidéo de Leconte remettant à sa place ce fossoyeur de l’art tourne en boucle sur mon ordinateur et je la montre qui veut la voir. Car la critique ça n’est pas ça. Ce que fait Zemmour est telllement facile ! On aurait dit un instit en train de gronder un élève ! Mais qui est Zemmour, bien planqué derrière son pupitre, pour faire la leçon aux autres ?? qu’a-t-il construit dans la vie ? qu’a t il tenté pour se permettre ces leçons condescendantes ?! Rien que pour la manière élégante dont LecoNte l’a remis à sa place, j’applaudis à deux mains ! et il n’a pas à rougir de sa pièce de théâtre, qui est talentueuse. mais peut-être pas accessible à tout le monde...

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