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Jean-Michel

Dans le film « Jean-Philippe », dont la bande-annonce dit « Et si johnny n’avait pas existé ? », un fan (Fabrice Lucchini) part en quête de son idole qui n’existe pas dans la réalité dans laquelle il a été projeté. Autre histoire : « Jean-Michel ». « Et si Jean-Michel n’avait pas existé ? » Que serait aujourd’hui Francis Cabrel ? Didier Barbelivien serait-il connu ? Dans une autre réalité Jean-Michel continue-t-il de chanter ?

Le 29 juillet, ce sera le 26e anniversaire de la disparition tragique et prématurée de Jean-Michel Caradec. Cultivé et talentueux (bac de philo, premier prix de Conservatoire, projet de Normale Sup), Caradec était aussi un grand poète de la chanson. Son influence est déterminante notamment sur Francis Cabrel qui reconnaît avoir été beaucoup influencé par son style. On retrouve en effet chez Cabrel la même veine romantique, les mêmes thèmes comme l’écologie, la famille, l’amour, le rejet de l’argent et de la société mercantile. Et presque la même poésie. Presque... car je ne suis pas le seul à le penser : nous regrettons l’atmosphère poétique de Caradec, ce barde de la liberté. Oui, la liberté aussi ! En mai 1968, Jean-Michel délaisse Normale Sup pour aller à Paris et décide de devenir chanteur, saltimbanque. "Je suis un saltimbanque / Qui se moque des banques / Ma richesse c’est les chansons et c’est toi" (Ma petite fille de rêve, 1974). C’est poussé par le comédien Pierre Brasseur que Jean-Michel a gagné Paris. L’acteur le présente à Serge Reggiani qui lui permet d’entrer en contact avec le label Polydor.

Jean-Michel Caradec a fait l’Olympia dès 1976. Il tourne avec Maxime Le Forestier, Georges Brassens, Serge Lama. C’est Caradec qui mettra le pied à l’étrier à Didier Barbelivien. Lorsque Le Forestier chantait San Francisco, comment ne pas imaginer Jean-Michel, épris de rêve et de liberté, dans cette "maison bleue accrochée à la colline" pour utopistes où l’on vient à pied, où l’on ne frappe pas ?

1981 : une sale année pour la chanson française. Brassens nous quitte. Et en vertu de la règle Les Copains d’abord, Jean-Michel Caradec le devance de deux mois au paradis des chansonniers. Enlevé par la Camarde dirait l’un, par l’Ankou, dirait l’autre, mais le résultat est le même : emporté prématurément à l’âge de 35 ans ! Sa voiture s’est encastrée sous un camion aux alentours de Rambouillet. Putain de camion  !, compléterait Renaud.

Avec un tel nom, Caradec, vous l’aurez deviné, Jean-michel était Breton. Il était né à Morlaix, dans le Finistère, le 20 septembre 1946, il passera sa jeunesse à Locquenolé, puis à Brest, avec ses parents. Jean-Michel, auteur compositeur interprète a chanté la Bretagne comme personne, dans un style poétique et romantique.

Les chansons Île et Quelle est belle ma Bretagne quand elle pleut sont deux chefs-oeuvres d’émotion et de poésie dédiées à la Bretagne dont Jean-Michel était amoureux, mélancoliques, et oniriques. D’autres chansons étaient parfois qualifiées de mièvres. La colline aux Coralines, Fifi l’oiseau peuvent provoquer un tel jugement cruel. Mais l’univers du rêveur était aussi lunaire que celui de Pierrot et de Colombine (Colombine, Mélusine et Cie).

Jean-Michel a composé des chansons dédiées à la liberté comme celle qui porte ce nom, véritable texte poétique. Jean-Michel était un être fragile, sensible, marchant à pas légers sur le fil de la vie :

"Prends pas le ciel pour un pays libre
Prends pas la mer pour un grand lit bleu
Prends pas l’amour pour un équilibre
Le fil du funambule est dans tes yeux
" (Le Fil du funambule)

D’autres chansons sont teintées d’humour (Elle m’a dit non), ou coquines (Heureuse un peu), de révolte (Portsall). Cette dernière chanson a été composée en 1978, l’année de l’échouage du pétrolier Amoco Cadiz au large de Portsall.

Jean-Michel est parti le 29 juillet de l’année 1981. La Grande Faucheuse l’a emporté en plein talent ! Celui qui passa comme une comète (une carrière de huit ans, c’est court) et qui aurait dû figurer avec les grands comme Polnareff, Souchon et d’autres, nous a laissé son Dernier avis  :

"Avis de non-distribution de lettre
N’habite plus à l’adresse indiquée
C’est fermé
Parti sans laisser d’adresse
Ne pas chercher à me retrouver
J’ai pris la clé
C’est fermé"

Eh bien, rouvrons !

Le site consacré à Jean-Michel Caradec.


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12 réactions à cet article    


  • La Taverne des Poètes 25 juillet 2007 11:45

    Ce site (http://www.musicme.com/) permet d’écouter de courts extraits des chansons de Jean-Michel Caradec : http://www.musicme.com/artist.php?cdfocus=0044007602126&aff=199999&gclid=CPLwmufwvY0CFRprXgodnW20Fw

    Cet autre lien mène vers une page où l’on peut écouter les interprétations de ses chansons par des chanteurs qui lui rendent hommage.



    • SANDRO FERRETTI SANDRO 25 juillet 2007 14:23

      Oui, putain de CX, plutot, car il est mort dans ce funeste modèle Citroen. J’aimais bien ce type atypique, qui est passé comme une comète. Les choses de la vie, ou l’ironie du sort, comme écrirait Paul Guimard.


      • Marsupilami Marsupilami 25 juillet 2007 14:28

        @ Taverneux

        Bel hommage à Caradec. Allez, lisez les paroles de Ile, c’est un très beau poème.


        • La Taverne des Poètes 25 juillet 2007 15:26

          Marsupilami : vous pensez bien que je les connais les paroles de « Ile » ! Mais la chanson avec la musique, c’est encore bien mieux. Superbe même. Quand j’étais très jeune, j’ai cru que c’était Michel Polnareff. ça y ressemblait.

          Je suis poète, je connais bien la poésie, et je dis que Jean-Michel était un poète.


        • Marsupilami Marsupilami 25 juillet 2007 15:33

          @ Taverneux

          Mon « lisez » était adressé à tous les Agoranautes, tu sais bien que je ne vouvoie personne. Vue la teneur de ton article, je ne pouvais ignorer que tu connaissais par cœur ou presque les paroles de cette chanson. Je suis aussi un fan de poésie, j’ai fait l’auteur-compositeur dans mes jeunes années et je m’occupe chaque année de la réalisation graphique de l’affiche du Printemps des poètes pour le lycée où bosse ma compagne, c’est dire...


        • La Taverne des Poètes 25 juillet 2007 17:22

          « Te voici maintenant enfoulardé de rues où paissent des chevaux parfois tranquilles à peine plus léger que ce silence impersonnel qui fait ma mort aux antipodes... »

          Extrait de « Les portes électriques » de Gil Refloch, poème dédié à Jean-Michel Caradec dont le poète fut l’ami.


          • La Taverne des Poètes 25 juillet 2007 17:25

            Ironie du sort, Gil Refloch habite rue Jean-Michel Caradec à Plounéour-Trez. Par contre, Morlaix, la ville natale du chanteur n’a qu’un simple rond-point « Jean-Michel Caradec » !


          • joel 25 juillet 2007 17:24

            Salut la Taverne,

            merci pour cet hommage et ce rappel.

            Son île, un coin où ça bastonne sec quand le vent de noroît souffle ; ça ramone les bronches :

            http://fr.youtube.com/watch?v=X8BE5mtIZAk

            Cordialement.


            • La Taverne des Poètes 25 juillet 2007 18:07

              vu et approuvé la vidéo par une étoile en plus...


            • claude claude 25 juillet 2007 22:13

              bel hommage à ce chanteur qui avait disparu de nos mémoires...

              merci,

              j’avais oublié qu’il s’était tué en voiture.

              bonne soirée

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