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Jeune & Jolie

Réalisateur : François Ozon

France, 2013.
 
Avec : Marine Vacth, Géraldine Pailhas, Frédéric Pierrot, Fantin Ravat, Stefano Cassetti, Charlotte Rampling.

 

Jeune & Jolie explore une piste qui s'annonce a priori très intéressante : suivre durant quatre saisons une adolescente qui se prostitue.
Isabelle est une très belle jeune fille de 17 ans, issue d'un milieu bourgeois très favorisé et très bien entourée par sa famille et ses amis, une de ces filles dont on dit un peu vite "qu'elles sont sans histoire" et "qu'elles ont tout pour elles." Néanmoins, sans en parler à personne, Isabelle commence à se prostituer en rencontrant des hommes dans des hôtels, sans qu'on sache très bien quelles sont ses motivations, ni même si elle en a vraiment de très conscientes.

D'après ce que j'ai pu en lire, on a reproché à Jeune & Jolie d'être un film provocateur et immoral. Certains lui ont trouvé également des relents misogynes, en affirmant en filigrane que chaque femme se rêve peu ou prou en prostituée.
Je ne partage pas ces critiques. A aucun moment Ozon ne glorifie la prostitution, qu'il présente d'ailleurs sous un jour assez cru et plutôt sinistre. Pas plus d'ailleurs qu'il ne la dénonce de manière frontale et mécanique. Il ne fait non plus aucunement œuvre d'universalisme tant il attache étroitement sa caméra aux pas de son héroïne et Isabelle ne représente jamais l'ensemble des femmes. Selon moi, Ozon n'a pour seule ambition que de dérouler sa séduisante idée de départ, en filant de très près son actrice dans son costume d'improbable putain.
Et le problème, puisque problème il y a bien, n'est pas théorique, mais cinématographique. Le film n'est simplement pas bon, puisque le réalisateur ne parvient pas à donner la moindre épaisseur à son postulat de départ.


Pour commencer, la narration, qui tourne sans cesse autour de la question centrale du pourquoi, n'est pas très fluide. Le réalisateur semble refuser cette interrogation, mais puisque invariablement elle obsède le spectateur, il s'en rapproche, mais finit par la laisser en suspens, donnant finalement l'idée qu'il est incapable d'y répondre. Et de cette non réponse ne surgit que le vide, qu'Ozon remplit à coup d'artifices. Il met en scène ce qu'il présente comme le véritable amour, qu'il nous laisse un instant entrevoir comme une fin un peu mièvre mais possible, un petit matin sur le Pont des Arts, mais ce n'était qu'une fausse piste. De la même façon, la première passe d'Isabelle est longtemps passée sous silence et n'apparaît qu'une fois qu'on a cessé de l'attendre, mais reste désespérément vide de sens, alors qu'elle aurait pu s'avérer réellement centrale. Ces tours de passe-passe, qui fonctionnaient dans Ricky et surtout dans Swimming Pool, agacent ici plus qu'ils n'intriguent : ils ne parviennent pas à masquer l'indigence du propos.

Ensuite, le personnage d'Isabelle sonne faux. Ses parkas informes des années Nirvana et sa tenue de prostituée composée d'un tailleur de secrétaire mal coupé, d'escarpins datés et de rouge lèvres trop rouge laissent sceptiques ; j'imagine les lycéennes d'Henri IV de 2013 un peu plus dégourdies... 
 
 
 
 
Et surtout, Marine Vacth n'est clairement pas à la hauteur. Son interprétation sans nuance, sans profondeur, ne convainc pas et sa beauté n'est pas suffisamment envoûtante pour faire oublier la monotonie d'un personnage déjà très banal. Ozon a commis une grosse erreur en construisant son film autour de cette jeune comédienne, qui manifestement le fascine, mais qui pour le spectateur n'a pas les épaules.

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9 réactions à cet article    


  • Fergus Fergus 9 septembre 2013 10:42

    Bonjour, F comme...

    D’accord avec vous sur le fait que ce film ne mérite pas les accusations dont il a été l’objet, notamment de la part de féministes. D’accord également pour souligner le fait que Marine Vacth n’est pas, loin s’en faut, la prodigieuse actrice que certains nous ont vanté.

    Pour le reste, j’ai trouvé ce film plutôt moyen et même un tantinet mièvre. Quant à la réponse que l’on cherche « pourquoi agit-elle ainsi ? », ce n’était pas dans ce film que l’on pouvait la trouver, Ozon n’ayant, à aucun moment, prétendu y répondre, se contentant de présenter des faits. En réalité, sans doute a-t-il voulu mettre en scène une adolescente confrontée, plus ou moins consciemment, à une volonté de chercher ses limites, la prostitution remplaçant ici la drogue ou l’alcool.

    Sur un thème voisin (par le traitement du comportement adolescent), j’avais préféré le précédent opus d’Ozon : « Dans la maison ».


    • La mouche du coche La mouche du coche 9 septembre 2013 13:03

      J’adore M. Ozon et pourtant n’irais pas voir ce film parce que le thème est trop « space », trop étranger à nous. On a l’impression qu’il a voulu faire son petit soixanthuitard avec son thème de l’ado et sa rebellion. ça date. Qui se sent concerné par un tel sujet ? Si il veut faire un film sur la femme et la prostitution, ce qui serait bien, puisqu’il parait que c’est un fantasme féminin, qu’il prenne alors une femme mure.


    • Fergus Fergus 9 septembre 2013 13:49

      Bonjour, La mouche.

      Le propos d’Ozon n’est ni la prostitution ni les fantasmes féminin. Il est, à mon avis, clairement centré sur les « limites » de l’adolescence.

      Un sujet, l’adolescence, qui me passionne sous tous ses aspects et qui, à en juger par le public présent dans la salle où j’ai vu le film, concerne beaucoup de retraités. Peut-être parce qu’ils ont, comme moi, des petits-enfants dont ils se sentent proches.


    • lionel 9 septembre 2013 14:43

      Avec un sujet pareil, nul doute que le metteur en scène a eut les aides de l’état. Le cinéma Français a été rendu inoffensif, débile...

      Verrons nous un jour un film réellement subversif ? Un film qui aiderait les Français à se désaliéner ? Un film à la hauteur des massacre perpétré contre les humains ? Massacres sangunaire, massacre social, culturel, massacre du Vivant, massacre de l’intelligence, de l’enfance, de la jeunesse, de l’économie etc, etc...

      Si vous en voyez un, faites nous un article.

      • antonio 9 septembre 2013 16:54

        Mais Ozon n’a rien à dire ! Seulement, il sait racoler !


        • tobor tobor 9 septembre 2013 18:24

          Dans son film précédent (Dans la maison) avec F Luchini, il nous montre comment un ado séduit et se tape la mère de son pote.
          .
          La normalisation des amours pédos semblent être à la source de ses préoccupations, ainsi son nouveau film (que je n’ai pas vu) fait l’objet de critiques féministes mais pas pédos, ce qui montre bien que cette normalisation s’opère !


          • bert bert 9 septembre 2013 19:29

            francois osons......

            vaut mieux rester chez soi et écouter die antwoord



            • bert bert 9 septembre 2013 19:49

              mdr encore un film avec christophe lambert


            • Yohan Yohan 9 septembre 2013 19:53

              A part filmer des nymphettes à poil, il fait quoi Ozon ?

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