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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Judit, ou la bascule entre deux animalités

Judit, ou la bascule entre deux animalités

Le conte de Perrault est fait pour les enfants : le duc Barbe-Bleue est un très très très méchant, et madame Barbe-Bleue est une pauvre victime, juste dévorée par une curiosité féminine insatiable, mais tellement excusée par l’opinion générale

Une version en argot :

« Alors un marcotin après leur enquiflage, v’la l’barbousier qui dit à sa nénesse :

« Dis-donc bibiche, j’vas m’tailler pendant quinze jours pour mon bizness, hein ! … Tiens, te v’la le trousseau de clés, tu peux débrider à ta guise le placard aux camembert, l’armoire aux diam', le cabinet au jonc (l’or), t’es ici chez toi ma poule ; mais fais gaffe à ç’te p’tite caroube, c’est celle d’un cabinet secret, où je te défends d’enquiller ! 

- Oh ! T’as rien à craindre mon gros barbibi ! ... » qu’a y dit la charmante épouse. ...

Et i grimpe dans sa calèche, et i disparaît dans un nuage de poussière. »

...

« Oh mais il y a une commande qui me tracasse l’cigare : pourquoi qu’il veut pas qu’j’entre dans le cabinet mystériose ? Quoi qu’i cache ? Oh moi j’peux pas résister, il faut que j’aille bigler !  »

...

Fin de citation, c’était un disque en 78 tours, début années cinquante.

 

A Kékszakállú Herceg Vára (Bartók Béla) : le château de Barbe Bleue.

 

La pièce qui sert de livret à l’opéra de Béla Bartók est de Béla Balázs, et date de 1910. Très concis et efficace, ce livret et l’opéra à la prosodie sobre, et à l’orchestration si impressionniste ont reçu à la scène ou en concert des dizaines d’interprétations différentes, dont la plupart sont intéressantes.

En vidéo, je recommande le DVD édité par Decca en 2008, avec Sylvia Sass dans le rôle de Judit, tragédienne entêtée de pouvoir, Kolos Kováts dans le rôle de Kékszakállú (peut-être excessivement prévenant et débonnaire ? Avec un visage trop mou, insuffisamment viril pour un "herceg", Herzog en allemand, ou seigneur de guerre), Georg Solti au pupitre, et Miklós Szinetár pour la mise en scène. Les extraits gratuits sur le Net sous-titrés en anglais ont le défaut d’une définition d’image médiocre, et d’une compression du son excessive, qui ridiculise le fortissimo à l’ouverture de la cinquième porte. Une version gratuite sous-titrée en hongrois est de meilleure qualité : 

Le livret est dans le domaine public, mais la plupart de ses traductions posent problème : basées sur une première traduction allemande bien discutable. Seule la traduction anglaise réalisée par Peter Bartók, second fils du compositeur, qui respecte simultanément la prosodie et le sens, fait autorité, mais arriva bien tard.

En ligne, vous trouvez huit minutes d’une mise en scène exceptionnelle, produite en février 2007 à l’Opéra Garnier, avec Béatrice Uria-Monzon et Willard White. Critique par David Sanson. Les interprêtes aussi étaient de grande valeur.

Pour un résumé de l’action, je vous renvoie à l’encyclopédie.

Immature passionnée, Judit (prononciation pour français : ioudite) délaisse soudain sa famille et son fiancé, et choisit le sombre et mystérieux duc Kékszakállú, dont elle ne sait rien, sinon une rumeur tragique. Sitôt refermée la petite porte, elle est effrayée par l’unique grande salle du château, froid et obscur. Puis elle jure que par amour elle va réchauffer tout cela, et adjure Kékszakállú de lui donner les clés pour ouvrir les sept portes closes. Au début, Kékszakállú ne répond que par des phrases ultra-courtes, sur un ton descendant qui évoque le dépressif au long cours, dont « Félsz-e ? » : As-tu peur ?

Avec un sensuel trille de flûtes et clarinettes, de la première porte ouverte sort une lumière rouge : c’est la chambre de tortures. Mais l’amour de Judit trouve les mots gentils pour cette lumière dans le sombre.

Sur guerrières sonneries de trompetes, la seconde porte ouvre sur la salle d’armes et ses flambeaux, guère plus rassurante. Judit admire la puissance aux armes de Kékszakállú, mais objecte bientôt que toutes ces armes aussi sont tachées de sang.

Kékszakállú lui donne trois autres clés.

Encore sur un trille, plus caresses de violons, la troisième porte donne encore plus de lumière dans le château, donne sur d’immenses trésors, des ors, des pierreries, des bijoux, des diadèmes. Extasiée, Judit ne tarde pas à trouver que ce rubis est en sang, tandis que des accords de seconde grincent dans l’orchestre.

Kékszakállú la presse d’ouvrir la quatrième porte, qui donne sur le jardin secret. Les cors dominent les trilles aigus.

"Oh ! Virágok !
Embernyi nagy liljomok,
Hüs-fehér patyolat rózsák,
"
Et bientôt dans l’admiration des lys et des roses, Judit et Kékszakállú chantent ensemble, pour la première et la dernière fois. Mais des accords de seconde grincent dans l’orchestre : Judit vient de trouver du sang sur une épine de rosier et déclare affolée que toutes les fleurs rouges sont ensanglantées.

En vain Kékszakállú demande « Aime-moi, ne pose pas de questions ! ».

Puis Kékszakállú la presse d’ouvrir la cinquième porte, qui donne sur une lumineuse véranda, tandis qu’un tutti d’orchestre, orgue inclus, sonne l’immensité du fief de Kékszakállú. Il décrit ce sauvage domaine sans présence humaine, mais avec au loin de hautes montagnes. Et Judit d’une petite voix murmure atterrée : « Qu’il est grand ton domaine ! ». C’est alors qu’elle avise qu’un des nuages est rougi par le couchant, donc ensanglanté...

Puis Judit avise que deux portes restent encore fermées, et réclame encore les clés.

Tout le château resplendit de lumière, et les deux dernières portes resteront fermées à jamais, réplique Kékszakállú :

« Az utolsót nem nyitom ki.

Nem nyitom ki. ».

Multipliant en vain les demandes d’amour, puis les mises en garde, Kékszakállú finit par lui donner la sixième clé. Tandis que les deux premières portes se ferment seule, Judit découvre une crypte, remplie d’un lac d’eaux calmes. Elle s’étonne, et Kékszakállú lui donne le secret :

Des larmes, Judit, des larmes, des larmes.

« Könnyek, Judit, könnyek, könnyek. »

La prosodie et la musique laissent comprendre que c’est lui qui les a versées, mais Judit comprend le contraire.

Déployant toute sa ruse dans le jeu de Sylvia Sass, ou dans des contradictions plus sincères et tragiques dans le jeu de Béatrice Uria-Monzon, Judit réclame que Kékszakállú lui dise si ses précédentes épouses étaient plus belles, et s’il les a aimées davantage, puis traite Kékszakállú de bourreau et d’assassin de ses épouses.

 

Or il n'y a pas de salauds sous la plume de Béla Balázs, et je vous laisse la surprise de la septième porte :

JUDIT

« Élnek, élnek, itten élnek ! »

Et l’adoration que Kékszakállú agenouillé porte à celles qui chacune partagèrent un tiers de sa vie.

 

Là aussi la mise en scène de 2007 du collectif espagnol La Fura dels Baus diverge fortement des autres : la cantatrice se contente de franchir d’un pas décidé le rideau de pluie qui tombe sur la scène (et qui remplaçait le lac de larmes du texte), et disparaît dans le lointain.

 

Questions.

Dans l'urgence du journalisme quotidien, les critiques de toute la revue de presse de la création à l'Opéra Garnier en janvier 2007, demeurent prisonniers de l'ornière du conte de Perrault : curiosité, curiosité, curiosité excessive de la part de Judit.

Alors que la totalité des cantatrices comédiennes du rôle sont d'instinct fidèles au texte et à la musique, et leur jeu postural et leurs mimiques (par excellence celles de Sylvia Sass) ne laissent aucune ambiguïté : de portes ouvertes en portes encore fermées, il s'agit de plus en plus de la recherche de la domination et du pouvoir absolu.

Il faut se sentir fort(e) et en sécurité pour renoncer à la course au pouvoir total. La Judit de Béla Balázs ne l'est jamais, son anxiété prend les commandes, pour le pire. Son "je" n'est pas assez fort pour la retenir de harceler au "tu".
 

"Pourquoi m'as tu suivi, Judit ?" questionne très tôt Kékszakállú.
"Un amour fou" a écrit un des critiques. C'est un amour d'impulsion. Des adultes sont pris dans des symptômes qui les dépassent, et ont bien du mal à revenir à leur état d'adultes.
Judit est prise entre deux pulsions contradictoires de son animalité. Les ruses de l'espèce lui ont soudain fait préférer le mâle âgé et ténébreux, de l’âge d’être son père, mais présumé riche et viril, et dont ni le tracé de vie ni le cadre de vie ne lui conviennent. Elle ne se comprend pas elle-même.
L'autre pulsion de son animalité est pour le pouvoir suprême dans le couple. Tout savoir, tout manipuler. Tandis qu'elle n'a toujours pas conquis le pouvoir d'être elle-même, de poser son "je", sans attaquer l'autre. Elle n'a pas encore été mûrie par l'adversité. Le flip-flop amour-désamour lui impose son caprice. Pulsion, pulsion pulsion, elle a juste changé de pulsion.

Kékszakállú n'aurait jamais dû provoquer ni accepter cet amour d'impulsion, sans prendre les moyens de permettre à Judit de mûrir en caractère. C'était lui l'aîné, lui seul qui avait des chances de l'avoir appris. Mais je voudrais bien vous y voir, vous, quand ce sera votre tour d’incarner la sagesse...

 

A trois reprises, Bartók (1881-1945) a mis en musique un scénario de l’irrémédiable incompréhension entre homme et femme. Ce furent ensuite le Prince de bois, et le Mandarin Merveilleux, dont l’argument est médiocre. Tous trois durant son mariage avec Márta Ziegler, dont il divorça en 1923.

Les épouses du compositeur, Márta Ziegler (1893-1967) puis Ditta Párstory (1903-1982) furent toutes deux ses élèves de piano, bien plus jeunes que lui. Chacune donna naissance à un fils, respectivement Béla et Peter.

 

Remerciements spéciaux à Tibor Serly qui acheva l’orchestration du concerto pour alto de Béla Bartók, laissée seulement en sténos par la mort du compositeur. Il acheva aussi les 17 dernières mesures du 3e concerto pour piano, prévu pour être la pièce de répertoire de Ditta, mais qu’elle joua peu, et très tard. Ditta Párstory avait été traitée en sanatorium, et entre les lignes, je crois comprendre qu’elle a souffert de dépressions durant son veuvage.

 

A titre personnel

A titre personnel, j’ajoute que la composition de Béla Bartók qui a joué le plus grand rôle dans ma vie fut le Divertimento pour orchestre à cordes, composé durant l’été 1939 dans la propriété de montagne de Paul Sacher : les battues du premier mouvement, en rythmes impairs, symbolisèrent une vivacité et une affirmation de vie dont j’avais grand besoin, adolescent.

J’en avais déjà parlé dans Plan de mort et crime parfait.

 


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51 réactions à cet article    


  • JC_Lavau JC_Lavau 24 juillet 14:12

    En anglais, traduction du livret par Peter Bartók, qui respecte la métrique et la prosodie d’origine.
    http://www.youtube.com/watch?v=CsHZ1ETTBeI
    Gregory Stapp, bass (Duke Bluebeard) ; 
    Jessica Medoff, soprano (Judith) ; 
    Peter Lichtenfels, & Bella Merlin, co-directors ; 
    John Iacovelli, stage and costume designer ; 
    Thomas Munn, lighting designer ; 
    Christian Baldini, conductor. Series : « Mondavi Center Presents » [2/2012]
    C’est une version de scène qui est filmée, pas de film.
    Le prologue montre la fosse d’orchestre. Mise en scène dépouillée, toujours pas la moindre fleur pour « Oh ! Virágok ! Oh ! Illatos kert ! », juste des effets de lumière et des gestes dans le vide. 
    Bonne dynamique d’orchestre, la meilleure sensualité sonore.
    UCTV : Californie.


    • JC_Lavau JC_Lavau 24 juillet 14:30

      @JC_Lavau. Pff ! Lien interdit depuis la France !

      En recherches, voici une autre version filmée, dont vous ne verrez que quelques photos :

    • JC_Lavau JC_Lavau 24 juillet 14:48

      @JC_Lavau. Un compte-rendu sur la version jouée par le UC Davis Symphony Orchestra :


      Désolé de n’avoir pas revérifié mes liens avant de vous les transmettre.

    • JC_Lavau JC_Lavau 24 juillet 15:33

      @JC_Lavau.

      La version filmée, citée en second commentaire, sous-titrée en anglais :
      Bluebeard : Robert Lloyd Judith : Elizabeth Lawrence conductor : Adam Fischer film 1988

    • cassini cassini 24 juillet 15:39

      - C’est grandiose, hein ? 

      - Oui, m’sieur, répond cassini qui, épris de sciences exactes, n’a rien compris à cette parabole musicale. 

      • JC_Lavau JC_Lavau 24 juillet 15:42

        @cassini. Tss ! T’as encore pompé Christophe !


      • cassini cassini 24 juillet 17:29

        @JC_Lavau


        Quelle est la ressemblance entre Christophe et George Sand ? 

      • JC_Lavau JC_Lavau 24 juillet 19:08

        @cassini. Pff !

        « Sic itur ad astra ! » félicite le proviseur à la DKL.
        « Oui, M’sieur », répond Zéphirin Brioché, qui comme toi, etc. citation littéraire, etc.

      • cassini cassini 24 juillet 23:20

        @JC_Lavau


        Mais non ! C’était une colle sur le modèle : « Quelle différence y a-t-il entre A et B ? Réponse : il n’y en a pas ; ils sont tous les deux..... »

      • JC_Lavau JC_Lavau 25 juillet 08:49

        Le sarcastique plaisantin a prétendu : « C’est grandiose, hein ? ».
        Il n’a donc pas écouté la musique qui est pleine de tendresse, au long de ce drame de la territorialité animale forcenée. 

         
        Ecouter aussi le premier concerto pour violon, écrit en 1907-1908, mais qui ne fut connu qu’en 1956, après la mort de la dédicataire. 
        https://www.youtube.com/watch?v=CLDn-F2Q4Gs
        Très très amoureux, le compositeur qui à cette époque avait commencé ses intenses collections de musiques populaires, au moins huit mille. 

        Remanié, le premier mouvement est réutilisé dans les deux portraits, portrait idéal. Première publication en 1907. 

      • cassini cassini 25 juillet 09:33

        @JC_Lavau


        Encore un drame de l’incommunicabilité : j’ai mis « grandiose » pour mettre au hasard quelque chose, sans le moindre jugement puisque je n’avais rien écouté. 

        En près de deux tiers de siècle je n’ai retenu hélas de la musique que le morceau de Berlioz dirigé par Stanislas Lefort, ainsi que la mélodie de da dou ron ron.

      • JC_Lavau JC_Lavau 25 juillet 10:44

        @cassini. Selon Yvon Dallaire (canadien), seuls 20 % des couples parviennent à dépasser le stade de la guerre à mort pour le pouvoir.

        Par complément, 80 % en demeurent incapables.
        Il me semble que tu en sais quelque chose.

      • cassini cassini 25 juillet 11:01

        @JC_Lavau


        Est-ce une allusion à Quand l’amour s’en va, que tout est fini, da dou ron ron... ?
        Je ne suis pas à votre niveau de subtilité, et puis le cerveau marche moins bien par cette chaleur. 


      • chantecler chantecler 25 juillet 11:03
        Tiens un auteur qui parle de l’opéra : le château de barbe bleu de B. Bartok .
        merci !
        C’est une oeuvre magnifique .
        On trouve sur you tube quelques versions .
        Ma préférence va aux version en langue hongroise (et non anglaise ou allemande ).
        Je sais aussi que P. Boulez , chef d’orchestre , en a fait deux enregistrements n’étant pas satisfait du premier ....
        (C’est d’ailleurs à partir d’une émission sur FC qui était consacrée à cette oeuvre que je l’ai découverte .)
        Ce qui tendrait a démontrer que la partition , la scénographie , n’est pas évidente .
        ...
        Faudrait un jour que je parle de M. Ravel  :
        Plusieurs biographies dont celle de V. Jankélévitch et la dernière que j’ai lue récemment de Jean Echenoz (éditions de minuit) qui s’attache surtout aux dix dernières années de sa vie, cad , quand sa tumeur au cerveau s’installe ...
        Une anecdote : M. Ravel était un tout petit bonhomme malingre (d’où sa position face au clavier un peu à la manière d’un G. Gould)... :
        Donc M. Ravel était désemparé pour ne pas avoir été appelé à participer à la guerre de 14 .
        Aussi a t’il fait plusieurs tentatives .
        La dernière a été la bonne ,mais contre toute attente il a été nommé au train (il se voyait plutôt dans les transmissions télégraphiques)...
        Le souci c’est qu’on lui a confié des camions à conduire , qu’il dépassait par sa taille à peine le volant et que sa vision était donc très réduite outre le fait qu’il fallait à l’époque pas mal de force pour manoeuvrer ....
        Cdt.

        • JC_Lavau JC_Lavau 25 juillet 12:54

          @chantecler.  Partition et scénographie, tout sauf évidentes.

           
          Balázs a fait des emprunts évidents aux traditions, et à un Moyen-âge amplement fictif. Mais même des Herzogs criminels tels que Gilles de Rais (1405-1440) ou la comtesse Báthory Erzsébet, (1560-1614) n’ont jamais vécu seuls : ils étaient toujours entourés d’hommes d’armes et de serviteurs. Tous nourris par des paysans, vêtus et armés par des artisans.
          Or comme le précise le barde dont la parole ouvre la pièce, partout l’écriture de Béla Balázs est à double sens : à l’extérieur ? Ou à l’intérieur ?
           
          Aussi le scénographe doit constamment interpréter et choisir son dosage, selon les contraintes matérielles et budgétaires.
          Les deux premières portes, voire celle des trésors aussi, évoquent bien le Herzog retraité, qui ne guerroie plus. Et pourtant la poussière n’apparaît nulle part, sur cette accumulation de souvenirs et trophées.
           
          Le jardin secret pose d’autres problèmes : vous avez déjà vu un jardin sans jardinier ? Moi jamais. Et d’où vient sa lumière du Soleil ?
           
          Quant au fortissimo d’orchestre sur l’immensité des domaines du duc, le scénario pose bien des problèmes : à quelle distance de là Kékszakállú a-t-il enlevé Judit ? Alors ils ont voyagé comment ? Sur deux chevaux ou un seul cheval ?
          A quel palefrenier ont été confiés ces chevaux fourbus ?
          Où sont les paysans dont les ancêtres ont élevé le château, et qui à présent cultivent et paient l’impôt ? Où sont même les emblavures ?
          Où sont les soldats et leurs communs ?
          Où est le puits où seigneur et hommes d’armes peuvent puiser pour tenir un long siège ? Ou une citerne d’eau de pluie ?
          On pisse et chie où, dans ce château ?

          La crypte au lac de larmes pose d’autres problèmes : c’est salé, les larmes. Comment Judit peut-elle les trouver si pures et limpides ? A la scène, vous faites comment ? A l’opéra Garnier ils semblent avoir tourné autrement la lecture du texte : un rideau de pluie sépare l’arrière de la scène, et figure à lui seul les larmes, au mépris de la lettre du texte.
           
          C’est derrière ce rideau de larmes qu’ils ouvrent par la magie de la projection vidéo la septième porte, où apparaissent trois copies de la même cantatrice.

          En revanche, dans ce qui est purement sonore, aucune divergence entre les versions, sur les cris impérieux de Judit :
          Add ide a többi kulcsot !
          Donne moi encore une clé !
          L’écriture de la partition ne laisse pas le choix sur ce point.

        • chantecler chantecler 25 juillet 15:09

          @JC_Lavau

          Re bonjour,
          ce que je préfère c’est la 5ème porte :
          A la 57 éme minute de la version Solti ...
          Cdt.
          Cr

        • Vision binaire,...du Conte.


          • Lire : Le couple, sa vie, sa mort : la structuration du couple humain

            Livre de Jean Georges Lemaire

            Tant qu’un couple fonctionne dans un système binaire, il est condamné à mourir : Avant de de se mettre en couple (deux-binaire), il faut passer par le UN (vivre avec soi ) pour passer le deux et sauter à la troisième dimension. 

            • Je ne développerai pas la symbolique de la : CASTRATION dans : BARBE BLEUE. Tout est sur Caïrn INFO.


              • Bascule, binaire. « B » deuxième lettre de l’alphabet. Si vous séparez la barre de gauche et les deux courbes de droite, cela donne 13. Et quand le bébé arrive,...papa se sent évincé,...Grand classique de la quadrature du cercle ou l’équation binaire. qui conduit à la séparation ;


                • JC_Lavau JC_Lavau 25 juillet 15:02

                  @Mélusine etc. Ta maladie mentale envahissante n’est pas la bienvenue.


                • @JC_Lavau


                  je m’en doutais un peu. Initiale de Bela Bartok : B.B. Quand le B se fait P, il perd le demi cercle du bas, pour monter vers le haut : l’enfant spirituel (ou Père,....). Mais avec votre Crocodile vous avez le choix de me « c »ensurer (c césure, cassure, castration,...). 



                  • Ce que Lavau de la profondeur de sa misogynie ne comprend, c’est que la sagesse est du côté de la femme : PALLAS, ATHENA, MINERVE, MAAT, MAYA,.... 


                    • Mais il est vrai qu’Athéna est la fille de Zeus. Femme sans mère.


                      • Qu’il relise un autre Béla : GRUNBERGER.


                        • La curiosité est la plus grande des qualités et est la base même de la créativité et de l’appren« tissage ». Mais celle-ci ne doit jamais être FORCEE (VIOL), L’illumination doit couler de source,...SURE. et elle doit respecter les paliers (le GRAND BLEU). Echelle de JOB ou JACOB. Gare à celui qui ne respecte pas les étapes,...


                          • JC_Lavau JC_Lavau 25 juillet 16:08

                            @Mélusine etc. Je réitère que ta folie envahissante emmerde.

                            Je te déconseille de récidiver.
                            Va donc emmerder les autres !

                          • @JC_Lavau


                            Tout vient à point pour qui sait attendre. Ou les écluses de Saturne chronos ou l’analité

                          • Quatuor d’Alexandrie. Law (LOI) rence Durrell. Dans un couple, nous sommes toujours quatre. Il faut composer. Justine, Ju dites-moi ? Je préfère de loin le Quintet de Schubert (pas la truite,...).


                            • ZXSpect ZXSpect 25 juillet 18:12

                              @Mélusine ou la Robe de Saphir.


                              Près de 40 commentaires (à l’ombre) aujourd’hui (il faut dire que C’est Nabum est exceptionnellement absent et ne peut concentrer ses posts), et rien depuis 17h17

                              Nous sommes inquiets pour Mélusine...

                              suit-elle les conseils d’hydratation, en période de canicule, pour les personnes de son âge ?

                              rassurez nous !

                            • JC_Lavau JC_Lavau 25 juillet 18:36

                              @ZXSpect. Quand j’étais petit, j’avais appris la chanson :

                              V’la ce que c’est, les enfants ostinés...

                            • ZXSpect ZXSpect 25 juillet 18:58

                              @JC_Lavau


                              Je lis Agoravox depuis nombre d’années et y participe depuis quelques...

                              J’ai été choqué par la récente possibilité offerte à un auteur de bloquer les commentateurs qui ne lui conviennent pas et en ai fait les frais sur le fil de C’est Nabum durant quelques mois, bien que mes commentaires n’aient jamais dépassé la critique courtoise.

                              Mais, Mélusine, quand je constate votre comportement, je regrette que cela puisse conforter les auteurs qui bloquent eux-mêmes des critiques de leurs articles.


                            • JC_Lavau JC_Lavau 26 juillet 01:03

                              @ZXSpect. Le proverbe dit bien qu’on souvent besoin d’un plus sot que soi,

                              mais souvent aussi, on n’en a pas besoin du tout.

                            • arthes arthes 25 juillet 18:16

                              De portes ouvertes en portes fermées...La recherche du pouvoir absolu... ???



                              ...Mais c’est un conte initiatique, j’ai lu la 7 ème porte (et d’ailleurs le livret) c’est magnifique.

                              Quel autre chemin que le coeur pour que l’’âme débarassée de toute impureté puisse s’unir à l’esprit ?

                              Initiatique.

                              Ou se trouve l’amour rédempteur ? Alors Judith à échoué.

                              Immature, exaltée et passionnée, Senta délaisse sa famille pour le « Hollandais volant » , lui aussi est immensément riche et maudit, effrayant....Mais son sacrifice le sauve, car elle le suit jusque dans la mort
                              (marrant , ça me fait penser à cette histoire, sauf que la fin est différente, il n’y a pas les ténèbres)) 

                               



                              • JC_Lavau JC_Lavau 25 juillet 19:11

                                @arthes. Bien des points communs entre la Senta de Wagner et la Judit de  Béla Balázs.

                                Il est remarquable que la qualification « volant » est un cuir sur fliing, une flûte hollandaise en français. C’était début 17e siècle un navire de commerce, à l’arrière arrondi, sans château. A la même époque, on a vu apparaître sur des navires des focs et des voiles d’étai, déjà inventées sur les petits navires hollandais d’eaux intérieures, les sloepen. Par la suite fin 17e siècle furent inventées des flûtes à bombes, ou galiotes à bombes, qui portaient un énorme canon. Aussi le gréement était modifié, avec pas de mât d’avant, mais force focs. Ce ne fut que fin 18e siècle que les civadières livrées par les chantiers cessèrent totalement d’être utilisées, les navires évoluant uniquement grâces aux focs. Les perroquets de civadière disparurent début 18e siècle.
                                Civadières et perroquets de civadières furent de dangereuses mangeuses de marins, témoins de la viscosité mentale des architectes, charpentiers et « officiers de plume » de l’époque.

                              • arthes arthes 26 juillet 09:21

                                @JC_Lavau


                                La navigation à voile, une aventure impressionnante à l’époque des galions , flûtes et goélettes .
                                Par gros temps, s’il fallait être à ramener les voilures, aglagla !!!

                                Barbe bleue à aussi des points communs avec le Hollandais volant de Wagner (auquel on ne peut que rester scotché des les premiers accords) : ils cherchent tous les deux une épouse qui leur soit fidèle, jusque dans la mort,.. et si pour le premier ses richesses et ses secrets se trouvent dans son château sombre derrière 7 portes, , pour le second il s’agit d’un vaisseau fantôme qui ne peut aborder terre ferme pour trouver épouse que tous les 7 ans.

                                Pour en revenir à Barbe bleue et la 7 ème porte, il y a 3 épouses, encore vivantes, l’une qu’il a connu le matin, l’autre, la journée, l’autre le soir, la dernière sera la plus belle, celle de la nuit et des ténèbre....Il y a quelque chose du mystère de l’énigme du sphinx qui condamne Oedipe aux ténèbres (le roi de Thèbes qui doit errer dans l’obscurité ) et  Prométhé., le prix à payer pour le savoir, la connaissance.

                                Bon, ce sont juste des impressions, j’ai une lecture qui me renvoie à des « idées », pas de la spicologie ni de la spicanalyse, domaines qui m’emmerdent souvent . 

                              • JC_Lavau JC_Lavau 26 juillet 12:40

                                @arthes. Un soir de fin d’été 1983, retransmission du Hollandais Volant sur FMus. J’étais alors au 3e étage en HLM en Bretagne, et je travaillais à la peinture intérieure du fourgon C35. Un peu insoucieux des voisins, je mets assez fort pour l’ouverture, afin d’entendre d’en bas. Puis un scrupule, je pense à baisser le son. Mon gamin proteste : « Non ! Moi j’aime bien le vacarme ! ».


                                On peut s’interroger sur la valeur militaire d’un château qui est essentiellement souterrain. De la porte d’entrée en fer, les protagonistes descendent vers la salle, par un escalier, précise le texte.
                                Au Paléolithique, certes les grottes avaient une valeur militaire, mais surtout comme refuge assez facile à défendre, et cache pour les réserves. En Crète, le palais de Cnossos (ensuite détruit par un tremblement de Terre) servait surtout de trésor à grains pour une caste palatiale.
                                 
                                Double sens : un palais souterrain comme tombe monumentale ?

                                Epouses ou souvenirs d’épouses ? Elles sont muettes dans le scénario, quoiqu’habillées et coiffées en trophées resplendissants.

                                A contrario, telle pétulante amie n’avait que mépris et vacheries contre ses anciens mari et amants.

                                Le scénario suppose une mortalité défavorable aux femmes, ce qui a été le cas quand la fièvre puerpérale les fauchait aux couches, jusqu’à Semmelweis et Pasteur (ce qui fut le cas d’Emilie du Châtelet) ; mais est rarement le cas dans une société guerrière, où la mort fauche davantage d’hommes.

                              • arthes arthes 26 juillet 17:51

                                @JC_Lavau

                                Le chateau (ou le vaisseau) c’est l’homme et le guerrier, et il renferme la vie intime de son âme...C’est ce tumulte terrible que j’aime entendre dans le son de Wagner, c’est ce qui fait le vacarme, mais alors ce  vacarme est de l’art pur  et c’est toute la tragédie de cette vie de l’âme qui est mise en scène, dans le Hollandais mais aussi dans Barbe bleue, où les épouses ne sont pas égorgées mais muettes...Dans Barbe bleue, c’est m^me particulièrement déchirant car l amour ne trouve jamais le chemin du coeur.

                                 

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