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Karl Lagerfeld expose et s’expose … ou « s’impose » ?

Karl Lagerfeld expose et s’expose à la Maison Européenne de la Photographie. Le Maître de la maison Chanel y dévoile son travail photographique, fruit d’une bonne dizaine d’années de prises de vue.

Que dire une fois sorti de la Maison de la rue de Fourcy ? On se pose la question de savoir si Karl Lagerfeld est bel et bien dans son élément, ou si, plus simplement, il a trouvé la juste voie au sein de cette discipline. Ou plus crument encore si, auréolé de son prestige, il ne joue pas avec le visiteur, capable d’avaler des couleuvres à la seule évocation de son nom … et avec le sourire ?

Ce qui frappe avant tout est l’hétérogénéité. Non pas celle pouvant exister au sein d’une œuvre, louable car un artiste ne doit jamais se contenter d’exploiter une idée unique comme c’est trop souvent le cas, mais celle existant au cœur même des séries. Je pense particulièrement à ce mur empli de portraits de stars et totalement disparates, mis côte à côte, comme si l’œil de l’artiste cherche à chaque occasion un nouveau repère, une nouvelle façon d’exploiter un visage de célébrité sans pouvoir se décider, sans « griffe » ni « patte », influencé par les vrais photographes qui l’ont précédé mais sans parvenir pour autant à les égaler.

Que dire aussi de cette série en noir et blanc et « érotique » présentant le jeune modèle masculin Baptiste, égérie actuelle du couturier ? Le garçon de vingt ans au plus, affublé d’un caleçon long, digne du Far-West, s’attache à prendre des poses histoire de révéler la « Beauty of violence » sommeillant en lui, sur fond d’un drapage froissé … Au final, je ressens seulement une tentative désespérée de vouloir s’introduire dans le registre de l’éroticoque sans toutefois y parvenir. Je perçois un photographe ayant exigé de son modèle de jouer sans que ce dernier posséda le moindre talent d’acteur, et dès lors incapable d’exprimer le sentiment le plus simple. La « Beauty of violence » ne se résume pas par l’exposition des muscles contractés du bel âtre ou d’un caleçon long grotesque boursouflé au niveau du bas ventre et que l’on fait mime de vouloir baisser ! Ma première impression fut de voir une sorte de Karl Lagerfeld désireux de s’essayer au genre sans oser franchir les limites par crainte d’être jugé sévèrement, par peur de se voir reprocher une dose de « mauvais goût » peu conciliable avec son statut de maître de l’élégance. Voici un homme prisonnier de son image, obligé de composer avec sa condition d’icône et avec les bien-pensants de la haute bourgeoisie. A moins qu’il ne s’agisse d’un simple manque de talent ? D’un impossible défi à relever qui l’oblige ainsi à tourner en rond, à ressasser ce que les autres ont déjà produit mais en moins fort, en moins abouti, d’une manière bancale. Ou alors, dernière hypothèse, comme avancé au début, la solution est-elle à chercher dans une sorte de voie médiane ? Lagerfeld n’ignore pas l’impact de son patronyme sur la foule. A sa seule évocation, certains accourent pour, sans état d’âme, exécuter une courbette et approuver ce qu’il jette en pâture, tout sens critique rangé au placard par crainte d’apparaître insolent. Et ainsi il joue, s’amuse de voir si on le suit, les esprits aveuglés par le star-système.

Que dire des larges et onéreuses sérigraphies ? Cette technique a déjà pour inconvénient de boucher les noirs et d’effacer les détails … étrange, je trouve, de se tourner vers elle alors qu’un photographe est d’habitude soucieux du rendu de la finesse des détails. Que penser de ces tirages sur papier abrasif scintillant sous l’éclairage (et du plus mauvais goût) ? De ces polaroïds rehaussés de quelques couleurs à l’aide d’un pinceau ?

Au final, je vois définitivement beaucoup d’emprunts et peu de générosité dans l’effort. Je ne décèle ni envie ni plaisir. Je vois le seul désir de s’exposer, de faire sa publicité à l’aide d’un travail digne d’une agence de communication et de son staff de « créatifs ».

Quand à la MEP, je me demande si j’y retournerai encore tant ses choix sont ces derniers temps peu dignes d’une grande institution culturelle parisienne …



Maison Européenne de la Photographie – 5 rue de Fourcy, 75004 Paris – Entrée : 7 euros (jusqu’au 31 octobre)

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