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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > L’art du poster Rock : rencontre avec Chuck Sperry

L’art du poster Rock : rencontre avec Chuck Sperry

Chuck Sperry (US Version)

C'est évidemment avec un immense plaisir que nous ouvrons cette nouvelle série d'interviews graphiques avec la traduction du plus francophile des artistes US : l'immense Chuck Sperry ! Pour ceux qui suivent, la version américaine était en ligne depuis longtemps, mais...c'est qu'il est bavard le loustic, du coup, laissons enfin la parole à Chuck :

Bonjour, évidemment, comme toute interview du CrewK une première question obligatoire, on écoute quoi quand on arrive chez toi ?

En général il y a une progression au cours de la journée où j'imprime mes posters. Je commence avec Dead Meadow pendant que je mets tout en place, puis Baroness ou les Ramones pendant que je nettoies les écrans. Les Clash et les Who m'accompagnent sur nombre de mes impressions. Il y a aussi du dub ou Manu Chao pour m'aider à me concentrer quand c'est vraiment difficile. Les Uncommonmen From Mars me redonnent un shoot d'énergie si nécessaire. Il y a du Mogwai quand j'imprime la dernière couleur Maggot Brain de Parliament est parfait pour la signature et la numérotation des sérigraphies, bref tout dépend du moment où tu viens me rendre visite.

Tu peux nous en dire un peu plus sur toi, qui es tu, d’où viens tu, que fais tu ?

Je suis un dessinateur de poster rocks de Dayton, Ohio. Ca fait à peu près 30 ans que je fais ça.



Quand as-tu commencé à dessiner ?

Depuis le berceau, mes parents m'ont littéralement mis des crayons dans mon berceau.




As-tu suivi un cursus particulier par la suite ou t es tu formé à force seul à force de dessiner dans les marges ?

Mon père, John Sperry, était l'apprenti du maître sculpteur Robert Koepnik ; et Koepnik a fait ses classes auprès du fameux sculpteur suédois Carl Milles, qui lui même avait été l'éléve d'Auguste Rodin. Petit je sculptais aux cotés de mon père, dans son atelier, mais aussi dans l'atelier de Robert Koepnik.

J'ai intégré un programme d'arts au Living Arts Center de Dayton, Ohio et au Dayton Art Institute.

J'ai un double diplôme de journalisme et d'arts de l'University of Missouri et j'ai étudié l'art avec Frank Stack (aka Foolbert Sturgeon, l'auteur de "The Adventures of Jesus"), qui réalisé quelques une des premières BD underground et travaillé avec Gilbert Shelton (l'auteur des "Fabulous Furry Freak Brothers") au Texas Ranger d'Austin, Texas.J'avais l'habitude de trainer dans les bureaux de Frank pour papoter art, BD, films et toute la culture américaine en général. C'est une mine d'informations culturelles. Frank Stack a déclenché mon destin de dessinateur underground..

Aujourd’hui tu en vis ou tu as une autre activité à coté ?

Ca fait 16 ans que je vis de mon art.

Collabores tu à des journaux/ fanzines ou publications régulières ?

En France j'ai bossé pour Arte, Rock and Folk, Punk Rawk, entre autre.

D’où provient ton inspiration ? Y a-t-il des artistes/graphistes qui ont compté pour toi (en langage rock, quelles sont tes influences) ?

Mes meilleures oeuvres sont très influencées par le fait de dessiner des formes abstraites ou des formes de hiéroglyphes que les gens interprétent comme ils veulent. De ce point de vue, j'aime le travail des post-impressionistes, et les premiers peintres abstraits en terme de d'abstraction purement basée sur la perception d'une image. J'aime créer des oeuvres qui demandent au public de recomposer l'image comme ils veulent dans leur t^te. C'est une liberté que j'aime donner au spectateur.

"Optical art", art psychedelique art et théorie des couleurs, la perception des couleurs et leur utilisation par l'artiste ont une part importante dans mon travail. J'ai lu Josef Albers, "Interaction of Colors," et je recommande ce bouquin à tous les artistes. Je suis passionné par le pouvoir des couleurs, leur perception et leurs relations avec les autres formes d'arts.

Le travail de Malleus a aussi été une grande source d'inspiration, à l'époque où j'abandonnais pas mal de mes idées en cours de route. J'avais besoin d'un coup de pied dans ma fourmilière personnelle.

En 2005, quand est paru The Art of Modern Rock, je me suis dit qu'il y avait peut être une opportunité pour moi d'assumer ce sentiment de faire partie de la scène et de capitaliser sur cette perception.

Pour te donner une idée de l'importance que ça a été pour moi d'être publié dans ce bouquin, The Art of Modern Rock a été précédé par The Art of Rock. The Art of Rock est considéré comme la Bible dans le petit monde des artistes de posters, et The Art of Modern Rock comme le nouveau testament. Me retrouver publié dans ce livre m'a donné l'impression d'avoir terminé une étape de mon travail jusqu'à maintenant. Je pense que je me suis remis en question et me suis interrogé plus profondément sur ma place dans l'art.
En 2006, je suis parti pour l'Europe, pour une résidence au Centro Sociale Leoncavallo de Milan. Je me suis retrouvé avec 1000 pieds carrés (ami lecteur je te laisse faire la conversion en m2) d'espace pour moi dans le plus vieux et plus grrand squat d'Europe. J'ai évidemment accepté l'invitation et je me suis mis à faire des posters pour des shows en Europe et j'ai commencé à voyager un peu partout pour des expositions mais aussi pour découvrir la tradition de l'affiche à l'européenne.

J'ai cherché des expos où je pourrais admirer les oeuvres originales, à partir de 1870 avec Jules Cheret, les années 1890 avec Toulouse Lautrec, et les années 1900 avec Alphonse Mucha. J'ai fait pas mal de musées pour voir leurs oeuvres ainsi que celles de Gustave Klimt par exemple. Mucha et Klimt utilisaient une pallette de couleurs métalliques que j'utilisais aussi de mon coté depuis 10 ans pour un rendu beau et délicat. Leur manière discréte de l'utiliser m'a influencé. Au travers du travail de Malleus j'ai aussi découvert comment il était possible d'intégrer ces influences aujourd'hui et les rendre cohérentes.

Tu es, sans doute, l'artiste américain le plus familier de la scène française, tu peux nous raconter un peu ton histoire avec la France ? Qui sont tes artistes préférés ici ?

Je suis venu à Paris en 2003 pour une expo chez Born Bad, Rue Keller du coté de la Rue de la Roquette ans le 11eme. Firehouse avait organisé un tour de 27 dates aux 4 coins de l'Europe. J'ai rencontré l'équipe de Born Bad à Paris, et Cecelia et Yvan du groupe punk Les Terribles qui m'ont sorti un peu.

A la fin de l'année 2003, l'artiste californien Sunny Buick à déménagé à Paris, donc la fois d'après, en 2004, quand je suis revenu à Paris j'ai pu exposer à l'Arche de Morphée une gallerie de tatouage dans les 11ème près de Menilmontant. L'expo, organisée par Sunny a été fantastique. J'ai rencontré les mecs des Washington Dead Cats. Frank Margerin, le célébre dessinateur de "Lucien," est venu se présenter à moi et on est devenus assez bons amis. Il m'a invité dans son atelier et m'a amené faire un tour sur l'une de ses bécanes dans ses rues parisiennes préférées. Etre assis derrière son scooter, c'était vraiment comme se balader au coeur d'une des planches de ces (ses ?) BD de motards.
Tout en visitant, on a fait quelques expos sauvages. L'une a eu lieux aux Nuns, une autre au Cantata et une au Petit Garage - tous dans le 11eme. On a créé l'événement à Paris. J'ai rencontré les gars de Metal Urban - mon cher ami genevois Yvan Le Hyaric m'a présenté Olivier Votelet guitariste du groupe. Yvan était un peu notre roadie,aidant à porter les posters. C'était le roadie des The Young Gods (il me les a fait rencontré à Bologne en Italie, quand ils jouaient avec Mike Patton au Club Link, un centre du coin). Olivier Votelet m'a présenté Eric Debris et Hermann du groupe. On a fait quelques diners et on s'est bien marrés.

Le petit ami de Sunny, Ludovic Joffrain m'a passé un coup de fil alors qu'il était sur la route pour le centre de l'Italie - revenant d'une expo à Arrezzo - et m'a annoncé qu'il avait rencontré les éditeurs de Rock and Folk qui étaient en train d'oragniser un show à l'Olympia et qu'il nous avait dégoté la possibilité de faire le poster, ainsi qu'une expo d'un mois au Hard Rock Café de Paris sur le Boulevard des Capucines, pas très loin de l'Olympia. On savait que le Hard Rock Café était plutôt touristique, mais ça nous a donné une bonne occasion de montrer notre travail pendant un mois, et, en restant dans la ville, on a eu un mois pour découvrir Paris. On a fait notre expo entre Mai et Juin 2004 multipliant les diners avec Frank Margerin, Eric Debris et Yvan et Cecelia de Born Bad.

On a assisté au Loud Mufflers un show de bagnoles à l'extérieur de Paris avec l'équipe de Born Bad. L'affiche était dingue avec Reverend Beat Man, King Khan and the Shrines et Fifty Foot Combo.

On s'est mis à explorer un peu le coin du Boulevard des Capucines et on a découvert Le Palace, qui malgrè les apparences était ouvert. En fait des squatteurs l'avaient réouvert et y organisaient des expos. Il nous ont fait faire le tour du proprio et on a même vu le fameux coin VIP. On s'est mis d'accord pour exposer nos posters dans le hall d'entrée pour féter la réouverture du club.

On avait entendu dire, par les squatteurs, que Daniel Darc avait donné l'un de ses concerts les plus fameux ici. Il s'est trouvé qu"il était en train de tourner un clip un peu plus loin dans la rue et qu'il avait vu nos posters. On avait accosté une serveuse du Hard Rock Café, Chadia Mhindi et son petit copain, Cyrille Nobilet bossait justement sur la vidéo et avait entendu Daniel Darc parler des posters qu'il avait vu dans le hall du Palace.Cyrille lui a alors dit qu'il en connaissait l'auteur et qu'on était sans doute toujours dans le coin. Daniel Darc a alors fait savoir qu'il aimerait bien nous rencontrer parcequ'il aimait vraiment ce qu'il avait vu. Cyrille nous a alors embarqué sur le tournage du clip et nous a présenté à Daniel D'Arc. On a passé la journée à regarder Daniel chanter en live pour le clip. C'était génial, c'est un mec tellement gentil et généreux !

Tout était donc près pour un show incroyable à l'Olympia en Juin 2004. On devait exposer toute une nuit grâce à Rock and Folk. Il avaient publié une longue interview de nous par Ludovic Joffrain et on avait fait le poster. Nos posters étaient accroché tout le long de l'allée qui mène à la salle. On est parti pour l'Olympia en début d'aprem avec les posters sous le bras et, en entrant dans le métro, j'ai vu un sac plein d'herbe par terre. Je l'ai vite mis dans ma poche. Dès que j'ai eu l'occasion de voir de plus près ce que j'avais récupéré il s'est avéré que c'était de la très très bonne weed !
On s'est donc installés dans le coin du merchandising dans le couloir. Cyrille et Chadia nous ont aidé à rouler une trentaine, quarantaine de joints avec ce que j'avais trouvé. On a commencé à parler avec les gens, a ouvrir notre petit stand et la musique à commencé et un nuage de fumée s'est créé. Et les gens de l'Olympia n'ont, gentillement, même pas fait gaffe à nous. La plupart n'avaient jamais vu ça à l'Olympia, c'était vraiment incroyablement sympa et la musique s'est littéralement arrété à l'aube.

Cette fête a aussi donné lieu à un mariage, une très belle histoire. On avait rencontré Lena Balacco et son copain Charles Mammarot quand on était à Paris. Ils sont passés nous voir pendant l'expo et en ont profité pour se rapprocher l'un de l'autre. Un an plus tard, ils sont venus me rendre visite à San Francisco et ils en ont profité pour se marier à Las Vegas. La fois suivante, quand je suis venu à Paris, leur petite fille, prénommée Elvis, était née mais elle n'était pas plus grande qu'un grain de raisin. Charles m'a amené boire un coup et m'a demandé d'être le parrain d'Elvis. Du coup, Lena, Charles et Elvis font partie de ma famille maintenant. Je suis passé par Paris l'été dernier et j'ai fait une petite expo dans le resto de Lena, le Sésame, Quai de Valmy à la frontière du 10ème et du 11ème arrondissement sur le canal St. Martin. L'expo a eu un énorme succès !!!

Le lendemain de l'Olympia, on prenait le petit dej avec Sunny Buick, Ludovic Joffrain, Olivier Votelet, Hermann Schwartz, Frank Margerin, et, surprise !, voilà que débarquent les Uncommen From Mars qui avait un truc aà nous demander, pile pour le petit dej ! Ils m'avaient vu à l'Olympia et avaient entendu dire que j'exposais au Hard Rock Café. Je crois qu'ils voulaient juste me laisser un petit mot. On s'est tous serrés autour de la table et ils m'ont demandé de faire la pochette de leur prochain disque. J'ai donc fait celle du Live à Lyon. Punk Rawk magazine a publié le dessin en 4ème de couverture et m'ont laissé de la place à l'intérieur.

L'année d'après, les Uncommenmen From Mars étaient en tournée aux states et se sont pointés à San Francisco alors que je terminais un poster pour Eric Clapton au Madison Square Garden. Ils m'ont aidé à emballer les posters pour Clapton, une nouvelle fois, excellent timing les gars ! Je les ai rejoins alors qu'ils écoutaient le mix final de leur nouvel album "Scars Are Reminders." Après on a pris leur van pour aller admirer le Golden Gate Bridge, ça c'était cool, on était assis dans le van sur la colline au dessus du pont à écouter leur nouvel album pour la première fois. Ils m'ont demandé de faire la pochette de celui là aussi. Et quel putain de disque !
Les Elderberries ont vu la pochette du CD des Uncommenmen from Mars, "Scars are Reminders" et m'ont demandé de faire la pochette de "Nothing Ventured, Nothing Gained." Le plus marrant c'est que leur manager habitait aussi à Milan où je vivais depuis un an à faire mes posters. En plus c'était aussi une grande amie de Daniel Darc. On était tranquillement en train de diner à discuter de la pochette de l'album quand elle a passé un petit coup de fil à Daniel juste comme ça, puis elle m'a passé le télephone et je lui ai fait un petit coucou.

Je suis un grand fan du travail du Dernier Cri, à Marseille, ils font des bouquins superbes sur la sérigraphie. Tu peux les contacter sur http://www.lederniercri.org/

Pour terminer, la sérigraphie française est entre de bonnes mains. Tanxxx est vraiment une excellente artiste de Bordeaux. Elle travaille avec Henri-Paul de Brazo Loco Press - www.tanxx.com

Il y a aussi mon excellent ami Alexandre D'Huy qui fait des trucs très beaux pour la ville de Paris - On va faire une expo ensemble très bientôt au Sesame, 51 Quai de Valmy 10eme, metro Republique. http://www.au-sesame.com/

Merci d’avoir répondu à mes questions et à très bientôt sur le site !


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1 réactions à cet article    


  • crew.koos crew.koos 24 janvier 2012 11:11

    Underground certes, mais le phénomène a pris, aux alentours de 2005, une ampleur considérable aux USA et ce, depuis l’avénement du CD et donc la disparition relative des pochettes d’albums vyniles.
    Le site gigposters.com a grandement participé à ce renouveau.
    Merci pour ton comentaire Laurie et reste en éveil, la série est loin d’être terminé, il faut juste me laisser le temps de la traduction ;)

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