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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « L’Autre fille » d’Annie Ernaux de retour aux Déchargeurs

« L’Autre fille » d’Annie Ernaux de retour aux Déchargeurs

Quelque part entre le dédoublement de personnalité et la quête de l’alter ego, l’auteur Annie Ernaux pose les jalons d’une interrogation immanente concernant sa sœur terrassée par la diphtérie à l’âge de six ans environ deux années avant sa propre naissance.

 

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L’AUTRE FILLE
© Julien Piffaut

  

La problématique insidieuse va procéder du silence de leurs parents s’apparentant au déni existentiel, auquel paradoxalement devrait s’ajouter une préférence avouée à un tiers qu’Annie découvrira au détour d’une conversation maternelle interceptée par hasard :

Désormais, le choc ressenti lors de cet aveu « l’autre fille était plus gentille » la maintiendra en état de défiance permanente vis-à-vis de ses parents qui, sans doute relativement insatisfaits de la « substitution » de l’une par l’autre, maintiendraient secrètement une nostalgie valorisée à l’égard de leur première fille ainsi disparue.

 

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L’AUTRE FILLE
© Julien Piffaut

  

Ce non-dit vital ayant persisté durant toute leur vie de couple, ce n’est qu’après leur disparition, que la romancière décidera d’écrire une lettre adressée à cette sœur méconnue d’elle-même mais ayant eu un tel impact sur sa propre existence.

Comment se situer par rapport à cette aînée dont la maladie fatale aura permis à Annie de voir le jour ?

Comment se sentir dépositaire, a posteriori, d’une destinée dans laquelle Annie s’est inscrite au plus haut point en accaparant la chambre de l’absente, son lit, ses vêtements, son cartable et ainsi être devenue une sorte de double, malgré soi, de cette personnalité forcément différente voire étrangère à elle ?

 

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L’AUTRE FILLE
© Julien Piffaut

  

Comment admettre, a contrario, qu’elles auraient pu toutes deux être proches dans leur sororalité alors même que les circonstances et le mutisme ambiant avaient choisi délibérément de les rendre interchangeables ?

Au Théâtre Les Déchargeurs, la résidence de cette création à succès sera prolongée par une reprise début 2019 selon la même co-mise en scène de Jean-Philippe Puymartin & Mariane Basler.

En effet, c’est donc ce lourd tribu aux relations identitaires que la comédienne a choisi d'incarner sur scène en une implication d’autant plus intense que cette dénégation ontologique lui en rappelle une autre très intime la concernant et qu’il pourrait en être ainsi pour chaque spectateur interpellé en son propre vécu mémoriel.

   

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L’AUTRE FILLE
© Julien Piffaut

  

Ainsi Marianne, interprète aguerrie et engagée, s’interroge à haute voix ou même dans le chuchotement sur le ressenti s’emparant de sa « présence au monde » jusqu’à la faire douter de sa volonté à vivre à la place de l’autre… tout à la fois manquante et néanmoins omniprésente.

Assise devant un petit bureau, les feuilles d’écriture noircies se succèdent en brouillons à chiffonner tant le poids des mots inexacts pèsent davantage que le désir impérieux de communiquer au plus juste avec celle qui, au-delà des apparences, ne devrait jamais recevoir la lettre qui lui aura ainsi été dédiée… à moins que les forces de l’esprit soient plus déterminées que ces malentendus tellement douloureux s’interposant entre les êtres, ici-bas ou ailleurs.

  
photos © Julien Piffaut
        
L'AUTRE FILLE - **.. Theothea.com - de Annie Ernaux - mise en scène Jean-Philippe Puy Martin & Marianne Basler - avec Marianne Basler - en Tournée & Théâtre Les Déchargeurs (reprise du 19 mars au 6 avril 19) 

 
 

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L’AUTRE FILLE
© Julien Piffaut

   

 


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5 réactions à cet article    


  • velosolex velosolex 24 janvier 12:14

    Annie Ernaux, ou l’art de gratter ses croutes. 


    • Sophie Sophie 24 janvier 17:25

      @velosolex
      Elle a beaucoup souffert...


    • velosolex velosolex 24 janvier 18:32

      @Sophie
      Un fond de commerce dans la plainte.
      Comme quoi le petit commerce n’est pas mort. Elle ferait un roman sur la honte d’avoir vu ses parents s’échiner sur un presse purée à manivelles, alors que les voisins en avaient un robot mixeur.
      Son thème, son mantra obsessionnel comme un « je vous salue Marie » de bicotte : La culpabilité, et « La honte de classe », réchauffée au micro ondes, dont Edouard Louis a repris le flambeau dernièrement. Les bobos adorent. on peut construire une carrière littéraire la dessus, en fantasmant le passé. Ces deux auteurs le montrent à chacune de leur soupe, bien délayée et léger, il faut le dire. Mais un public d’inconditionnels applaudi. C’est plus ou moins la même chose chez les humoristes, et les chanteurs populaires, usant d’un effet d’estime. 
      Mes parents moi aussi étaient dans le petit commerce, à la même époque. Je suis de la même condition, et même du même pays, la Normandie. A cette époque, contrairement à ce que cette dame claironne, jamais il n’y eut autant d’ouvriers, d’enfants de commerçants, à accéder aux bancs d’une fac qui n’était dévalorisée. Une époque où la différenciation entre classes sociales n’était pas flagrante comme maintenant, et où existait un vrai ascenseur social. A l’opposé de son vécu fantasmé, où elle se transforme en exception, ayant échappé à un ordre atavique du monde, où le fils et la fille d’ouvrier ou de commerçant devait prendre forcément la succession.
      Il n’y eut pas d’autre époque autre que ces « trente glorieuses » pour bousculer, les codes, et les cases… N’allez pas croire que je suis misogyne, comme claironne Shiappa à ceux qui l’attaquent. Mes grands auteurs sont surtout américains. J’aime beaucoup Carol Oates, Annie Proulx. Et Margaret Atwood que je découvre que je dévore en ce moment. 
      Sans doute cet auteur touche dans ce livre tout de même son problème essentiel. Celui de ne pas avoir été élevé dans une famille nombreuse, comme cela était si commun alors. Enfant unique, tu n’es pas soumis à cette concurrence, cette émulation et ces critiques, qui déplace le regard des parents vers d’autres. Il ne te reste plus qu’à inventer un monde, et ses intentions, et d’y trouver des prises, plus ou moins réelles, comme système de défense à la dépression. Au moins l’écriture rend ce service, surtout quand on parvient à en faire une rente de situation. 


    • pemile pemile 24 janvier 12:22

      @Theothea « Comment se situer par rapport à cette aînée dont la maladie fatale aura permis à Annie de voir le jour ? »

      On est pas en Chine avec l’enfant unique, cette aînée dont la maladie fatale aura privé Annie de sa grande soeur ?


      • Christian Labrune Christian Labrune 24 janvier 20:21

        Littérature de la misère ou misère de la littérature ?

        Ras-le-bol de la sous-culture !

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