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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « L’Avocat de la terreur » de Barbet Schroeder, présenté au Festival (...)

« L’Avocat de la terreur » de Barbet Schroeder, présenté au Festival de Cannes 2007

Le film de ce 60e festival qui m’a le plus marquée est... un documentaire sélectionné dans la section « Un Certain Regard ». Intitulé « L’Avocat de la terreur », et signé Barbet Schroeder, il dresse le portrait d’un avocat aussi énigmatique que médiatique : Jacques Vergès.

5be1ed711675cbf7aaeb2c2b201aaccf.jpgEn préambule de cette passionnante et édifiante projection, Thierry Frémaux, dont je ne présente plus l’enthousiasme débordant et communicatif, salue la présence dans la salle d’un des membres du jury de la compétition officielle, Michel Piccoli, et de Pedro Almodovar.

Communiste, anticolonialiste, d’extrême droite ? Quelle(s) conviction(s) guide(nt) Jacques Vergès ? Barbet Schroeder mène l’enquête pour élucider le mystère. Au départ de la carrière de cet avocat énigmatique : la guerre d’Algérie et Djamila Bouhired, la pasionaria qui porte la volonté de libération de son peuple. Le jeune homme de loi épouse la cause anticolonialiste (procès mémorable où il fait le procès de la justice, Djamila Bouhired sera ainsi condamnée à mort puis graciée !), et la femme. Puis, entre 1970 et 1978, il disparaît. Huit longues années de clandestinité qui suscitent les rumeurs les plus folles. A son retour, il défend les terroristes de tous horizons et des monstres historiques tels que Klaus Barbie, le tristement célèbre ancien chef de la Gestapo de Lyon (là, il ne fera pas le procès de la justice mais... celui de la Résistance !).

Le documentaire commence donc en Algérie, là où débute aussi la carrière de l’avocat qui y défendit Djamila Bouhired puis qui l’épousa. Les images d’archives alternent avec l’interview de l’avocat, et les entretiens avec des proches de ce dernier, des fréquentations souvent peu recommandables (il revendique ainsi son amitié avec un ancien nazi notoire : le banquier suisse François Genoud).

A travers le portrait de cet homme ambigu passant de l’extrême gauche à l’extrême droite, de la défense des persécutés à celle des persécuteurs, de la clandestinité à l’exposition médiatique, de l’opposition à l’Etat français à une éventuelle collaboration avec les services secrets, ses huit années de disparition n’ayant jamais réellement été élucidées (même si on évoque un exil au Cambodge...), c’est celui du terrorisme du XXe siècle qu’effectue Barbet Schroeder.

Dictateurs africains, Khmers rouges et Pol Pot, Klaus Barbie... tout ce que le XXe siècle a compté de terroristes semble avoir un jour ou l’autre croisé la route de Jacques Vergès qui, loin de s’en défendre, le revendique avec cynisme, suffisance et bravade. L’Algérie, la Palestine, l’Afrique, le Cambodge, aucune partie du globe où règne - ou où a régné la violence - ne lui est inconnue.

Si la longueur de ce documentaire vous rebute, sachez que le parcours de cet avocat de la terreur se regarde comme un thriller palpitant, qu’il nous paraît trop court tant Barbet Schroeder fait preuve d’habileté dans sa mise en scène et dans son montage. Il ne recourt ainsi jamais à la voix off mais à une musique qui donne des allures de films d’espionnage à ce documentaire qui ressemble à s’y méprendre à une fiction qui nous permet de reconstituer les pièces du parcours mystérieux de l’avocat, puzzle aux multiples et dangereuses ramifications.

Il révèle l’ambiguïté d’un homme dont il explique l’engagement autant par ses origines, desquelles résulterait son horreur de la soumission et de l’oppression, que par ses histoires d’amour (Djamila Bouhired puis la femme de Carlos) : l’ambiguïté de celui qui pleure dans les prisons des combattants algériens et qui défend Klaus Barbie sans un remord en déclarant, avec une jubilation délibérément ostentatoire qui ne peut que susciter le malaise du spectateur (et qui la suscite à dessein, la provocation étant l’arme favorite de l’avocat), que c’est « euphorisant de le défendre seul contre 39 avocats », l’épicurien parfois enfantin qui tire avec un pistolet à eau sur les passants et qui se déclare capable de tuer...

Barbet Schroeder (qui a eu le final cut) ne prend pas parti, mais certains plans sont particulièrement éloquents comme ceux des interviews de Vergès qui se met lui-même en scène avec une vanité stupéfiante, jouant du silence entre deux bouffées de cigare, entre deux paroles délibérément provocatrices, dans un décor aussi fastueux qu’était misérable celui de certains de ses clients, des paroles parfois démenties par les interviews qui leur succèdent grâce à un montage astucieux. Le générique de fin est ainsi un clin d’oeil ingénieux, il énumère les noms des clients de Jacques Vergès et défilent sous nos regards effarés les plus grands criminels du XXe siècle.

Plus qu’un documentaire, c’est une plongée passionnante et instructive dans l’Histoire du XXe siècle, dans ses zones d’ombre à travers celles d’un homme (ses années de disparition, son énigmatique enrichissement...), qui donne parfois froid dans le dos et est tellement réussie qu’elle nous fait presque oublier qu’elle relate des faits dramatiquement réels dont Vergès a tour à tour été le protagoniste, l’avocat et parfois la victime autoproclamée... Fascinant et terrifiant à l’image de son protagoniste, un documentaire qui est aussi une réflexion sur la vérité et la sincérité d’un engagement. A voir absolument !


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16 réactions à cet article    


  • CAMBRONNE CAMBRONNE 4 juin 2007 11:00

    Merci à l’auteure pour cet excellent article qui donne envie de voir le film .

    Paul Vergés est un sujet en or et il est bien qu’un grand cinéaste comme Barbet Schroeder s’en soit emparé .

    Paul Barril qui fut un temps le chef du GIGN a lui aussi eu Paul Vergés comme avocat .

    Salut et fraternité .


    • Ulysse 4 juin 2007 12:23

      Cambronne, relisez vous merde !  ;)

      Il se prénomme Jacques et non Paul !


    • Sandra.M Sandra.M 4 juin 2007 13:33

      Je suis ravie de donner envie d’aller voir ce magnifique documentaire sur JACQUES Vergès car il le mérite (le documentaire, Jacques...un peu moins).


    • prgrokrouk 4 juin 2007 12:51

      Ouais, c’est vrai, relisez-vous, merde !


      • CAMBRONNE CAMBRONNE 4 juin 2007 13:45

        MERDE ALORS si on peut plus se tromper !

        Sorry sorry


        • snoopy86 4 juin 2007 13:50

          @ Cambronne

          Bonjour ami...

          Mais que font donc les jolies infirmières que tu nous promettais à Maxim et moi-même ?


        • snoopy86 4 juin 2007 13:52

          Et puis, Pierre Paul ou Jacques du moment que tu n’oublies pas l’accent de Vergès...


        • CAMBRONNE CAMBRONNE 4 juin 2007 14:18

          Salut Snoopy

          Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent !

          Et fraternité .



        • Ulysse 4 juin 2007 14:30

          Ca ne méritait pas tant d’excuses, je n’ai juste pas pu résister a faire un bon mot (de Cambronne)


        • snoopy86 4 juin 2007 14:35

          Merci Matou..

          N’as-tu pas peur que Maxim Béru-Choron nous pète un cable avec çà ?


        • LE CHAT LE CHAT 4 juin 2007 14:40

          @snoopy

          maintenant qu’il y a les cachous bleus , pas de blème ; à défaut la chemise de démian fera l’affaire smiley


        • CAMBRONNE CAMBRONNE 4 juin 2007 14:53

          DER KAT

          Du bist ein gross schwein !


        • LE CHAT LE CHAT 4 juin 2007 15:08

          @CAMBRONNE

          en allemand , DIE KATZE smiley

          salut et fraternité


        • Xerxès Xerxès 4 juin 2007 17:51

          Article infesté de clichés...

          Votre conclusion est au même niveau d’esprit que la Diktat BHLienne qui empeste les médias en France avec ses crottes hébdomadaires vendu sous plastique en guise de pensées philosophique.

          Il a de la chance d’avoir des groupies de cette trempe. smiley

          Xerxès


          • Yoann Derriennic Yoann Derriennic 6 juin 2007 23:51

            Merci,j’y suis allé dès sa sortie Yoann j’ai rédigé une note également !

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