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L’écrit du cœur

L'écrit du cœur

 

À l'heure où la Liberté prend des airs d'étendard, il me saute aux yeux que la première des libertés est celle d'écrire. Mais écrire pourquoi et pour qui ? Si l'on écrit, c'est pour être lu, mais est-ce si simple ?

Avant d'écrire, j'ai lu. La plupart du temps, l'enfant que j'étais posait les pieds au mur et s'adossait au sol pour voyager et peut-être s'échapper. Parce que l'âge de la lecture, des premières lectures que l'on fait seul, est aussi l'âge d'une certaine compréhension du réel et de sa rugosité, plus ou moins prégnante suivant notre étoile. Et même avec une bonne étoile, les murs de la vie sont en crépi.

Mais les mots lubrifient les murs.

Puis j'ai écrit des chansons parce que ça m'est venu. Ça m'est tombé sur la tête. D'un tempérament obsessionnel, j'ai voulu en faire ma vie. Une question se pose : la vie est-elle ce que l'on en fait ?

Dans l'attente d'une réponse qui ne viendra pas ou ne me satisfera pas, la vie fut autre chose.

Mais l'écriture était toujours là, et pour ne pas perdre le fil, j'ai écrit des haïkus dans le métro et ailleurs. Parce que le métro c'est érotique, un rien bestial et indécent. J'ai écrit ça dans une chanson.

Aujourd'hui je rédige pour Internet : je suis un rédacteur web communicant au service de marques.

Alors pourquoi écrire ? Où cela nous mène-t-il ? Il se dit à l'évidence qu'écrire est un partage, mais c'est oublier l'acte de thérapie, le besoin de se raconter, de poser des mots sur nos sensations, qu'importe le style, qu'importe le lecteur : je suis aussi mon propre lecteur.

Je ne suis pas un fou des carnets. Je connais des addicts, des griffonneurs subjugués par la beauté de ces objets reliés, avec ou sans quadrillage, et qui les remplissent de leur plus belle écriture. Moi, j'écris sur des bouts de papier, j'en ai quelques-uns dans une pochette, mais la plupart du temps je les jette.

Si l'écrit n'est pas lu, quid de la mystique ? Et si écrire n'était pas se dire, mais dire l'immensité de la vacuité dans ce qu'elle a de potentialité ? Parce que rien, c'est la porte ouverte à tout, et voilà ce que l'on fait quand on crée : on habille le néant de quelque chose. Et il se trouve que ce quelque chose entre en résonance avec les capteurs sensoriels de certains individus : c'est la communion de l'art.

Pourquoi veut-on communier au lieu de communiquer ? Peut-être parce que communiquer est humain alors que communier est divin et que le divin nous fascine. Que l'on soit croyant, athée ou agnostique, l'infini nous questionne et la question de notre raison d'être nous foudroie. Comment y répondre par les mots sinon par la poésie ? Lacan disait que le rapport sexuel est impossible, qu'il n'y a pas de rapport, qu'il n'y a que des tentatives, des approximations. J'en conclus que toute volonté est vouée à l'échec.

Sauf peut-être la volonté d'écrire. Qu'importe le résultat pourvu qu'on ait le geste.

Parce que ce mouvement du corps pour coucher ses rêves sous son propre regard et sous celui des autres est le signe d'une rébellion, celui d'une pensée qui se veut libre, qui veut prendre forme et s'échapper. Quand bien même elle n'a rien à dire.

Alors, tout est possible : écrire pour soi, écrire pour la postérité, écrire pour son Amour, écrire pour ses parents, pour ses enfants, écrire pour des idées, écrire pour convaincre, écrire pour vivre, vivre pour écrire, écrire pour mentir, écrire pour crier, écrire pour se taire.

 

Cyril Rollet de Leiris


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5 réactions à cet article    



    • Jean 17 juillet 18:25

      @Lampion
      Youtube je ne veux y accéder, faites un résumé svp.


    • cyrus cyrus 17 juillet 18:31

      @Jean

      Le generique des bisounours , dessin animé ...
      Une autre facon de saluer unanimement l’ article qui va changer le destin d’ agoravox smiley


    • Étirév 18 juillet 08:07

      Les cœurs...ment ?
      Pour résumer, et en accord avec « le mariage pour tous » d’hier, le (la) « Pass sanitaire » aujourd’hui c’est « l’enc..ade » pour tous.
      Pour celui ou celle qui a encore des yeux pour voir et des oreilles pour entendre, il n’y a rien d’étonnant à cela : c’était aussi voyant qu’une démolition contrôlée.
      Pour les autres, à force de naïveté et/ou d’ignorance, de paresse aussi bien physique qu’intellectuelle puisque l’une ne va pas sans l’autre, et le nez perpétuellement sur votre portable vous n’avez rien vu, et vous l’avez finalement bien cherché.
      Comme Pinocchio, après vous être laissez aller à tous les divertissements de bas étages et à toutes les faiblesse que procure la pure sensation, vous êtes tombés dans le piège plannifié par vos zélites : vous avez été abêtis et êtes devenus des ânes bêlant, corvéables à merci.
      Maintenant, il va falloir faire de gros efforts si vous voulez remonter la pente si facilement descendue :
      Soit vous luttez collectivement pour survivre collectivement, soit vous ne luttez pas collectivement et ce sera la fin de votre civilisation et de la liberté, y compris celle de vivre et de mourir.

      BLOG


      • I.A. 19 juillet 14:03

        Nan, faux pas léser coûté, savez... sont saints pas, mais ils le dis simulent.

        Bon, si la première de vos libertés, c’est d’écrire, alors vous pouvez toujours dire « merci patron » ou « merci Macron ».

        Moi, la première de mes libertés, c’est de sortir où je veux, quand je veux, sans fichu sur le nez ni manières ridicules, et quel que soit leur nombre, d’être avec les personnes que j’apprécie... Alors vous comprendrez, bien sûr, qu’écrire dans ces conditions, en ce qui me concerne, ce n’est pas la panacée...

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