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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > L’écrivain de la famille

L’écrivain de la famille

J’ai beaucoup dénigré Facebook par le passé. J’avoue même avoir été tenté d’inventer hatebook, histoire de contrebalancer l’influence « positive » de FB dans le monde (ça commence à bien faire tout ce bonheur, tous ces gens qui s’aiment et se disent amis).

Hé bien, je retire pas tout ce que j’ai dit, mais presque. En effet, grâce à Facebook, j’ai découvert un auteur. Son nom : Grégoire Delacourt.

Wikipedia nous apprend qu’il est publicitaire et qu’il a inventé le slogan « Vous n’aviez jamais mangé de camembert » (Cœur de Lion). Sache cher Grégoire que dans mon cas, c’est toujours vrai (et pourtant, mon père est normand, comme quoi il y a des récalcitrants (il doit y avoir un jeu de mot à faire avec calcium, mais je trouve pas)).

Bref. Passons au bouquin, le fromage, ça a beau être où on veut, quand on veut, c’est pas le moment.

Difficile de résumer ce livre qui s’étale sur trois décennies. Un livre qui ressemble un peu au livre d'une vie et qui dissèque la trajectoire d’une famille, forcément compliquée, forcément chaotique. Une vie faite de petites lâchetés, de renoncements, et où la frontière entre l’amour et la haine est plus que floue.

Une famille aux destins chamboulés, des destins racontés avec grâce et légèreté, avec humour et gravité. Le genre de gravité qui te fait retomber lourdement sur le plancher des vaches, juste après avoir ri. Lorsque le rire apparaît, la nostalgie n'est jamais loin, et inversement ai-je envie de dire. N’y a-t-il pas meilleur rire ou plus belle larme que celui ou celle qui naît du contraste, du choc souvent ?

Edouard (le héros) est de ces enfants dont les parents sont passés d'une guerre à l'autre, meurtris à jamais et reposant leurs espoirs d'une vie meilleure sur leur progéniture.

Parce qu’il a écrit quatre lignes de poème dans ses jeunes années, sa famille a décidé qu’Edouard serait l’écrivain de la famille, capable de guérir tous les maux par les siens (à l'oral ça passe mieux).

Passer de l'espérance à la volonté comme dirait Sénèque est tout un art que G. Delacourt raconte avec un sens de l'écriture bien à lui, ainsi qu’un sens du tempo, du chaud et froid, tant et si bien qu'on se demande parfois s'il faut rire ou pleurer.

Petit exemple (j’adore les exemples, même si en général je raconte tellement mal les histoires que l’idée que je puisse être atteint d’une forme précoce d’Alzheimer m’effleure souvent après le mot « fin »). Lorsqu’il raconte l'histoire de cette femme morte étouffée par une arête de poisson et qui a tenté en vain de prévenir les secours (qui ont cru à une blague). Hé bien, quand il raconte cette histoire, croyez-moi, c’est très drôle. Bon là, j’ai très mal raconté (je vous avais prévenu). J’ai donc réussi mon coup : vous montrer qu'écrire est un talent que Grégoire maîtrise parfaitement (pour rendre ça drôle, il faut y aller quand même). Accessoirement je vous ai aussi montré que je ne l'avais pas (d’une pierre deux coups comme on dit chez les alsaciens (ça marche mieux à l’oral aussi)).

On pourrait aussi voir ça comme un livre qui raconte le paradis perdu de l’enfance, celui où l'on croit sa famille indestructible, où l'on croit que ce cocon restera à jamais protecteur. Et puis, en fait, non. La mère devient amante, le père Dumbo (à cause des oreilles, pas de la trompe) et parti (mais a-t-il jamais été là ?), le frère autiste se fait interner, etc. Et le héros de se retrouver avec le poids de leurs échecs sur ses épaules. A toi de jouer mon coco.

Mais est-on fait pour le rêve des autres ? Ne doit-on pas d’abord faire ses propres erreurs (de ce côté, le héros en connaît un rayon, il a le profil du faux loser qui finit toujours pas gagner et à réussir quelque chose (bon c'est juste pas là où on l'attendait, c'est un peu la partie lose du faux loser)).

Ca parle pas mal de femmes aussi tiens, pendant que j’y pense (c’est important de faire un peu de teasing, parce que là je sais pas trop si vous avez envie de lire le bouquin ce qui serait une connerie monumentale vu que c’est très bien (2ème teasing en un seul paragraphe, chapeau)).

Finalement, cela raconte aussi un peu l'ironie de la vie. Ainsi, lorsque l'on atteint le but que l'on nous avait fixé, plus personne n'est à l'arrivée. Trop tard comme on dit, mais bien essayé. Il n’est cependant jamais assez tard pour comprendre la célèbre phrase de Morpheus à Néo (sacrée référence) : « Ce qui compte Néo, ce n’est pas l’objectif. C’est le chemin que tu parcoures pour y arriver ». Ou un truc du genre (*).

Bref, un beau bouquin très bien écrit. Pour résumer et pour ceux qui ne lisent que les premières et les dernières phrases des articles (tous les jeunes de moins de vingt ans et qui sont nés avec une zapette dans la main donc), j’ai trouvé ça très bien et très émouvant.

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(*) : Je sais pas raconter les histoires, et je suis pas non plus le roi de la chute. Un des drames de ma vie (parmi tellement d’autres).


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2 réactions à cet article    


  • le journal de personne le journal de personne 28 décembre 2011 16:38

    Face to face book

    Et s’il y a quelque chose à réformer dans nos sociétés, ce ne sont ni les constitutions, ni les entendements mais les cœurs... le cœur des hommes.

    http://www.lejournaldepersonne.com/2011/12/face-to-face-book/


    • Fabienm 28 décembre 2011 16:49

      certes...
      vaste programme.

      Moi, je suis plus intéressé par le coeur des femmes, mais c’est mon côté fleur bleue j’imagine.

      Plus sérieusement, on commence où ?

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