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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « L’Idiot » Arnaud Denis est Prince Mychkine au Théâtre (...)

« L’Idiot » Arnaud Denis est Prince Mychkine au Théâtre 14

Dans ce même Théâtre 14, vingt ans auparavant, Emmanuel Dechartre prenait le visage du Prince Mychkine selon une mise en scène de Jacques Mauclair. Son attitude placide et bienveillante à l’égard de son entourage créait une sorte de présence-absence autour du personnage suscitant en retour une perception d’étrangeté distanciée.

 

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L’IDIOT
© LOT

  

En s’emparant de ce même rôle aujourd’hui, Arnaud Denis compose un être tourmenté subtilement christique mais davantage interventionniste sur les lacunes d’un monde en perdition. Il y a une dimension messianique dans son interprétation, un peu comme s’il était en charge de toute la misère du monde.

Cependant, le rayonnement du Prince est tel que tous ceux qui l’approchent ne peuvent éviter de se poser pour eux-mêmes la question de l’indifférence morale face à leurs intérêts immédiats. 

En contrepartie sa maladie, dont non seulement il ne se cache pas mais d’une certaine manière en revendique les troubles, force chacun à se positionner en une oscillation incessante entre candeur pathologique et hyper sensibilité éclairée.

 

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L’IDIOT
© LOT

  

De l’idiotie caractérisée à la crise d’épilepsie, l’ensemble du syndrome pourrait être à charge d’une déviance du jugement et rendre ainsi marginale l’influence du Prince sur les êtres et les choses mais c’est tout le contraire qui se produit :

En effet, parvenu à une période de rémission, celui-ci est sur le retour d’un long traitement psychothérapique en Suisse afin de rejoindre sa Russie natale et c’est donc en convalescent, certes vulnérable et fragile, qu’il va reprendre son identité sociétale, fort de toutes ses découvertes sur lui-même et sur les autres.

 

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L’IDIOT
© LOT

  

D’emblée, cela inspire le respect empathique et c’est ainsi en philosophe par défaut qu’il renoue avec les comportements pour le moins contradictoires de ses contemporains.

Que ce soit du côté de ses fréquentations masculines, Rogojine (Thomas Le Douarec ou Gilles Nicoleau), Lebedev (Bruno Paviot) et autres généraux de rencontre opportune (Daniel-Jean Colloredo), c’est sur la nécessité de replacer « l’humain » au centre des valeurs éthiques que se focalise la mission de Mychkine.

Quant à ses deux fascinations amoureuses du moment, Aglaé Ivanova (Marie Oppert) et Natassia Philippovna (Caroline Devismes), celles-ci se partagent les attraits d’un homme dont la sensibilité exacerbée ne peut se résoudre à trancher sans éprouver doutes, remords et frustrations.

 

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L’IDIOT
© LOT

  

Il faut dire que les deux jeunes femmes, chacune au sein de leurs propres terrains de conquête, jouent l’une avec les sentiments privés, l’autre avec les susceptibilités collectives pour subjuguer plus ou moins délibérément ce représentant de la gent masculine pris ainsi dans un étau libidinal duquel il ne parvient point à se soustraire.

Roman de plus de mille pages, « L’Idiot » de Fiodor Dostoïevski constitue l’une des références existentielles suprêmes de la littérature Russe ; sa traduction et son adaptation théâtrale posent, à chaque nouvelle création, les mêmes questions d’adéquation avec l’œuvre originelle.

Il apparaît qu’ici la légitimité de la démarche artistique se concentre en une seule et même personne : En effet, Thomas Le Douarec assume à la fois le texte francophone et la mise en scène théâtrale, tout en jouant le rôle de Rogojine, frère du prince, en alternance.

 

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L’IDIOT
© Theothea.com

  

Son axe dramaturgique essentiel est celui « d’un homme tendu vers le bien mais harcelé par le mal ». Sa conviction idéologique admettrait que « Sans la foi, l’homme est une fatalité pour l’homme… Même quand il est bon ! » En bref, il souhaiterait que le spectateur sorte de la salle « réveillé ».

Mission pleinement accomplie sous l’interprétation « idéale » d’Arnaud Denis et l’ensemble de la compagnie Le Douarec aiguisée à vif au scalpel du ressenti.  

     

photos 1 à 4 © LOT

photos 5 & 6 © Theothea.com
    
L'IDIOT - **** Theothea.com - de Fiodor Dostoïevski - mise en scène Thomas Le Douarec - avec Arnaud Denis, Thomas le Douarec & Gilles Nicoleau en alternance, Caroline Devismes, Fabrice Scott, Marie Lenoir, Marie Oppert, Solenn Mariani, Daniel-Jean Colloredo, Bruno Paviot - Théâtre 14

  
  

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L’IDIOT
© Theothea.com

   


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1 réactions à cet article    


  • Jean Roque Jean Roque 14 juin 21:11

     
     
    « Peut-on aimer tous les hommes sans exception, tous ses semblables ? Voilà une question que je me suis souvent posée. Certainement non ; c’est même contre nature. L’amour de l’humanité est une abstraction à travers laquelle on n’aime guère que soi. Mais si cela nous est impossible, il n’en va pas de même pour vous [le bobo] ; comment pourriez-vous ne pas aimer n’importe qui alors que vous n’êtes au niveau de personne et qu’aucune offense, aucune indignation ne saurait vous effleurer ? [une chiure] Vous seul pouvez aimer sans égoïsme  »
     
    Dostoïevski, L’idiot [le gogochon]

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