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« L’Illusion Comique » de Pierre Corneille avec Denis Podalydès à La Comédie Française

Si l’oeuvre de Pierre Corneille avait, jusqu’à nos jours, pu faire illusion et si, par surcroît, celui-ci était un auteur comique, cela se saurait depuis 1636 où alors, âgé de trente ans, il rédigeait entre Médée et Le Cid, cette comédie en cinq actes qui, après sa création, tomba dans l’oubli deux siècles durant.

Ainsi " L’illusion comique " entra, sous une forme tronquée, au répertoire de La Comédie Française en 1861 ; ensuite Louis Jouvet la monta de manière fort spectaculaire en 1937 et voici que la Salle Richelieu l’accueille à nouveau en 2008 sous l’égide du metteur en scène bulgare, Galin Stoev ayant déjà collaboré récemment par deux fois avec La Maison de Molière.

Donc on le sait, Pierre Corneille n’est pas un joyeux drille prêt à multiplier les farces et attrapes pour abuser un public enclin à s’esclaffer.

En revanche, faire preuve d’un talent polymorphe pour amener le spectateur dans un labyrinthe où le tragique s’entremêlerait avec la comédie de moeurs jusqu’à se fondre en une même entité virtuelle faisant apparaître la réalité sous une illusion à front renversé ; voilà bien le défi que le jeune dramaturge eut, alors, envie de résoudre à sa propre mesure.

En effet, la mise en abîme du théâtre est, depuis toujours, une tentation vertigineuse, inhérente à l’imaginaire que le spectacle vivant peut, à merveille, susciter.

En présentant au regard médusé d’un père (Pridamant) , l’amour contrarié de jeunes gens dont son propre fils (Clindor) est un héros malgré lui, c’est au travers du filtre de la prestidigitation que l’hallucination va pouvoir se dérouler en temps réel.

Passion, rivalité et trahison s’y confronteront en un combat sans merci jusqu’au meurtre inéluctable. Au final, le magicien (Alcandre), grand ordonnateur de cette représentation du drame, aura beau jeu, de dévoiler au père abasourdi, le stratagème exutoire dont le théâtre est, à jamais, l’heureux dépositaire.

La scénographie à deux têtes (Saskia Louwaard & Katrijn Baeten) a imaginé et conçu une structure en dédale où les composants se proposent en reflets, les uns aux autres.

Dirigés tels des comédiens d’un Conservatoire en pleine leçon d’école, les sept acteurs (Alain Lenglet, Denis Podalydès, Julie Sicard, Loïc Corbery, Hervé Pierre, Adrien Gamba-Gontard, Judith Chemla) de la troupe du Français déclament la versification, comme à la répétition, en feignant les effets à couper ou à conserver au montage.

De l’extérieur vers l’intérieur de l’infrastructure, les multiples cloisons s’offrent, d’abord opaques, en obstacle à la perception psychologique des protagonistes ; puis peu à peu, elles s’effacent au profit d’une vision translucide de la situation relationnelle jusqu’à ne laisser apparent sur scène que la silhouette des éléments porteurs cadrant les corps et les personnalités, ainsi à nu.

Cette mise en scène a l’ambition de restituer, grâce à l’incarnation articulée des vers Cornéliens, la force et la puissance de l’illusion se jouant uniquement ici et maintenant car prête à disparaître, ceux-ci aussitôt dits.

C’est pourquoi, à l’aune d’une maîtrise de l’éphémère, davantage cérébrale que sensitive, la réussite devra s’apprécier selon la prestation des acteurs, sans cesse renouvelée de décembre 08 à juin 09.
 
Photo © Cosimo Mirco Magliocca
 
L’ILLUSION COMIQUE - ** Theothea.com - de Pierre Corneille - mise en scène : Galin Stoev - avec Alain Lenglet, Denis Podalydès, Julie Sicard, Loïc Corbery, Hervé Pierre, Adrien Gamba-Gontard & Judith Chemla - Comédie Française


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1 réactions à cet article    


  • Fergus fergus 18 décembre 2008 17:50

    Je ne sais pas ce que donnera cette version de l’Illusion comique par la troupe du Français, mais je peux affirmer que, près de 4 siècles après qu’elle eût été écrite, cette pièce reste, en dépit de quelques tournures de versification archaïques, d’une confondante modernité et d’une étonnante drôlerie.

    Les comédiens français, auréolés de leur prestige et du talent de Podalydès, pourront-ils dépasser la formidable prestation de la troupe de Marion Bierry récemment vue au Poche Montparnasse ? Pas sûr, tant les acteurs (je peux en témoigner) y étaient tous excellents, à l’image de Bernard Ballet, étincelant dans le rôle de Matamore.

     

    Un Matamore qui, par certains côtés, ne manquera pas d’évoquer Sarkozy aux spectateurs, comme le montre cette tirade :

     

    « Je te le dis encore, ne sois plus en alarme,

    Quand je veux j’épouvante et quand je veux je charme.

    Et selon qu’il me plaît, je remplis tour à tour

    Les hommes d’épouvante et les femmes d’amour ! »

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