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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > L’inventeur des surhommes fragiles est mort

L’inventeur des surhommes fragiles est mort

Le "comic book" naît dans la presse Hearst au début du XXème siècle, dans le supplément du dimanche et en "strips" quotidiens avec "The yellow kid". Ces bandes dessinées paraissent ensuite en cahiers édités sur du mauvais papier (de la pulpe d'où le nom "pulp") vendus à 25 cents l'unité. Les surhommes naissent en 1938 avec le "Superman" De Joe Shuster et Jerry Siegel, un super-héros au départ très prolétaire, défendant les petits contre les mauvais patrons, les banquiers, les scientifiques fous. "Batman" qui naît un an plus tard est le lointain cousin du "Shadow", justicier ambigu et diabolique, et des personnages du polar "hard boiled".

Si les héros portent un slip par-dessus leur costume c'est surtout à l'époque pour que l'imprimeur ait un repère pour les couleurs. Car tout cela est souvent très mal imprimé. Deux grands éditeurs essentiellement se partagent déjà le marché sur ces personnages : DC Comics (Detective Comics) et Timely Comics (avec un petit pourcentage aux comics des éditions Charlton reprises rapidement par DC. DC est plutôt républicain, WASP, patrimonial. Timely édite aussi des "pulps" et des "comics" avant tout patriotiques dont les premières aventures de "Captain America".

Mais on trouve déjà des monstres ambigus et des héros complexes tel "Namor the submariner", atlante au service de l'Amérique, ou la première "Torche humaine", robot à forme humaine. 

C'est dans cette maison que débute Stanley Lieber alias Stan Lee, jeune juif de New York en 1941. Après la prohibition des "comics" de super-héros jusque dans les années 50 suite à la publication de l'essai de Frederick Wertham, psy plutôt conservateur, il scénarise de nombreuses histoires sentimentales et fantastiques. "Timely" devient entre-temps "Marvel" et au début des années 60 Stan Lee en devient l'âme éditoriale avec des dessinateurs talentueux comme Jack Kirby, autre juif new yorkais, Steve Ditko ou Marie Severin. Stan Lee invente en 1961 les "4 fantastiques", une famille de super-héros blessés, torturés par la vie et c'est là que "Marvel" décolle vraiment obtenant un succès faramineux.

Dans les "comic books" les paysages des "Rocheuses" sont remplacés par les avenues, des panoramas urbains. La ville devient un personnage à part entière, à tel point qu'un super-héros sera créé qui aura le don de "sentir" les immeubles, les rues, les trottoirs et de résoudre ainsi de nombreux crimes...

Alors que les super-héros DC sont hiératiques, nobles, presque des demi-dieux, les super-héros 'Marvel" imaginés par Stan Lee ont des failles. Et leurs pouvoirs sont très souvent plus des malédictions que des bénédictions. Dans les "4 fantastiques" "la Chose", surhomme de pierre, est désespéré de son état au début de sa transformation. Lee poussera cette idée dans ces retranchements en inventant "Hulk", produit du lobby militaro-industriel, surhomme atomique incontrôlable, Mister Hyde du docteur Banner, scientifique d'abord au service de l'armée américaine. Et en 1963 avec Steve Ditko il crée "Spiderman" ne sachant pas quoi faire d'un titre de "Marvel" qui bat de l'aile "Strange tales", anthologie d'histoires fantastiques.

Spiderman est un super héros adolescent. Très humain. Au début, Peter Parker, c'est son nom civil agit comme n'importe quel ado aurait fait dans la même situation, il en profite d'abord pour lui, il a envie de gagner beaucoup d'argent pour plaire aux jolies filles du quartier. Mais après la mort de son oncle Ben tué par un voleur que le personnage a laissé fuir auparavant, rongé par la culpabilité il devient un héros, un héros du quotidien, du voisinage finissant par vivre des aventures "bigger than life" voire cosmiques. Peter a des problèmes de fin de mois, il n'est pas très doué avec les filles, il veut se marier mais il a du mal à choisir, il habite avec sa vieille tante May, bien que prenant ensuite de l'assurance.

Sous les crayons de John Romita, il devient une icône des années 60 et des mouvements de ces années-là. Les personnages féminins de John Romita sont souvent accrochés aux murs des chambres d'adolescents comme des "pin up" d'autres publications dont ils connaissent bien les posters centraux.

Il crée dans le même temps avec son frère Larry "Iron Man" alias Tony Stark, marchand d'armes douteux au départ devenu héros au service de son pays, surtout contre les communistes au départ. Stark a de nombreux défauts, il est cynique, arrogant, caustique, misanthrope, il a un penchant pour la bouteille et finit même alcoolique dans les années 80. Mais il est aussi capable d'héroïsme et d'abnégation pour les autres.

Stan Lee bien que s'attribuant souvent le mérite de ces créations les créent avec les dessinateurs. La "méthode" Marvel est très différente de celle de "DC", les histoires doivent être comprises à 80% par les dessins. Et bien souvent ce sont les dessinateurs qui font des propositions et créent des "bandes" muettes que Lee "enrichit" ensuite. Tout cela naît d'une alchimie créative complexe très intéressante. Le "comic book" devient la "pop culture" par excellence, même si en 2018 leurs histoires ont un peu trop envahies les cinémas. Les apparitions que Stan Lee fait dans tous ces films sont toujours réjouissantes. Avec sa mort c'est un peu de cette "pop culture" dorénavant bien aseptisée qui meurt...

Les "comics" c'était la lecture un peu transgressive, celle qui faisait hurler les adultes, qui énervait les bien-pensants, à notre époque même les grandes personnes en lisent...

Sic Transit Gloria Mundi, Amen

Amaury - Grandgil

illustration du haut empruntée ici

illustration du bas empruntée là


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12 réactions à cet article    


  • gaijin gaijin 13 novembre 13:54

    la différence avec l’époque actuelle c’est que les comics fleurtaient avec pas mal de notions : paradoxes de l’espace temps , monde parallèles , physique quantique , et que les personnages avaient le temps d’avoir une vraie dimension ....le films modernes réduits aux effets spéciaux ont perdu tout cela ....

    triste époque ....


    • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 13 novembre 22:19

      @gaijin
      le premier film Iron Man était pas si mal


    • gaijin gaijin 14 novembre 08:59

      @Amaury Grandgil
      oui on retrouvait assez fidèlement l’esprit de la bd mais par exemple les xmen sont assez creux .....disparu le coté déesse de tornade , passé a la trappe la profondeur de serval avec toute la question du rapport entre l’homme et la bête ...
      mais c’est la tendance générale du cinéma actuelle : un enchainement d’effets spéciaux et basta .....( idem pour les derniers star wars )


    • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 14 novembre 09:16

      @gaijin
      C’était très politiquement correct aussi les XMen ciné


    • gaijin gaijin 14 novembre 11:33

      @Amaury Grandgil
      oui c’est l’effet hollywood : tout a le même gout de chewing gum chimique


    • Alcyon 15 novembre 07:22

      @gaijin : bon.

      Les messages initiaux ont été dilués, Civil War discutait de la notion de sécurité face à la liberté, en montrant les dégâts que les excès engendrent, là où le film se limite à une bataille dans un aéroport. Tony Stark représente les excès des milliardaires là où le film en fait une idole.

      Mais dire qu’ils se réduisent « aux effets spéciaux » est beaucoup trop réducteur. Yony Stark est une idole autant que Jordan Belford dans « Le Loup de Wall Street », on est fasciné par son côté too much. Civil War présente tout de même le dilemme de la sécurité face à la liberté. Avengers : Infinity War ne présente pas Thanos comme l’archétype du mal absolu, c’est même le personnage principal du film.


    • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 15 novembre 08:30

      @Alcyon
      Tony Stark dans les films vaut par l’interprétation de Robert Downey junior, qui est excellente, et qui a mis beaucoup de son histoire dans le personnage d’où la réussite de l’interprétation. Mais le troisième « Iron Man », bof bof


    • Krokodilo Krokodilo 14 novembre 18:35

      « L’inventeur des surhommes fragiles » Heu... Le talon d’Achille, ça date quand même de plus de 2000 ans ! Disons qu’il a eu l’idée de moderniser le concept, à la sauce SF et de nos jours : les demi-dieux sont devenus des mutants.


      • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 14 novembre 19:21

        @Krokodilo
        Merci pour cette contribution intéressante


      • Alcyon 15 novembre 08:01

        Marvel présente (généralement) l’humain avant ses super-pouvoirs.

        DC présente (généralement) des super-pouvoirs avant l’humain qui les possède.

        Chez Marvel, Peter Parker est aussi Spiderman. Chez DC, Superman est aussi Clark Kent. Ce sont deux façons différentes de discuter d’un même thème. Un exemple frappant est de comparer la gestion de Civil War contre Injustice. Les deux présentent un conflit entre les héros, sur le thème de la sécurité par le contrôle face à la liberté. Mais l’exécution est totalement différente.

        Marvel met en avant les ravages de ce conflit, sur ses héros et les civils. Les batailles ont un sens quand elles sont vues dans cette optique. Captain America est le symbole de la désobéissance civile, mais celle-ci doit être réalisée dans la légalité.

        DC met surtout en avant le statut de demi-dieux des personnages, en limitant le rôle des civils au néant absolu.

        Alors bien sur il y a des exceptions. Chez Marvel, Deadpool n’est pas présenté pour son côté humain ou ses pouvoirs. Mais bon, il est hors catégorie lui ^^


        • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 15 novembre 08:28

          @Alcyon
          Deadpool c’est la mise en abyme réussie des super-héros, c’est le super-héros méta. Chez DC je préfère de loin Batman vu par Franck Miller. J’aurais pu aussi parler de Daredevil que j’adore chez Marvel.
          Le dernier Avengers est quand même très disneysés même si j’ai trouvé culotté de flinguer une bonne partie du casting.


        • Alcyon 15 novembre 21:31

          @Amaury Grandgil : Deadpool, pour avoir lu pas mal de trucs avec lui, c’est un mélange de parodie (quand il reproduit des situations du Spiderman des années 60), de mise en abîme (par le bris constant du 4ème mur), de déconstruction (assez clairement au vu de ses aventures), etc. D’où la difficulté de le placer quelque part.

          Pour le dernier Avengers, bah je ne dirais pas « disneysé », même si le thème devient assez Space Opera. Pour le flingage du casting, on sait tous qu’ils seront sauvés mais une petite remarque importante : qu’est-il arrivé aux Avengers originaux à la fin du film ? Ca donne une bonne indication sur le futur de la franchise. Et là on risque de tomber dans le disney space opera. Mais bon, j’avoue que je m’attendais à un sauvetage de dernière minute sorti de nulle part et j’ai été agréablement surpris par la fin. Puis, en seconde lecture, on remarque que Thanos reçoit tous les Deux ex Machina habituellement attribués aux héros.

          En passant, j’ai toujours du mal à décider qui je préfère entre Marvel et DC :p

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