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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « La Corde » : servez-vous, le meurtre est gratuit

« La Corde » : servez-vous, le meurtre est gratuit

Un quelconque sentiment d’appartenance à une classe supérieure peut-il justifier l’assassinat méthodique d’un être jugé moindre ? En revisitant le concept du « surhomme », Hitchcock s’inscrit à la remorque de Nietzsche et pénètre par allusion le temple rompu du nazisme. Caractérisé par le nihilisme de ses deux antihéros, La Corde tient avant tout du défi technique, puisque s’y succèdent onze séquences filmées au cordeau, raccordées avec discrétion, sans changement apparent de plan. Adapté d’une pièce de Patrick Hamilton, ce drame psychologique se déploie en huis clos dans un vaste appartement new-yorkais, où une caméra mouvante capture et immortalise les incidences fâcheuses d’un enseignement perverti, celui de Rupert Cadell, professeur iconoclaste dont les théories sur le meurtre ont pour effet pernicieux de désinhiber Brandon Shaw et Phillip Morgan, deux figures machiavéliques frayant de conserve avec l’amoralité.

Sans éteignoir, chargé de cynisme, Alfred Hitchcock transforme une modeste réception en récréation malsaine, où deux assassins enorgueillis trompent crânement les proches de leur victime, recourant volontiers aux non-dits et trompe-l’œil dans un éloge ambigu du meurtre gratuit. Une parade de paon qui, à force d’arrogance, finira par éveiller des soupçons légitimes. Théâtral dans son architecture, amarré aux trois unités, La Corde met tous ses composants au service du récit : les échelles de plan variables, les numéros d’acteurs enlevés, la tension croissante, les tirades bondissantes, et même les reflets saillants des enseignes lumineuses. De cette première collaboration entre James Stewart et le maître du suspense découle une interrogation glacée des conventions sociales, doublée d’une représentation subjacente de l’homosexualité, suggérée dans le texte, mais aussi par une chambre à coucher commune. Ces deux mêmes mamelles nourriront d’ailleurs L'Inconnu du Nord-Express, réalisé trois années plus tard. Si Robert Walker s’y substitue avec succès à l’impérial John Dall, Farley Granger y occupe à nouveau le haut de l’affiche. Comme un ultime écho au cœur du versant le plus fétide du cinéma hitchcockien.

 

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2 réactions à cet article    


  • ben_voyons_ ! ben_voyons_ ! 6 mai 2015 21:57

    Ce film me fascine, la haute perversité de Brandon Shaw (joué par John Dall) est répugnante, tout autant que le désespoir final de Rupert Cadell (James Stewart) est étonnant de naïveté.

    J’ai dû le voir et le revoir au moins une dizaine de fois, guettant les réactions des différents protagonistes tout au long du film, avec une obsession morbide ; oui, je suis un pervers.

    Il s’agit du premier film en couleurs tourné par Hitchcock et le résultat est génial, tout comme l’idée d’un long plan-séquence ; le cinéma comme au théâtre, accentuant le réalisme, accentuant le malaise pour le spectateur.
     
    La version française est faible, mieux vaut la version originale.

    Un complément très instructif :

    aux sources de « La Corde »

    http://sexo.paperblog.fr/650598/aux-sources-de-la-corde-the-rope-le-film-d-alfred-hitchcock/


    • laertes laertes 6 mai 2015 23:49

      Bon article. C’est marrant mais « la corde » est l’un des films de Hitchcock que j’aime le moins parmi ses thrillers. Cela vient du fait qu’il est coincé par le huis clos. Je veux dire que l’histoire dépend trop du lieu. et cela crée comme une impasse dans les dialogues qui étant en décalage par rapport au lieu deviennent artificiels et donc décalés. Pour beaucoup c’est un tour de force et bien là non ! Il avait fait la même chose avec Fenêtre sur cour, mais là c’était réussi parce qu’en fait, tout en restant dans le même lieu, plusieurs scènes se déroulaient dans le regard du protagoniste et le fil génial sous jacent du film (qui est toujours, selon moi, ce qu’il y a de plus intéressant chez Hitchcock ) s’y déroulait jusqu’à l’apothéose finale.
      Dans la corde , rien de tel, le fil est perdu car le« mac guffin » prend la première place donnant une impression d’artificialité et de banalité. On y retrouve qd même une des obsessions délicieuses de Hitch : les fenêtres !

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