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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > La couleur du sacrifice

La couleur du sacrifice

Tous ne parlent que d’Indigènes et ce n’est pas une mauvaise nouvelle, mais celle qui est excellente c’est la prochaine sortie en salles de « La couleur du sacrifice », film-documentaire traitant du même thème mais d’une manière plus complète et édifiante, réalisé par le Belgo-Marocain Mourad Boucif (sortie : 8 novembre).

Le terme documentaire a le don d’en refroidir plus d’un, qu’ils se rassurent car ici la réalité dépasse la fiction ! Ici on tire à balles réelles ! Les témoins ne sont pas des acteurs de cinéma, mais ceux de notre histoire. Leurs paroles de vénérables anciens, de guerriers assagis, et ces paysages du passé que sont leurs visages font mouche à chaque salve.
Tous nous avons appris que d’héroïques soldats ricains sont venus mourir loin de chez eux pour nous libérer du nazisme. Mais comment se fait-il que nous et nos livres d’histoire ignorions qu’ils furent précédés de plus de 900 000 tirailleurs issus des colonies ? Chair à canon pour les alliés et terreur des nazis, venu d’Algérie, du Sénégal et d’autres pays africains, souvent enrôlés de force ou sous la promesse d’indépendance.
Ce documentaire exemplaire, passionnant, émouvant est une leçon de mémoire qui dénonce cette injustice et ses conséquences. Trahison qui perdure, car ces héros du Sud en sont réduits à mendier une pension dérisoire, quand elle leur est accordée !
« Quand j’ai demandé ma pension ils ont répondu que je n’étais plus Français suite à l’indépendance. En 1940 personne ne m’avait demandé de passeport pour aller libérer la France ! »
D’images d’archives ou d’actualité soigneusement et judicieusement sélectionnées, en rencontres poignantes avec des survivants -ceux qui défendirent Gembloux y infligeant aux nazis leur unique retraite en 1940, débarquèrent en Europe en première ligne pour sa libération et combattirent pour la France en Indochine- M. Boucif révèle un talent de réalisateur-conteur époustouflant. Il pose ici les fondations nécessaires d’un nouveau regard sur l’autre, il propose le ciment du respect réciproque et en appelle à la solidarité qui est la tendresse des peuples...
Un véritable antidote à l’ignorance, à la discrimination et autres racismes... A voir d’urgence !


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59 réactions à cet article    


  • Antoine Diederick (---.---.238.117) 26 octobre 2006 12:49

    t’excites pas, les volontaires de guerre belges n’ont pas encore de pension, alors...hein...

    bcp d’entre eux sont vieux...et c’est seulement maintenant que l’on pense à eux...

    tiens lis cela [.....http://www.senate.be/www/?MIval=/publications/viewPubDoc&TID=50331722&LANG=fr] et stoppe de me faire pleurer, cela me les gonfles...

    et je pourrai t’en raconter d’autres ....renseignes-toi


    • Antoine Diederick (---.---.238.117) 26 octobre 2006 12:51

      t’excites pas, les volontaires de guerre belges n’ont pas encore de pension, alors...hein...

      bcp d’entre eux sont vieux...et c’est seulement maintenant que l’on pense à eux...

      tiens lis cela et stoppe de me faire pleurer, cela me les gonfles...

      et je pourrai t’en raconter d’autres ....renseignes-toi.

      et je reposte car j’ai mal inscrit le lien...bis donc


      • activista/// Activista 26 octobre 2006 15:11

        Je suis calme no stress...

        A propos de « volontaires de guerre Belges » ce qui est le plus choquant/scandaleux/etc... c’est que les « belges » qui ont rejoint les légions SS, eux touchent toujours une alloc de l’état Allemand !!! (de même que de nbrx ex-collabos !)

        Quand tu penses que pendant ce temps des gars qui ont décroché toutes les médailles du courage et du reste en sont réduit à mendier...Pas de chance pour eux ils étaient du coté de la France et de la démocratie.... Et pour ton info, un des aspect les plus choquant de cet oubli impardonnable est qu’une très grande partie fut enrôlée de force...


      • Antoine Diederick « the Contrarian ». (---.---.238.117) 26 octobre 2006 15:21

        t’as raison de pas t’exciter smiley

        ....et c’est vrai que ds le contexte belge c’est très particulier....

        Mais c’est fou comme aujourd’hui tout le monde fait la morale à tout le monde hein....

        A croire que demain la société toute entière sera vertueuse....

        Ds le fond, il serait peut être temps aussi d’accorder une pension à toutes la familles juives déportées à partir de Louvain

        Et puis il faudrait aussi remettre le Roi en taule , histoire de faire payer a ses ancêtres leurs origines...

        Tu vois le monde est mal fait....ya des victimes partout mme chez les bourges...

        As a contrarian I can’t support the « goodthinkinkness »


      • activista/// Activista 26 octobre 2006 15:27

        Cher Antoine,

        Je viens de lire le texte lié à ton commentaire :

        Certes les jeunes belges qui se sont porté volontaire en 1944 ( !) pour combattre le (reste du) nazisme méritent respect et reconnaissance. Mais il faut un sacré culot ou beaucoup de mauvaise foi pour oser venir comparer la situation de ces belges qui n’ont pas combattus* (le Japon c’est loin de la Belgique) avec des Africains arrachés de chez eux pour être jeté en première ligne en Europe...( « *C’est ainsi que les deuxième, troisième, quatrième, cinquième et sixième brigades d’infanterie ont subi, en Grande- Bretagne, un entraînement spécial et une préparation médicale adéquate. La capitulation de l’Allemagne, le 8 mai 1945, n’a modifié en aucune manière cette préparation militaire. Le gouvernement belge a mis fin, unilatéralement, à ses engagements envers les volontaires de guerre en arrêtant au 8 mai 1945 leurs services de guerre. Or, la Belgique était en guerre avec le Japon et ce ne fut que le 2 septembre 1945 que la guerre prit fin. »)

        Tu retourne donc étudier ta leçon et tu en profite pour ranger ta chambre !


      • Antoine Diederick « the Contrarian ». (---.---.238.117) 26 octobre 2006 15:31

        mais tu es grossier ma foi....

        Ma chambre ne te regardes pas petit vicieux !

        D’accord....tu as raison....

        Mais pour la récolte des betteraves de 1940 kes k’on fait ?


      • Antoine Diederick « the Contrarian ». (---.---.238.117) 26 octobre 2006 15:41

        ok je te charrie mais avoue que l’injustice elle est partout...tout de mme...

        Bon travail à toi aussi....et la vie mal faite.


      • activista/// Activista 26 octobre 2006 15:54

        ...des topinambours ?

        Bon, je vois que tu es ouvert au dialogue et que tu sais reconnaître tes erreurs, ça nous fait déjà deux points communs, donc tu peux laisser ta chambre en désordre...

        Cela dit je te recommande vivement ce documentaire, sérieux j’étais scotché du début à la fin, moi qui croyais connaître les « médias-mensonges » de la seconde guerre mondiale j’ai pris une de ces claques... Genre les gars qui a débarqué et surtout survécu à Monte Casino, libéré la France, combattu pour elle en Indochine et que tu vois crever dans la misère sur le sol de sa cahute ça interpelle méchamment vois-tu... En plus c’est hyper-bien monté, style ces « docus sur la guerre », bourrés d’image d’archives que j’adorais mater quand j’étais gamin... Le but de Boucif n’est pas de faire sortir les mouchoirs mais de démontrer qu’il existe une Histoire commune, qui devrait être connue, enseignée. Car comme lui je suis certain que cela aiderait grandement d’une part certains jeunes excités des banlieues a pouvoir exister , être « valorisés » autrement que par la violence (qu’ils s’infligent à eux-même !). Et cela modifierait aussi le regard de certains européens sur leurs cousins méditerranéens d’autre part.


      • les Films de Nour (---.---.152.129) 20 novembre 2006 11:31

        Merci, Don O., de suivre votre article.


      • erdal (---.---.242.88) 26 octobre 2006 14:02

        merci à l’auteur

        c’est important de nos jours de reconnaître ces combattants qui ont combattu contre « la barbarie industrielle ». Et merci à eux....

        Salutation


        • Ezzedine el Kassem falloujah 26 octobre 2006 14:24

          Magnifique hommage de l’auteur et quel article, mon grand père du paradis lui dit merci.


          • Antoine Diederick « the Contrarian ». (---.---.238.117) 26 octobre 2006 14:50

            ton grand père est mort à Gembloux ? Mon p’tit fi ?


          • Antoine Diederick « the Contrarian ». (---.---.238.117) 26 octobre 2006 15:10

            ya tout de mme une chose que je voudrais dire...enfin quoi les cultivateurs de GEMBLOUX auraient quand mme en 40 espéré que les boches et les français « salopent » quand mme pas trop les champs de bétteraves parce qu’une fois les conquérants passés la saison d’après faut quand mme bouffer...


            • Visiteur Indigène (---.---.180.214) 26 octobre 2006 15:54

              J’irais voir le film, la vérité par la bouche de nos anciens vaut toutes les paroles des historiens. En somme,rien n’a changé, les sous-hommes de l’époque sont toujours les mêmes aujourd’hui...plus je parcours l’histoire de mes ancêtres plus je m’aperçoit qu’il y a tromperie...


              • Antoine Diederick « the Contrarian ». (---.---.238.117) 26 octobre 2006 16:00

                tiens toi, t’es un sous-homme qui a un ordinateur donc t’es déjà plus ou sous-homme tu es un sous-ordinateur et pour l’être t’as mme des sous.

                C’est quand mme chouette de rencontrer un homme qui se qualifie par lui mme et qui a une juste vision de son être périssable, c’est rare de faire de si belle évaluation de soi-mme avec modestie et honnèteté.

                The Contrarian say to you :« Great man, the future will illuminate your follish dreams with follishesness ! »


                • Antoine Diederick « the Contrarian ». (---.---.238.117) 26 octobre 2006 16:01

                  Isn’ t foolish and funny....scared face !!!


                • Antoine Diederick « the Contrarian ». (---.---.238.117) 26 octobre 2006 16:14

                  Oh yes , you are right, I am feed up of this...

                  So , Demian, I should decide to stop coming here, it is as a drug...oh yes, as a drugstore or as an ideas store, you can find every thing and nothing. My mind is in a big , big trouble. smiley

                  So, I think I Have to quit now...enough for me....it was a very interesting experience to come here and reading texts but ....

                  Take care of you Demian ....THE WORLD IS DANGEREOUS AND SO STUPID !

                  Amen !


                  • Antoine Diederick « the Contrarian ». (---.---.238.117) 26 octobre 2006 16:41

                    Oh by the way, Demian, in another life, a long time ago, I was...NOT « AN INDIAN CONTRARIAN » my old karma was quite different than you can ever imagine !!!!


                  • Be aware ! (---.---.64.135) 26 octobre 2006 17:19

                    Too much, too fast. Also, when I came to Hollywood, I was alone, and I fell in with the wrong people. I married this great woman, Gladys, and she gave me two lovely children, and then I got on the wrong path. I think I made every mistake a man can make and live to talk about it. But I learned, I got my family back, I got my live back on track and I’m back, stronger than ever. Wait until you see Replicant. I think lot of people are going to be surprised. We’re going to have a ninity dag shoot, really take our time to get things right. I really believethat when I walk into Cannes Film Festival with this movie, I’ll be back as the biggest action star once again." JC VanDamme


                  • DANIEL (---.---.217.79) 26 octobre 2006 17:55

                    Merci de me m’expliquer si je me trompe mais il me semble que tous les anciens combattants issus des anciennes colonies qui ont choisi d’opter pour la nationalité française ont beneficié comme n’importe quel français de toutes les allcations, pensions, etc...

                    Les anciens combattants qui ont eu à connaître la « cristalisation » des pensions sont ceux qui ont choisi une autre nationalité lors de la décolonisation. Il s’agit donc de personnes qui sont devenus « étrangers » volontairement.

                    Concrétement je ne me sens redevable à leur égard que de la dette due à d’anciens « alliés » , comme les Américains ou les Anglais, ou à d’anciens mercenaires.

                    Je crois que beaucoup n’ont pas encore saisi que le temps des colonies c’est fini. Quand à la « couleur » du sacrifice il faut une sacré dose de racisme et de haines rentrées pour évoquer cela de cette façon...

                    Les troupes coloniales comptaient autant de « blancs européens » que d’indigénes (cas de l’armée évoquée dans les « indigénes »). Autrement dit, ramené à la population de l’Algérie d’alors, il y avait 10 fois plus de pieds noirs qui ont combattu lors de la Campagne d’Italie que d’indigénés . Et les pertes des pieds noirs ont été un tiers de plus élevées que celles des indigénes.

                    Alors le racisme....

                    Quand aux Harkis dont nombre furent massacrés par les parents de gens qui viennent nous faire la leçon sur les « indigénes » , ils furent victimes de la trahison et de l’impitoyable barbarie de l’Etat Algérien.

                    Et victimes aussi de la trahison de ces Français de « gauche » ou « gaucho-gaullo » qui ne voulurent jamais accepter que des « Indigénes » aient pu opter pour la France. Le racisme de cette « gauche » valant bien le racisme de ces Algériens qui ne pouvaient admettre que d’autres Arabes aient pu se sentir plus « Français » que « qu’arabe » ou « musulman ».


                    • Antoine Diederick « the Contrarian ». (---.---.238.117) 26 octobre 2006 18:32

                      @DANIEL (IP:xxx.x03.217.79) le 26 octobre 2006 à 17H55

                      Right, Daniel, what you wrote seems to be about my own feelings.

                      But , it should be clear this kind of movie is -as the author said-, a mean for young boys understanding some what. Should they ?


                      • activista/// Activista 26 octobre 2006 21:05

                        @DANIEL

                        Ne pensez pas que je sois dupe, ceci avant tout pour d’éventuels lecteurs et l’exercice ...

                        Malgré ses apparence de sérieux et de légitimité il y a un vice et pas seulement de forme, dans votre raisonnement que j’ai déjà entendu quelque part...

                        Le principal : A la base les Africains dont il est question n’ont JAMAIS choisis d’être colonisés. Voilà qui brise les fondation de votre belle construction théorique...

                        Personnellement ça me suffit mais comme je doute que ce soit votre cas quelques détails croustillants :

                        - Une très grande partie de ces tirailleurs furent enrôlés de force, par un pays qui occupait le leur !(un pays colonisé est un pays occupé, les Palestiniens vous le confirmeront)

                        - Une autre partie sous la promesse d’une indépendance que la France n’aura même pas la décence d’accorder l’année promise (ni les suivantes !)

                        - Les pays gagnant leur indépendance n’ont pas demandé l’avis de ceux qui risquèrent leurs vies en France, en Algérie ou en Indochine pour la France... Refuser une pension à un héros pour punir son pays d’avoir choisis l’indépendance tient d’une mesquinerie infâme. Rappelons le : les vieux européens décorés et/ou des légions SS touchent toujours une traite de l’état allemand !

                        Il ne s’agit pas d’être plus ou moins redevable...Même si je voue à l’actuel gouvernement étasuniens un mépris sans fin, cela ne m’empêche pas d’être reconnaissant et respectueux envers ses citoyens qui sont venu porter l’estocade (pour un tour) au fascisme...De même que j’estime que nous avons un devoir de mémoire et de respect envers les 20 millions de Russes alors Soviétiques mort sur le front est (là où les nazis furent réellement vaincu) Et j’estime fort dommage et irrespectueux d’ignorer à ce point que plus de 9000.000 Africains qui n’avaient pas vraiment choisis (ni d’être français, ni d’aller se battre) en firent baver aux nazis, mais surtout permirent à de Gaulle de constituer l’armée « française libre » et ainsi participer, en premières lignes, à la libération européenne.

                        Les intégristes de tous bord n’aiment pas ce genre d’histoire c’est un fait, car elle parle de solidarité, de ce qui pourrait être une histoire commune, un lien fait de respect réciproque.

                        Et si réellement vous pensez que le temps des colonies c’est finis c’est qui les temps que vous voyagiez...Bien qu’un coup d’œil aux actualités devrait suffire : Irak, Afghanistan, Congo, cela ne vous dit rien ?


                      • Momo (---.---.166.102) 27 octobre 2006 00:16

                        Merci du fond du cœur pour nos grands-parents et parents qui se sont distingués à Verdun et Monté Cassino.

                        J’ai entendu de la bouche de mon grand-oncle et de celle de mon beau-père (et oncle) l’enfer de Verdun pour le premier et celui de Monté Cassino pour le second.

                        Ni l’un, ni l’autre n’ont touché aucun centime.

                        A Monté Cassino, durant le second conflit, l’armée d’Afrique était en première ligne, du fait de la nature accidentée du terrain, afin d’anéantir les unités nazies retranchées dans un monastère pour ouvrir la route de Rome.

                        Les fortes alliées fortement mécanisées ont été impressionnées par cette armée, approvisionnée en munitions et en vivres à l’aide de mulets, et faisant corps avec la rocaille pour rendre coup pour coup jusqu’à la défaite des unités allemandes.

                        Mon oncle a été décoré à deux reprises par le General Montsaberg qui était colonel, je crois en 44, pour bravoure sous le feu ennemi et pour la capture d’un officier supérieur allemand.

                        Je passe sur sa réaction le 8 mai 45, lors des massacres de Sétif (il est originaire de cette région) de Kherrata et de Guelma.

                        Pendant la guerre d’Algérie, il devait perdre sa sœur (tante), infirmière au maquis, abattue, alors qu’elle était sans armes, par les supplétifs de l’armée française dans le Djurdjura, près de Maillot (aujourd’hui M’chedala).

                        Une grande avenue d’Alger porte aujourd’hui son nom, non loin de l’Ambassade de France.

                        Avec toute ma reconnaissance

                        Momo (Alger)


                        • Momo (---.---.166.102) 27 octobre 2006 00:22

                          Le tirailleur indigène

                          A l’assaut des tranchées adverses, ployant sous un déluge d’obus, suffoquant sous l’effet des gaz mortels sur les champs de bataille brumeux et venteux du nord-est de la France, sous la glaciation hivernale des nuits noires de novembre, à des milliers de kilomètres de leur tropique natal, les grandes rasades d’alcool galvanisaient leurs ardeurs combatives à défaut d’exalter leur patriotisme..

                          En ces temps-là, écrit René Naba « la chair à canon » carburait à la gnôle.

                          Par un subterfuge dont la raison détient seule le secret, qui n’en révèle pas moins les présupposés d’un peuple, les ressorts psychologiques d’une nation et la complexion mentale de ses dirigeants, la revendication ultime préludant au sacrifice suprême -« Aboul Gnoul » apporte l’alcool- finira par constituer, par un dévoiement de la pensée, la marque d’une stigmatisation absolue de ceux qui auront massivement contribué, à deux reprises, au péril de leur vie, à vaincre, paradoxalement, les oppresseurs de leurs propres oppresseurs.

                          « Bougnoule » tire son origine de l’expression argotique de cette supplique ante mortem.

                          Beaucoup acquitteront leur tribut du sang en faisant l’apprentissage de l’ébriété, sans connaître l’ivresse de la victoire. Beaucoup survivront à l’enfer de Verdun ou de Monte Cassino avant de sombrer dans le désarroi de l’incompréhension au sein de la cohorte des alcooliques anonymes...

                          Beaucoup, plus tard, bien plus tard, basculeront dans une révolte libératoire qui sonnera le glas de l’empire français...Que de colères contenues devant tant de désinvolture à l’égard de ce que l’un des leurs, Frantz Fanon, qualifiera de « damnés de la terre »...

                          Léopold Sedar Senghor gratifiera ces victimes muettes de l’Histoire de la dignité de « dogues noirs de la République »


                        • Momo (---.---.166.102) 27 octobre 2006 00:26

                          pour etre honnete il faut reconnaitre que beaucoup de harkis ont ete massacres par les populations qui ont subi leurs exactions

                          on ne parle jamais des interventions de l’armee de liberation nationale pour les proteger de la vindicte populaire

                          Bien cordialement

                          les algeriens dans l’armee d’afrique etait une armee reguliere pas des mercenaires


                        • Momo (---.---.166.102) 27 octobre 2006 00:28

                          Quand la gauche française était colonialiste

                          Par Henri Amouroux

                          Que le film Indigènes, par la justesse et, parfois, par la noblesse de son ton, ait ému jusqu’aux politiques, contribuant ainsi à réparer des injustices commises à l’égard de ceux qui étaient venus des « colonies », puis de l’Empire, ces taches roses sur nos manuels de géographie, pour défendre en 1914-1918, 1939-1940, pour libérer en 1944-1945 la « mère patrie », est chose heureuse. On souhaiterait que plusieurs films, de même qualité, s’intéressent à des problèmes de société - il n’en manque pas - pour déclencher des prises de conscience identiques.

                          Mais, il serait détestable qu’Indigènes soit utilisé dans le débat politique, et surtout, qu’historiquement dévoyé, il serve à mettre en accusation la droite alors qu’elle ne fut, politiquement, pour rien dans les conquêtes coloniales de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, conquêtes, oeuvres de la gauche, seule au pouvoir entre 1877 et 1919. Et de Jules Ferry, l’un de ses champions. Oui, c’est le même Jules Ferry, auquel nous devons l’enseignement primaire obligatoire et (c’est moins flatteur) l’expulsion des congrégations religieuses, qui fut le plus grand « colonisateur » français du XIXe siècle finissant.

                          Dans un livre publié en 1931, l’auteur, Maurice Pottecher, écrit d’ailleurs : « il serait assez vain de décider si, oui ou non, l’oeuvre coloniale de Jules Ferry est égale en importance avec celle qu’il réalisa dans sa réforme de l’enseignement. » Président du Conseil du 23 septembre 1880 au 25 mars 1885 - avec la seule interruption d’un gouvernement Gambetta, qui dura deux petits mois seulement - Ferry installa ou raffermit les positions françaises à Madagascar, au Maroc, en Tunisie, dans ce qui allait devenir l’immense Afrique occidentale et l’immense Afrique orientale, en Annam, enfin. La droite anticolonialiste le détestait, le disait allié de l’Allemagne, qui ne voyait aucun inconvénient à nos expéditions lointaines, l’appelait « le Tonkinois », et, après la première défaite de Langson (car il y en eut une autre, plus cruelle encore, en 1953), elle salua par des cris de joie sa démission.

                          Or, Ferry et ses adversaires, malgré leurs querelles et leurs contradictions, poursuivaient le même but. Humiliée par la défaite de 1870, la droite voulait que toutes les forces et toutes les pensées du pays soient tournées vers la reconquête de l’Alsace et de la Moselle, que la vie de nos soldats ne soit pas gaspillée au loin. Ferry pensait - et la gauche le pensait avec lui - que « l’on n’est pas une grande puissance en restant terré chez soi », et qu’il ne fallait pas laisser la Grande-Bretagne occuper seule l’Afrique, s’intéresser seule à l’Asie. À l’origine, et même s’il est vrai que la gauche porte la responsabilité de la colonisation française du XIXe siècle, les deux conceptions étaient également patriotiques. Les préoccupations mercantiles viendront plus tard.

                          Nous sommes d’ailleurs encore quelques-uns à nous souvenir de cette affiche géante, placée en 1940 à bien des carrefours. Elle montrait une minuscule Allemagne, cernée, menacée d’être bientôt engloutie par l’Empire britannique (le premier au monde), et par l’Empire français (le deuxième). Elle disait : « Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts. » Aux Français fuyant la Wehrmacht, elle semblait grotesque et tristement ironique.

                          Elle disait vrai, cependant. Car, c’est grâce à l’Empire, réarmé clandestinement par Weygand, rallié à Giraud, en novembre 1942, puis à de Gaulle, que la France ne dut pas sa libération, presque exclusivement
                          - je n’oublie pas la Résistance - aux armes anglaises et américaines.

                          Raison de plus pour rendre justice aux « Indigènes » survivants des longs combats pour la libération de la France, et pour honorer leurs morts.


                        • Constat (---.---.162.3) 27 octobre 2006 00:20

                          Momo, t’es sympa, mais les tirailleurs de Verdun, ça ne serait pas un peu des harkis avant la lettre...

                          Et dire qu’ils ont cru défendre la patrie !


                          • Momo (---.---.166.102) 27 octobre 2006 00:30

                            toi aussi t’es sympa et tu me sembles de bonne foi

                            bien cordialement

                            momo d’alger


                          • Constat (---.---.162.3) 27 octobre 2006 00:36

                            Enfin Momo, qu’est-ce qu’on a dû leur raconter comme boniments, pour les envoyer à l’abattoir !

                            Les Militaires et Gouverneurs Français ont fait plus fort que les marabouts avec la lessiveuse à multiplier les billets de banque en les transformant en coupures de journaux...

                            Mais eux au moins, ils ne font tuer personne !


                          • Momo (---.---.166.102) 27 octobre 2006 00:36

                            vos collabos aussi etaient des patriotes allemands

                            bien cordialement


                          • Momo (---.---.166.102) 27 octobre 2006 00:43

                            adresse toi aux historiens francais, ils sont brillants. Ils pourront t’eclairer plus que moi.

                            Bien cordialement


                          • Momo (---.---.166.102) 27 octobre 2006 00:54

                            pour amener les algeriens a s’engager dans l’armee contre les forces nazies ont leur avait promis, sinon l’independance du moins une large autonomie. On connait la suite et le bilan.

                            Bien cordialement

                            momo d’alger


                          • Constat (---.---.162.3) 27 octobre 2006 00:58

                            T’as vu les « libérateurs », comment ils ont fêté la « libération » à Sétif ?


                          • Momo (---.---.166.102) 27 octobre 2006 00:58

                            bonne nuit a tous


                          • Senatus populusque (Courouve) Courouve 27 octobre 2006 01:01

                            Sétif est le résultat d’un engrenage dont les torts sont partagés. Arrêtons le manichéisme.


                          • Momo (---.---.166.102) 27 octobre 2006 01:01

                            par Zidelgoudem

                            Certains veulent nous faire croire qu’ils arrivent à branler une mouche avec un gant de boxe.

                            Le plus marrant, c’est qu’ils insistent pour nous faire admettre qu’ils y arrivent parce que plus performants que les autres.

                            Cassino (Alger)


                          • Momo (---.---.166.102) 27 octobre 2006 01:02

                            bonne nuit quand meme


                          • momo (---.---.166.34) 27 octobre 2006 18:01

                            Pour monsieur Courouve

                            Le massacre de Sétif ou le début de la guerre d’Algérie

                            Le 8 mai 1945, tandis que la France fêtait la victoire, son armée massacrait des milliers d’Algériens à Sétif et à Guelma. Ce traumatisme radicalisera irréversiblement le mouvement national.

                            Désignés par euphémisme sous l’appellation d’« événements » ou de « troubles du Nord Constantinois », les massacres du 8 mai 1945 dans les régions de Sétif et de Guelma sont considérés rétrospectivement comme le début de la guerre algérienne d’indépendance. Cet épisode appartient aux lignes de clivage liées à la conquête coloniale.

                            La vie politique de l’Algérie, plus distincte de celle de la France au fur et à mesure que s’affirme un mouvement national, a été dominée par les déchirements résultant de cette situation. Chaque fois que Paris s’est trouvé engagé dans une guerre, en 1871, en 1914 et en 1940, l’espoir de mettre à profit la conjoncture pour réformer le système colonial ou libérer l’Algérie s’est emparé des militants. Si, en 1871 en Kabylie et dans l’Est algérien et en 1916 dans les Aurès, l’insurrection était au programme, il n’en allait pas de même en mai 1945. Cette idée a sans doute agité les esprits, mais aucune preuve n’a pu en être avancée, malgré certaines allégations.

                            La défaite de la France en juin 1940 a modifié les données du conflit entre la colonisation et les nationalistes algériens. Le monde colonial, qui s’était senti menacé par le Front populaire - lequel avait pourtant, sous sa pression, renoncé à ses projets sur l’Algérie -, accueille avec enthousiasme le pétainisme, et avec lui le sort fait aux juifs, aux francs-maçons et aux communistes.

                            Avec le débarquement américain, le climat se modifie. Les nationalistes prennent au mot l’idéologie anticolonialiste de la Charte de l’Atlantique (12 août 1942) et s’efforcent de dépasser leurs divergences. Le courant assimilationniste se désagrège. Aux partisans d’un soutien inconditionnel à l’effort de guerre allié, rassemblés autour du Parti communiste algérien et des « Amis de la démocratie », s’opposent tous ceux qui, tel le chef charismatique du Parti du peuple algérien (PPA), Messali Hadj, ne sont pas prêts à sacrifier les intérêts de l’Algérie colonisée sur l’autel de la lutte antifasciste.

                            Vient se joindre à eux un des représentants les plus prestigieux de la scène politique : Ferhat Abbas. L’homme qui, en 1936, considérait la patrie algérienne comme un mythe se prononce pour « une République autonome fédérée à une République française rénovée, anticoloniale et anti-impérialiste », tout en affirmant ne rien renier de sa culture française et occidentale. Avant d’en arriver là, Ferhat Abbas avait envoyé aux autorités françaises, depuis l’accession au pouvoir de Pétain, des mémorandums qui restèrent sans réponse. En désespoir de cause, il transmet aux Américains un texte signé par 28 élus et conseillers financiers, qui devient le 10 février 1943, avec le soutien du PPA et des oulémas, le Manifeste du peuple algérien.

                            Alors, l’histoire s’accélère. Les gouvernants français continuent à se méprendre sur leur capacité à maîtriser l’évolution. De Gaulle n’a pas compris l’authenticité des poussées nationalistes dans les colonies. Contrairement à ce qui a été dit, son discours de Brazzaville, le 30 janvier 1944, n’annonce aucune politique d’émancipation, d’autonomie (même interne). « Cette incompréhension se manifeste au grand jour avec l’ordonnance du 7 mars 1944 qui, reprenant le projet Blum-Violette de 1936, accorde la citoyenneté française à 65 000 personnes environ et porte à deux cinquièmes la proportion des Algériens dans les assemblées locales », écrit Pierre Mendès France à André Nouschi (1). Trop peu et trop tard : ces miniréformes ne touchent ni à la domination française ni à la prépondérance des colons, et l’on reste toujours dans une logique où c’est la France qui accorde des droits...

                            L’ouverture de vraies discussions avec les nationalistes s’imposait. Mais Paris ne les considère pas comme des interlocuteurs. Leur riposte à l’ordonnance du 7 mars intervient le 14 : à la suite d’échanges de vues entre Messali Hadj pour les indépendantistes du PPA, Cheikh Bachir El Ibrahimi pour les oulémas et Ferhat Abbas pour les autonomistes, l’unité des nationalistes se réalise au sein d’un nouveau mouvement, les Amis du Manifeste et de la liberté (AML). Le PPA s’y intègre en gardant son autonomie. Plus rompus aux techniques de la politique moderne et à l’instrumentalisation de l’imaginaire islamique, ses militants orientent leur action vers une délégitimation du pouvoir colonial. La jeunesse urbaine leur emboîte le pas. Partout, les signes de désobéissance se multiplient. Les antagonismes se durcissent. La colonie européenne et les juifs autochtones prennent peur et s’agitent.

                            Au mois de mai 1945, lors du congrès des AML, les élites plébéiennes du PPA affirmeront leur suprématie. Le programme initial convenu entre les chefs de file du nationalisme - la revendication d’un Etat autonome fédéré à la France - sera rangé au magasin des accessoires. La majorité optera pour un Etat séparé de la France et uni aux autres pays du Maghreb et proclamera Messali Hadj « leader incontesté du peuple algérien ». L’administration s’affolera et fera pression sur Ferhat Abbas pour qu’il se dissocie de ses partenaires.

                            Cette confrontation s’était préparée dès avril. Les dirigeants du PPA - et plus précisément les activistes, avec à leur tête le Dr Mohamed Lamine Debaghine - sont séduits par la perspective d’une insurrection, espérant que le réveil du millénarisme et l’appel au djihad favoriseront le succès de leur entreprise. Mais leur projet irréaliste avorte. Dans le camp colonial, où l’on craint de voir les Algériens rejeter les « Européens » à la mer, le complot mis au point par la haute administration, à l’instigation de Pierre-René Gazagne, haut fonctionnaire du Gouvernement général, pour décapiter les AML et le PPA prend jour après jour de la consistance.

                            L’enlèvement de Messali Hadj et sa déportation à Brazzaville, le 25 avril 1945, après les incidents de Reibell, où il est assigné à résidence, préparent l’incendie. La crainte d’une intervention américaine à la faveur de démonstrations de force nationalistes hantait certains, dont l’islamologue Augustin Berque (2). Exaspéré par le coup de force contre son leader, le PPA fait de la libération de Messali Hadj un objectif majeur et décide de défiler à part le 1er mai, avec ses propres mots d’ordre, ceux de la CGT et des PC français et algérien restant muets sur la question nationale. A Oran et à Alger, la police et des Européens tirent sur le cortège nationaliste. Il y a des morts, des blessés, de nombreuses arrestations, mais la mobilisation continue.

                            Le 8 mai, le Nord constantinois, délimité par les villes de Bougie, Sétif, Bône et Souk-Ahras et quadrillé par l’armée, s’apprête, à l’appel des AML et du PPA, à célébrer la victoire des alliés. Les consignes sont claires : rappeler à la France et à ses alliés les revendications nationalistes, et ce par des manifestations pacifiques. Aucun ordre n’avait été donné en vue d’une insurrection. On ne comprendrait pas sans cela la limitation des événements aux régions de Sétif et de Guelma. Dès lors, pourquoi les émeutes et pourquoi les massacres ?

                            La guerre a indéniablement suscité des espoirs dans le renversement de l’ordre colonial. L’évolution internationale les conforte. Les nationalistes, PPA en tête, cherchent à précipiter les événements. De la dénonciation de la misère et de la corruption à la défense de l’islam, tout est mis en œuvre pour mobiliser. « Le seul môle commun à toutes les couches sociales reste (...) le djihad, compris comme arme de guerre civile plus que religieuse. Ce cri provoque une terreur sacrée qui se mue en énergie guerrière », écrit l’historienne Annie Rey-Goldzeiguer (3). La maturité politique n’était pas au rendez-vous chez les ruraux, qui ne suivaient que leurs impulsions.

                            Chez les Européens, une peur réelle succède à l’angoisse diffuse. Malgré les changements, l’égalité avec les Algériens leur reste insupportable. Il leur faut coûte que coûte écarter cette alternative. Même la pâle menace de l’ordonnance du 7 mars 1944 les effraie. Leur seule réponse, c’est l’appel à la constitution de milices et à la répression. Ils trouvent une écoute chez Pierre-René Gazagne, chez le préfet de Constantine Lestrade Carbonnel et le sous-préfet de Guelma André Achiary, qui s’assignent pour but de « crever l’abcès ».

                            A Sétif, la violence commence lorsque les policiers veulent se saisir du drapeau du PPA, devenu depuis le drapeau algérien, et des banderoles réclamant la libération de Messali Hadj et l’indépendance. Elle s’étend au monde rural, où l’on assiste à une levée en masse des tribus. A Guelma, les arrestations et l’action des milices déclenchent les événements, incitant à la vengeance contre les colons des environs. Les civils européens et la police se livrent à des exécutions massives et à des représailles collectives. Pour empêcher toute enquête, ils rouvrent les charniers et incinèrent les cadavres dans les fours à chaux d’Héliopolis. Quant à l’armée, son action a fait dire à un spécialiste, Jean-Charles Jauffret, que son intervention « se rapproche plus des opérations de guerre en Europe que des guerres coloniales traditionnelles (4) ». Dans la région de Bougie, 15 000 femmes et enfants doivent s’agenouiller avant d’assister à une prise d’armes.

                            Le bilan des « événements » prête d’autant plus à contestation que le gouvernement français a mis un terme à la commission d’enquête présidée par le général Tubert et accordé l’impunité aux tueurs. Si on connaît le chiffre des victimes européennes, celui des victimes algériennes recèle bien des zones d’ombre. Les historiens algériens (5) continuent légitimement à polémiquer sur leur nombre. Les données fournies par les autorités françaises n’entraînent pas l’adhésion. En attendant des recherches impartiales (6), convenons avec Annie Rey-Goldzeiguer que, pour les 102 morts européens, il y eut des milliers de morts algériens.

                            Les conséquences du séisme sont multiples. Le compromis tant recherché entre le peuple algérien et la colonie européenne apparaît désormais comme un vœu pieux.

                            En France, les forces politiques issues de la Résistance se laissent investir par le parti colonial. « Je vous ai donné la paix pour dix ans ; si la France ne fait rien, tout recommencera en pire et probablement de façon irrémédiable », avait averti le général Duval, maître d’œuvre de la répression. Le PCF - qui a qualifié les chefs nationalistes de « provocateurs à gages hitlériens » et demandé que « les meneurs soient passés par les armes » - sera, malgré son revirement ultérieur et sa lutte pour l’amnistie, considéré comme favorable à la colonisation.

                            En Algérie, après la dissolution des AML le 14 mai, les autonomistes et les oulémas accusent le PPA d’avoir joué les apprentis sorciers et mettent fin à l’union du camp nationaliste. Les activistes du PPA imposent à leurs dirigeants la création d’une organisation paramilitaire à l’échelle nationale. Le 1er novembre 1954, on les retrouvera à la tête d’un Front de libération nationale. La guerre d’Algérie a bel et bien commencé à Sétif le 8 mai 1945.

                            Mohammed Harbi

                            Historien, auteur, avec Benjamin Stora, de La Guerre d’Algérie, 1954-2004, la fin de l’amnésie, Robert Laffont, Paris


                          • Akram (---.---.166.70) 27 octobre 2006 12:16

                            A propos du film « Indigènes »

                            Par Akram Belkaïd

                            Oublier d’où l’on vient et qui l’on est, même pour deux heures, n’est jamais facile mais c’est ce que j’ai tenté de m’imposer en allant voir le film « Indigènes » de Rachid Bouchareb. J’ai essayé, autant que possible, de me forcer à avoir des préventions à l’encontre de ce qu’auraient pu être mes... propres préventions - celles engendrées par un vécu d’Algérien né et élevé en Algérie au lendemain de l’indépendance.

                            J’ai aussi essayé d’éviter d’être influencé par le vacarme habituel qui accompagne toute sortie cinématographique ou littéraire. En effet, avant de voir un film, ou d’entamer un livre, j’essaie d’ignorer le plus possible tout ce qui a été écrit ou dit à son propos. C’est d’ailleurs une règle d’hygiène que je conseille à toutes et à tous et c’est pourquoi je recommande, à celles et ceux qui n’ont pas encore vu « Indigènes », d’arrêter là leur lecture et de la reprendre un fois le film vu, et pourquoi pas, revu.

                            Pour autant, il m’a été impossible de passer outre l’accueil pour le moins hostile qui a été fait à ce film en Algérie et c’est le sens de mon souci d’éviter de le regarder avec, justement, un œil algérien. Alerté par les critiques de mes confrères algérois, irrité par l’affaire du visa refusé à Jamel Debbouze par les autorités algériennes alors qu’il devait assister à la première du film à Alger, je suis entré dans la salle au grand écran en me répétant ces mots : « oublie l’Algérie, ce n’est qu’un film et juge-le pour ce qu’il est : une œuvre de fiction ».

                            En me disant cela, j’avais à l’esprit les propos de l’historien Mohammed Harbi, ou plutôt ses regrets quant à la manière violement hostile avec laquelle lui et plusieurs militants nationalistes algériens réagissaient dans les années 1950 aux romans de l’écrivain Mouloud Mammeri : pas assez engagés, affirmaient-ils, pas assez révolutionnaires. Déjà, et cela n’a guère n’a changé depuis, le nationalisme sourcilleux et exacerbé, dictait les normes, ordonnait l’orientation des critiques et définissait les dimensions artistiques et esthétiques. Ceci étant dit, que l’on me permette de m’interroger sur la nature actuelle de ce nationalisme qui s’en prend à un film jugé peu critique vis-à-vis de la période coloniale mais qui reste étrangement silencieux lorsqu’un Donald Rumsfeld est accueilli à bras ouvert à Alger...

                            Parler du film et que du film

                            Mais revenons au film. Disons-le tout de suite, c’est une fiction assez réussie, agréable à suivre malgré quelques longueurs et digressions qui nuisent au rythme de l’action. J’ai aimé ce film où l’émotion prend le spectateur à la gorge au moment où il s’y attend le moins. Je ne vais pas vous infliger des commentaires d’ordre technique - j’en serai bien incapable - mais j’ai aussi aimé sa musique, propre à cette époque, ainsi que sa lumière y compris lorsqu’il se déroule dans les forêts alsaciennes.

                            Montrer le courage résigné d’hommes ordinaires n’est jamais chose facile. Décrire une nuit de veille avant le combat, la violence d’une embuscade ou la terreur d’un soldat traqué par l’ennemi, sont des passages obligés pour nombre de films de guerre et, dans tous les cas, Bouchareb y parvient parfaitement. De même, est-il très convaincu lorsqu’il rend compte de la religiosité tranquille voire naturelle des tirailleurs « nord’Af » ou du mépris dans lequel ils étaient tenus par leur hiérarchie.

                            A l’inverse, on se rend très compte vite, malgré la liste impressionnante de soutiens affichés au générique, que les moyens financiers n’étaient pas au rendez-vous de ce film ce qui le fait parfois plus tenir de la télévision que du cinéma. Dans les scènes de bataille, il y a bien des tirs d’artillerie, quelques mortiers et mitrailleuses sans compter plusieurs centaines de figurants mais on sent le caractère limité de la reconstitution. Si Rachid Bouchareb avait pu obtenir un budget comparable à ce dont un Ridley Scott ou un Olivier Stone ont l’habitude de disposer, alors cette impression désagréable de « juste à peine » n’existerait peut-être pas.

                            Une autre réserve concerne le choix des acteurs. Jamel Debbouze en tirailleur ? La vérité, c’est qu’on a du mal à y croire vraiment. Une astuce aurait peut-être permis de faire avec son infirmité en le présentant, dès le départ du film, comme étant l’ « ordonnance » du sergent pied-noir Martinez (excellent Bernard Blancan). De même, j’ai eu du mal à être convaincu par le personnage joué par Samy Naceri tant ses problèmes au quotidien transparaissent à l’écran (et de cela, je l’avoue, je n’ai pas pu faire abstraction).

                            Voilà pour ce film et, pour être franc, je ne saurai faire preuve de sévérité avec une fiction qui rend un tel hommage à des oubliés de l’Histoire. Qui avant Bouchareb a parlé de ces Africains qui ont contribué à la défaite des nazis ? En France, la Guerre d’Algérie et ses drames ont tout recouvert et l’on continue, le plus souvent, à se déterminer, à créer, vis-à-vis d’elle.

                            Quand à l’Algérie, qui a jamais évoqué le rôle de ces soldats dont certains se sont ensuite battus en Indochine ? J’ai moi-même découvert, par hasard, que l’un des mes oncles avait fait toute la campagne italienne, arrivant même jusqu’en Allemagne avec son unité. Lui a-t-on jamais tendu un jour un micro ? Et de mémoire de journaliste, je n’ai que rarement entendu ou lu les souvenirs ou commentaires de cette guerre de la part d’un Ahmed Ben Bella qui, pourtant, fut décoré pour son comportement au feu dans la bataille des pitons italiens.

                            De plus, je ne peux qu’avoir de la sympathie vis-à-vis d’une fiction cinématographique qui offre un clin d’œil appuyé à Terrence Malick et sa fine Ligne rouge (le vent dans les colline, les nuages qui glissent sur les pitons, Debbouze qui, instant végétal, hume une motte de terre dans une oliveraie de Provence,...).

                            Petite plongée dans l’agacement algérien

                            Essayons maintenant de comprendre les réactions critiques des Algériens, ou du moins de plusieurs médias et officiels - de nombreux spectateurs ayant, à l’inverse, visiblement apprécié le film. La critique majeure concerne le fait qu’ « Indigènes » insisterait trop sur l’attachement ou supposé tel des tirailleurs pour la France, une « mère patrie » qu’ils ne connaissaient pas. On touche, dans le cas présent, à l’un des dogmes du nationalisme algérien ou du moins de sa version d’après l’indépendance. Selon lui, les tirailleurs ne pouvaient être volontaires et ce n’est que par la coercition que les autorités de la France libre ont pu les obliger à s’engager.

                            Des indigènes disant « on va lutter pour ‘França’ » ? Impensable, difficilement acceptable dans un cadre où une vision manichéenne et toujours sans nuance prévaut. Non, dit la vision héritée du FLN, les indigènes étaient forcés à prendre les armes. Ils n’aimaient pas la France, ils subissaient son joug mais ils se sont battus parce que forcés à le faire. D’autres, ajoute cette parole qui continue à ne pas supporter la moindre contestation, se sont uniquement engagés pour une solde, pour échapper à la misère.

                            Et il est d’autant plus difficile de parler de ces Algériens engagés de la Seconde Guerre mondiale que cela peut obliger à faire le lien immédiat avec les harkis et les raisons qui firent que ces dernières s’engagèrent aux côtés de la France dans sa guerre contre l’indépendance de l’Algérie. Et là, bien sûr, l’affaire se complique...

                            Il est plus que probable que ceux qui se sont engagés en 1943 pour l’amour de la France, de la liberté et d’autres beaux sentiments n’étaient guère nombreux mais cela ne suffit absolument pas pour discréditer le film de Bouchareb. Certes, ce dernier en rajoute un peu sur les « vive la France ! » clamés par les soldats indigènes mais c’est le tribut qu’il doit payer à la réalité actuelle et faisandée de la France où des personnalités, des intellectuels, de droite comme de gauche, travaillent à faire croire que les enfants d’immigrés sont la cinquième colonne potentielle et déjà agissante d’une internationale terroriste.

                            Dans le film de Bouchareb, on voit bien que Debbouze s’engage pour fuir « el-misiriya el-kahla », la misère noire. De même, le caporal Abdelkader (Sami Bouajila), est un bon exemple de ces engagés musulmans qui n’en pouvaient plus de l’injustice coloniale mais qui savaient aussi que le nazisme devait être combattu car ce n’était ni plus ni moins que le Mal - et de cela, quoiqu’on en dise aujourd’hui, ils avaient conscience. En entendant ce même caporal Abdelkader expliquer au sergent Martinez le pourquoi de son engagement - combattre les nazis - on pense bien sûr à ces « soldats des colonies » qui, plus tard, écoeurés par la duplicité des autorités françaises, rejoignirent le FLN. Mais j’ai également pensé à Frantz Fanon, engagé lui aussi dans la France libre au nom de la lutte contre le Mal nazi avant d’épouser le combat anticolonial.

                            Un film sans Algériens

                            En fin de compte, je pense que ce qui n’a pas plu aux Algériens dans le film de Bouchareb c’est qu’en réalité, ils en sont absents. Jamel Debbouze joue bien le rôle d’un Algérien mais il s’exprime en marocain avec un accent introuvable en Algérie y compris aux confins de la frontière ouest. Le caporal Abdelkader, s’exprime en Tunisien, et, malgré tous ses efforts, Roschdy Zem (Messaoud), n’arrive pas à masquer son accent marocain.

                            De fait, dans tout le film, il n’y a pratiquement aucune expression typiquement algérienne. Détails futiles me direz-vous ? Pas si sûr... Continuons. Au début du film, exhortés par un caïd ou un bachaga, des Algériens s’engagent et montent dans un camion sans rechigner ni se révolter. A l’inverse, Yassir, le personnage marocain joué par Naceri, décide de porter l’uniforme uniquement pour marier son frère et quand un officier français célèbre la bravoure de ses soldats, c’est à deux tribus berbères marocaines qu’il adresse ses louanges. En Algérie ce type de nuances différenciatrices ne passe jamais inaperçu et exacerbe, disons, une certaine susceptibilité régionale...

                            Il est vrai qu’on y est un peu excédé par tous ces films qui, censés se dérouler en Algérie, sont tournés au Maroc ou, moins souvent, en Tunisie, avec des accents et des costumes qui ne sont en rien algériens, cela sans oublier les fictions sur la guerre d’Algérie, comme par exemple « L’Adieu » de François Luciani (2003), où les combattants du FLN apparaissent comme des clones annonciateurs du GIA...

                            Mais, n’étant jamais mieux servis que par soi-même, tout cela n’existerait pas si l’Algérie, où soixante milliards de dollars dorment actuellement dans les coffres de sa Banque centrale, se décidait enfin à faire renaître son cinéma qui, en des temps déjà presque oubliés, lui faisait honneur à Cannes, à Venise ou Berlin.

                            J’ai donc vu Indigènes en essayant de remiser mes filtres algériens, lesquels, on a pu le constater, sont tout de même ressortis dès que j’ai tenté de réfléchir à ce film. Par contre, je n’ai pas mis de côté mon vécu français et c’est ce qui motive l’unique critique sérieuse que je vais formuler à l’encontre d’ « Indigènes ». Plutôt que de fustiger les « bons sentiments » qui, quelque part font ce film - comme ils font l’essentiel des grands films de guerre (à quelques exceptions près), je regrette en effet l’absence d’un personnage principal noir. Il y a bien une scène, où ce que l’on devine être des tirailleurs sénégalais (lesquels, dans la réalité, étaient d’ailleurs souvent burkinabais) plantent le drapeau français au somment d’une colline prise aux Allemands mais ce n’est guère satisfaisant.

                            J’ai conscience que cela aurait compliqué encore plus la tâche du réalisateur mais quand, au nom du « vivre ensemble », on décide de réaliser un film dont on souhaite qu’il ait un impact sur la situation actuelle de la France et de ses banlieues, on ne peut ignorer le sentiment croissant d’abandon et de sous-représentation des populations originaires d’Afrique noire mais aussi des Antilles.

                            Je ne suis pas favorable aux quotas mais, parfois, très rarement, mais nécessairement, il est judicieux de composer avec toutes les susceptibilités.


                            • Akram (---.---.166.70) 27 octobre 2006 12:30

                              Dès 1830, la France a levé des troupes dans ses colonies. L’historien Belkacem Recham revient sur la contribution de ces hommes durant la Seconde Guerre mondiale.

                              Belkacem Recham est historien, chargé de cours à l’université Marc-Bloch de Strasbourg. Il est également l’auteur des Musulmans algériens dans l’armée française 1919-1945, Éditions L’Harmattan, 1996.

                              Pourquoi l’armée française recrute-t-elle, très tôt, des soldats issus des colonies ?

                              Belkacem Recham. Dès 1830, la France lève des troupes autochtones pour la seconder dans la conquête de territoires en Algérie. Des officiers français complètent alors les rangs de l’armée française par un recrutement local, avec des hommes bénéficiant d’une parfaite connaissance du terrain et des populations. Différents corps auxiliaires sont formés jusqu’en 1841, date à laquelle des ordonnances royales créent les régiments de tirailleurs et de spahis, dont le nombre ne cesse de croître à mesure que la conquête progresse vers l’intérieur du pays. Ce n’est qu’à partir de 1870, puis à l’occasion des Première et Seconde Guerres mondiales, que ces contingents sont utilisés pour défendre la France métropolitaine. Compte tenu des besoins, la France est obligée, à ces occasions, de recourir au recrutement au-delà de la Méditerranée.

                              Après la défaite de 1940, que deviennent ces soldats indigènes ? Certains rejoignent-ils la Résistance ?

                              Belkacem Recham. Avec l’aide de résistants français, certains s’évadent des camps de prisonniers qui leur sont réservés en zone occupée et entrent dans la clandestinité. Mais il est vrai que les résistants originaires des colonies sont davantage issus de l’élite intellectuelle résidant en France. Les soldats, eux, connaissent le même sort que le reste de l’armée française : ils sont tués lors des combats ou faits prisonniers.

                              Lorsque cette armée est reconstituée en 1942, après le débarquement allié à Alger, quel est, en son sein, le statut des indigènes mobilisés pour libérer la France ?

                              Belkacem Recham. Le statut des soldats indigènes est régi par plusieurs textes, selon qu’ils viennent d’Algérie, du Maroc, de Tunisie ou d’Afrique noire. Mais ces textes ont en commun d’entériner une triple discrimination. Après plus d’un siècle d’existence des régiments de tirailleurs et de spahis, les soldes des indigènes sont restées nettement inférieures à celles des Européens. Il faut attendre le mois d’août 1943 pour que le général de Gaulle décide d’établir la parité des soldes entre Européens et indigènes. Autre discrimination : les indigènes reçoivent très peu de commandement, du fait de la méfiance de l’état-major vis-à-vis des cadres musulmans, pourtant très loyaux. Du point de vue de l’avancement, enfin, jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, les soldats indigènes ne peuvent dépasser le grade de capitaine, promotion qui n’intervient, le plus souvent, qu’à la veille de la retraite. Cet avancement est en outre très lent. Alors que deux ans suffisent aux Européens pour passer du grade de sous-lieutenant à celui de lieutenant, il en faut jusqu’à six pour un soldat indigène. Ces discriminations subsistent jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Avec la guerre d’Indochine, la France consent à promouvoir quelques rares officiers supérieurs. Mais ils se comptent sur les doigts de la main.

                              Cette expérience du combat pour la libération de la France renforce-t-elle chez les indigènes l’aspiration à l’indépendance ?

                              Belkacem Recham. Dans le cas de l’Algérie, c’est une évidence. On peut citer des cas illustres de soldats qui ont participé à la libération de la France et sont ensuite devenus des cadres de l’Armée de libération nationale : Ben Bella, Boudiaf, Krim Belkacem et bien d’autres. En fait, la majorité des cadres de l’ALN sont issus de l’armée française. Leur participation à la libération de la France sert de déclencheur, d’accélérateur, dans la prise en charge du mouvement national algérien. Cette expérience, d’une certaine manière, leur ouvre les yeux sur la situation qui prévaut en Algérie. Une prise de conscience attisée par les événements dramatiques qui embrasent, à partir du 8 mai 1945, la région de Sétif et Guelma.

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