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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > La Culture n’est plus une aventure

La Culture n’est plus une aventure

Tout doit être bordé.

Il est assez compliqué désormais de proposer un spectacle qui ne soit pas passé par le tamis de la vidéo. L’organisateur veut tout savoir, tout voir et surtout ne prendre aucun risque. Comment le lui reprocher puisque de son côté, le public est désormais amputé de la curiosité : il ne se déplace qu’après avoir regardé sur YouTube ce qu’il était censé découvrir sur la grande scène du spectacle vivant.

Dans ce contexte si peu culturel dans l’essence même de ce terme, pourquoi s’étonner qu’un épicier du spectacle, me contactant par le plus grand des hasards en vienne à me demander la liste exacte des contes, leur thème et leur durée. Il s’attend donc à un produit standardisé, programmé à la seconde près, sans le moindre risque de surprise. Je comprends mieux pourquoi un jour, j’ai assisté à un tour de chant d’une « grande » vedette québecoise dont l’intégralité de ce qu’elle disait et chantait défilait sur un prompteur. Bête répétitrice, elle ne risquait pas de déborder ni même de surprendre !

J’ai répondu à ce monsieur trop carré que je ne savais en général pas moi-même ce que j’allais raconter, que le choix se ferait en fonction des réactions de ce curieux groupe d’individus qui forme un public. C’est en les observant, les écoutant que je fais ma sélection et que je me permets de vagabonder au sein même des histoires.

L’improvisation ? Mon dieu quelle horreur s’exclame le pauvre homme à l’imaginaire aussi rétréci que son désir de découverte. Il veut des garanties, exige de savoir où il met les pieds et surtout ceux de son cher public. Le risque de les choquer, de les surprendre ou de les interloquer doit absolument être évacué. La Culture n’ouvre pas l’esprit, elle se contente de le laisser en l’état.

Inutile de vous dire que j’ai envoyé balader ce triste pantin désarticulé de l’esprit. Il ferait mieux de programmer du cinéma. Le spectacle vivant ne lui vaut rien, il menace sa sérénité de petit comptable du temps et des bonnes manières. Je plains les curieux, les aventureux, les libres penseurs qui doivent encore exister parmi ses spectateurs. Ils vont au spectacle comme on se rend à l’office, pour suivre un rituel sans âme.

L’anecdote m’est restée en travers de la gorge. Je ne parviens toujours pas à digérer ce morceau qui obstrue ma glotte et entrave ma luette. Le rideau tombe sur le voile du palais, l’odieux brigadier a ainsi désiré me bâillonner, me contraindre à devenir un vulgaire répétiteur . Cette maladresse provoque en moi indignation et colère. Voilà un personnage dont j’éviterai soigneusement la fréquentation à l’avenir.

Je crains hélas qu'il ne soit pas le seul à penser de la sorte. Cette société ne supporte plus ce qui se trouve en dehors du cadre, les sorties de route ou les facéties imprévues. Il convient surtout de ne pas heurter le bourgeois, le décideur, le financeur. Trois catégories qui souvent n’en font qu’une, qui décident de tout, repoussant ce qui serait de nature à élever le masse.

Qu’un humble Bonimenteur puisse à ce point effrayer ce quidam me désole. Il me fait malgré tout bien trop d’honneur à l’instar de ces élus municipaux de ma ville natale qui refusent de me programmer. La parole facétieuse, moqueuse, persifleuse serait donc un danger pour ces gens établis et surtout désireux de le rester. J’ai bien de la peine pour eux.

L’improvisation fait horreur à ce personnage. Il a ainsi les honneurs d’une réplique écrite, en prenant le temps de choisir chaque mot, de calibrer la longueur de la réponse, de définir un temps moyen de lecture. Il sera content, nulle phrase assassine ne surgira au débotté au tournant d’un point virgule. Cependant je lui laisse la possibilité d’imaginer (s’il en est capable) ce qui ne se fige pas sur le clavier et dont je laisse libre cours au travers de ces impertinents points de suspension…

Librement sien.


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8 réactions à cet article    


  • Kapimo Kapimo 16 octobre 2019 17:05

    Merci pour votre article. Les pharisiens ont mis la main sur la « culture », laquelle est devenue un simple secteur économique dans le nouveau monde des flux d’argent balisés et des esprits stérilisés. Et en économie, l’incertitude est ce qu’on déteste au plus haut point.


    • C'est Nabum C’est Nabum 16 octobre 2019 20:17

      @Kapimo

      Merci de comprendre ce que j’écris

      ça change de beaucoup

      OUI en effet le fric est incompatible avec la culture


    • C'est Nabum C’est Nabum 16 octobre 2019 21:04

      @moutonoir

      Tout dépend du public et du contexte


    • Kapimo Kapimo 17 octobre 2019 13:43

      @moutonoir

      Je n’ai pas écris ce que vous prétendez avoir lu.
      Il n’y a encore pas très longtemps, la culture était entre les mains (financée par) des gens qui acceptaient de prendre quelques risques et de faire confiance aux artistes parce qu’ils aimaient tel ou tel spectacle/oeuvre/artiste, sachant que le risque est parfois récompensé. Ce n’est plus le cas.
      Je n’ai jamais parlé de production gratuite.


    • juluch juluch 16 octobre 2019 23:38

      un prompteur pour cette « vedette » ?, 

      vraiment ?

      ça alors !

      Elle est aussi standardisé qu’une bagnole finalement la québécoise Céline(si c’est elle).

      et puis la culture à présent est un marché comme tous le reste !

      pitin ! restons simple dans se que l’on aime.


      • C'est Nabum C’est Nabum 19 octobre 2019 16:59

        @juluch

        Hélas tout était écrit d’avance


      • jymb 17 octobre 2019 13:25

        Pourtant c’est simple d’étre subventionné !

        Il suffir de promouvoir la diversité, la richesse du vivre ensemble, les bienfaits des afflux de migrants, vilipender un peu les cathos, se pâmer sur la planéte et l’environnement, et dénoncer courageusement le fascisme répugnant de tout ce qui semble blanc et qui se lève le matin pour aller travailler ( pire, en roulant en voiture) 

        La recette est là

        Grâce à moi, demain vous êtes en couverture de Télérama 

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