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La culture, soumise aux lois du marché

En annonçant une hausse considérable du budget consacré aux monuments historiques, Christine Albanel prouve-t-elle une révolution de la politique culturelle ou bien une adaptation aux exigences de notre époque ?

Durant toute sa campagne, notre président de la République, Nicolas Sarkozy, avait clairement manifesté, que l’un de ses objectifs prioritaires consistait à réformer les politiques publiques. La lettre de mission, adressée à Mme Albanel Christine, la ministre de la Culture et de la Communication, quoique raillée par beaucoup, semblait ouvrir une nouvelle voie, concrétisée cette semaine par la déclaration d’une augmentation de près de 33 % des crédits alloués à la protection des monuments historiques.

LES MONUMENTS HISTORIQUES.

L’intérêt populaire pour ces vestiges du passé ne se dément pas ces dernières années, notamment lors des Journées du patrimoine (3e week-end de septembre). A y regarder de plus près, seuls quelques monuments et autres objets mobiliers de nos aïeux, attirent une foule considérable, laissant des milliers de monuments se dégrader dans l’indifférence générale. Car, la politique de protection du patrimoine, qui se développa au cours du XIXe siècle, s’est immédiatement buté à un dilemme, devant amener à trancher entre deux positions diamétralement opposées :

· Ou bien, répartir ce budget sur le maximum de bâtiments, en leur allouant de petites subventions.

· Ou alors se consacrer à quelques grands monuments, qui seront alors choyés.

Bien évidemment, aujourd’hui plus qu’hier, la seconde option est érigée en dogme inébranlable, et les grands chantiers se multiplient, mettant en valeur les monuments emblématiques de l’histoire française.

LA PROTECTION DES MONUMENTS HISTORIQUES

Ainsi est-on passé, de 2002 à 2007, de 32 % d’édifices en péril à plus de 41 %. Aujourd’hui, pour sauver ces monuments, on estime les besoins de financement à 11 milliards d’euros, alors que dans le même temps le budget, qui y est consacré annuellement, peine à dépasser les 300 millions. A ce rythme-là, il faudra plus de 37 ans pour couvrir ces besoins, qui s‘alourdissent au fur et à mesure. Le temps, qui passe, fait son œuvre, fragilisant un peu plus les œuvres, détériorant les monuments...

On ne peut pas tout protéger, comme le laissait déjà entendre Prosper Mérimée, qui donna ses lettres de noblesse au métier d’inspecteur des monuments historiques. Et, en ces temps de crise, la Culture n’est pas, quoi qu’on en dise, une priorité des gouvernements successifs. Avec la Fondation de France, on supposait que l’Etat, à l’instar des pays anglo-saxons, allait se reposer sur un financement privé, mais après des années d’exercice, on se rend compte des limites de ce système.

Si la galerie des glaces à Versailles a trouvé un mécénat généreux et profitable, on n’imagine pas, qu’une entreprise consacre une partie de ses revenus à la restauration d’une abbaye de campagne, visitée par quelques centaines de personnes chaque année. La culture, et plus particulièrement les monuments historiques, répond désormais à une loi de marché, où offre et demande régulent plus la protection et la sauvegarde, que l’intérêt national du point de vue artistique et/ou historique.

L’ANNONCE DU GOUVERNEMENT

Aussi, Mme Albanel a surpris en annonçant que ce budget passerait à 400 millions d’euros, et que cette hausse conséquente serait financée par une taxe de 2 euros sur les nuitées passées dans les Hôtels de luxe, voire par un nouveau jeu de la Française des Jeux.

Ces hôtels de luxe reçoivent, en grande partie (70 % de la clientèle), des clients étrangers, venus en France visiter les grands monuments, symbole de la culture française, et on nous explique alors que 2 euros ne correspondent même pas au prix d’un soda dans ces hôtels (On nous a expliqué, il y a quelques mois, qu’une franchise médicale de 50 euros représentait moins d’un euro par semaine). Même si cela peut paraître dérisoire, on a du mal à accepter qu’une clientèle étrangère soit taxée pour subvenir à la restauration des monuments historiques français. Lorsque le président ou sa ministre de la Culture décidera de s’occuper des "petits monuments ignorés", on arrivera peut-être à taxer toutes les nuits d’hôtel.

Si l’ambition est louable, nous pouvons déplorer la méthode et le sens. Sur le sens, nous voyons aujourd’hui s’accélérer les taxations diverses pour financer tel ou tel projet, et d’une manière de plus en plus directe. Une taxe sur les ventes de téléviseur pour financer France Télévisions, une franchise médicale pour financer le déficit, une taxe de 2 euros par nuit pour financer la protection des monuments... Il n’y a donc plus besoin d’hommes politiques, si tout problème entraîne inéluctablement une nouvelle taxation. Plus besoin de réfléchir à quelle société nous voulons. Plus les services seront élevés, plus il faudra payer directement sans véritable décision.

Sur la forme enfin, Mme Albanel a annoncé cette réforme sans consultation des professionnels de l’hôtellerie... Peut-être a-t-elle voulu imiter son président, qui annonçait, il y a quelques jours, la suppression de la publicité sur France Télévision, sans qu’elle n’en ait été avertie ni même consultée ? Une imitation, une vengeance, ou peut-être plus simplement une réponse à ceux qui s’interrogent sur "Y a-t-il encore un ministre à la Culture ?" (Télérama n° 3028)


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9 réactions à cet article    


  • tvargentine.com lerma 23 janvier 2008 10:33

    Demandez donc au Maire de Paris de dépenser les 900 millions d’euros qui récupére dans ses caisses cette année avec sa politique de spéculation immobilère et demandez lui de verser ses 900 millions d’euros aux monuments historiques de Paris

    Voila une mesure simple !

     

     


    • Zalka Zalka 23 janvier 2008 11:36

      Sûr qu’il n’y a jamais eu de spéculation avant delanoë, ou dans la banlieue parisienne (comme à Neuilly Sur Seine).

       

      Stop au TSS (Toujours Saint Sarkosy)


    • ERIC ERIC 23 janvier 2008 12:58

      la spéculation à Paris, comme ailleurs, pourrait effectivement soutenir cet effort, même si il serait de bon ton de les allouer au logemnt parisien.....


    • ZEN ZEN 23 janvier 2008 10:50

      Je reproduis (paresseusement) le lien que j’ai donné hier sur un article assez proche

      Les grandes orientations culturelles ont été déjà définies à l"’Elysée

      http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=29025


      • ERIC ERIC 23 janvier 2008 13:04

        Bien sur, qu’avec la lettre de mission adressée à Mme ALBANEL, on pouvait craindre le pire, notamment avec l’obligation de résultats....


      • anny paule 23 janvier 2008 14:31

        Il me semble qu’il existe un "oubli" dans cette information, intéressante au demeurant, pour l’un des aspects de la Culture, les "monuments historiques".

        Savez-vous, ( et je tiens l’info d’un propriétaire d’un château "classé monument historique", d’origine médiévale, remanié à la Renaissance, restauré dans cet esprit ensuite) qu’ il suffit d’ouvrir quelques jours par an (j’ai oublié le chiffre exact) le monument "classé" dont on est propriétaire pour bénéficier de subventions substancielles et d’un dégrèvement important sur l’impôt foncier ?

        Ces aménagements fiscaux et ces subventions seraient destinées à la restauration et à l’entretien... mais rien ne les contrôle. Pas besoin de devis ou de factures pour en bénéficier !

        Encore une fois, deux poids et deux mesures ! On ne donne qu’aux riches !


        • ERIC ERIC 23 janvier 2008 16:11

          Bonsoir Anny Paule,

           

          Vous avez raison sur ce point, même si il faut également souligner que l’acquisition d’un monument historique (ou même d’un monuments inscrit , c’est le second niveau de classement) entraîne pour le propriétaire de nombreuses contraintes.....Qu’il soit aidé financièrement ou fiscalement peut apparaître comme étant une compensation (limitée), même si je suis conscient que, comme pour tout, il doit exister des abus en la matière.

          Cordialement

          Eric

           


        • ernst 24 janvier 2008 01:15

          C’est justement sur les riches que porte la petite ponction. Hôtels ***** et *****Luxe.

          Vous n’êtes pas sans savoir que ce genre d’établissement est particulièrement concentré sur le blanchiement d’argent.

          Pour exemple, on a vu passer le Disney en un an de 32% de coefficient de remplissage à 72% l’année suivante. Ce qui est impossible sauf en cas de renflouement occulte. Tous les mafieux ont à disposition un Casino ou un Hôtel Luxe. Ou un théâtre. Le tout, bien évidemment avec des prête-noms.

          Cette moitié de Coca Light prélevé chaque jour permettrait au Gouvernement de mettre son nez dans des comptes obscurs. Et puis, nous connaissons la technique, on passerait vite à la liqueur et au Champagne. Et je ne vois pas en quoi cela me dérangerait, pour une bonne cause, de râtisser un étranger, un mafieu plutôt qu’un français !...

          Bien sûr, ceci n’est qu’une hypothèse, mais sans doute moins éloignée de la vérité que ce que vous en pensez vous-même.


          • ERIC ERIC 25 janvier 2008 08:45

            Oui, je vous approuve en partie, mais la dérive évoquée dans ce que j’écrivais se précise, puisque la Tribune libre du monde datée du 23 janvier précise que l’une des pistes évoquées reste bel et bien la taxation de toutes les nuitées d’hôtel et non plus les seuls hôtels de luxe....Personnellement, que les choses soient claires, cela ne me dérange pas d’être taxé pour ce genre d’ambitions, bien au contraire....mais taxer à chaque nouveau besoin ou manquement est une dérive grve à mon sens, y compris dans ce domaine

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