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La douleur

Simplement sublime.

L’exercice n’est sans doute pas aisé celui qui consiste à convaincre des lecteurs, tranquillement installés chez eux, à se rendre, si possible en nombre, assister à un spectacle qui les laissera sans force, étrangement incertains, terriblement troublés, parfaitement en adéquation avec le titre de ce chef d’œuvre : dans « La Douleur ». Oui, vous n’allez certes pas rire aux éclats, ni même vous distraire durant cette plongée intérieure dans l’angoisse qui grandit, la peur qui s'insinue lentement, l’espoir qui s'amenuise inéluctablement, la tragédie qui se tisse tout autour des personnages. C’est pourtant un moment absolument magnifique, une prouesse cinématographique et dans le même temps la restitution parfaite d’une grande voix intérieure, d’un formidable style littéraire.

Comment traduire en images des mots qui envoûtent ainsi le spectateur ? En jouant sans doute sur la profondeur de champ, en créant des doubles et des jeux d’ombre, en donnant corps à des personnages magistralement interprétés dans une discrétion rare comme si chacun voulait s’effacer derrière le texte de Marguerite Duras et la force d’un récit qui se noue sans effets spectaculaires. C’est du grand art, c’est sublime, c’est à ne pas manquer.

Faut-il dévoiler cette douleur ? Je crois tout au contraire qu’il convient de n’en rien savoir pour plonger dans la spirale de l’inquiétude qui devient angoisse avant que de se faire le plus noir désespoir. Le spectateur est englué comme un insecte pris dans une toile d’araignée. Mais ce n’est ni pesant ni affligeant. C’est tellement beau que l’émotion se métamorphose en admiration tout au long de ce moment en suspension, de cette douleur qui s’incarne dans l’actrice principale, qui en fait un personnage christique.

La restitution d’une époque, la fin de la seconde guerre mondiale, ses traîtrises, ses abjections, ceux qui ont choisi le mauvais camp, ceux qui vivent dans la peur et la clandestinité, tout cela est remarquablement suggéré sans tomber dans la grande reconstitution. La sobriété est la règle tout au long de ce film, véritable épure à la beauté plastique impressionnante.

Laissez vous porter, acceptez de vous diluer dans la douleur de l’héroïne, une femme qui tour à tour lutte, doute, renonce, reprend espoir, s’égare ou bien se comporte de manière exemplaire. Elle est alternativement magnifique, odieuse, garce ou bien encore héroïque sans en faire des tonnes, dans un jeu d’une telle nuance que je ne peux qu’applaudir à la prouesse de l’actrice, Mélanie Thierry, en tout point magistrale.

Quant à l’adaptation d’Emmanuel Finkiel, elle est simplement magnifique, esthétique, juste, efficace, discrète. C’est une totale maîtrise, une image au scalpel, un travail sur la lumière afin que les acteurs évoluent dans un halo extraordinaire. Tout est dans la nuance, le contre-point, le détail qui donne du sens. Le spectateur, grâce à lui, est dans un état quasiment hypnotique tout au long de ces deux heures de projection qui vous inviteront à explorer les méandres d’un univers intérieur en totale désintégration.

Tout cela n’a pas de quoi inciter le spectateur en quête de divertissement. Je peux le comprendre. C’est à ceux qui cherchent à s’élever parfois, à tutoyer le génie créatif, à fréquenter les grandes plumes de la littérature, à comprendre les tréfonds de l’âme humaine que je conseille ce film. Il est sans doute préférable de ne pas y aller seul, de parler bien vite après la séance pour absorber l'écheveau de tous ces sentiments contradictoires. Vous en sortirez grandi j’en suis certain.

Je ne suis pas cinéphile, ni même critique d’art. Je vous livre ici maladroitement cette envie que j’ai de montrer un chemin ardu tout autant qu’exaltant à qui veut bien me faire confiance. Allez voir cette douleur, tout simplement sublime, vous ne serez pas déçu. Bon film à ceux qui me feraient l’honneur de suivre ce simple conseil.

Douloureusement vôtre


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