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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > La femme « hystérique » très tendance en cette fin d’année

La femme « hystérique » très tendance en cette fin d’année

Coïncidence étonnante, trois films, sortis la même semaine, mettent en scène des femmes hystériques en cette fin d’année cinématographique : « Augustine », de Jean-Claude Monod et Jean-Christophe Valtat, « A dangerous méthod », de David Cronenberg, et « Hystéria », de Tanya Wexler, que les distributeurs français ont choisi de rebaptiser d’un titre plus racoleur : « Oh my God ! »...

Trois films très différents, tant sur le fond que sur la forme : l’un montre les profonds bouleversements qu’a connus le traitement scientifique des affections mentales dans le dernier quart du 19e siècle en France ; le second, tiré d’une excellente pièce de Christopher Hampton, porte sur l’émergence, à l’aube du 20e siècle, de la psychanalyse à travers les rapports de Carl Gustav Jung, de sa patiente et maîtresse Sabina Spielrein, et de Sigmund Freud ; quant au troisième , il raconte comment, dans la prude et compassée Angleterre victorienne, le traitement de l’hystérie a pu conduire à l’invention du... vibromasseur.

Disons-le tout net, « Augustine » – réalisé en 2002 et ressorti cette semaine, peut-être pour bénéficier du coup de projecteur donné par l’actualité cinématographique sur l’hystérie – n’a strictement aucune chance de réaliser un carton au box-office. Non que le film soit mauvais – les rares critiques et les spectateurs qui l’ont vu sur Arte en 2005 affirment l’inverse –, mais en raison de son caractère didactique, pour ne pas dire délibérément documentaire. Les réalisateurs, eux-mêmes de formation scientifique, ont d’ailleurs tourné en noir et blanc pour renforcer l’impression d’images d’archives donnée par les rapports de la jeune Augustine avec le Professeur Jean-Martin Charcot, l’éminent neurologue de la Salpêtrière, et ses collaborateurs à une époque où l’on avait entrepris, pour mieux comprendre l’hystérie d’en photographier les différentes phases. Et si, pour combler les lacunes de la biographie d’Augustine et étoffer le scénario, les réalisateurs ont pris la liberté de créer un personnage d’employé de laboratoire amoureux de la jeune femme ou de lui inventer une amie musicienne, c’est uniquement dans le but de donner du relief à sa personnalité pour sortir du cadre des seules expérimentations, ne pas rester concentré sur les exhibitions des malades ou les traitements par l’électricité, la métallothérapie et l’hypnose, si chère au Pr Charcot. L’hypnose qui permettra, ultérieurement, de démontrer que l’hystérie relève moins de la médecine que de la psychanalyse.

La psychanalyse, précisément l’héroïne du deuxième film. Inutile de s’étendre sur ce nouvel opus de David Cronenberg « A Dangerous Method ». Deux excellents articles, publiés la semaine dernière sur AgoraVox, en dressent de pertinentes critiques : Je t’aime moi non plus... et autres transferts et contre-transferts, par Valerianne, et « A Dangerous Méthod » par le Docteur Cronenberg, par Vincent Delaury. Le film, comme la pièce* de Christopher Hampton qui l’a inspiré, met en scène ces deux géants de la psychanalyse que furent Sigmund Freud et Carl Gustav Jung. Mais c’est le personnage de Sabina Spielrein qui lui donne tout son relief en permettant d’aborder, autour de son cas, la sexualité, les rapports sadomasochistes, et même la judaïté.

Reste le troisième film : « Oh My God ! ». Dans une Angleterre victorienne à la Dickens, il relate l’histoire vraie du Dr Robert Dalrymple et de son jeune collaborateur, le Dr Mortimer Granville. Spécialisé dans les massages intimes visant à soulager les tourments de ses hystériques patientes, le Dr Granville doit renoncer à exercer sa « médecine » pour cause de... crampe handicapante de la main droite. C’est alors qu’il décide d’adapter le plumeau électrique inventé par l’un de ses amis, Edmund St John Smythe, au traitement de ses patientes. Ainsi naît le vibromasseur ! Le film ne se résume évidemment pas à cela, car il montre également sans complaisance l’Angleterre des quartiers populaires où sévissent la pauvreté, l’alcoolisme et la prostitution. Mais il a le mérite de mettre le doigt, si l’on peut dire, sur l’étroite relation entre l’hystérie et la sexualité, l’une pouvant résulter des frustrations de l’autre. 

Rappelons que l’hystérie est une névrose résultant d’un conflit psychique pouvant déboucher sur différentes manifestations allant de troubles bénins (palpitations, douleurs ovariennes, gorge nouée) à des états de transe à contenu possiblement violent ou érotique, en passant par des phases de tétanie ou de convulsions de type épileptoïde.

Rappelons également que l’hystérie n’est pas l’apanage des femmes même si elles en sont beaucoup plus atteintes que les hommes. Peut-être cette identification entre l’hystérie et la femme tient-elle à la confusion qui en a été faite depuis l’antiquité, l’origine du mot hystérie étant « hustera », autrement dit « matrice ». Ce qui démontre que des siècles de croyance peuvent parfois tenir à un mot.

* « The Talking Cure » a été jouée en 2009 au théâtre Montparnasse par Samuel Le Bihan et Barbara Schulz sous le titre « Paroles et guérison ».


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50 réactions à cet article    


  • Valerianne Valerianne 27 décembre 2011 09:04

    Bonjour Fergus,

    Merci pour cet article, très intéressant.

    Je ne connaissais pas l’histoire de ce docteur Dalrymple qui pratiquait les « massages intimes »...  smiley et ignorais que le vibromasseur remontait à l’époque de l’Angleterre Victorienne ! (Oh my gode ! smiley).


    • Fergus Fergus 27 décembre 2011 09:14

      Bonjour, Valérianne.

      Merci pour votre commentaire. J’ignorais moi aussi l’origine du vibromasseur, mais je trouve plaisante l’idée qu’il soit né du croisement d’un besoin « thérapeutique » et de l’existence toute récente d’un plumeau électrique. Quoi qu’il en soit, le brevet déposé conjointement par le Dr Granville et son ami St John Smythe a définitivement assis leur fortune.


    • cathy30 cathy30 27 décembre 2011 09:44


      bonjour Fergus
      Y avait-il des séances de masturbation pour les pauvres ? Je pense que non. Où trouvait-on les hystériques ? Dans la bourgeoisie.
      Encore une fois, les grands illusionnistes ou banquiers avec l’aide de la médecine moderne (militaire) et de la psychanalise ont changé la société européenne, en veillant avant tout cela, l’installation de la grande pauvreté du 19e siècle dans les grandes agglomérations ; Ils procèdent à chaque fois de la même façon : la pauvre condition féminine, sachant qu’ils sont les créateurs de cette condition.
      Aujourd’hui ils « castrent » les hommes, nous sommes dans une société matriarcale, alors oui, l’hystérie a de beaux jours devant elle, et elle va exploser. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est notre lucarne hypnoptique smiley


      • Fergus Fergus 27 décembre 2011 10:07

        Bonjour, Cathy.

        Pas d’accord avec vous : l’hystérie ne se limitait pas à la seule bourgeoise. Et si, dans les cas manifestement en rapport avec la frustration sexuelle, ces bourgeoises avaient recours au doigté d’un médecin, c’était surtout lié au tabou qui frappait l’usage du clitoris.

        Mais rassurez-vous, cela se pratiquait aussi en France, jusque dans les campagnes et jusque dans les années 60 si j’en crois des témoignages de l’époque dans le traitement des crises où hystérie et épilepsie étaient d’ailleurs souvent mises dans le même sac.

        Globalement, sur le rôle joué par les médecins à la fin du 19e siècle, je vous trouve bien dure car les hospices de la Salpêtrière et du Kremlin-Bicêtre où l’on entassait sans hygiène et dans des conditions indignes les personnes victimes de dérèglements mentaux ou psychiques, étaient des repoussoirs immondes. C’est grâce aux efforts et à l’humanisme de ces médecins que l’on a pu, en quelques dizaines d’années, accomplir des progrès stupéfiants.


      • Georges Yang 27 décembre 2011 11:27

        Il faut lire Michel Foucault sur la folie et l’enfermement


      • Fergus Fergus 27 décembre 2011 11:56

        @ Georges Yang.

        Michel Foucault était passionné par le sujet et a assisté à plusieurs « démonstrations » de Charcot.


      • cathy30 cathy30 27 décembre 2011 10:35

        Fergus
        bien sûr que l’hystérie ne se limitait pas à la seule bourgeoisie, elle s’est étendue dans les campagne. Sais tu qu’il n’y a pas de cas d’anorexie pendant la guerre !
        La psychanalyse pour la bourgeoisie, et la médecine pour les pauvres.
        Et comme je te dis dans mon commentaire plus haut, ils ont installé la grande pauvreté d’oû les conditions terribles dans les hopitaux psychiatriques, et ensuite ils arrivent en vainqueurs. Les paysans prenaient soins de leurs fous dans les villages avant la modernité.


        • Fergus Fergus 27 décembre 2011 10:54

          @ Cathy.

          Je crois que tu grossis excessivement le trait à force de vouloir trouver une explication politique : les hospices ont, en France comme ailleurs, toujours existé et, à de rares exceptions, ont toujours été des repoussoirs, particulièrement les bâtiments réservés aux malades mentaux eu égard aux craintes qu’ils engendraient.

          Pour ce qui est des paysans qui prenaient en charge les « fous », c’est toujours vrai, du moins lorsque le dérèglement n’est pas trop lourd. Et cela pour une raison simple : un malade mental (mais cela vaut également pour un trisomique 21) peut parfaitement trouver sa place dans une ferme et y accomplir des petits boulots, bref y être heureux dans un espace naturel et ouvert. J’ai moi-même un cousin trisomique qui vit chez ses frères paysans, et nulle part ailleurs il ne pourrait trouver de meilleurs conditions de vie. Mais cela devient terriblement compliqué, et souvent impossible, dans un univers urbain. D’où la différence.


        • Georges Yang 27 décembre 2011 11:02

          Malinowski a étudié les troubles psy chez les paysans roumains, mais il est vrai que les manifestations hystériques des bourgeoises juives et chrétiennes s’exprimaient différemment de celles des paysannes
          Quant au Moyen -âge, il a brûlé des sorcières qui n’étaient que des exaltées prturbées


        • Georges Yang 27 décembre 2011 11:09

          Dans le contexte du 19° siècle, Ségolène Royal aurait fait une excellente patiente de Charcot


          • Fergus Fergus 27 décembre 2011 11:23

            @ Georges Yang.

            Impossible de vous suivre sur ce terrain, fût-il humoristique. Mais l’on connait votre rejet viscéral de la Dame du Poitou. S’il n’y avait Sarkozy, elle vous voudrait de nombreux points Godwin.

            Bonne journée.


          • Georges Yang 27 décembre 2011 11:25

            Théâtralisation et érotisation du propos et du comportement, minauderies


          • Valerianne Valerianne 27 décembre 2011 11:37

            A ce compte là, on peut dire que les histrioniques sont légion dans la politique... chez les femmes comme chez les hommes...

            Tenez, un simple ex à droite : Nadiiiiiiine !!  smiley

             


          • Georges Yang 27 décembre 2011 11:50

            Morano n’est pas malade, c’est seulement une Georgette Lemaire en plus méchant


          • Fergus Fergus 27 décembre 2011 11:59

            @ Georges Yang.

            Pour ce qui est de Ségolène, « théâtralisation », d’accord ; mais pour ce qui est de l’« érotisation », sincèrement je ne l’ai jamais perçue.


          • Georges Yang 27 décembre 2011 12:28

            Sauf quand elle parle de rendez-vous secret avec Bayrou et de son besoin d’un nouveau compagnon après sa rupture, et ses minauderies new âge sur scène, ou la tunique bleue remplace « mon truc en plumes »


          • La râleuse La râleuse 27 décembre 2011 11:59

            Bonjour Fergus,

            « Rappelons également que l’hystérie n’est pas l’apanage des femmes même si elles en sont beaucoup plus atteintes que les hommes »

            Ouf ! Quel suspense ! J’ai eu peur jusqu’à la fin.

            « ...l’origine du mot hystérie étant « hustera », autrement dit « matrice... »

            C’est bien ce que je disais dans un autre commentaire, à savoir que je comprends pourquoi le mot amateur n’a pas été féminisé. Parce que si le mot « amatrice » ne prête pas à confusion en version écrite, il en serait différemment employé en version verbale. smiley

            Cordialement,


            • Fergus Fergus 27 décembre 2011 12:51

              Bonjour, La râleuse.

              Le fait est qu’amatrice pourrait donner lieu à des commentaires tantôt amusés, tantôt machistes. Mais qu’à cela ne tienne, pourquoi ne pas l’assumer ? Après tout les moqueries imbéciles touchent plus sûrement ceux ou celles qui les émettent que ceux ou celles à qui elles sont destinées.

              Cordiales salutations également.


            • Peachy Carnehan Peachy Carnehan 27 décembre 2011 12:30

              Salut Fergus.

              Il manque un film sur notre authentique hystérique : Nadine Morano.


              • Fergus Fergus 27 décembre 2011 12:54

                Salut, Peachy.

                Georges Yang ne décrit pas la patiente Morano comme une « hystérique » au sens médical (voir plus haut).

                Elle présente pourtant de bien beaux symptômes qui ont failli m’amener à la citer dans l’article ; j’y ai renoncé pour ne pas polluer le texte.

                Bonne journée.


              • Georges Yang 27 décembre 2011 13:11

                Il ne faut pas confondre hystérie et personnalité hystérique, mais je persiste, les signes extérieurs sont plus marqués chez Royal, ce qui frappe chez Morano, c’est avant tout la bétise


              • Fergus Fergus 27 décembre 2011 13:53

                @ Georges Yang.

                Bêtise et incompétence comme le montre son ahurissante méprise dans l’interview télévisée où elle confond le chanteur Renaud avec l’entreprise Renault alors que la journaliste a mentionné Carlos Ghosn. Qu’une ministre puisse ne pas connaître l’existence du PDG de Renault dépasse l’entendement. Mais elle est à l’image du gouvernement où Sarkozy cherche moins à disposer de gens compétents que d’affidés prêts à toutes les basses oeuvres !


              • Peachy Carnehan Peachy Carnehan 28 décembre 2011 01:25

                Hystérie pathologique, personnalité hystérique et pure bêtise sont parfaitement conciliables. Nous en constatons tous les jours la preuve éclatante dans les JT. Surtout depuis 2007.


              • Fergus Fergus 28 décembre 2011 09:07

                Salut, Peachy.

                La sortie du tunnel se profile. Espérons-le, du moins, car le contraire serait un terrible coup porté à notre pays. Je n’ose croire que la lucidité ne l’emportera pas...

                Bonne journée.


              • Fergus Fergus 27 décembre 2011 16:24

                Bonjour, Cyp Luraghi.

                Si « hystérie » est un mot impropre dans un tel cas, on peut néanmoins parler de « comportement hystérique » comme il arrive, malheureusement, d’en rencontrer sur le net.

                Que l’hébergeur du blog de ces personnes ait été condamné est par conséquent une excellente nouvelle.


              • brieli67 1er janvier 2012 03:21

                border-line pour être plus en norme des temps.


                l’ôtre « alsacien » dit DW se fait plus rare ou se rend mé-connaissable ? 

              • easy easy 27 décembre 2011 14:34



                Merci Fergus de nous avoir fait remarquer qu’il sortait 3 films tournant autour de ce sujet.

                Et concernant ces films, je ne vois rien à redire au fait que chacun pour sa part, chacun selon son angle, ne traite spécifiquement que de l’hystérie féminine.



                Mais j’attends qu’advienne une autre série de mises en examens qui iraient à proposer que soit élargi le champ de vision de l’hystérie. Où elle ne serait plus limitée aux seules manifestations spécialement criantes dont les femmes ont le chic. Où il serait envisagé que les hommes éprouvassent ou subissent aussi des hystéries mais manifestées autrement.

                Je ne crois pas trop aux discontinuités. Je crois plutôt aux gradients, aux variations progressives. Je ne crois pas trop que madame Dupont soit absolument hystérique et que madame Durand ne le soit pas du tout. Je ne crois pas non plus que l’hystérie soit exclusive des femmes. Y compris dans la forme clinique exposée par Charcot. Car pour peu qu’un homme renonce au jeu de mâle, qu’l préfère le jeu de gay folle ou de travelo, il va manifester des formes d’hystérie de manière féminine.

                Je ne suis pas intéressé par quelque biais permettant de stigmatiser qui que ce soit et je préfère un « précieux » sur lequel nous ne voulons rien lâcher. Ce qui nous conduit tous à une certaine hystérie sur les sujets rattachés à ce cristal.




                De tout ce qui concerne nos manières de réagir, soit à un évènement ponctuel, soit à un évènement à long cours, je ne distinguerais la part de comédie humaine Vs la part de naturel qu’en considérant ce qu’un individu ferait s’il faisait face à cet évènement (court ou long) en étant seul sur une île, et seul pendant disons 4 ans, histoire qu’il ait eu le temps de se débarrasser de ses réflexes sociétaux, de ses habitudes.



                Un individu voit une cité en feu au loin.
                Les premières choses qu’il examine in petto c’est son degré d’implication.
                Son corps est-il pris dans cet incendie ? Sa responsabilité est-elle engagée danc cet incendie ? Ses proches et ses biens sont-ils engagés ou pris dans cet incendie ? Ses croyances, sa culture, ses repères, sont-ils menacés par cet incendie ?
                Une fois cette analyse faite et si le bilan est NON partout, s’il est donc complètement détaché de ce drame, arrivent deux cas de figure. Soit il est en train de regarder cet incendie en étant seul. Soit il est en compagnie de gens susceptibles de voir ses réactions et d’en témoigner.

                Si le bilan de son scan est « Je ne suis en rien concerné, ni de près ni de loin » et qu’il est en compagnie de témoins, il va jouer un certain numéro du genre « Oh my God ! » car il est tout de même engagé en tant que témoin social. 
                Si le bilan de son scan est « Je ne suis en rien concerné, ni de près ni de loin » et qu’il est seul, il ne va jouer aucun numéro sinon pour lui-même (c’est-à-dire face à sa conscience qui le regarde) et sera bien plus silencieux, bien moins agité. Son « Oh My God ! » sera marmonné.

                Si en cette position de spectateur non concerné et isolé, il compte se rapprocher d’autres spectateurs dans les minutes suivantes, il pourrait manifester quelques réactions relativement agitées ou visibles pour constituer une histoire vraie, afin de pouvoir dire plus tard, « Oh la la, quand j’ai vu cet incendie, je me suis écrié My God »
                Si en cette position de spectateur non concerné et isolé, il ne compte pas raconter ses émotions, il restera très silencieux et immobile, il ne fera aucun cinéma, même pas pour lui-même.

                La comédie humaine (que certains singes pratiquent) est si conséquente pour chacun, chacun est si constamment jugé par les autres à l’aune de son jeu, que nul ne peut s’en abstenir. Sauf à avoir la puissance de Diogène, nous nous sentons tous obligés de pratiquer un certain jeu tant vis-à vis des autres que de nous-mêmes.

                Et les jeux les plus spectaculaires qu’on qualifie d’hystériques ne sont que l’octave la plus haute de tous les jeux possibles.

                Dans les octaves les plus basses, nos hystéries sont moins spectaculaires, plus sourdes, voire sournoises mais elles sont alors plus durables, ancrées et entêtées.


                Je considère que Che Guevara, en particulier quand il s’est éloigné de Fidel Castro et de Cuba, tout en ayant l’air calme, jouait pour son équipe et pour lui-même un jeu particulièrement têtu (étanche à toute discussion, à toute pondération) et que c’était à mes yeux une des formes de l’hystérie.
                Je crois qu’une personne qui rumine une vengeance, qui n’en montre rien et qui se venge 20 ans après est hystérique mais en joue le jeu ( pour elle-même) dans la gamme la plus sourde. Le désir de vengeance est, avec la panique (brutale ou au long cours) et le désir de possession ou de contrôle, un des sentiments les plus hystérisants.


                Lorsqu’un acteur fait un numéro sur scène, il se veut étanche à la salle, il déroule son cinéma et rien ne le fait dévier de son rail. C’est de l’hystérie encadrée et elle provoque une catharsis tout aussi hystérique et encadrée.
                Lorsque deux personnes se concertent sur la manière de déplacer un arbre tombé sur la route, lorsque chacune se montre disposée à s’imprégner des idées de l’autre, elles ne jouent aucun jeu et il n’y a alors aucune hystérie.





                Puisque vous articulez votre sujet sur 3 films, je signale « Miss Prettigrew » où Delisya (Jouée par Amy Adams) est parfaitement hystérique en première partie et où elle réduit son jeu spectaculaire à la fin du film lorsque qu’elle passe en communion-coopération avec son gentil fiancé.
                 
                Et dans « Mon beau-père, mes parents et moi » ils sont tous fortement hystériques. Il n’y en a pas un qui consent à sortir de son rail-jeu-rôle.

                Dans 37°2, Betty est très hystérisée, elle refuse de sortir de son rail-jeu-rôle. Zorg est peu hystérisé. Il accepte toujours tout. Se sentant un peu perdu, il est séduit par l’entêtement de Betty, il a l’impression que c’est de l’énergie pure, que ça ouvre des portes ou soulève des montagnes. Mais découvre aussi que le manque de conciliation d’un esprit aussi entêté rend la vie très compliquée.

                Klaus Kinski était une personne très hystérique-visible et c’est globalement le cas de tous les comédiens. Ceux qui sont souples, ouverts, conciliants, malléables, sont très rares.

                A mon sens, on ne déshystérisera pas une personne si on ne déshystérise pas son entourage, sa société. On ne déshystérisera pas les pleureurs nord-coréens si on ne traite pas toute la société nord-coréenne sur le sujet de Kim Jong Il. 
                Les Français ont eux aussi des « précieux » communs autour desquels ils savent coaguler, le sapin de Noël en fait partie. Mais comme un de leurs « précieux » est précisément la diversité, on les voit rarement coaguler tous autour d’un numéro de cirque, ils sont assez systématiquement divisés.


                • easy easy 27 décembre 2011 14:39

                  Correction,

                   «  »« Je ne suis pas intéressé par quelque biais permettant de stigmatiser qui que ce soit et je préfère un »précieux« sur lequel nous ne voulons rien lâcher. Ce qui nous conduit tous à une certaine hystérie sur les sujets rattachés à ce cristal.  »« 


                  A corriger par

                   »«  » Je ne suis pas intéressé par quelque biais permettant de stigmatiser qui que ce soit et je préfère croire qu’il existe, pour chacun de nous, un « précieux » sur lequel nous ne voulons rien lâcher. Ce qui nous conduit tous à une certaine hystérie sur les sujets rattachés à ce cristal. «  »


                • Fergus Fergus 27 décembre 2011 16:43

                  Bonjour, Easy.

                  Je ne suis pas habilité à répondre dans le détail à votre long commentaire. Peut-être Georges Yang le fera-t-il s’il revient sur ce fil. Toutefois, je pense que vous amalgamez les comportements hystérqiues ou de grande exaltation, faits notamment de cris ou de vociférations, avec l’hystérie proprement dite qui, durant les crises aigues, peut prendre des formes très variées pouvant aller jusqu’à des formes de coma léger et même des paralysies partielles à caractère somatique.

                  Peut-on d’autre part affirmer qu’il existe une forme d’hystérie collective ? Pas à ma connaissance, mais je n’ai aucune compétence pour l’affirmer. Je remarque simplement que l’hystérie est une névrose, et par conséquent un tourment personnel, né le plus souvent d’une image enfouie depuis la petite enfance dans le subsconscient, d’où l’intéret d’un traitement de type psychanalytique.

                  Un traumatisme collectif du type lavage de cerveau à la sauce nord-coréenne peut-il susciter une psychose comme le tourment individuel caché peut engendrer une névrose ? Je n’en sais fichtrement rien. Mais vous avez raison : hystérie ou pas, ces gens ne s’en sortiront que par un long traitement collectif fait d’une rééducation progressives aux valeurs normales de la vie en société.


                • easy easy 27 décembre 2011 17:35

                  Bonjour Fergus,

                  Oui j’amalgame ou plus exactement je vois un continuum d’attitudes, des plus étanches aux plus poreuses. Des plus têtues et réfractaires au plus conciliantes et soignables.


                  Parce que chacun recherche, à des degrés divers donc, le numéro de théâtre le plus adapté, il découle qu’il existe des millions de numéros qui se produisent sur commande (par exemple lors de bazar vaudou, lors de la mort de Timoniers) et qu’il y a des modes (L’arc hystérique de Charcot n’étant plus à la mode, on ne le voit quasiment plus)

                  Yeux révulsés, roulades par terre, arc hystérique, hurlements, crachats, chez quelqu’un vivant seul sur une île ?
                  Ca n’existe pas.
                  Et je pense qu’on installerait le plus théatraliste de nos grands malades sur une île déserte, trois jours après, il ne produira plus aucun numéro visuel.

                  Ce que je dis là est peut-être moins vrai pour les plus autistes de nos grands malades.

                  Parmi nos grands malades, il y a ceux qui, sans que qui que ce soit le sache, s’enferment dans leur cabane et gravent des millions de signes singuliers dans le bois ou la pierre. Ceux-là, les placer sur une îler déserte ne changera rien.
                  Mais placer chacune des « sorcières » de Salem sur une île, c’est en faire des femmes normales dès l’heure qui suit. 


                  Les attitudes les plus théâtrales que ce soit en manière de Marilyn Monroe, de Lio, de Bernard Tapie, de Hugo Chavez, du Dalaï Lama, de Gandhi,de Hilary Clinton, de Saddam Hussein, de Francis Lalane, de Coluche, d’Yves Montand, de Nicolas Sarkozy, de Georges Marchais, de François Mitterrand, me semblent toujours liées à la présence de spectateurs pris à témoins et à partie. Sans le public, ils seraient méconnaissables.



                • Fergus Fergus 28 décembre 2011 09:10

                  Bonjour, Easy.

                  Il est probable en effet que de nombreux comportements hystériques disparaîtraient en l’absence de tout public, ce qui ne signifie pas pour autant que ces comportements soient totalement conscients.


                • NeverMore 27 décembre 2011 15:00

                  « Ce qui démontre que des siècles de croyance peuvent parfois tenir à un mot. »

                  Ce qui démontre aussi que des millénaires d’expérience (de vécu) se résument presque toujours en un mot.

                   


                  • Fergus Fergus 27 décembre 2011 16:45

                    Bonjour, NeverMore.

                    Vous avez raison, c’est souvent vrai également.


                  • _Ulysse_ _Ulysse_ 27 décembre 2011 15:00

                    "Rappelons que l’hystérie est une névrose résultant d’un conflit psychique pouvant déboucher sur différentes manifestations allant de troubles bénins (palpitations, douleurs ovariennes, gorge nouée) à des états de transe à contenu possiblement violent ou érotique, en passant par des phases de tétanie ou de convulsions de type épileptoïde.« 

                    Cette définition ne me convint pas du tout !
                    Pour moi l’hystérie n’est liée qu’indirectement à la sexualité. Les hystériques qui sont la plupart du temps des femmes souffrent d’un égocentrisme démesuré et d’un comportement capricieux pathologique. Et contrairement à ce que la plupart croient y compris beaucoup de médecins, ces personnes sont en grande partie conscientes de leur état et de ce qu’elles font subir à leur entourage (ce qui les culpabilise).

                    Ces troubles du comportement ont tendance à s’aggraver avec le temps si on y prête attention.
                    Pour maintenir sous contrôle ces comportements, il ne faut pas entrer dans le jeu de la personne hystérique et la laisser à ses délires, elle finit par se calmer.

                    Le lien à la sexualité viens à mon sens de la notion de matrice, la femme enfante et est de ce point de vue, l’origine du monde. Par déformation, une femme peut alors développer une personnalité profondément égocentrique, elle est le monde, le monde doit la »nourir« de toute les manières possibles : Amour, services matériels, attention, affection, sexualité etc tout y passe.

                    La méthode la plus courante de l’hystérique c’est le chantage affectif auprès de son entourage. Ce qui débouche sur des comportements absurdes comme se rouler par terre pour simuler une douleur »insupportable« . Simuler une paralysie, diverses affections nécessitant toute l’attention de l’entourage etc. Ca peut être n’importe quoi. Tout est prétexte à réclamer aide et attention de la part des proches en premier lieu puis de tout le monde en général.

                    Mais ces personnes sont conscientes en partie de leur état, de cette spirale comportementale qui les fait souffrir. Cet égocentrisme les fait souffrir car si elle ne sont pas le centre de l’univers, elles se sentent rejetées voir abandonnées. Elles sont de plus en partie consciente de ce qu’elle font subir à leur entourage ce qui les culpabilise. Si l’entourage »suit « alors la personne hystérique va chercher à aller le plus loin possible pour »rassurer" son égo sans cesse plus. Mais avec cette intensification, la culpabilité de faire souffrir l’entourage augmente aussi et la souffrance.

                    C’est un cercle vicieux, le mieux est de le briser en étant indifférents aux crises, on garde ainsi la pathologie sous contrôle relatif.


                    • Fergus Fergus 27 décembre 2011 16:57

                      Bonjour, Ulysse.

                      Pour votre commentaire, comme pour celui d’Easy un peu plus haut, je préfère laisser un médecin répondre. Toutefois, je crains que vous ne fassiez un amalgame entre un « comportement hystérique » qui peut relever effectivement d’un désir exacerbé d’attention sur soi, et « hystérie » à proprement parler qui trouve sa source dans un traumatisme ou une expérience enfouie.

                      D’autre part, je conçois d’autant mieux que l’on puisse être en désaccord avec ma définition que je ne suis pas médecin. Pour autant, je vous signale que je n’ai parlé que de manière marginale de sexualité dans la définition de l’hystérie que j’ai donnée dans l’article. Si j’avais estimé cet élément primordial, j’aurais écrit ceci : « ... une névrose résultant d’un conflit psychique d’origine sexuelle... »


                    • _Ulysse_ _Ulysse_ 2 janvier 2012 10:45

                      « peut relever effectivement d’un désir exacerbé d’attention sur soi, et  »hystérie" à proprement parler qui trouve sa source dans un traumatisme ou une expérience enfouie.« 

                      C’est l’explication que l’on a trouvé à une époque, elle peut sembler logique mais elle est clairement remise en cause.
                      Il y a des tas d’hystériques qui n’ont jamais connu de traumatisme ou une expérience enfouie.

                      Pour vous, il faudrait distinguer la »vrais« hystérie du »comportement hystérique« . 
                      Or, vous admettrez sans doute que les comportements hystériques que je décris sont les mêmes que ceux que l’on trouve chez les »vrais« hystériques dont vous parlez.

                      La réalité est qu’effectivement, des traumatismes peuvent exacerber ce type de trouble mais il n’en est pas réellement la cause. Le comportement hystérique va du plus banal et limité au plus intense et délirant en passant par toute les gammes. Globalement, tout le monde est hystérique homme et femme compris mais à un degré trop faible pour que cela altère le comportement. Ensuite, les gens le sont plus ou moins et c’est chez les femmes que cela est le plus fort en moyenne. Quand cela deviens trop fort, cela altère le comportement faiblement tout d’abord puis de plus en plus fort, c’est lorsqu’il y a un caractère invalidant que l’on peut parler de stade pathologique.

                      Je vous citerais les propos d’une psychiatre :

                       »Toutes les femmes sont hystériques, moi aussi. Simplement elles le sont plus ou moins. Quand c’est un peu c’est mignon mais quand c’est trop, ça deviens vite ingérable".


                    • Fergus Fergus 2 janvier 2012 13:23

                      Bonjouir, Ulysse.

                      Merci pour cet éclairage plein de bon sens. Et entièrement d’accord avec la psychiatre : « quand c’est peu, c’est mignon, quand c’est beaucoup, cela devient vite ingérable. »

                      Je vous souhaite, ainsi qu’à tous lecteurs d’AgoraVox, une excellente année 2012. 


                    • brieli67 27 décembre 2011 20:51

                      complément au point-film trois

                      le kit périnéal

                      L’épisiotomie un tabou !! 

                      Qui tranche dans de la bidoche, coupe du nerf. Et rend la zone insensible.

                      Ames sensibles s’abstenir :

                      en Belgique 500 OOO élèves par an surtout la race BBB

                      La césarienne de convenance....


                      • Fergus Fergus 27 décembre 2011 22:27

                        Bonsoir, Brieli.

                        Merci pour ces liens, pas très en rapport avec l’hystérie mais qui permettent de tout savoir sur l’épisiotomie et la césarienne de convenance.

                        En ce qui concerne la blanc-bleu, c’est l’un des défauts de la race les plus couramment avancés.


                      • brieli67 27 décembre 2011 21:19

                        un classik 20 fois réédité 


                        L’hystérique, le sexe et le médecin par le Professeur Lucien Israel

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