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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > La Fiac 2007, un spectacle grandeur nature ou presque !

La Fiac 2007, un spectacle grandeur nature ou presque !

Grand plaisir que la Fiac 2007 (34e édition, du 18 au 22 octobre), faite de sa « cour des grands » (le Grand Palais et les grandes galeries ayant pignon sur rue), du Jardin des Tuileries puis de la Cour carrée (galeries et artistes émergeants) et du Show Off.

On y a bien vu, de temps en temps, de l’art (contemporain), en tout cas davantage qu’au cours de la dernière Nuit Blanche (6, 7 octobre, Paris) plutôt passée inaperçue (merci aux Bleus et aux All Blacks d’ailleurs !) car, à force de miser sur le spectacle vivant et les arts de la rue au détriment de cette nuit plasticienne mettant en lumière les arts plastiques, cela a entraîné qu’on est passé d’un art hors limites de plasticiens-topographes (performeurs, vidéastes, sculpteurs, etc.) à un simple divertissement son & lumière - ce qui n’a pas grand intérêt, autant aller voir un spectacle populaire de Robert Hossein ! Revenons à la Fiac. Comme chaque année, le spectacle est aussi bien sur les murs, les plafonds, sols et autres que dans les salles, où l’on croise artistes branchés, « beau monde » itou itou : par exemple une Orlan avec ses petites cornes (œuvre d’art vivante en tant que telle), un Delarue visiblement remis de son pétage de plombs people en avion ou encore un Guillaume Durand bronzé et rock’n’roll à souhait, yeaaah ! Hélas, l’entrée est trop chère - 25 euros - et le tarif réduit pour les étudiants d’écoles d’art (12,50 euros) reste toujours trop élevé car, en France, c’est ce genre de rendez-vous ultra-médiatisé avec l’art contemporain qui peut permettre une démocratisation de l’art et, comme le souhaite notre infatigable président de la République tout-terrain, « une politique culturelle nouvelle, audacieuse, soucieuse de favoriser l’égalité des chances, d’assurer aux artistes une juste rémunération de leur travail, de développer la création et nos industries culturelles, de s’adresser à tous les publics » (in la lettre de mission d’août dernier adressée à Christine Albanel, ministre de la Culture et de la Communication).

Bon, le « tous les publics » à la Fiac - à ne surtout pas confondre avec une soi-disant « attente du public » qui pourrait donner naissance à un art de loisirs culturels beauf, putassier voire pompier -, ce n’est pas encore gagné, c’est plutôt, pour l’instant, un effet d’annonce tant, dans cette foire d’art - davantage que réelle plateforme - répondant aux attentes des collectionneurs et autres « professionnels de la profession », on assiste par moments à des choses quasi surréalistes (achat sur place, comme s’il s’agissait d’une baguette de pain, d’un Basquiat pour 1 million d’euros ou d’un Joan Mitchell pour 3 millions !), ce qui renforce encore une fois la clairvoyance avant-gardiste du pape du Pop Art : « Gagner de l’argent est un art, et les affaires bien conduites sont le plus grand des arts » (in The Philosophy of Andy Warhol, 1975) puis « Quand on y songe, les grands magasins sont un peu comme des musées » (in America, 1985) ! Quand on assiste à un gros achat (vérité ? bluff ?), alors on se sent un peu comme les « miséreux » qui regardent, de la France d’en bas (restée à quai, donc), les yachts rutilants qui trempent fièrement dans la baie de Saint-Trop’. Ici, à la place des yachts à mater, on a des œuvres exposées plastiquement séduisantes mais plutôt vaines, un peu à la manière des fleurettes kitsch de Murakami ou des chiens style bonbonnière de Jeff Koons.

Pour autant, ouf ! on a quand même vu des œuvres grandioses à la Fiac, ne reposant pas forcément sur une promesse d’originalité forcenée mais misant avant tout sur leur aura et le geste créateur, par exemple les majestueux et électriques Roberto Matta (chez Claude Bernard), les ultimes Dubuffet sur des cimaises noir d’ivoire (chez Jeanne Bucher), les Picasso classieux de la fin (chez Krugier), les dessins puissamment érotiques de Picabia (Galerie 1900-2000) ou encore les « déchirants » Villeglé (chez Patrice Trigano). Par ailleurs, l’entrée à la Cour carrée débutait par un arbre fou et impérial, grandeur nature, de bon augure - Je vous aime tous (2006) signé Vincent Olinet (chez Laurent Godin, voir photo) -, se présentant comme un art de l’offrande pour nous accueillir et ainsi nous inviter à faire notre marché... arcimboldien, relax. C’était bien une Fiac ancrée résolument entre l’humour, la malice, la légèreté et un certain désenchantement du réel (un art mécontemporain ?), à l’image d’une petite sculpture très parlante de Gabriele Picco (chez Francesca Minini, Milan) - The Tear’s Swimmers (2005) - nous figurant un personnage mi-facétieux mi-mélancolique, débordant de grosses larmes en verre de Murano garnies de poissons vivants - hommage à Polnareff, L’Homme qui pleurait des larmes de verre, va savoir ? Il est parti à 15 000 euros, ça fait cher le bocal de poissons rouges tout de même !

A part ça, en y regardant de plus près (car ce sont très souvent la petitesse des œuvres qui fait baisser leurs prix !), il y en avait bien pour toutes les bourses à la Fiac, heureusement, et il n’y avait pas que de l’art comptantpourien. Par exemple, des dessins à l’encre sur papier à l’inquiétante étrangeté de Guillaume Pinard (voir photo), représentant avec moult détails (dessins au stylo très noirs, limite compulsifs) une mouche à la Cronenberg ou un culturiste drôlissime coiffé façon Jackson Five, partaient pour 850 euros chez Anne Barrault. Et je peux vous dire que Pinard a fait mouche à la Cour carrée ! Encore moins chers (!), d’autant plus que deux très jolies jeunes femmes sexy contribuaient à leurs mises en vente chez Emmanuel Perrotin (Grand Palais), on pouvait s’acheter des boîtes à jouets (la boîte Action Doll Box (2007) pour 239 euros TTC !) de l’artiste belge hardcore Wim Delvoye, contenant son effigie (poupée façon Matrix), une maquette de sa machine organique à caca (Cloaca), ses bottes pour aller à la ferme (de TF1 ?!), son pistolet de tatouage, son téléphone portable et ses lunettes de soleil - bref, la totale et la panoplie complète pour pouvoir, en miniature, se la péter à la Fiac et ailleurs. Comme quoi, parfois, c’est dans les plaisirs minuscules qui n’ont pas de prix qu’on peut trouver les plus grandes aventures artistiques pour l’esprit, oscillant cette année entre désenchantement du monde, des artistes (?), et séduction, à l’inverse, pour le superficiel déculpabilisant et décomplexé, voire clinquant, venant affirmer, tel un blason collé à la rétine, sa frontalité - art des surfaces - d’apparat. Et pour finir, avec son Prix Marcel Duchamp mérité (elle était cette année en compétition avec Pierre Ardouvin, Richard Fauguet et Adam Adach), Tatiana s’est (enfin)... Trouvé ! Tant mieux, ses pièges à regard sont une invitation à l’échappement libre, j’achète !

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La Fiac 2007, un spectacle grandeur nature ou presque ! La Fiac 2007, un spectacle grandeur nature ou presque !

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1 réactions à cet article    


  • Vincent Delaury Vincent Delaury 29 octobre 2007 16:49

    « Ce n’est pas bien. » : comique !

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