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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > La France d’Audiard et la nôtre

La France d’Audiard et la nôtre

"Valeurs Actuelles" a sorti un "hors série" sur Michel Audiard, sa vie, son œuvre, ses films et tout le toutim. L'acheter c'est commettre un acte doublement politiquement incorrect.

C'est bien entendu du commerce, le moyen de faire du bénéfice à peu de frais.

 Et pourtant je me suis laissé avoir. Il faut avouer...

J'ai mes compulsions littéraires : Bernanos, Marcel Aymé, Philip K. Dick, et Audiard et d'autres. Je m'attendais à des articles torchés à la va-vite, et ô surprise tout est bien écrit. C'est tellement bien écrit que les textes mettent à nu le mystère Audiard mieux que d'autres livres hagiographiques écrits sur le "petit cycliste" qui en rajoutent dans la nostalgie à deux centimes, celle des photos de Doisneau entre autres.

Ceux-ci me font horreur, et je pense lui auraient fait horreur aussi. Comme tous ces livres où l'auteur se place en disciple, en héritier de...

On suit son parcours, du journalisme au cinéma, en passant par le "Vel d'Hiv" et sa passion pour la littérature, ses amitiés, les auteurs et acteurs avec lesquels il entretient des liens, un genre de "communion des saints" en somme. Curieusement alors qu'il écrivait pour tout le monde, Audiard est devenu un genre d'icône élitiste pour petits enfants sages qui n'osaient pas être insolents ou indociles et qui trouvent dans son cinéma et son sens de la jactance une compensation bienvenue à leur servilité intrinsèque.

A l'époque un gamin des rues comme lui pouvait avoir de l'ambition sans pour autant cirer les bottes des uns ou des autres, sans avoir des réseaux, ni de nom. En 2019 les grossiums et leur progéniture se sont arrangés pour que seuls leurs rejetons et leurs obligés puissent avoir accès au cinéma ou à l'édition. De temps en temps on monte en épingle un cas parmi des milliers d'autres pour bien montrer que l'ascenseur social fonctionne encore alors qu'il est au point mort depuis des décennies.

Audiard a son moment fondateur comme chacun d'entre nous, et lui il le vit à la Libération quand il passe devant le corps supplicié d'une jeune fille brutalisée par des résistants de la dernière heure (car elle cachait un allemand). Les abrutis l'avaient dénudée, puis s'étaient amusés à lui balancer des pavés jusqu'à ce que la mort s'ensuive. Le futur scénariste découvre à ce moment là que la très grande majorité des gens ne vaut rien, pas un fifrelin. Ce qui rend les amitiés et les amours avec des personnes de qualité d'autant plus précieuses qu'elles sont rares.

Et avec elles les moments de convivialité, de partage, qui ne sont pas juste de la bouffe pour la bouffe sans souci de l'hygiène de vie, concept inédit en ces temps là. Le plaisir de bien manger, nos hygiénistes l'oublient. il faudrait s'auto flageller tout le temps.

Les personnages d'Audiard parlent mieux que les vrais truands, les petits voyous et les gens du peuple de la "vraie" vie, lui-même l'avouait, ses gangsters ont plus d'esprit, plus de cervelle et de classe. Il invente une langue qui est plus littéraire que réelle, excepté peut-être le sens de la formule que l'on trouve, ou plutôt que l'on trouvait partout dans le vieux pays de France. Si on savait vivre dans le temps d'avant, on savait aussi parler et pas pour ne rien dire. On savait lire aussi, sans pour autant se laisser prendre à l'esprit de sérieux qui maintenant envahit tout.

Et Audiard a beaucoup lu, les "classiques", les "modernes", en particulier les "Hussards", et les "infréquentables" aux yeux des beaux esprits. Dans les articles on retient surtout Céline, de par son aura de diable des bibliothèques, mais Audiard aimait aussi beaucoup Marcel Aymé et Antoine Blondin, le "jardinier" de la rue Mazarine (un soir après une bonne cuite au bar Bac, Blondin et ses copains sont allés acheter des fleurs au quai aux fleurs non loin et ont fleuri toute une rue).

Quand on fait le compte des différences entre cette France et la nôtre on a un peu le tournis. Pour beaucoup la France d'Audiard, c'est la "France rance", une France où l'on n'avait pas peur de dire clairement les choses, et en particulier aux cons. Forcément, on comprend qu'ils n'aiment pas. Quand on traite quelqu'un de con ce n'est d'ailleurs pas une injure, juste un diagnostic, et un sévère. Les trois quarts et demie des propos qu'Audiard tenait, ce qu'il écrivait, tomberait sous le coup de la loi de la députée "mordeuse" qui en est l'auteur-e (Laetitia Avia).

Elle comme d'autres de son parti, de son idéologie, ne peut pas aimer la France d'Audiard, elle sait très bien qu'elle n'en fait pas partie, qu'elle n'en sera jamais. Elle et ses semblables préfèrent donc essayer, vainement, d'en effacer toute trace dans les mentalités et d'en interdire l'évocation, sous des prétextes divers.

Mais quelle importance ? On va se gêner...

Image empruntée ici

Sic Transit Gloria Mundi, Amen

Amaury - Grandgil


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35 réactions à cet article    


  • San Jose 4 juillet 14:40

    Sauf celui-ci, les commentaires ne sont autorisés que bâtis avec esprit autour d’une citation d’Audiard. 


    • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 4 juillet 14:57

      @San Jose
      Excellente idée


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 4 juillet 15:36

      @Amaury Grandgil

      je commence alors :

      « La justice, c’est comme la sainte vierge, si on la voit pas de temps en temps, le doute s’installe. »


    • Houp@ Houp@ 4 juillet 16:05

      @Séraphin Lampion
      Une autre pour la route :
      « C’est avec les bonnes bourgeoises qu’on fait les meilleurs grues, tous les séducteurs savent ça. »


    • Djam Djam 5 juillet 00:06

      @Houp@
      J’adore !!!
      Je propose celle-ci... très d’actualité :
      « Un financier, ça n’a jamais de remords. Même pas de regrets. Tout simplement la pétoche »
       smiley


    • Houp@ Houp@ 5 juillet 09:33

      @Djam
      Excellent également. Ses saillies mériteraient tant elles sont nombreuses, d’être compilées dans un recueil......

      En fait, je ne connais Michel Audiard qu’au travers de ses films et de ses dialogues. Ses personnages tiennent des propos croustillants et caustiques ciselés parfaitement. C’est d’ailleurs ce qui a fait son succès.

      Cette assertion m’a fait rire et m’a interpellé d’abord parce qu’elle correspond à une époque où l’humour n’était pas censuré par la puritaine « bien-pensance » d’aujourd’hui, et plus particulièrement parce qu’elle prend à contrepied ces pseudo-néo-féministes hystériques désireuses de nous imposer leur vision étriquée de la nature des relations entre les hommes et le femmes.

      Le propos en lui-même est provocant je l’accorde. Mais c’est une réplique prononcée par une femme. [1]

      D’une certaine manière (et sans exclusive), elle exprime avec malice, grivoiserie et même vulgarité que les femmes les plus respectables peuvent vouloir libérer leurs pulsions sans retenue.

      Ce en quoi et c’est peut-être là la puissance du propos, elles ne différencieraient pas des hommes.

      [1] De mémoire (de poisson rouge) il me semble qu’elle est tirée du film « Le désordre et la nuit ». Danièle Darieux qui campe une bourgeoise hautaine, prononce cet aphorisme.


    • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 5 juillet 09:56

      @Houp@
      il y a un recueil, « le petit Audiard illustré par l’exemple »


    • Sharpshooter - Snoopy86 Sharpshooter - Snoopy86 4 juillet 15:40

      Audiard ce n’est pas un auteur comique, c’est un regard cynique et triste sur le monde ...

      C’était un homme rongé par la dépression suite à la mort accidentelle d’un fils

      Pour le comprendre il faut lire son chef d’oeuvre :

      « La nuit , le jour et toutes les autres nuits  »


      • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 4 juillet 15:49

        @Sharpshooter - Snoopy86

        Pourquoi est ce que je parle de l’histoire de la jeune morte de la libération d’après vous ? C’était pas un auteur ceci ou cela c’était un auteur populaire. Point Ce qu’il revendiquait


      • Sharpshooter - Snoopy86 Sharpshooter - Snoopy86 4 juillet 15:52

        @Amaury Grandgil

        Où avez vous vu dans mon commentaire une critique de votre article ?
        Et avez vous lu le roman ?


      • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 4 juillet 15:56

        @Sharpshooter - Snoopy86

        L’habitude désolé Oui je l’ai lu. On y voit sa blessure à nu.


      • Garibaldi2 4 juillet 16:44

        C’est curieux chez Grandgil se besoin de faire des phrases !


        • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 4 juillet 16:50

          @Garibaldi2

          Les cons ça ose tout c’est même à ça qu’on les reconnait


        • Cyrus (TRoll de DRame) Cyrus (TRoll de DRame) 4 juillet 23:54

          @Amaury Grandgil

          « si les con volait tu serait chef d’ escadrille  » ...
          ou même « si les con volait , le ciel serait vert kaki » ...
          y’ en as plein des phrase clef ... n’hésite pas a changer de registre .

          En matière de potager , plutôt que des photos bidon et des envie de faire...
          , cela serait bien que tu nous fasse un vrai article avec des môme vraiment content d’ un prof qui se souvient de la tradition de l’ effort ...

          La tu était vraiment dans la bonne voie , le sens de l’ effort pour démontrer des valeurs « pérennes » indétrônable et éducative peut importe que ce soit peponne ou don camillio qui les mette en place , ils savaient bien collaborer tout les deux .

          PS « j’ ai glissé chef »


        • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 5 juillet 09:54

          @Cyrus (TRoll de DRame)
          Si les cons étaient mis sur orbite vous n’avez pas fini de tourner


        • Cyrus (TRoll de DRame) Cyrus (TRoll de DRame) 5 juillet 12:48

          @Amaury Grandgil

          Tres cher , dans l’ espèce humaine il n’y a que deux genre ,
          les con et les bite , vous vous classer dans quel categorie ?. smiley


        • amiaplacidus amiaplacidus 4 juillet 17:25

          Je suis un peu brouillé avec la chronologie, mais je pense qu’Audiard pensait aux macronistes lorsqu’il a écrit : « Lorsqu’on parle pognon, à partir d’un certain chiffre, tout le monde écoute. »


          • Clocel Clocel 4 juillet 18:22

            Une de mes préférées : Dédé ! Action !

            https://www.youtube.com/watch?v=h-P8-_nXYsM




                • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 4 juillet 18:54

                  Mon Audiard préféré, pour les dialogues

                  https://www.youtube.com/watch?v=d0Ajty2cTZo



                  • Positronique 5 juillet 10:02

                    Merci pour ce bel hommage à Audiard , on aurait aussi aimé que l’auteur eusse le Millième du talent de cet homme , hélas.


                    • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 5 juillet 10:05

                      @Positronique
                      dont l’hommage est nul ? smiley
                      Tu comprends que tu te contredis dans ton com hein ?
                      Encore une fois les cons ça ose tout...


                    • Positronique 5 juillet 10:24

                      @Amaury Grandgil
                      Tiens je vais te mettre une citation de l’illustre bonhomme :« J’ai été enfant de chœur , socialiste et pilier de bistrot , c’est dire si j’ai entendu des conneries » , dans ton cas c’est :« c’est dire si j’ai lu de grosses conneries » !!!


                    • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 5 juillet 11:14

                      @Positronique
                      Et le bel hommage ?
                       smiley


                    • Cyrus (TRoll de DRame) Cyrus (TRoll de DRame) 5 juillet 13:06

                      @Amaury Grandgil

                      le millième du talent d’ audiard , c’ est deja pas si mal vous allez quand meme pas en revendiquez la totalité .... si ? smiley


                    • Elliot Elliot 5 juillet 13:52

                      @Positronique

                      Pour ma part, j’aurais préféré qu’il eût le millième de son talent mais il ne m’appartient pas d’en juger.
                      Par contre ça aurait été dit de manière grammaticalement plus correcte.


                    • Positronique 5 juillet 14:04

                      @Elliot
                      Très juste , comme quoi c’est pas parce qu’on a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule !!!


                    • Emin Bernar Emin Bernar 5 juillet 13:35

                      mon meilleur souvenir de belmondo, gabin, audiard : le film le + mythique, le + émouvant, un singe en hiver !

                      et blondin qui avait écrit le livre, blondin censuré quand il déclare : « vichyssois je l’ai été avant vous »... :-


                      • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 5 juillet 13:47

                        @Emin Bernar

                        Pense la même chose sur ce film . L’ humanisme et la désespérance de Blondin y est bien retranscrit par les dialogues d’Audiard.


                      • DACH 5 juillet 14:49

                        @Emin Bernar
                        ....Pour les cures thermales qui soignent le foi.


                      • DACH 5 juillet 14:44

                        « Valeurs Actuelles » a sorti un « hors série » sur Michel Audiard, sa vie, son œuvre, ses films et tout le toutim. L’acheter c’est commettre un acte doublement politiquement incorrect. Bonjour, en quoi acheter et lire un journal ou hebdo ou mensuel serait un acte doublement incorrect ?.Et incorrect par rapport à quoi ?


                        • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 6 juillet 09:38

                          @DACH
                          Valeurs actuelles c’est pas vraiment bien pensant par exemple...


                        •  Christian Christian 6 juillet 05:03
                          Michel Audiard « J’ai arrêté l’alcool à cause de Jean Carmet » - Archive INA

                          https://www.youtube.com/watch?v=rb1NpaNzwAI

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