La francité culturelle, au prisme de la macronie covidée
En tombant sur le blog nourri d'un concerned citizen (« citoyen [qui se sent] concerné » – et éventuellement un malheureux « con cerné » par le mondialisme … ) on peut lire ce post, titrant que « le confinement a été une opération psychologique d'humiliation des Français ».
Or, c'est une possibilité, au vu de la gestion de la crise, qui a permis de se payer « un printemps asocial » au nom d'une abstraction vertuiste, de solidarité sanitaire.
Néanmoins, dans l'impossibilité de statuer sur la question, cet article ne tranchera pas. Au contraire, ce qui nous intéresse ici, c'est ce qu'une telle supposition d'« opération psychologique d'humiliation des Français » nous apprend sur la francité.
C'est-à-dire, concrètement, que cela nous en apprend sur le bain culturel qui caractérise la France actuelle, conduisant à un sentiment « d'humiliation des Français ». Car pour en émettre la supposition, il faut d'abord en affecter le sentiment.
D'autant plus que bien des protagonistes de « l'événement-covid19 », souvent quand ils s'expriment sous AgoraVox et AgoraVoxTV – mais dans bien d'autres médias de simple diffusion (1) – partagent ce pressentiment. C'est dire, comme les concerned citizens sont nombreux ...

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Dans un précédent article sous AgoraVoxTV, nous avons vu que la démarche de nos gouvernants actuels baignait dans l'ambiance Génération X.
Nous allons voir ici, que c'est toujours la Génération X aux prises avec la culture française en général. Cette culture est intellectualiste plutôt que libéraliste et, pour cette raison, elle valorise l'institutionnalisme dans la démarche. Selon la République française, c'est l'institution républicaine, qui doit avoir réponse à tout.
Cela, même quand elle se présente sous les auspices pragmatiques du libéralisme, comme c'est le cas de « l’État maastrichien » (2) depuis François Mitterrand jusqu'à Emmanuel Macron, en passant par Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande, en compagnie de Valéry Giscard d'Estaing. Qu'on le veuille ou non, l'U.E. Et la France ne sont techniquement pas libéralistes, mais elles sont de façon affolante « institutionnalistes libertaires » (3). Voilà pourquoi les Anglais rechignent !
Mais restons en France. Cette logique dite de pragmatisme institutionnel, largement mise en œuvre par la macronie, est typique des Choristes. Nous n'avons pas évolué dans l'âme : « Action ! Réaction ! »
Le film est sorti en 2004, c'est donc que ce début de XXIème siècle français est toujours sujet à cet état d'âme. Quand un sous-fifre propose quelque chose de sain, et qu'il n'est pas institutionnellement gérable, l'institution ne supporte pas la maturité en face d'elle, car elle ne sait fonctionner qu'en infantilisant, ce qui est d'abrutis(sement), du haut en bas de la hiérarchie sociale.
Il y a une corrélation avec la dégradation de la santé mentale des jeunes Européens, actuellement (sans parler du taux de suicides) ; d'autant plus que le modèle étatique français (« l’État-nation ») … serait-il remis en question par la mondialisation après s'être mondialisé … est justement mondialisé, jusques et y compris dans les grandes Compagnies.
C'est dire que le macronisme oscille entre bureaucratie d’États et bureaucratie de Compagnies, sans possibilité de sortie : la véritable libéralisation sociale sera pour un autre jour, puisque nos prétendus libéralistes français emploient des méthodes qui contredisent foncièrement leurs objectifs affichés. D'où tous les sentiments de dictature, actuellement (4).
Reste que ça se fondait en académisme français depuis 1635 au moins, entre Académie française toujours courante, Normale Sup, Polytechnique, Saint-Cyr, Sorbonne et Collège de France, mais j'en oublie. Monsieur le président se présente régulièrement dans des salles de classe pour soumettre le territoire réel. C'est d'abrutis(sement) par déni de maturité, à commencer par la leur propre en vérité, qui cherchent à se rassurer avec des enfants : l’institution ne songe qu'à son confort « pragmatique » (5).
Tout se passe comme si l'institution française et plus largement la culture française, se sentait envers elle-même démiurgiquement poétique. Pour elle, il s'agit de se contraindre à des formes, pour produire un beau poème – exactement comme les sonnets. Et pourtant, la perte orthographique et grammaticale est infinie, sans parler de la crétinisation des mieux éduqués … les mœurs affligeantes demeurent dans l'encadrement, à commencer parce que cet encadrement se croit nécessaire.
Il y a du jacobinisme en tout cela, parce que la République s'exige une et indivisible, cela faisait encore-toujours récemment débat ! … or les débats, l'institutionnalisme adore cela. Il adore tout traiter sur le mode néo-scolastique de la dispute. À charge, le traitement des propositions de monsieur Didier Raoult, pourtant internationalement reconnu : il s'agissait d'en faire, pour ainsi dire, une querelle d'écoles françaises, entre son école phocéenne et l'école panamienne des macronistes, ce qui était parfaitement insensé. Qui est le gourou, de Raoult ou de Macron ? Les deux sont présentés comme des guides spirituels, sinon que seul Macron a jusqu'ici cherché à en être un réellement … Où comment ne pas voir, que les problématiques autour de la rentrée scolaire, sont symptomatiques de cette francité-là ?
Un point que nous avons en commun avec l'Espagne, d'ailleurs. La France, réputée « fille aînée de l’Église » – et Macron est issu des jésuites, comme le pape François (6) … la France met en œuvre des logiques inquisitoriales (l'Inquisition fut très présente en Espagne) de telle sorte que nos mondains adorent le néoprogressisme de Pedro Almodóvar comme en péché mignon, bien qu'il y ait là un autoritarisme moral, où tout le monde devrait suivre sinon censure institutionnelle :
Et c'est alors que nous devinons très bien, l'état d'âme véhiculé par la Cité des enfants perdus, de Jean-Pierre Jeunet :
En effet, le péché mignon des mondains, moralement autoritaires sous peine de censure institutionnelle d’État comme de Compagnies, surtout « d'aristocratie stato-financière » (5) … eh bien, ce péché mignon, dans sa démarche d'abrutis(sement), se prend pour un étudiant scientifique du peuple. Mais évidemment, il n'était qu'infantilisé par ses façons d'institutionnels immatures.
Or ces institutionnels, qu'ils le veuillent ou non, se réjouissent frénétiquement de la beauté de pareil sonnet, dans leurs morbidités sadomasochiques : toute une morale de mondanités françaises, qui jouit de ses propres démences, sans esprit de conséquence pour son impact populaire réel – un péché mignon de goût parfaitement décadentiste à travers les âges …
Où soudain il n'est plus du tout insensé, qu'en France les révoltes de Mai 68 aient connu leur étincelle dans les dortoirs d'étudiants désireux de visiter leurs comparses enthousiasmées à cette idée. C'est qu'en France, ces frivolités et autres miscellanées font école, et prennent des dimensions nationales (7) … qui néanmoins luttaient contre cette francité mondaine-là ! car l'élan soixante-huitard, en dehors de ses dérives hédonistes, était foncièrement délibératif face à l'autoritarisme mondain ... et indépendamment de la partition politique, puisque les ouvriers « populistes » ont suivi.
Il y avait là une querelle des Anciens et des Modernes renouvelée, car l'esprit des Lumières, ne l'ignorons pas, est un esprit colonialiste terriblement corsaire : les États et les Compagnies exploitants, se comportent les uns envers les autres à la manière de pirates mercantilistes, dans des concurrences sadomasochiques dont il faut toujours nous départir moralement – jusques et y compris dans le libéral-capitalisme.
Donc en somme : les étudiants français voulaient (se ré)jouir de façon paillarde et néopaïenne, à la manière de satyres et de nymphes, et tout leur hédonisme contribua positivement à l'anti-autoritarisme mondain, tout en dérivant vers la morale paradoxalement porn-puritaine actuelle, de culture française néoprogressiste macronienne …
Elle est loin, la gauche de Guy Hocquenghem ! et celle qu'il conspuait a pris le pouvoir.
C'est ainsi que ce progressisme, au fond, est un néoconservatisme français, puisque « tout ce qui apparaît aux USA nous arrive fatalement », et nous nous retrouvions avec une série des années 90 telle qu'Hélène et les garçons ou encore les fans des premières saisons de Star Academy (8) vers l'an 2000, d'ailleurs regardées dans sa jeunesse par la Génération X dont ressort la macronie – mais ceci ressort de l'autre article évoqué pour commencer.
Enfin nous vivons certes, dans le monde internationalisé des agences de notation et leurs triples A obligatoires « minimum », où la France adore n'être pas si bonne élève, en péché mignon. Ce qui est intéressant de noter alors, c'est que « notre sonnet français » reste reconnu à l'international, à travers des Jacques Derrida ou des … Daft Punk ! Auquel propos musical d'ailleurs, toute une France méconnue d'elle-même, fait parler d'elle au plan électronique, après Cassius et évidemment David Ghetta … ce qui s'appelle internationalement la French touch …
Mais remarquons alors, comme après Jacques Derrida cette French touch est complètement formatée et formatante : elle produit bien de la musique électronique, très appréciable quand on aime, mais entre la hype autour de la French touch – à elle seule un argument marketing … – et l'ensemble des productions, y compris les grosses productions, il faut bien comprendre que la France ne semble plus bien capable de produire que des formats. Comme autant d'institutions. Il y a de quoi alimenter le French bashing, même avec ceux qui devaient nous en tirer, Macron et consorts ! … Mais au fait, au fond, nos mondains ne l'adorent-ils pas sadomasochiquement, ce bashing ? … à défaut d'Alain Bashung, passons.
C'est à ce point, que la population française est la plus sidérante, quand elle prétend pouvoir remédier à la question, à travers l'institution militaire. Que monsieur le président convoque positivement le maréchal Pétain (évoqué polémiquement par le chef de l'école phocéenne d'ailleurs … ) ou le général De Gaulle, une frange de la population derrière veut toujours chérir ce général, tout en convoquant l'ex-général Pierre de Villiers. C'est absurde, et vouloir tou(te)s se comporter en infant(e)s du roi !
Après avoir décapité Louis XVI, il fallait le vouloir (9) ! ... digne de « verges marioles ».
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Annexe : réflexion sur les péchés « capiteux » de notre sadomasochisme institué
Notre monde post-monothéiste (encore que travaillé sadomasochiquement par l'islamisme accueillit par l'islamo-gauchisme, le néoprogressisme centriste ou le droitisme mondialisateur … ) … notre monde post-monothéiste, vit toujours, comme on dit, de « valeurs chrétiennes devenues folles ». Les Français détestent singulièrement les « sept péchés capitaux » qu'ils pratiquent désormais post-soixante-huitards et stato-capitalistes : orgueil et colère pour les pires ; suivis de l'envie, l'avarice, la paresse, la gourmandise et la luxure. Bien que rabelaisiens dans notre genre, nous sommes aussi décadentistes que le moraliste François de La Rochefoucauld, président compris : nous en voulons à l'amour-propre quoique nous en ayons beaucoup, nous dénions la possibilité de valeurs cornéliennes en nos jours.
Pour cela, il faudrait que nous sortions de notre sadomasochisme martyrologique (cf. éléments religieux) et qu'à tout prendre, nous ne parlions plus de « sept péchés capitaux » – car trop « capiteux » pour notre sadomasochisme – mais des « sept excès » si l'on veut, comme en sagesse antique renouvelée après le christianisme. Et nous condamnerions plutôt : l'arrogance et la rage ; l'avidité, la rapine, l'indolence, la goinfrerie et la salacité.
Autant de valeurs pour notre temps, libérant des énergies cornéliennes en termes de résolution. Car, jusqu'à preuve du contraire, ces « sept excès » dominent l'espace public, y compris de la part obséquieuse de monsieur le président.
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(1) Médias de simple diffusion, une expression qui se veut à l'opposer des médias de diffusion massive.
(2) Selon l'expression du trublion Michel Onfray.
(3) Au fond, un paternalisme libertarien diagnostiqué par le gai-luron Raphaël Enthoven, à travers les nudges, mais qui est employé par toutes les compagnies à travers le monde, en plus des institutions, car les Compagnies sont de vastes bureaucraties, aussi ... diagnostic cette fois-ci établi par Alain Deneault sous les auspices du totalitarisme pervers.
(4) Qu'on ne s'y trompe pas : nos « réacs » contemporains, tels qu'Onfray ou Zemmour, sont civilement des libéralistes. Les Gilets jaunes sont des libéralistes de fond, « révolte de droite » contre « normes de gauche » (si la partition a encore un sens).
(5) Nous vivons comme sous l'Ancien Régime toujours, ce qui n'est pas un scoop. Le joyeux drille Emmanuel Todd parle très bien de « l'aristocratie stato-financière » française.
(6) Le roi français François Ier, au passage, fut un grand acteur de la centralisation institutionnelle.
(7) Ce disant, je songe régulièrement aux fameux « mariage & manif pour tous » : deux écoles s'affrontaient. Celle de l'emploi du mot « mariage » par la République pour tous les couples, et celle de l'emploi du mot « union civile » par la République pour tous les couples, réservant la notion de « mariage » aux religions. Vraiment, ce n'était que cela : une querelle de mots, sur laquelle tout le monde sembla jouir sadomasochiquement de trouver des homophobes dans le lot, à surtout vouloir et pouvoir censurer des homoneutres, aspirants au « mariage » pour les unions biologiquement fécondes. Les deux démarches, prétendue « progressiste » comme prétendue « réactionnaire », étaient affectives, à chouchouter des mots. Et pourquoi ne pas respecter les velléités tradis, sinon à sadomasochiser dramatiquement, puisqu'on aurait pu « s'unir civilement » comme la majorité hétéro ? ... C'est de néoconservatisme français.
(8) Le concept vient de la société néerlandaise Endemol, depuis l'Espagne, produit pour la première fois en France, exporté depuis le temps, avec différents avatars tels que The Voice plus tard.
(9) Tout se passe comme si cette population tenait à donner raison à Éric Zemmour, qui ne se rend lui-même pas compte qu'il conforte les mondains sadomasos en question – parce qu'il est lui-même amateur de péchés mignons. Lui, ou la striction intellectuelle des Raphaël Enthoven comme des Michel Onfray d'ailleurs – malgré son hédonisme philosophique, – sont essentiellement les miroirs de la macronie. Héritage culturel et air du temps, quand vous nous tenez … Seul Jean-Claude Michéa en réchappe.
Trump, au moins, veut qu'on condamne la censure.
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