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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > La « French theory » est une erreur

La « French theory » est une erreur

Deuxième moitié du XXème siècle jusque début XXIème, une pléthore d'auteurs français vont beaucoup intellectualiser et raisonner à partir du langage ou du texte (mais de loin pas que, en vérité). Certains, semblent bien aller jusqu'à dire que tout (le Tout) se soutiendrait des discours, encore eut-il fallu bien les entendre (car de loin pas que, en vérité) ...

... ce que n'ont manifestement pas fait les Etasuniens, du moins quand universitaires entre les universitaires (ou autres intellectuels et plumitifs), ils crurent bon d'inventer la French theory, en mettant cette pléthore d'auteurs français dans le même panier à salade. Le melting pot, on le sait, est aussi un salad bowl.

 

Cet aritcle est à relayer à "Michel Foucault psychanalyste" et sera superficiel et cavalier, fatalement superficiel et cavalier.

 


Source de l'image : Philosophy Kitchen.
"Cuisine de Philosophie", on ne pouvait pas mieux dire.

 

 

Cela commence par Jacques Lacan

Jacques Lacan, psychanalyste invocateur du "retour à Freud", s'affronta thymologiquement (c'est-à-dire de tout son coeur) au père Freud, à sa Loi psychanalytique (cf. Peter Sloterdijk, introduction de Zorn und Zeit). C'est ainsi qu'on hérite et cultive un héritage, tout comme tous les hértiers du freudisme (bon an mal an, cahin caha, bon gré mal gré).

Mais voilà que Jacques Lacan insista sur l'insignifiance des paroles, pour le dire vite. Jacques Lacan parla de la vacuité du dire, rapport à l'inconscient. Non que les mots ne vaillent rien en général, mais bien quant à l'enjeu psychanalytique (ceci étant, nous sommes nombreux, à trouver que bien des propos ne veulent rien dire, que c'est de la parlote, du verbiage, du blabla, de la "littérature", de la verbosité, de la versatilité ... il y a de l'idée).

Chez Jacques Lacan, cette absence de sens se relaie, pour tout dire, au Phallus grand P (qui n'est pas le pénis petit p), c'est-à-dire que cette absence se relaie à un truc qui fâche tout le monde (à commencer parce que les psychanalystes l'appellent ainsi). Mais le Phallus n'est pas le pénis, et tant qu'à rien faire il tient d'une prétention, d'une vanité, d'un escompte à la toute-puissance comme à la toute-jouissance, ce qui évidemment est fantaisiste, tout le monde le sait. Oui tout le monde le sait, ce qui n'empêche personne d'y songer ... serait-ce pour prétendre en déconstruire la portée (de genre) alors déjà que c'était lacaniennement un phénomène épicène (spécifiquement ni neutre, ni masculin, ni féminin, et singulièrement neutre, masculin et féminin, à la fois : Michèle Le Doeuff le comprendrait, même si elle ne l'appelerait pas Phallus, par féminisme propre). Bref.

Aussi bien, Jacques Lacan expliquait quelque chose comme quoi "l'absolutisme pénien" ("phallocratique") était une impossibilité théorique aussi bien pratique. C'était un fantasme élaboré dans les discours, entre angoisse de castration et envie de pénis (inconscientes, évidemment : rares sont les personnes à angoisser d'être castrées ou envier du pénis, à y songer comme si c'était dans leurs projets, il faut bien le prendre ou laisser tomber, cela va de soi).

Le reste c'est de l'affect, passionnellement, à la folie, mais c'est dire les contresens de la French theory, quand elle croit devoir s'en prendre au "phallocentrisme" psychanalytique, freudien ou non (Freud n'a quasiment pas parlé de phallus, avec ou sans grand P).

 

Vient Gilles Deleuze, avec Félix Guattari

Du point de vue de l'immanence, c'est-à-dire du plan de réalités que nous vivons tous dans nos trajectoires, il y a des relativismes profonds. Ce qui devient plus petit ne l'est (plus petit) que rapport à autre chose, qui elle-même entre dans d'autres rapports avec d'autres choses, selon.

Ce tout-relatif est de logique du sens, et se déploie comme autant de singularités significatives, dans une sorte de non-lieu intemporel, avant tout sémiologique, bien que descriptif des réalités. C'est ce que Gilles Deleuze nomme un aîon, une ère conceptuelle (et à la limite, Gilles Deleuze ne fait là que tirer les conclusions en sciences humaines, de la relativité d'Albert Einstein en sciences physiques).

C'est ainsi que des surfaces conceptuelles se déploient, plus ou moins fluides ou heurtées, car aussi plus ou moins territorialisées ou déterritorialisées dans l'immanence. Avec des trajectoires, mais aussi des plateaux rapport à d'autres plateaux (plein de surfaces conceptuelles, relativement singulières, dans l'immanence). Le référentiel absolu est étrangement nommé corps sans organe, "sans organe" parce qu'on ne pense pas à l'analyser (c'est le référentiel, ou plan d'absolu).

Par exemple, dans l'écologisme idéologique, la Terre, parfois nommée Gaïa, est devenue le corps sans organe ou plan d'absolu, de tout un ensemble de plateaux et trajectoires analytiques : le climat, l'industrie, l'atmosphère, la nature, la santé, la pollution, la ville, etc. qui sont chacun plus ou moins territorialisé relativement les uns aux autres, par leur aîon dans l'immanence. C'est évidemment très conceptuel ...

... d'autant plus conceptuel, que nous y investissons chacun des désirs avec des devenirs-autres, car c'est temporalisé. Or, temporalisés, les désirs avec leurs devenirs-autres, sont des productions désirantes, plus ou moins individuelles et collectives (autant de plateaux, par des aîon dans l'immanence). Et puis ça machine, ça se croise, se chasse, s'enchasse, se compose, se décompose et se recompose ...

Par exemples, comme les in-familles contemporaines ... ou les fusions-acquisitions-ventes-démantèlements post-industriels ... ou encore les alter-sexualités trans-genres ...

Ainsi, Gilles Deleuze, avec Félix Guattari, parle bien d'empirisme, mais sur le mode du non-humain (pas forcément inhumain). Il proposa donc un empirisme transcendantal, ou tout advient comme singularité événementielle.

On voit que ça ne peut pas entretenir de bons rapports avec Jacques Lacan, quoique Jacques Lacan salua la présentation de Sacher-Masoch de Gilles Deleuze, qui développe la notion de masochisme. C'est un peu comme si la vision du monde deleuzienne, était toute purement masochique, d'ailleurs, dans ses dynamiques vécues passivement. Où, chez Gilles Deleuze, le Phallus lacanien, c'est déjà trop dire. Et puis, chez Jacques Lacan, tout n'est pas masochique, même si on souffre parfois de l'inconscient.

A la limite, Gilles Deleuze est le plus French theoricist de toute la French theory, mais en même temps il récusa trop la paranoïdie molaire (qui crée de grands ensembles identitaires) pour que les revendications d'identités sexuelles puissent fonctionner. De plus, Gilles Deleuze valorisa la schizoïdie moléculaire (qui crée des devenirs-autres en trajectoires et plateaux) de sorte que tout s'arrêterait en militantismes précis.

Il y a un inconscient deleuzien, schizoanalytique, où avec Félix Guattari, il faisait remarquer que les révolutionnaires proclamés, sont souvent fasco-réactionnaires dans la démarche. Autant vous dire que Gilles Deleuze n'est pas récupérable par "les antifas" (bien que gauchiste) et que la notion de révolution conservatrice ou de révolution nationale peut faire sens dans le deleuzisme (même si Gilles Deleuze n'y aspirait pas).

 

Un amour de Michel Foucault

Michel Foucault ne se voulait pas philosophe, bien qu'il philosopha les sciences humaines, en tentant d'en faire la science humaine (la science humaine des sciences humaines, la méta-science humaine). Michel Foucault a été très salué par Gilles Deleuze qui l'aimait beaucoup et en parlait souvent encore après sa mort du SIDA en 1984 (Gilles Deleuze, philosophiquement se suicidera en 1995).

Michel Foucault fit de l'épistémologie historienne, c'est-à-dire, en philosophie, de la théorie de la connaissance à travers le temps. Concrètement, Michel Foucault faisait remarquer qu'on n'a pas toujours pensé certains phénomènes comme on les pense aujourd'hui.

Par exemples, la déraison : plus admise à l'époque médiévale comme carnavalesque, que de nos jours où elle est stigmatisée psychiatriquement et peut effrayer le commun des mortels ... ou bien l'humain : central dans l'humanisme depuis la Renaissance (humanocentrique), il n'est pas central dans le monothéisme médiéval (théocentrisme) et pourrait très bien perdre son statut central avec l'islamisme théocentrique, ou bien l'animalisme sentiencentrique, ou l'écologisme naturocentrique, ou le néopaganisme magicocentrique, ou le new age vibrocentrique, etc.

C'est ainsi que Michel Foucault fait remarquer que nos sociétés sont devenues de plus en plus contrôleuses, même quand elles se vendent pour libres, et Michel Foucault s'investit dans un certain nombre de causes sociétales pour cela : dans un sens, Michel Foucault est le père de ce qu'on nomme aujourd'hui sociétalisme ... mais, homosexuel du temps de Guy Hocquenghem, il faut remarquer que Michel Foucault ne milita pas "en faveur des homosexuels", il n'en voyait pas l'intérêt (contrairement à Guy Hocquenghem).

Pour Michel Foucault, la vérité est qu'on en fait des caisses autour du sexe, et qu'il n'y a jamais vraiment eu de tabou à ce sujet dans toutes les époques passées, puisqu'on n'arrêtait pas de cultiver le vice à en parler (normativement comme humoristiquement) que l'on soit médecin antique ou théologien sémitique (juif, chrétien, musulman). On peut bien vouloir "détabouiser, décomplexer" la question aujourd'hui, que ça n'est absolument pas subversif. Michel Foucault pensait littéralement que, ce qui serait subversif, c'est au contraire de sortir du sexe (de ses discours et questionnements).

C'est dire les contresens de la French theory, qui fait aujourd'hui de Michel Foucault une figure de proue (chercheur en sciences humaines très fameux, en ces vingt premières années du XXIème siècle) puisque la French theory adore susciter des "troubles dans le genre" dont se serait éperdument fichu Michel Foucault - qui aurait peut-être fait remarquer que le trouble est toujours déjà présent, raison pour laquelle on a besoin de normaliser-humoriser, même à travers des sigles et des acronymes militants tels que LGBTQIA+.

Il n'y a pas d'inconscient lacanien ni deleuzien, chez Michel Foucault, tout au plus des impensés (voire des impensables) culturels.

 

Jacques 2, Jacques Derrida

L'inconscient, Jacques Derrida en parle, parce que Jacques Derrida est un philosophe psychanalysant. Oui, mais sur la base d'avant Jacques Lacan : sur la base de Martin Heidegger. Martin Heidegger faisait de l'ontologie, de l'étude de l'Être (étude du Tout en son essence). Or, dans la mesure où, déjà avec Martin Heidegger, on en parle, on le fait comme séjourer dans le langage (l'être). Et c'est là que Jacques Derrida fait un jeu de mot sur ontologie, en disant hantologie. Pourquoi ?

En somme, parce que les choses (toutes les choses) sont pour les humains, toujours déjà prises dans un discours à leur sujet, du moins une pensée, qui fonctionne comme fantomatique, spectrale, autour des choses, si elles peuvent bien être essentiellement saisies en dehors du langage. Nous sommes donc comme hantés par les choses, à travers ce qu'on en dit.

Jacques Derrida, alors, dit que tout s'apparente à un texte. Il dit que le texte, que l'écriture, précède jusqu'à la parole. Cela n'est pas aussi troublant qu'il n'y paraît, dans la mesure où nous n'avons aucun souvenir du temps où nous étions nourrisson, c'est-à-dire du temps où nous étions infans, sans-parole. Avant tout, notre milieu familial et social (plus ou moins éducateurs, qu'il le veuille ou non) a inscrit ses propos en nous. Son contexte nous trame comme un texte.

Bien sûr, c'est un peu compliqué à méditer, et assez chiadé dans la démarche. Or, cette démarche, c'est une démarche de déconstruction (le mot-phare de la French theory n'est lâché que maintenant, et dans des termes qu'elle ne comprend pas). Or, qu'est-ce que la déconstruction derridienne ? ...

La déconstruction derridienne part de la déconstruction heideggerienne, qui est la tentative de resaisir l'origine d'une notion - en l'occurrence heideggerienne, de l'Être - et de la façon dont elle a été comprise ensuite à travers le temps. Alors, déjà, ça peut faire un peu penser à la démarche de Michel Foucault et encore, mais ça ne fait pas du tout référence à la démarche de Jacques Lacan, ni non plus à la démarche de Gilles Deleuze, avec Félix Guattari. Donc, le mot-phare de la French theory est déjà une extrapolation et une surestimation.

Et puis, Jacques Derrida utilise la déconstruction ainsi, lisez bien : la déconstruction deridienne est à la construction, ce que le déroulement est au roulement. Vous comprenez, ça n'a rien à voir avec une entreprise de destruction, serait-ce une entreprise de destruction créatrice, pas plus qu'avec une entreprise hypercritique jusqu'au reproche frénétique, teigneux, tenace, radical, définitif et absolu (contempteur, comme dans la French theory).

En fait, étant donné que Jacques Derrida s'intéresse à la façon dont les choses se trament textuellement, la déconstruction derridienne est d'abord et avant tout le travail d'un mécanicien textual, c'est-à-dire l'analyse de la façon dont se construit un texte. Très concrètement, la déconstruction, c'est une méthode de reconstitution textuelle, comme on tourne des documentaires de reconstitutions historiques : il s'agit de comprendre comment le texte est constitué, pour le reconstitué - pour le rendre à nouveau. Rien de destructif là-dedans, et puis, on voit que ça s'est un peu éloigné de Martin Heidegger aussi, parce que Martin Heidegger prétendait re-saisir l'idée originelle, alors que chez Jacques Derrida il n'y a pas d'origine : il n'y a que du constitué et du constitutif, textuellement.

Vous voyez parfaitement le contresens de la French theory, pour qui la déconstruction est littéralement une destruction prétendant pouvoir créer à partir de rien, une fois les éléments passés/passifs analysés. Pour les French theoricists, concrètement, le fait d'analyser quelque chose revient à le rendre caduc, ce qui ne fait évidemment aucun sens. On ne rend rien caduc en l'analysant : on n'a fait que l'analysé, devenu capable d'en traiter mécaniquement par le menu.

La posture de reproche hypercritique n'est alors qu'un genre que l'on se donne, lifestyle militant, tendanciellement métrosexuel queer, mais la métrosexualité queer est privilégiée parce que, désormais, elle aspire à une domination (c'est ainsi qu'elle se plaît à valoriser les plaisirs sadomasochistes, à récupérer le masochisme deleuzien et l'érotique privée de Michel Foucault : ça ne fait aucun sens idéologique, même sociétalement).

Bien sûr, féministe, Jacques Derrida traita - contre Jacques Lacan - de ce qu'il nommait un certain phallogocentrisme encore au début du XXIème siècle (il meurt en 2004). Phallogocentrisme, c'est-à-dire une certaine centration imputée aux sociétés occidentales, sur la dominante masculine du discours (phallus-logos-centrisme). C'était concomittant à Pierre Bourdieu et sa Domination masculine, sachant que l'époque était au gauchisme stylistique depuis le mitterrandisme, Ségolène Royal et Jacques Lang (d'aucun(e)s, actuellement, songent aux années 90-2000 comme à un temps béni, d'ailleurs, comme si l'époque était moins à la pensée unique, ce qui est évidemment faux). Bref.

Il n'en est pas moins que la French theory, aujourd'hui, s'en prend au psychanalytisme (elle n'est certes pas la seule) et surtout que son "déconstructionnisme" est un vaste délire franchement bête-et-méchant. Il sert, avant tout, les élites intellectuelles à partouzer dans l'ère du vide (Lipovetsky) postmoderne (Lyotard).

 

A signaler Jean Baudrillard

La partouze des élites intellectuelles dans l'ère du vide postmoderne, fait partie intégrante de ce que Jean Baudrillard (mort en 2007) nommait l'économie politique du signe. Jean Baudrillard est le dernier philosophe français, plus ou moins constellé à ce que des intellos Etasuniens carrément psychédéliques fourre-tout, ont cru bon de nommer dans leur erreur French theory.

Avec Jean Baudrillard, c'est (é)patent, parce dans son analyse linguisitique il contredit les fondements-mêmes de la linguistique depuis son invention par Ferdinand de Saussure, début XXème siècle. Toute la French theory est relayable à Ferdinant de Saussure, premier structuraliste entre les structuralistes (formalistes russes des années 1910, anthropologie de l'immense Lévi-Strauss mort en 2009, comparatismes guénoniens et jungiens, mythocritiques bachelardiennes, durandiennes, mauroniennes, barthésiennes, etc. jusqu'à traîner dans les années 1980-2000).

C'est-à-dire que la French theory a tort de dire ses auteurs français structuralistes, même si l'ambiance propre au XXème siècle baigne dans le structuralisme ... que peu ou prou tous les auteurs de ce siècle sont structuralistes ... et qu'après tout nous pouvons songer que c'est, dans le champ intellectuel, mimétique de l'industrialisme (notamment du taylorisme, qui structura la production).

La critique de l'économie politique du signe, par Jean Baudrillard, se retourne contre le structuralisme, notamment parce cela qu'elle est sans signifié, les signes renvoyant directement à leurs référents : les référents sont toujours signifiés dans les signifiants.

Le structuralisme abstrait la structure. Ainsi, le mot "chien" est le signifiant d'un signifié abstrait, sémiologique, qui est le sens (le sème) "chien", suite à quoi seulement, selon, ça réfère à tel ou tel chien. Tout le structuralisme a ainsi prétendu pouvoir abstraire sémiologiquement la vie humaine, décharnée (Tzvetan Todorov en reviendra).

Et d'ailleurs, Jacques Lacan traite d'affects, Gilles Deleuze de territoires, Michel Foucault d'organisations, Jacques Derrida d'écrits, etc. c'est-à-dire qu'ils ne sont pas aussi abstraitement sémiologues que le voudrait une introuvable "pureté structuraliste". Jean Baudraillard alors, considère que le signifiant "chien" réfère charnellement aux chiens et tel ou tel chien en particulier, la médiation mentale n'étant pas une signification seule (un signifié) mais bien un relai continu : pas de mot "chien" sans pensée du chien vécu, serait-il réduit à son évocation minimale.

A noter que cela rejoint les travaux psycholinguistiques de Lev Vygotski et Eleanor Rosch, pour qui les notions se constellent dans l'expérience vécue, avec connotations et associations d'idées (analogies, figures de style) inévitables. Baudrillard, Vygotski et Rosch ne sont pas structuralistes, le structuralisme schématisant et objectivant trop l'esprit (ils seraient phénoménologiquement proches de Michel Henry).

Comment mieux dire, donc, que la French theory est une blague tragique ? ... Une blague tragique, à entendre de ce que les Etasuniens se saisissent de tout comme d'une expérience. C'est ainsi qu'ils se seront saisis d'auteurs français, plus ou moins allégués "structuralistes", à croire bêtement-et-méchamment qu'il fallait en faire quelque chose au-delà d'eux-mêmes, dans leurs idéologies.

C'était cynique et criminel de leur part, à ces Etasuniens. Marqués à gauche.

 

 

 

 

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23 réactions à cet article    


  • San Jose 31 décembre 2019 11:26

    Intéressant, cela me rappelle Sokal et Bricmont. 


    • Meruidos Nuctuallos Marzhin Tavernier 31 décembre 2019 14:31

      Il y a beaucoup de postures là-dedans, ce qui confine, en effet, à l’imposture.


    • San Jose 31 décembre 2019 21:19

      @Marzhin Tavernier
      .
      Oui, enfin je l’ai lu. 


    • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 1er janvier 22:18

      @Marzhin Tavernier

      Article peut-etre brillant, mais je doute que plus d’une personne sur cent ait la culture pour y réagir adéquatement... et je précise que je ne suis pas cette personne. Est-ce bien ici le bon site pour le publier ?

      PJCA


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 31 décembre 2019 11:55

      Quelque chose qui n’existe pas n’est pas une « erreur », mais une « illusion ».

      Les raccourcis, amalgames et réductions de certains universitaires américains porteurs de l’idéologie dominante sont aussi illusoires que la représentation du globe terrestre chez la plupart de leurs compatriotes : un îlot de civilisation cerné par des sauvages qu’il s’agit de contenir pour protéger le sanctuaire territorial.

      Heureusement, il existe aussi de grands noms comme Chomsky, Sagan, etc.


      • Meruidos Nuctuallos Marzhin Tavernier 31 décembre 2019 14:30

        La French theory existe, sinon on n’en parlerait pas. Elle a été inventées, justement, par des intellos américains, et est une errance, rapport aux auteurs français. Une erreur, comme une faute d’orthographe.
        Oui sinon, il y a de bons intellectuels américains, c’est logique. Il y a des cons partout, il y a des bons partout.


      • JL JL 31 décembre 2019 15:40

        @Séraphin Lampion
         
         ’’Quelque chose qui n’existe pas n’est pas une « erreur », mais une « illusion ».’’
         
        « Tout ce qu’on invente est vrai. » (Gustave Flaubert)
         
        Mme Bovary n’est pas une illusion. Les illusions ne sont ni vraies ni fausses : elles sont.


      • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 31 décembre 2019 16:42

        @JL

        alors, le monstre du Loch Ness existe ! et le père Noël aussi !
        le tout est de savoir ce qu’on met dans les mots


      • Meruidos Nuctuallos Marzhin Tavernier 31 décembre 2019 16:53

        Ils ont des modes d’existence mythématiques, mais la French theory a ses corpus étasuniens, et pas qu’étasuniens par le retour qu’elle opéra en France à se diffuser mondialement. At least, elle est mémétique comme Nessy ou Santa Klaus, néanmoins personne à partir d’eux n’a développé quoi que ce soit du moins, à partir de Santa Klaus, car Nessy a ses cryptozoologue et littérature idoine. Quant à Santa Klaus, il n’a que son mythe et les œuvres qui le mettent en scène.


      • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 31 décembre 2019 17:09

        @Marzhin Tavernier

        avec les compliments de Coca-cola


      • JL JL 31 décembre 2019 18:18

        @Séraphin Lampion
         
         le tout est de savoir ce qu’exister signifie. dans la phrase de Flaubert, il ne s’agit pas le fait d’être de manière réelle, physiquement. Dans ce sens, dieu existe, ni plus ni moins que Nessy.


      • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 1er janvier 08:43

        @JL

        Ttant qu’on ne m’oblige pas à aller tuer de mecs parce qu’ils adorent Nessy et de me faire tuer pour l’amour de Madame Bovary, ça ne me dérange pas plus que ça.

        Bonne année.


      • JL JL 1er janvier 18:26

        @Séraphin Lampion
         
         les abstractions comme les mots, ont un pouvoir performatif.
         
         Bonne année aussi.


      • Bernard Dugué Bernard Dugué 31 décembre 2019 12:06

        Il n’y a rien de tragique dans la french theory

        C’est juste une farce américaine, l’université new-yorkaise qui loue les Français pour pratiquer une forme de dépaysement.

        C’est comme la french touch en musique. Qui peut croire que Daft Punk fait de la musique ?

        En revanche, Magma ou Zao, c’est du grand art


        • Meruidos Nuctuallos Marzhin Tavernier 31 décembre 2019 14:32

          Il y a une french touch, sur la scène électro, qui ne se résume de loin pas à Daft Punk, qui reste, comme son nom l’indique, une forme d’électro punk tout à fait pertinent, comme électro punk.


        • foufouille foufouille 31 décembre 2019 17:09

          @Bernard Dugué

          tiens un censeur qui s’exprime ailleurs que sous ses narticles.


        • pitoyab pitoyab 31 décembre 2019 23:43

          @foufouille
          .
          Il me doit deux comptes... ;
          C’est un journaleux citoyen .....


        • Laconique Laconique 31 décembre 2019 12:23

          « peu ou prou tous les auteurs de ce siècle sont structuralistes »

          Il y a un grand absent dans votre texte, le penseur qui s’est opposé au structuralisme, qui a témoigné, dans sa vie et dans son œuvre, que l’homme est libre, responsable de ses choix, de la marque qu’il laisse, indépendamment de toutes les déterminations socio-historiques. Permettez-moi de rendre ici hommage à sa mémoire.


          • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 31 décembre 2019 12:43

            @Laconique

            Camus ?


          • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 31 décembre 2019 13:42

            @Aita Pea Pea

            Lévy-Strauss, plutôt, non ?
            Camus a creusé les notions de « révolte » et d’« absurde », c’était un littéraire, pas un « scientifique » (même si pour beaucoup, les « sciences humaines » ne sont pas des « sciences », vaste débat).


          • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 31 décembre 2019 14:15

            @Séraphin Lampion

            Suis bac moins deux. Et je préfère l’expérience vécue au baratinage germano pratin . J’ai lu « tristes tropiques » dans ma jeunesse et il ne m’en reste rien. Un an de mon adolescence aux îles Marquises m’a beaucoup plus appris.


          • Meruidos Nuctuallos Marzhin Tavernier 31 décembre 2019 14:38

            Pour commencer, j’ai cité Tzvetan Todorov, qui en est revenu, et c’était un bon penseur. De plus, tous les auteurs cités ne sont pas à proprement parler structuralistes, bien qu’ils en aient. Au passage, Lévi-Strauss est un éminent structuraliste en anthropologie, donc raté. C’est juste que les French theoricits américains ont vu ça de loin comme structuralisme, ce qui leur a permis de tout abstraire, d’en faire du Verbe(ux), de sorte à faire accroire, au hasard, à la performativité du genre, voire à l’insexuation. Ce qui, au passage, et vu leur succès, est particulièrement inquiétant quant à la crédulité des élites contemporaines ou du moins est présenté comme telle (élite). Le fait est que ces élites, au fond, sont dans ce que Bourdieu nommait un racisme de l’intelligence.


          • pitoyab pitoyab 31 décembre 2019 23:39

            @Marzhin Tavernier
            .
            J’ai lu trois fois votre intro....
            et par prudence
            j’ai juste survolé la suite ....
            Un malaise ancien avec les mêmes palpitations inquiètes ....
            .
            Que tous ceux dont on ne sait si vous faites l’éloge ou la critique tellement leur simple évocation est douloureuse ....
            Que tous ces types disparaissent et se fassent consciencieusement oublier
            ....et ça nous fera les vacances qu’ils nous ont gâchées quand nous étions jeunes

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