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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > La Fridamania, marque déposée mexicaine®

La Fridamania, marque déposée mexicaine®

Le 6 juillet dernier, le Mexique a fêté le centième anniversaire de Frida Kahlo, la peintre la plus célèbre de ce pays. Cette date a été l’acmé d’un phénomène culturo-commercial baptisé du nom de Fridamania.

Côté culture, le Palais des Beaux-Arts de Mexico a organisé une monumentale exposition en "hommage national" à l’artiste : plus de 350 pièces comprenant bien entendu ses tableaux et dessins, mais aussi des photos et des lettres manuscrites originales que pas moins de 300 000 visiteurs attendus pourront contempler jusqu’au 19 août prochain.

Côté commercial la Fridamania a donné lieu à une véritable orgie de produits dérivés et d’objets marketing qui se vendent comme des petits pains : poupées Frida, baskets Frida, tee-shirts Frida, tentures Frida, tequila Frida, parfum Frida, lunettes Frida, cendriers Frida, le tout géré par la Frida Kahlo Corporation, très lucrative entreprise fondée par la nièce de Frida et un biznessman vénézuélien installé à Miami. Comme le dit un vendeur d’une boutique d’Oaxaca, près de Mexico, "Le Che (Guevara), c’est dépassé. Aujourd’hui ce ne sont plus les bérets à étoile rouge qu’on s’arrache, mais les chemises de Frida".

Le plus extraordinaire dans cette affaire, c’est que ce juteux bizness se fait sur le dos brisé d’une militante communiste convaincue, un temps maîtresse de Léon Trotsky, qui a passé sa brève, tumultueuse et douloureuse existence à dénoncer avec une implacable ardeur le capitalisme, la société de consommation et le règne du fric-roi.

Frida l’estropiée : une vie de passions et de douleurs

Le but de cet article n’est pas de faire une biographie de Frida Kahlo ni de présenter son œuvre, mais de confronter le merchandising obscène de la Fridamania à ce que fût l’existence véritable de cette femme et artiste hors du commun. Néanmoins, pour la clarté de l’exposé, il est nécessaire de la présenter brièvement.

Frida Kahlo est née le 6 juillet 1907 à Coyoacan, près de Mexico. Son père Wilhelm, d’origine allemande, était photographe et sa mère Mathilde, Mexicaine d’origine indienne, artiste-peintre professionnelle. Elle vit une enfance heureuse et sans histoire dans la Casa Azul (la Maison bleue) jusqu’à ce qu’elle soit atteinte de poliomyélite vers l’âge de 7 ans, ce qui lui vaudra un amincissement de la jambe et une malformation du pied droit et le surnom de "Frida l’estropiée".

Intelligente, vive, curieuse de tout, elle fait de brillantes études et décide très tôt qu’elle sera une femme libre dans ce pays encore secoué par les bouleversements de la révolution de 1910 qui a vu le Mexique devenir indépendant. Elle se passionne pour la politique et les racines culturelles indiennes, longtemps méprisées par les oligarchies états-unienne et européennes qui se partageaient le pays en le pillant.

Un moment tentée par la médecine, elle opte finalement pour des études d’art, qui lui font découvrir l’œuvre de Diego Rivera, peintre très connu. Elle tombe immédiatement amoureuse de celui-ci, bien qu’il ait 20 ans de plus qu’elle et, à 15 ans, décide qu’elle aura un enfant de lui. Mais le destin en a voulu autrement : à 18 ans, alors qu’elle revenait de son école artistique, le bus où elle se trouvait percute un tramway. Frida est très grièvement blessée : une barre de fer l’a transpercée de l’abdomen au vagin, son pied droit fut broyé, sa colonne vertébrale, son bassin et ses côtes brisées et sa jambe gauche pulvérisée par 11 fractures. S’en suivirent de longues périodes d’hospitalisation, immobilisée sur son lit de douleur par des corsets de plâtre.

C’est alors qu’elle commença à peindre pour tuer le temps. Peindre quoi ? Elle n’avait pas beaucoup le choix. Son père plaça un baldaquin sur son lit et y mit un immense miroir afin que Frida peindre son reflet. Elle commença alors une série d’autoportraits, thème dominant des environ 150 tableaux qu’elle réalisa au cours de son existence crucifiée par d’innombrables interventions chirurgicales qui la contraindront à vivre souvent couchée, chez elle ou à l’hôpital.

Grâce à sa volonté de fer elle finit par remarcher. A 21 ans, elle s’inscrit au Parti Communiste Mexicain. Par l’intermédiaire d’une relation commune, Frida rencontre enfin Diego Rivera. Coup de foudre réciproque : un an plus tard ils sont mariés, étrange accouplement d’un "crapaud et d’un papillon" comme elle le disait. avec son sens de l’humour et de la dérision habituel. Diego était en effet un géant obèse très laid, et elle une femme très petite et très menue. Elle sera plusieurs fois enceinte de lui mais toutes ses tentatives pathétiques d’avoir un enfant avorteront en raison des très graves séquelles de ses blessures.

Commence alors une tumultueuse vie de bohème à Mexico, puis à San Francisco et à Detroit où Diego (qui en dépit de sa laideur est un grand séducteur et la trompe éhontément) doit exécuter des fresques monumentales dont il a le secret. Ambitieux et amateur de grands espaces, Diego le communiste se plaît aux USA où il jouit d’une grande célébrité. Pas Frida qui déteste ce pays de gringos capitalistes. Ils finissent donc par revenir à Mexico, où Diego entame une liaison amoureuse avec la sœur de Frida. Taraudée par la jalousie, elle le quitte et le trompe à son tour avec des hommes et des femmes (elle est ouvertement bisexuelle), puis reprend sa vie avec lui.

En 1937, Diego, très introduit auprès du gouvernement, réussit à faire bénéficier de l’asile politique mexicain à Léon Trotsky et le loge chez lui. Du coup Frida développe une liaison amoureuse brève et passionnée avec le leader communiste qui sera assassiné deux ans plus tard d’un coup de pic à glace stalinien, alors que Frida expose ses œuvres à Paris. De retour au Mexique, elle divorce de Diego puis se remarie avec lui en 1940, alors que son état de santé se dégrade et qu’elle enchaîne les opérations à la colonne vertébrale. En 1953 est organisée la première exposition individuelle dans son pays. Elle y assiste alitée ; la même année elle est amputée de la jambe droite jusqu’au genou. L’année suivante elle est victime d’une pneumonie et meurt à 47 ans. A sa demande ("Même dans un cercueil, je ne veux plus jamais rester couchée !" son corps est incinéré.

L’émergence de la Fridamania

A sa mort en 1954, Frida Kahlo était une parfaite inconnue dans son pays et ailleurs, en-dehors de petits cercles artistiques et intellectuels. Tout change à partir de 1983. Cette année-là, en France, le dictionnaire Robert des noms propres faisait aucune mention de Frida dans l’article consacré à Diego Rivera (mon édition de 1992 du Larousse l’ignore toujours). Mais 1983 voit en même temps la parution aux USA, de Frida, biographie signée par la féministe états-unienne Hayden Herrera, qui va faire d’elle une icône lesbienne, et du film Frida, naturaleza viva du cinéaste mexicain Paul Leduc, qui ne connaîtra qu’un succès confidentiel. La Fridamania est encore élitiste, marginale et souterraine mais elle est lancée. Petit à petit, elle se diffuse dans le peuple mexicain sous la forme de divers objets ornés des toiles de Frida et vendus aux touristes, tandis que les expositions se multiplient.

La Fridamania prend son plein essor populaire en 2002, lors de la sortie du film Frida réalisé par Julie Taymor, avec Salma Hayek dans le rôle-titre. L’énorme succès international de cette œuvre déchaîne les appétits financiers alléchés par les flux de dollars que peuvent générer les produits dérivés. La nièce de Frida, Isolda Kahlo, dépose le nom de sa tante (mais ne parvient pas à obtenir les droits sur son image) et s’associe avec le biznessman vénézuélien Carlo Dorado basé à Miami et importateur des marques Versace, Armani et Hugo Boss en Amérique Latine pour créer la Frida Kahlo Corporation, une entreprise commerciale touchant 2 à 5 % sur tous les produits estampillés "Frida Kahlo" qui vont désormais pulluler.

La légalité de ce hold-up réalisé par des affairistes sans scrupules est très contestée et fait l’objet de procès encore en cours. En effet, en 1955, deux ans avant sa mort, Diego avait créé le Diego Rivera and Frida Kahlo Muséums Trust, géré par la Banco De Mexico, qui avait la responsabilité de s’occuper des propriétés immobilières et des œuvres des deux artistes dans le cadre d’un organisme d’utilité publique. La critique d’art états-unienne Raquel Tibol, l’une des dernières amantes de Frida, prétend que c’est la seule organisation autorisée à donner la permission d’utiliser le nom et l’image de Frida dans des buts commerciaux. Mais la Frida Kahlo Corporation n’en a cure. Il y a du fric à faire, et vite. Surtout qu’il y a un superbe créneau en termes de merchandising : la sortie du film en 2002, suivie 5 ans plus tard du centenaire de la naissance de Frida, lui-même suivi la même année par... le cinquantenaire de la mort de Diego Rivera (bingo !). Qu’en penserait Frida, brève maîtresse de Trotsky et si inconsolable à la mort de Staline qu’elle ne cessait de peindre ou dessiner les moustaches de celui-ci (peut-être en hommage humoristiques aux siennes car, oui, Frida était moustachue et ne faisait rien pour le cacher) ?

Bon, maintenant passons à la bimbeloterie

La poupée Frida

C’est la néo-Barbie mexicaine à vocation internationale pour collectionneurs fridamaniaques (à 200 dollars pièce, c’est pas à la portée de toutes les bourses). Elle n’est évidemment pas blonde et mesure 50 cm de haut. D’abord commercialisée au Mexique et aux USA, elle a traversé l’Atlantique en 2005 et atterri au Salon du jouet de Nuremberg, en Allemagne, où elle a été nommée dans la catégorie des innovations. La dirigeante de l’entreprise qui la vend, Muñecas Eny, assure les gogos de ses bons sentiments : "Mon intention a été, et sera toujours de voir en cette poupée quelque chose de différent par rapport à un jouet. C’est toute une œuvre d’art ; le visage a été créé par un sculpteur à partir de photographies de la peintre, ses habits sont des répliques exactes. De plus, on a inclue d’autres produits qui ont pour but de diffuser la culture mexicaine au niveau mondial". 100 000 exemplaires ont déjà été vendus hors-Mexique.

Mouais... la poupée est bien mignonne, rondouillarde et folklorique, pas très moustachue et quand on regarde son visage on a du mal à faire le joint avec cette description qu’en fait Jean-Marie Le Clézio dans son magnifique bouquin Diego et Frida : "Dans ses autoportraits, elle apparaît dans son rôle de prêtresse avec un visage un peu hautain, figé, mais où les signes cruels de la douleur intérieure restent lisibles : ride amère autour des lèvres, cernes sous les yeux, muscles du cou tendus, et surtout le regard, distant, brillant d’un éclat fiévreux, et forçant devant elle, forant à travers le tissu du réel une interrogation aiguë, avide. Un regard toujours aussi provocant malgré les vicissitudes de l’existence, malgré le poids de la douleur et les doses de plus en plus fortes de calmants que Frida doit absorber".

Mais il est vrai qu’une poupée dotée d’un tel visage serait invendable. Je n’ai jamais pu approcher cette poupée mais un affreux doute m’étreint : serait-il possible qu’en la déshabillant on tombe sur son corps nu martyrisé et corseté ? Franchement, ça m’étonnerait. Mauvais argument de vente, encore une fois.

Une artiste et une femme libre et rebelle réduite à l’état de poupée folklorique : à gerber.

La Tequila Frida

C’est une tequila ordinaire, produite à base d’agave bleue, comme toutes les tequilas. Sauf que les étiquettes des bouteilles qui la contiennent s’ornent du nom et du visage de Frida. Et vu le prix qu’elles coûtent, elles se vendent essentiellement aux USA dans les boutiques de luxe et les restaurants huppés pour Chicanos enrichis. Elles sont proposées en 3 couleurs et saveurs : blanco, reposado and añejo (coûtant respectivement $50, $65 et $90). Ça se vend très très bien et rapporte un fric fou à la Frida Kahlo Corporation dont l’argument de vente est le suivant : ce produit illustre "son amour du Mexique, sa force et sa passion pour la vie. La tequila, sa boisson favorite, l’accompagna dans les plus grands moments de sa vie".

Mouais. Frida était certes une fêtarde qui picolait sec. Mais avant tout l’alcool, qu’elle consommait à hautes doses, lui servait à noyer les souffrances de son corps martyrisé. Les "grands moments de sa vie", c’étaient de douloureuses opérations et des mois d’immobilisation. Rien à voir avec un hymne à l’alcoolisme festif et mondain que vante le marketing obscène et mensonger de sa nièce et de ses complices. En plus sur l’étiquette de chaque bouteille on peut lire le slogan suivant : "Being original is no sin" ("Etre original n’est pas une folie"). Frida était originale mais pas folle, certes. Mais il faut être archi-conformiste et cinglé pour acheter de la tequila à de tels prix.

Les baskets Frida

La firme Converse a lancé au Mexique et en Italie et cinq modèles de baskets en édition limitée. Sur la toile de ses chaussures figurent le visage de Frida et sa signature, à l’intérieur d’une boîte elle-même fridatisée contenant des fragments de son journal intime. On peut parier que ces marchands n’ont pas retenu les derniers mots qu’a écrit Frida juste avant de mourir : "J’espère que la sortie sera joyeuse... et j’espère bien ne jamais revenir... Frida". Ce n’est pas très commercial...

Les baskets Frida, c’est vraiment le comble du mauvais goût. Converse aurait pu avoir la décence de ne vendre que des baskets orthopédiques pour le pied droit... ce qui aurait drastiquement limité le nombre d’acheteurs potentiels. Mais peut-être est-ce une sorte d’hommage du vice à la vertu ? Dans son enfance, "Frida l’estropiée" à la jambe atrophiée et au pied esquinté aimait défier les autres enfants qui se moquaient de son infirmité en sautant des barrières.

Frida, le film... et l’autre !

Le film Frida, de Julie Taymor avec Salma Hayek dans le rôle-titre a donc incroyablement boosté la Fridamania. C’est un très beau film, certes, et Salma Hayek y campe une très belle et très touchante Frida... même si on peut lui reprocher de ne s’être pas faite aussi moustachue que l’était Frida, et surtout d’avoir très nettement minimisé sa dimension de militante communiste convaincue, acharnée et militante, à tel point qu’à la fin de sa vie elle peignait ou dessinait avec fureur les moustaches de Staline (oui, c’est idiot mais c’est comme ça), qu’elle a été désespérée quand elle a appris la mort du "Petit Père des Peuples" (tu parles !), à tel point encore que quand le tyran est mort en 1953, elle a écrit "L’univers entier a perdu l’équilibre avec la perte de STALINE" dans son journal intime et que, inconsolable veuve stalinienne, elle a commencé à dessiner et peindre des portraits de Mao pour remplacer son grand homme fétiche.

Probable qu’une Frida moustachue et stalinienne n’aurait pas fait très clean dans le casting et aurait moins fait pleurer Margot. Probable que la montrer enchâssée dans ses corsets de douleur aurait été trop "hard" pour le spectateur moyen. En tout cas les Mexicains ne s’y sont pas trompés : le film y a provoqué des polémiques passionnées et même un appel public au boycott. Il y avait certes dans ce déchaînement médiatique de forts relents d’anti-étatsunisme primaire - il était reproché notamment à Salma Hayek d’avoir vendu sa mexicanité aux gringos de Hollywood et d’avoir privilégié une version finalement très "soft", presque fleur bleue (tout est centré sur ses amours avec Diego) et politiquement correcte de la vie de Frida.

L’autre film sur Frida, Frida, naturaleza viva, réalisé par le Mexicain Paul Leduc et paru en 1983, est d’une toute autre trempe. Ofelia Medina dans le rôle-titre y était vraiment moustachue et vraiment une passionaria communiste, le scénario insiste davantage sur les convulsions post-révolutionnaires du Mexique, ses mythologies indiennes et l’écrasante pauvreté de la majorité de la population, et privilégiait par ailleurs une approche plus onirique et fantastique bien en phase avec l’art de Frida. Ce film-culte n’est malheureusement pas disponible en France.

La récupération politicienne d’un mythe

La Fridamania est certes d’abord une vaste entreprise commerciale. Mais elle a aussi fait l’objet d’une tentative de récupération politique de la part de la droite mexicaine en mal de mythes populaires rassembleurs.

C’est ainsi que le très mal élu Felipe Calderon, candidat du PAN et des USA et soupçonné de bourrage d’urnes massifs, s’est arrogé le privilège de couper le cordon rouge lors de l’inauguration de la méga-expo Frida Kahlo, alors que ce privilège aurait dû échoir à Andres Manuel Lopez Obrador (surnommé AMLO), le très populaire maire de gauche de Mexico, qui aurait dû être président à sa place si les élections avaient été honnêtes et transparentes.

Lors de cette inauguration réalisée sous haute surveillance de policiers et de militaires, de robocops et de snipers armés jusqu’aux dents, des dizaines de milliers de supporters d’AMLO et de la vraie mémoire de Frida ont manifesté devant les marches du Palais des Beaux-Arts en scandant des slogans comme "Frida appartient à la gauche" ou encore "Calderon ! Ne prostitue pas notre Frida !"

Ça n’a fait ni chaud ni froid à l’ultralibéral Calderon, qui avait invité environ 3000 pipoles friqués (artistes, biznessmen, généraux, amiraux, politiciens, etc.) pour un raout mondain au son du violoncelle de Yo Yo Ma jouant de la musique classique européenne fort prisée des élites mexicaines tandis que les fans de gauche réclamaient des cucarachas nettement plus proches de la sensibilité populaire et indienne de Frida.

Et c’est pas fini : le 8 décembre 2007 on fêtera le 50e anniversaire de la mort de Diego Rivera. De quoi encore relancer la Fridamania commerciale et politicienne. La droite populiste mexicaine a fait une O.P.A. sur l’âme de Frida. Les partisans de Calderon font tout leur possible pour passer sous silence ses racines rouges (Calderon a préféré la décrire comme une handicapée héroïque devenue un "exemple de la manière dont nous pouvons triompher de l’adversité afin que le Mexique puisse aller de l’avant", ce qui n’empêche pas les ombres de la faucille et du marteau chers à Frida de flotter au-dessus des commémorations commercialo-nationalistes.

"Libérez Frida ! Libérez Frida !" scandaient les Fridamaniaques de gauche sur l’esplanade devant le musée, "Si Frida était vivante aujourd’hui, elle serait dehors dans la rue avec nous". C’est sûr. Tout comme il est sûr que nombre d’entre eux n’ont pas pu ou su échapper à la tentation d’acheter quelques objets produits par la Fridamania commerciale pour garder un souvenir de cet événement. En attendant de pouvoir écouter le premier disque du groupe que se prépare à lancer la Frida Kahlo Corporation : Las Hijas de Frida.


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68 réactions à cet article    


  • alberto alberto 23 juillet 2007 11:16

    Salut, Marsu, et bravo pour ton article, très bien documenté (comme dab !) : on imagine pas mal de boulot pour cette rédaction et j’y ai appris pas mal de choses sur cette dame dont j’avais simplement ouï dire par rapport à la bio de Trotski...

    Ce qui est curieux, c’est qu’après avoir été la maitresse de Léon, elle se soit entichée des moustaches du commanditaire de son assassinat...Mais bon : tout le monde n’est pas...linéaire, c’est ce qui fait souvent le sel de la vie !

    En tout cas, sur le fond de l’article, bien d’accord : « charognards de tout pays, enrichissons nous ! » Pourrait être la formule de la nouvelle internationale du néolibéralisme.

    A bientôt de te lire : alberto.


    • Marsupilami Marsupilami 23 juillet 2007 11:28

      @ Alberto

      Diego et Frida avaient des rapports plus romantiques et sociaux qu’idéologiques avec le communisme et la Revolucion. En désaccord avec le stalinisme, Diego avait rendu sa carte du parti, puis l’a reprise après la mort de Trotski (si je me souviens bien), c’est dire...


    • Marsupilami Marsupilami 23 juillet 2007 11:19

      @ Tous

      Depuis 5 minutes tous les liens hypertexte de l’article sont brutalement devenus défectueux st s’affichent en clair, rendant la lecture du texte difficile. Je viens de demander à la rédaction de les rétablir d’urgence. Merci d’être indulgents et patients.


      • haddock 23 juillet 2007 11:38

        Je comfirme , les liens ont disparu . En train de cliquer hop plus rien ...

        Attendons .


        • ZEN ZEN 23 juillet 2007 11:39

          Excellent article, Marsu. Je reviens à des souvenirs de mon trop bref passage à Mexico et à mon admiration devant les étonnants « murales » de Diego Rivera, qu’il faut bien resituer dans le contexte du Mexique agité d’alors...mais a-t-il jamais cessé de l’être ?

          J’ai retenu l’intrumentalisation éhontée de Frida, la marchandisation de son image et de son oeuvre. Après la Citroën Picasso ...


          • Marsupilami Marsupilami 23 juillet 2007 11:45

            @ Zen

            La Citroën Picasso, c’est du nanan à côté de ce que se prépare à faire la Frida Kahlo Corporation : la tête de Frida sur la carlingue deux Boeings de la compagnie aérienne mexicaine d’Etat... Hénaurme !


          • Vilain petit canard Vilain petit canard 23 juillet 2007 11:55

            Merci Marsu pour cette foule de données, qui rend intéressant un sujet qui personnellement me laisse de marbre. J’ai toujours eu horreur de ses peintures (et des oeuvres de Diego Rivera, pareil), mais il faut avouer que c’était un personnage digne d’intérêt. Mais bon, comme quoi notre époque est propice à n’importe quel débordement, du moment que ça fait du fric...

            Après le Che, après Kahlo, quelle mania commerciale va nous tomber dessus ? Je verrais bien le Commandant Massoud, tiens, ça plairait bien aux bo-bos...


            • Marsupilami Marsupilami 23 juillet 2007 13:51

              @ Vilain petit canard

              J’aime pas trop moi non plus le monumentalisme stal & kitsch de Diego. En revanche j’aime bien la peinture de Frida. Mais comme tu l’as bien compris, cet article n’avait pas pour but de parler de leurs œuvres artistiques ni même de leurs engagements politiques, mais d’un obscène phénomène de récupération commerciale qui n’a bien entendu rien à voir avec ce qui se passe actuellement sous Tsarkozy 1er...


            • Bulgroz 23 juillet 2007 11:58

              C’est très dommage, Marsu, que tu ais cru, dans cet article qui n’en avait pas besoin, devoir colporter l’idée que le résultat électoral de 2006 était entaché d’irrégularités.

              C’est Amlo (Lobrador), mauvais perdant, qui a émis et émet toujours ce mensonge. Il est depuis déconsidéré par une large partie de la population qui a voté pour lui.

              Calderon, certes, a été élu avec un faible avantage de voix, mais il a été élu, et les 693 observateurs internationaux chargés de surveiller 130 000 urnes ont demandé au « mauvais perdant » Lopez Obrador de se retirer.

              A la demande de l’IFE (Institut Fédéral des élections), l’Union européenne (UE) avait déployé au Mexique une imposante mission d’observation électorale. Mme Benita Ferrero-Waldner, commissaire aux Relations extérieures de l’UE, soulignait jeudi à Bruxelles « la totale transparence du processus électoral », qui s’est déroulé « dans l’ordre et le respect des principes démocratiques ».

              Le « climat d’absolue normalité démocratique » des élections mexicaines a été confirmé par Javier Solana, Haut Représentant de l’UE pour la Politique étrangère et de sécurité commune.

              http://www.latinreporters.com/mexiquepol07072006.html

              http://fox.presidencia.gob.mx/fr/activites/ordre/?contenido=26924&pagina=1

              http://www.sre.gob.mx/francia/bienve.htm

              http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMAnalyse?codeAnalyse=200


              • Marsupilami Marsupilami 23 juillet 2007 12:06

                @ Bulgroz

                Peut-être... et peut-être pas. On peut aussi avoir un autre point de vue...


              • haddock 23 juillet 2007 13:54

                N’ aimant pas les sports d’ hiver elle ne voulait plus Trotsky .


                • NPM 23 juillet 2007 13:58

                  Etrange de resortir cette communiste pour gagner de l’argent. Ils n’ont pas mieux que ca, les mexicains ?


                  • Marsupilami Marsupilami 23 juillet 2007 14:08

                    @ NPM-Afolfosse

                    J’attendais ton commentaire inspiré. Je ne suis pas déçu. Tu es à la hauteur de ta pensée mononeuronale (donc dispensée de transmissions synaptiques). L’ultralibéralisme se fait des nouilles encore avec les vestiges du communisme. A louer deux étages de l’immeuble du Colonel-Fabien. Une affaire pour toi.


                  • Marsupilami Marsupilami 23 juillet 2007 14:26

                    Bah, banale réplique de l’ostalgie... De toute façon Diego et Frida étaient des communistes romantiques bourgeois de paccotille qui n’auraient pas supporté plus d’une journée le bolchévisme, le vrai s’ils avaient dû vivre sous son joug impitoyable.


                  • NPM 23 juillet 2007 14:33

                    « De toute façon Diego et Frida étaient des communistes romantiques bourgeois de paccotille qui n’auraient pas supporté plus d’une journée le bolchévisme, le vrai s’ils avaient dû vivre sous son joug impitoyable. »

                    Comme tous les communistes des pays libres ! On en vient à se poser des questions sur leur simple intelligence..


                  • Gazi BORAT 23 juillet 2007 16:07

                    @ npm

                    Au sein du club des mouvements politiques réduits à l’archaïsme pour cause de mauvais résultats électoraux, le Front National vient de faire son entrée.

                    A l’instar du Parti Communiste Français, celui-ci va devoir se séparer de son siège : le paquebot de St Cloud.

                    Que va-t-il devenir ? Une rumeur parle d’une reconversion en méga sauna gay..

                    gAZi bORAt


                  • Gazi BORAT 23 juillet 2007 16:15

                    @ l’Auteur.

                    Le capitalisme a toujours su faire feu de tout bois.

                    Le milliardaire Rockefeller, durant les années trente, avait fait appel à Diego Rivera pour la décoration du hall du Rockefeler Center sans prendre garde un seul instant à l’engagement politique du peintre muraliste où à ce qu’il pouvait penser d’un milliardaire yankee..

                    Le résultat ne se fit pas attendre : une fresque gigantesque, ode à la libération des peuples où, en bonne place, figurait Wladimir Illitch Lenine..

                    Rockefeler ne l’accepta pas mais dù la payer.. et la recouvrit..

                    Une récupération (ratée) de la notoriété d’un peintre mexicain par le symbole du capitalisme U.S.

                    gaZi bORat

                    cELUI


                  • Marsupilami Marsupilami 23 juillet 2007 16:27

                    @ Gazi Borat

                    Yes, I know. Diego le communiste romantique fasciné par le capitalisme états-unien, ses paillettes et son pognon a fait de la provoc en collant une tronche de Lénine sur une de ses fresques-frasques. Après destruction de son œuvre il a quand même été payé rubis sur l’Oncle Sam. Ça a grandement contribué à sa gloire, ce qui ne lui était pas du tout indifférent, contrairement à Frida. Diego était un communiste d’opérette.


                  • Gazi BORAT 23 juillet 2007 16:39

                    @ marsupilami

                    Dans le même genre, Picasso n’était pas mal non plus..

                    ... mais il trouva le moyen de se faire refuser un portrait en hommage à Staline, jugé d’une physionomie trop jeune par le Parti, sans avoir à aucun moment voulu faire acte de provocation..

                    gAzi bORAt


                  • Cosmic Dancer Cosmic Dancer 23 juillet 2007 18:57

                    « Communiste d’opérette », cela ne vaut-il pas mieux que communiste scélérat grand maître de la scène et des cérémonies (http://www.histgeo.com/contemporaine/newlook/stal.jpg) ?


                  • Gazi BORAT 25 juillet 2007 11:38

                    @ cosmic dancer

                    « Grand maître de la scène et des cérémonies.. »

                    J’ai eu un peu de mal à accéder à votre lien mais vous évoquez sans doute Joseph Staline..

                    Lorsque fut diffusée sa ligne officielle à l’égard des aristtes qui devaient abdiquer leur indépendance créative pour la mettre au service de la cause de l’émancipation du Prolétariat et de son éducation, il s’immisça dans le domaine de l’Art.

                    Le concept d ‘ »Art de classe » avait tout de même sa pertinence à l’époque car, hors des commandes publiques, la majorité des artistes occidentaux avaient pour clients des amateurs riches, parfois éclairés mais objectivement, dans la logique marxiste.. « bourgeois ». Les commandes du Parti, représentant du Prolétariat ou à destination des masses et dans un but éducatif, comme les fresques des Muralistes, en faisaient des artiste « prolétariens »..

                    Le prestige de la Révolution d’Octobre étant immense à son époque, beaucoup d’artistes suivirent ces directives.

                    Sur le territoire de l’Union Soviétique, groupés en unions à l’instar des écrivains, ils n’eurent pas le choix et furent caporalisés.

                    Après la période de création débridée du Constructivisme, s’ouvrit l’ère des portraits de Lenine et Staline en série et de l’académisme formel.

                    Hors d’Union Soviétique, cela fut plus complexe.

                    Pour la littérature, certains atteignirent, tel Aragon, le niveau de véritables laquais. Certains de ses poêmes, à la gloire de Maurice Thorez, sont véritablement consternants.

                    D’autres, comme Nazim Hikmet, réussirent à accoucher d’une oeuvre humaniste avec toutefois un passage moins prononcé qu’Aragon pour la « langue de bois » après son exil de Turquie vers l’URSS.

                    Le cas de Berthold Brecht fut plus complexe. Réfugié aux Etats Unis, il devint ensuite l’écrivain officiel du régime d’Allemagne de l’Est, allant même jusqu’à couvrir la répression des émeutes ouvrières de 1953.

                    Cependant, comme Ismael Kadare en Albanie, il parvenait à placer dans ses oeuvres des messages irrévérencieux et pas très orthodoxes, faisant preuve d’une certaine forme d’indépendance intellectuelle. Je me souviens dans son ouvrage l’ABC de la Guerre » de deux photos face-à-face de soldats russe et allemands qu’il légenda ainsi :

                    « Nul n’est plus cruel envers l’éléphant, que l’éléphant dressé son cousin »...

                    ..sans indiquer qui était l’éléphant dressé !

                    Pour ce qui est des arts plastiques, hormis les Russes post-constructivistes, dans le reste du monde, il y eut des membres du Parti, obligatoirement disciplinés et d’autres, les « Compagnons de Route » d’une sensibilité peut-être de gauche mais tout de même plus opportunistes que convaincus, le Parti permettant l’accès à une renommée universelle et à un certain prestige intellectuel.

                    Je pense que Rivera fut de ceux là..

                    Il travailla pour le symbole du capitalisme américain (Rockefeller, ce n’est tout de même pas rien), ne dédaigna pas la reconnaissance de la bourgeoisie, et fut assez prudent pour ne pas se rendre en Union Soviétique en pleine période de purges..

                    Pablo Picasso fut, lui aussi, assez prudent pour s’engager juste ce qu’il faut (la colombe-emblème du Mouvement pour la Paix) mais pas assez pour perdre son indépendance..

                    Pour tous les deux, d’ailleurs, la « juste cause » fut rémunératrice..

                    Mais, ne l’oublions pas, dans les pays du bloc socialistes, de l’Europe de l’Est jusqu’à la Chine, les artistes furent longtemps des fonctionnaires zêlés des régimes de démocratie populaire.. et peu payés.

                    gAZi bORAt


                  • herbe herbe 23 juillet 2007 18:12

                    Merci pour cet article.

                    Vu la qualité de certains articles du jour (Léon, Carole etc ...). Merci à tous les auteurs (et commentateurs...) qui ne sont pas en vacances et nous donnent à lire des articles de qualité !


                    • Cosmic Dancer Cosmic Dancer 23 juillet 2007 18:47

                      Salut, Marsu,

                      Bon article, plein d’informations. Mais au-delà de l’engagement politique de Frida Kahlo, une question me taraude, que je me pose aussi au sujet de Camille Claudel. Ces deux femmes auraient-elles été aussi reconnues si elle ne s’étaient entichées de Pygmalions à fort coffre, ma préférence artistique allant cela dit et sans conteste à Rodin, dont la fréquentation leur a été aussi bénéfique que nuisible ? On parle très peu, par exemple, de Blanche Odin, dont le travail après tout n’est pas en reste par rapport à celui de Frida Kahlo.

                      (J’ai horreur des fresques criardes de Diego Riviera.)

                      Enfin, à ceux que fascine la personnalité si forte et si sensible de cette femme, je conseille le spectacle du Panta Théâtre de Caen, résultat (au début des années 2000, mais repris ensuite) d’une série d’enquêtes et de rencontres au Mexique, magnifique.


                      • Cosmic Dancer Cosmic Dancer 23 juillet 2007 18:54

                        Sinon, à propos d’exploitation commerciale, si tu regardes ce qu’on fait les ayant-droits de Picasso avec son nom...

                        Et je dois dire que ça ne me choque pas plus que Fulla, la Barbie islamique (http://fr.altermedia.info/societe/une-barbie-qui-a-son-propre-tapis-de-priere_8024.html).

                        Et puis, les icônes-poupées-totems se retrouvent partout, même dans les villages perdus du Guatemala, où les femmes récupèrent des bouts de tissus pour fabriquer de petits Sous-Commandant Marcos à destination des touristes révolutionnaires smiley


                      • Marsupilami Marsupilami 23 juillet 2007 18:59

                        @ Cosmic Dancer

                        C’est pas vraiment le sujet. Che Guevara n’était pas blonde, Frida Kahlo non plus. Je ne vois pas trop ce que le sexe a à voir dans ce genre d’histoire. Frida peut certes apparaître comme une sorte d’archétype de la nana scotchée à son mec-star, mais ça ne me semble pas être un scénario crédible. Frida n’était pas une groupie, mais une femme amoureuse selon les standards de l’époque... dont elle s’éloignait à la vitesse de galaxies en fuite depuis le big-bang.

                        Mais tu me donnes envie d’écrire sur Camille Claudel et son putain de frangin...


                      • Cosmic Dancer Cosmic Dancer 23 juillet 2007 19:03

                        Non, ce que je veux dire c’est : est-ce que ces femmes ont été connues PARCE QU’ELLES étaient amoureuses d’artistes (enfin, Rodin oui, Riviera, non, du moins pas à mon goût) beaucoup plus doués qu’elles commercialement ? Et que s’ils ont peu les écraser relativement, les faire souffrir et créer aussi en conséquence, l’histoire se sera quand même emparée d’elles : parce que non seulement artistes, elles furent muses.

                        Celles qui ont fait oeuvre en solitaire, on les connaît peu, voire pas.


                      • Gazi BORAT 24 juillet 2007 07:39

                        @ cosmic dancer

                        Vous n’avez pas tort concernant ces compagnes d’artistes..

                        Mais l’histoire du goût, que je différencie de l’Histoire de l’Art, évolue et aujourd’hui, Frida Kahlo accède à une notoriété plus grande que celle de Diego Rivera.

                        Caricaturé comme la rencontre de « La Colombe et l’Elephant », leur couple ne fut pas franchement heureux car Diego Rivera était un personnage à l’égo démesuré et totalement opportuniste. J’ai parfois presque le sentiment qu’il aurait bridé la créativité de Frida plus qu’il ne l’aurait aidé à s’épanouir.

                        gAZi bORAt


                      • Gazi BORAT 24 juillet 2007 11:00

                        @ demian west

                        Je ne prétend pas que Frida était inconnue jusqu’à aujourd’hui mais que le rapport de notoriété de ces deux personnages vient d’être inversé.

                        Pour ce qui est des rapports entre les deux, le grand coupable, c’est JMG Le Clezio qui a romancé leur romance..

                        gAZi bORAt


                      • Marsupilami Marsupilami 24 juillet 2007 11:19

                        @ Gazi Borat

                        Inutile de répondre à D.W. C’est inutile, il n’est venu sur ce fil que pour le polluer, le vandaliser et le taguer. Voir mon post concernant le dispositif D.W. ci-dessous.

                        A part ça tu as raison : Diego était une immense star internationale quand Frida n’était connue que des initiés. Avec la Fridamania les proportions se sont inversées, au point que désormais ça ne m’étonnerait pas qu’un jour quelqu’un ait dit : « Mais qui c’est ce géant obèse à côté de Frida Kahlo sur la photo » ?


                      • Gazi BORAT 24 juillet 2007 12:35

                        @ demian west

                        Ne confondons pas histoire de l’art et histoire du goût, c’est vrai..

                        Je ne peux trancher sur ma préférence entre les grandes fresques de Rivera et l’inspiration plus intimiste de Frida, dont j’apprécie son sens des couleurs qui tient par moment de la peinture haïtienne et des ex-voto populaires..

                        Il existe un film de Joseph Losey « l’assassinat de Trotsky » où sont remarquablement intégrées les oeuvres des muralistes mexicains..

                        gAZi bORat


                      • Marsupilami Marsupilami 24 juillet 2007 13:36

                        Quand on s’appelle D.W., on ne dit pas « mon directeur de recherche », mais « mon directeur de maniérisme ».


                      • Cosmic Dancer Cosmic Dancer 23 juillet 2007 19:00

                        Fallait-il que le désabusé vienne déverser sa bile pour que le fil soit complet ! Tradition, quand tu nous tiens !


                      • Marsupilami Marsupilami 23 juillet 2007 19:05

                        @ Gland bleu

                        Commentaire lamentable étalant toutes tes ignorances artistiques et surtout le venin maléfique qui est la trame intrinsèque de tous tes commentaires. Ipeca, point-barre.


                      • Marsupilami Marsupilami 23 juillet 2007 19:16

                        @ Gland bleu

                        Demain je te réponds sur le pseudo-surréalisme attribué à Frida (que seuls des ignares dans ton genre soutiennent encore). Numérote tes abattis de pseudo-artiste, petit rigolo. On va se marrer.


                      • Gasty Gasty 23 juillet 2007 19:53

                        Demian mort de rire ????

                        L’artiste demian a succombé à l’article de marsu, mort de rire sur le fil après son cinquième post. smiley

                        La communauté d’agoravox est sous le choc.


                      • Claude Simon Tzecoatl 23 juillet 2007 19:20

                        J’ai vu le film, qui m’a déçu.


                        • Marsupilami Marsupilami 23 juillet 2007 21:00

                          @ Gland bleu

                          Demain je te garantis que t’auras un festival qui démontrera toutes tes ignorances dans ce domaine. Tu vas en baver un max, crois-moi. Ça me réjouit un max de pouvoir moucher un fat comme toi. Je vais le faire, et tu seras ridiculisé, ce qui est impossible, vu que tu fonctionnes dans l’auto-ridiculisation, ce qui est ta marque de fabrique, ridicule petit faiseur.


                        • Marsupilami Marsupilami 23 juillet 2007 21:05

                          @ Gland bleu

                          Cite-les, ces passages, pauvre type.

                          Fais-le !


                        • Marsupilami Marsupilami 23 juillet 2007 21:22

                          « Dés qu’il était le petit Demian était un pexeur-délateur lamentable ».

                          « Le petit Demian est né vain ».

                          « Certains spécialistes attestent du fait que les Demian West sont légèrement débiles dès la naissance, et que très peu survivent sauf un seul ».

                          Blablabla.


                        • Muadib 24 juillet 2007 11:51

                          Rire après des injections de Botox ?

                          Il est vraiment ! Il est vraiment ! Il est vraiment PHE-NO-ME-NAL !

                          Il mériterait !Il mériterait !Il mériterait d’être dans le journal !


                        • Marie Pierre 24 juillet 2007 14:53

                          Merci pour cet article Marsu. Il me revient en mémoire toute la bimbeloterie Che par Coca Cola. Il y a une campagne de boycott de Tequila utilisant l’image de Frida Kahlo.

                          Pour le DW, il est furax car il ne nous a pas convié à l’exposition du centenaire de Frida Kahlo.

                          Il est bien vrai qu’à sa mort, elle n’était que très peu connue. Je suis allée au Mexique en 76, elle ne figurait toujours pas dans les guides, contrairement à Rivera et Siqueiros.


                          • Marsupilami Marsupilami 24 juillet 2007 15:04

                            @ Marie Pierre

                            Tu es peut-être allée au Mexique en 1976 quand Frida était inconnue, mais tu n’es pas diplômée en histoire de l’hard comme D.W. Donc tu as du avoir la berlue. Essaie comme lui de devenir « Titulaire du DEA »Théorie, Histoire et Pratique des Lézards Virtuels« de l’Université Strass-bourre hi-II, et du Diplôme de l’Ecole des Bazars Décoroboratifs de Strasbourg ». Et bien entendu d’avoir le même agent que lui : Kharbine-Tapabor à Paris. Après t’auras le droit de donner un avis éclairé.

                            Bon, trêve de dérision tu as raison : il doit être dépité que je lui aie piqué le centenaire de Frida et que je n’en n’aie pas fait un copier-coller maniériste de bulletin muséal...


                          • Gazi BORAT 25 juillet 2007 07:36

                            @ Marie Pierre & Marsupilami

                            J’approuve : longtemps Rivera, Orozco et Siqueiros étaient mis en avant et Frida Kahlo peu connue du grand public.

                            La grande campagne marketing d’objets dérivés en lien avec le film change actuellement la donne..

                            @ Cosmic Dancer, Demian West & Marsupilami

                            A vous trois, vous avez soulevé des problématiques passionnantes concernant ce couple d’artistes..

                            Cosmic Dancer a évoqué ces compagnes d’artistes et la difficulté d’une appréciation autonome de leurs oeuvres.. mais aussi induit la problématique du rapport de couple hétérosexuel dans un contexte de création et de notoriété artistique..

                            Demian West, en bon historien de l’Art a évoqué la hiérarchisation officielle qui veut que l’oeuvre de Rivera soit prééminente sur celle de Frida K. en ajoutant, de plus, les liens de Diego R. avec André Breton, le « Joseph Staline » du Surréalisme.

                            A ce sujet, André B. devait présenter des tendances à un certain machisme, car peu d’artistes féminines ont eu la grâce d’accéder à son panthéon.

                            Enfin, Marsupilami, a introduit une dimension politique, en montrant que le capitalisme inversait ce rapport de notoriété bien établi et en évoquant le rapport au Communisme (entendez : l’Union Soviétique) des deux artistes, qui constituait la dernière composante de ce que l’on pourrait envisager comme « un trio amoureux ».

                            N’en déplaise à certains, le couple Diego-Frida ne fut guère heureux.

                            Dire que Rivera apporta beaucoup à sa compagne est vrai, mais l’on peut dire aussi que les avions de la Légion Condor, en détruisant Guernica, apportèrent beaucoup à l’œuvre de Pablo Picasso.

                            Les grands créateurs comme Rivera ont souvent des personnalités dotées de tendances à l’égocentrisme et au narcissisme et aussi une certaine faiblesse qui veut qu’une présence fidèle à leur côté leur apporte un étayage certain. C’est parfois, outre l’amour fou, ce qui se cache derrière le mythe de la « Muse ».

                            Le rapport ambivalent de Frida Kahlo avec la souffrance, parfaitement lisible dans son œuvre, devait aussi s’alimenter de sa relation orageuse avec Diego Rivera et ne devait pas être exempt d’un certain masochisme.

                            Sa douloureuse quête de la maternité, sa frustration continuelle à ce sujet, devait aussi jouer dans son attachement à cet égoïste jouisseur qu’était Rivera, enfant de substitution idéal.

                            Frida ne pouvait ainsi que, patiemment, supporter ses frasques, comme une victime qui le cherche trouve toujours son bourreau..

                            Il est ainsi connu de témoins de l’époque qu’il ne se gènait pas pour coucher avec les jeunes beautés indiennes qui lui servaient de modèles, avant de revenir vers sa patiente compagne..

                            Peu d’artistes ont eu le mérite de reconnaître leur dette à l’égard de celles qui pouvaient constituer leur soutien. Salvador Dali l’a fait pour Gala, dont l’amour fou qu’il éprouva pour elle dit-il, le sauva à un moment critique de sa vie, du basculement dans la folie. Il l’épousa même deux fois, en s’arrangea pour rester dans les canons de l’Eglise..

                            Sartre fut de même assez ignoble avec Simone de Beauvoir, dont je persiste à croire qu’elle était plus brillante que lui et que l’Histoire a placé au second rang.

                            Bertold Brecht, avec les actrices du Berliner Ensemble, Nazim Hikmet avec son épouse et ses conquêtes, furent, eux aussi, de grands égoïstes et manipulateurs de psychés féminines..

                            Quant à la troisième composante de ces couples (j’exclus, le couple Salvador/Gala) et son influence dans une certaine création artistique de cette époque : le Komintern, il est largement présent dans la relation de D. Rivera et F. Kahlo, et mériterait un plus ample développement..

                            gAZi bORAt


                            • Marsupilami Marsupilami 25 juillet 2007 09:30

                              @ Gazi Borat

                              C’est bien vu... On peut aussi noter que Diego avait eu la prescience de la future gloire de Frida. Voici ce qu’il disait à Raquel Tibol en 1953 :

                              « Si Frida ne parle pas depuis les murs, elle parlera au monde entier depuis les livres ». Il faisait pour cela confiance à la « reproduction » - expression que l’on peut aujourd’hui traduire par « les média ». Avec la Fridamania actuelle, la « reproduction » bat tous les records et la prophétie de Diego est validée...


                            • Gazi BORAT 25 juillet 2007 10:37

                              à Marsupilami

                              Ca ne m’étonne pas..

                              1953, l’année de la mort du « Petit Pêre des Peuples »..

                              Rivera avait du sentir que le muralisme avait fait son temps, que les thématiques « engagées » des artistes au service du Prolétariat allaient s’effacer devant le personnage de l’artiste individualiste exprimant son monde intérieur.

                              Les peintures plus intimistes de Frida étaient plus adaptées aux temps qui s’annonçaient..

                              La guerre froide qui, s’engagea aussi sur le front de l’Art, vit la CIA investir dans des artistes, tels Calder, par le biais d’incitation à l’achat ou à des commandes officielles, afin de valoriser l’artiste indépendant des engagements politiques.

                              Il est amusant aussi de constater, concernant le couple Diego/Frida, que Madame, si elle exhibait moins son engagement communiste que Monsieur, notamment dans les thèmes qui l’inspiraient, fit moins de compromissions que lui..

                              Ausx Etats-Unis, elle refusait totalement de frayer avec la bonne société américaine, à l’époque de la réalisation de la fresque du Rockefeler Center, et restait enfermée dans sa chambre d’hôtel. Elle se sentait plus indienne qu’européenne, même si elle exalta moins l’indianité que Diego..

                              Concernant aussi la dimension psycho-sexuelle de leur relation, il est intéressant aussi de noter la fréquence de représentation de viols (symboliques ou réalistes) dans les fresques de Rivera.

                              Les abstraction comme « le Peuple » « la Terre » sont toujours représentés agressés quasi sexuellement par les « Impérialistes »..

                              gAZi bORAt


                            • Cosmic Dancer Cosmic Dancer 25 juillet 2007 10:44

                              @ Gazi Borat

                              Entièrement d’accord avec vos remarques concernant l’attitude de ces « grands hommes » machistes, narcissiques et égocentriques à l’égard de leurs talentueuses compagnes qui eurent le mauvais goût de peut-être, dans l’immédiat ou plus tard, leur faire de l’ombre. Ce pourquoi j’ai parlé de « fort coffres » dans le premier commentaire.

                              Et entièrement d’accord aussi sur le masochisme de Frida et l’analyse que vous faites d’une maternité impossible reportée sur son amant infantile.


                            • Marsupilami Marsupilami 25 juillet 2007 14:11

                              Ce commentaire montre très clairement que D.W. n’a pas lu l’article ou qu’il n’y a rien compris. Commentaire hors-sujet inspiré par le fiel, comme d’habitude.


                            • Gazi BORAT 25 juillet 2007 17:52

                              @ demian west

                              « ...Ce n’est pas le goût populaire ni la légende du martyrologue qui installe un artiste... »

                              .. ce sont les lois du marché !

                              L’appréciation d’une oeuvre artistique restera toujours du domaine du subjectif, et surtout à partir du vingtième siècle où la « technique » bien apprise aux beaux arts devient de plus en plus secondaire dans ce qui fonde le jugement.

                              Dans le cas ici de Frida Kahlo, il ne s’agit pas de goût populaire mais de l’effet d’une campagne marketing. Dans de nombreux pays du monde, l’éducation artistique reste réservée à une élite, et c’est malheureux.

                              Un engouement populaire n’est pas plus apparu ex-nihilo qu’un intérêt populaire pour la tragédie du Titanic il y a plusieurs années sans le film (mauvais) que tout le monde connait.

                              Ce qui change ici, c’est qu’une campagne commerciale visant à promouvoir des produits dérivés va peut-être influer sur la cotation d’une artiste défunte.

                              Cette cotation, en échappant au petit monde des galeristes, critiques intéressés, collectionneurs fortunés qui habituellement fixe les prix, serait une nouveauté.

                              Mais je ne pense pas, comme vous, que l’effet puisse être durable.

                              Malheureusement, j’ai du mal à accepter comme telle une hiérarchisation que je juge arbitraire pour des oeuvres qui, comme celles de Frida Kahlo et Diego Rivera font preuve, l’une comme l’autre, d’une parfaite cohérence. Si cette appréciation est fixée par des lois d’offres et de demande, voire de spéculation, je ne peux que rejeter de tels classements..

                              D’autre part, pour ce qui est de la martyrologie, Frida y participa et construisit elle même cette légende puisque toute son oeuvre est mise en peinture de sa souffrance..

                              Peu d’artiste, avant elle, ont mis en peinture leurs cicatrices et leur appareillage orthopédique. Lorsqu’Andy Warhol exposa les photographies de son torse couturé, le précédent de Frida rendait son geste banal..

                              Pour ma part, je ne méprise pas le goût populaire.

                              Je ne comprend pas d’ailleur pas ce concept.

                              S’agit-il de ce que l’on peut voir chaque année renouvelée, sur les couvercles des boïtes de chocolat, constituant un baromêtre du « Most Avant-Garde Yet Acceptable » de ce que le peuple est autorisé à accepter par le cénacle des spécialistes sans que cela dévalorise le produit ?

                              Alors, si l’on rejette ces phénomène de grande consommation, qu’est-ce alors que le goût populaire ?

                              Il existe en de nombreux endroits du monde des créations qui échappent encore au marché. Je me souviens avoir été ému, dans le centre et le sud-est de l’Anatolie, par des décorations portées sur des carrosseries de camions et qui, s’il n’en tenait qu’à moi, auraient une cotation plus haute que certaines oeuvres contemporaines dont la valeur ne tient parfois qu’à des phénomènes spéculatifs..

                              L’appréciation de l’Art doit-elle être réservée à une élite ?

                              La question est ouverte.

                              gAZi bORAt


                            • Marsupilami Marsupilami 25 juillet 2007 18:40

                              @ Gazi Borat

                              Excellent commentaire. D.W. démontre une fois de plus à quel point il est le représentant d’un art officiel et élitiste.

                              La constitution de mythes artistiques est un phénomène extrêmement complexe et aléatoire. Diego, fils de la bourgeoisie comme la plupart des artistes, sous ses dehors de révolutionnaire, visait la reconnaissance de l’intelligentzia artistique et y est parvenu, lui le communiste de pacotille, au pays des gringos... et aussi à Paris, comme tout bon représentant de la bourgeoisie artistique de l’époque. Depuis, son étoile a pâli et la peinture murale a perdu son prestige... sauf quand elle est pratiquée par des graffeurs de talent, ce qui est rare et n’a plus grand-chose à voir.

                              A l’inverse, un Van Gogh (mon peintre préféré je l’avoue), est sorti post mortem de son néant social pour devenir un mythe qui enrichit les marchands sans jamais l’avoir voulu, contrairement à Diego qui était au fond quelqu’un de très égotiste et narcissique. On retrouve désormais des reproductions de ses toiles dans des appartements de pauvres gens.

                              La Fridamania accouchera-t-elle d’une Van-Goghisation de la peinture de Frida à long terme ? Pas sûr mais pas impossible. Ses toiles ont une charge émotionnelle énorme, aussi fortes que celles de Van Gogh, et très intemporelle. A l’inverse, les fresques de Diego ont beaucoup vieilli, victimes de leur connotation idéologique évidente et temporellement très ciblée.


                            • Gazi BORAT 26 juillet 2007 08:29

                              @ marsupilami

                              Merci de votre indulgence car ce commentaire était en fait le résultat d’une saute d’humeur.

                              Il y a très longtemps, j’ai suivi par pur diletanttisme car mes occupation du moment m’en laissait le temps des cours d’Histoire de l’Art à l’université de D..

                              Etudiant clandestin, je n’étais inscrit dans aucun cursus et choisissait des cours sur la programmation affichée à l’entrée des amphis et selon mes centres d’intérêt.

                              Je me souviens ainsi de deux professeurs : l’un, apprécié des étudiants, qui présentait la particularité d’être extrêmement lyrique quand il commentait des oeuvres.

                              Un jour, devant une diapositive de l’Extase de Sainte Thérèse, il approcha quasiment d’un état d’orgasme proche de celui qu’avait suggéré l’artiste dans sa représentation.. Je l’avoue, il m’horripilait car il nous imposait sa vision du Beau, du Bien, du Vrai et ne nous laissait pas seul avec l’oeuvre et dans une démarche de construction personnelle de l’appréciation.

                              Un autre professeur, qui intervenait en Travaux Pratiques, était tout son contraire.

                              D’un abord plutôt froid, il décrivait avec précision les oeuvres, situait précisément leur place dans l’Histoire de l’Art, dans le contexte historique de leur création, notant les ruptures et les continuités..

                              Je me souviens ainsi plus spécialement de la description d’une toile s’inscrivant dans le courant de la « Neue Sachlichkeit » où son style discursif s’accordait parfaitement avec l’oeuvre et où je me suis retrouvé transporté au temps de la République de Weimar.

                              Il était moins apprécié car ne donnait pas d’indication permettant d’établir une hiérarchie et déconcertait certains qui attendait des indications leur permettant de trancher et de séparer le Sublime du Vulgaire.

                              Je l’avoue, il m’a beaucoup transmis et ouvert à l’Art Contemporain..

                              Ce concept de « goût populaire » m’insupporte particulièrement par ses aspects élitistes latents et qui sous-entendrait que « le peuple » est incapable de la moindre sensibilité esthétique.

                              Si la médiation de la société de consommation ne s’interposait pas systématiquement et si les personnes à revenus modestes n’étaient pas aliénées systématiquement par une certaine lutte pour la survie, alors peut-être, on s’apercevrait que leurs jugements esthétiques valent ceux d’une élite qui, débarrassée des contingences matérielles peut s’adonner sans obstacle à définir les critères du « bon goût ».

                              Ceci, dit, je vous suis totalement pour cette « van goghisation » probable de Frida Kahlo.

                              Peut-être une de ses toiles connaitra-t-elle au Mexique la diffusion qu’a connu l’Angelus de Millet dans les campagnes françaises.

                              gAZi bORat


                            • Marsupilami Marsupilami 26 juillet 2007 10:18

                              @ Gazi Borat

                              Je profite de ce fil pour répondre à retardement à un de tes commentaires sur le fil de discussion consacré au musée Courbet à Ornans. Tu y évoquais Ian Pei Ming en disant que tu aimais bien son œuvre. Moi aussi, et en plus c’est un de mes amis depuis plus de 25 ans. Lui, c’est vraiment l’antithèse de « l’artiste maudit ». Plus ça va et plus il ressemble à un Bouddha chinois de la prospérité...


                            • Gazi BORAT 26 juillet 2007 11:39

                              @ marsupilami

                              Fume-t-il toujours le cigare ? Je pense qu’il a dû prendre du poids..

                              Ming est un personnage extrèmement sympathique. Il paraît que l’endroit d’où il vient (j’ai oublié le nom) a la spécialité en Chine de produire des millionnaires...

                              Est-ce une légende ? il faudrait lui poser la question..

                              gAZi bORAt


                            • Marsupilami Marsupilami 26 juillet 2007 11:55

                              @ Gazi Borat

                              Oui, il fume toujours le cigare. Des cigares de plus en plus chers d’ailleurs, avec humidificateur de luxe et tout. Faut dire qu’il est plein aux as maintenant. Il s’est fait construire un immense atelier dans une ancienne usine. Quand je l’ai connu il était serveur dans un resto chinois, Le Dragon céleste. Il était maigre et fauché et il m’a montré ses œuvres sur lesquelles j’ai immédiatement flashé et depuis on est toujours resté amis. C’est pour moi l’un des plus grands artistes contemporains (et je ne dis pas ça parce qu’il est mon ami).

                              Il est né à Shangaï. C’est vrai qu’ils ont la bosse du commerce, là-bas. Ming aussi...


                            • Gazi BORAT 26 juillet 2007 12:03

                              @ marsupilami

                              Merci pour le lien sur Ming..Ai-je des problèmes de mémoire ? Je n’avais pas Shangaï en souvenir...

                              Quoi qu’il en soit, il fait partie, avec Orlan, des plus grandes notoriétés qui soient passées par l’Ecole des Beaux-Arts de Dijon..

                              Dijon, ville d’art..

                              Il y avait un temps une galerie, le Consortium, dans une cour où se trouvaient autrefois des bains-douches.

                              J’y ai vu là-bas une superbe installation de Boltanski et une exposition sur l’Arte Povera..

                              gAZi bORAt


                            • Marsupilami Marsupilami 26 juillet 2007 12:09

                              @ Gazi Borat

                              Ming est bien né à Shangaï en décembre 1960.

                              Le Consortium existe toujours. La plupart du temps les expo sont consacrés à ce qu’il y a de pire et de plus intello dans l’art contemporain. Si tu veux vaire ricaner Ming, cause-lui du Consortium !


                            • Gazi BORAT 27 juillet 2007 16:11

                              @ demian west

                              Ceux qui connaissent le mieux l’Art..

                              C’était autrefois le rôle que s’était attribué l’Académie.. et la contestation de son autorité vit en France la naissance des avant-garde.

                              La défunte Académie des Beaux Arts a été remplacée par tout un conglomérat de courtiers, galeristes, commissaires priseurs, critiques intéressés... le marché a remplacé l’Etat.

                              Peut-on dire que ces nouveaux acteurs régulent le marché ?

                              Je n’ai pas la réponse

                              gaZi bORAt


                            • Marsupilami Marsupilami 11 août 2007 17:26

                              Il faut être un total abruti genre D.W. pour penser une seconde que je sois celui qui ait découvert le génie artistique de Ian Pei Ming. Je me suis contenté d’être absolument admiratif devant ses œuvres qu’il me présentait dans le resto chinois où il officiait comme serveur il y a 25 ans. Depuis, Ming a taillé sa route en toute liberté, loin de moi et surtout des faux artistes du style D.W.

                              @ Gari Borat

                              Ming bé-bé-bé-gaye toujours autant. Mais il le fait avec un infini talent, contrairement à D.W., qui s’autobégaye dans un insondable et sordide soliloque très éloigné de toute forme d’art.


                            • Anka 25 juillet 2007 15:17

                              Merci pour cet article, je ne connaissais pas l’existence d’une telle « fridamania ». A quand les pansements « Frida » ???

                              Un commentaire pour vous conseiller d’écouter à l’occasion Angélique Ionatos, chanteuse envoûtante à tous points de vue, qui s’est penchée sur le journal de Frida Kahlo pour nous offrir un disque fabuleux (« alas pa’ volar »). smiley

                              On aimerait pouvoir apprécier une exposition charnue des oeuvres de Frida Kahlo. Dire qu’aucune reproduction ne saurait approcher la rencontre de visu avec une oeuvre est un cliché, mais pour ce que j’en sais, dans le cas de Frida Kahlo, c’est d’autant plus vrai que l’image qu’en a tout bon lycéen ayant étudié l’espagnol est celle d’une vague illustratrice dont les oeuvres sont au mieux symboliques au pire vraiment pratiques pour acquérir un fringant vocabulaire et quelques images d’épinal banales concernant le Mexique.

                              Et pourtant... Il faudrait pouvoir regarder ces corsets en plâtre, peints par elle, (sublimés ou tout simplement oubliés, refusés ?)qui loin de dire la douleur parlent de la façon dont l’art, pour elle, peut-être, la transcenda. Mais pas seulement. Il faudrait voir le métal martellé de certains de ses tableaux, frappé par elle pour y poser ses couleurs et sa symbolique. On a tendance à remâcher dans la biographie de l’artiste le compte de ses blessures physiques et amoureuses, comme pour mieux expliquer les oeuvres, pour leur donner un sens. Et cela me dérange un peu. Chez nombre d’artistes, on refusera souvent de lier l’oeuvre et le biographique, et sur cette femme, on ne peut s’empêcher de poser ce regard (condescendant ?). On objectera qu’elle-même en fit le sujet principal de ses oeuvres (seulement en apparence à mon humble avis), s’effaçant rarement, tant et si bien qu’elle illustre maintenant dans quelques livres scolaires le chapitre « autobiographie », une consécration (hum) en quelque sorte.

                              Personnellement, j’apprécie infiniment le film de Julie taymor qui recèle de nombreuses qualités, et qui notamment fait le lien entre les oeuvres de Kahlo et sa vie. Mais cette approche ne doit pas à mon sens être considérée comme une pâle lecture biographique des oeuvres. Elle est un parti pris : l’art s’abreuve à la vie. En tant que tel, il ne saurait se nourrir que d’elle. Dans ce film l’aspect biographique s’efface souvent devant les impressions graphiques, soulignant que l’art ne trouve pas sa solution dans le déchiffrement de la psyché de l’artiste. Ceux qui ont en mémoire ce film se souviennent certainement que la scène de l’accident de tramway est traité comme une explosion de couleurs, une épiphanie picturale en quelque sorte, avec sa part d’inexpliqué.

                              Ce film en forme de prisme renvoie très bien je trouve aux oeuvres de l’artiste, mêlant le soleil mexicain, le politique, l’intime, l’art pour l’art, avec la nécessaire ellipse qui nous rappelle qu’une lecture intimo-curieuse de ces oeuvres ne saurait suffire.


                              • Marsupilami Marsupilami 25 juillet 2007 16:20

                                @ Anka

                                Merci pour ce commentaire plein de sensibilité. Je répète que j’ai beaucoup aimé le film de Julie Taymor (c’est d’ailleurs juste après l’avoir vu que j’ai décidé d’écrire cet article alors que j’étais branché sur un tout autre sujet). Il est magnifique, mais étant donné que je connaissais déjà la vie et l’œuvre de Frida avant, j’ai trouvé qu’il était un peu trop « love story ». Je dirais même que le bref plan sur la cicatrice en esse de violon dans le bas du dos de Frida m’a paru presque obscène dans sa retenue esthétiste quand on sait à quel point cette femme était cousue de cicatrices.

                                A part ça la B.O. du film est géniale (j’adore tout particulièrement l’interprétation de la Paloma negra)... et je suis aussi un fan d’Angélique Ionatos, dont le disque à propos de Frida est effectivement splendide et n’a rien à voir avec les Hijas de Frida que s’apprête à lancer la FKC, dont je ne sais rien pour l’instant mais dont j’imagine que ça doit être une horreur légèrement pire que les Spice Girls...


                              • Anka 26 juillet 2007 12:00

                                J’avais bien noté que vous appréciiez ce film, et vais me mettre à la recherche de celui de Leduc.

                                Je souscris, tant quant au physique si merveilleusement lissé de dame Hayek (et pourtant, Frida Kahlo, photographiée par Werner Bischof notamment, semble revêtir une grâce toute féline) que quant à la qualité de la BO.

                                Je file de ce pas faire un tour sur ebay, dont les publicités au bas de cette page nous promettent « 200 modèles » à prix modique. vivement le T-Shirt ! smiley


                              • Marsupilami Marsupilami 26 juillet 2007 14:54

                                @ Anka

                                Fais gaffe, le Frida de Leduc n’existe qu’en format VHS & DVD d’Amérique du Nord, incompatible avec nos lecteurs européens. A moins de traverser l’Atlantique, le seul moyen de le voir est de demander à un cinéma d’Art & Essai de le programmer. Ce que je vais d’ailleurs faire auprès de celui de ma ville.


                              • Marsupilami Marsupilami 26 juillet 2007 15:01

                                Analyse du dispositif de D.W. :

                                En tant qu’auteur : lecture d’un catalogue d’exposition. Réécriture de celui-ci dans une prose tarabiscotée, maniériste et ampoulée qui rend le texte illisible. C’est ce que le Gland Bleu appelle le « style ». Une fois l’« article » publié, D.W. s’auto-trolle en parsemant son propre fil de discussion de commentaires pour la plupart ineptes et de digressions oiseuses qui obtiennent rapidement des notes ultra-négatives. Souvent, il se répond à lui-même tant il est désœuvré. Tout commentateur qui n’est pas d’accord à 100 % avec les vaticinations filandreuses du Gland Bleu est immédiatement pris à partie, agressé, insulté, diffamé, harcelé. Du grand art d’artisticule raté méganomaniaque et paranoïaque.

                                En tant que commentateur : D.W., englué dans la malveillance chichiteuse qui lui est consubstantielle, décide de fondre sur le fil de discussion d’un article pour le troller éhontément à coups de commentaires ineptes, agressifs, diffamatoires, méprisants qui récoltent quasi systématiquement des notes négatives tout comme la grande majorité de ses « articles ». Cela s’appelle du vandalisme, du sabotage de vulgaire voyou tagueur. Les fils de discussion de mes articles, en particulier, sont systématiquement pollués par cet être malsain et haineux qui y répand son fiel puant et ses insinuations glaireuses. L’un de ses dispositifs préférés est de commenter à côté du sujet. C’est le cas ici : alors que l’angle de mon article est la Fridamania et rien d’autre, le Gland Bleu m’attaque sur le fait que j’aurais fait un mauvais article sur l’histoire de l’art, une biographie incomplète de Frida, etc., ce qui n’a rien à voir avec l’angle de l’article.

                                En passant il est courant qu’il accuse autrui de plagiat alors qu’il a déjà été pris la main dans le sac. Il faut dire qu’il plagie habilement en convertissant des textes lisibles en de la daube illisible, le tout de son cru. Je n’aurai pas la cruauté de lui infliger le même traitement qu’il m’a fait subir à coups de citations tronquées, bien caractéristiques de sa profonde malhonnêteté intellectuelle. Le domaine de la langue, de la grammaire et de la syntaxe n’étant pas extensible à l’infini, il va de soi que dans n’importe quel texte on peut trouver des séquences langagières identiques à celles qu’on peut trouver dans d’autres textes.


                              • fouadraiden fouadraiden 26 juillet 2007 15:13

                                salut cher compatriote MARSU,

                                je pense que tu dois être aussi désoeuvré que lui alors.

                                en aurais-tu honte pour cacher ta suractivité,la seule ,webienne par l’utilisation de nombreux pseudos ?

                                il est vrai qu’un occidental marginal c’est toujours beaucoup plus pathétique(un authentique ratage) qu’un étranger minoritaire.

                                pauvre occidental que tu es devenu.chasser de l’arabe bleu .quel destin funeste.

                                qu’Allah, le miséricordieux ,nous en préserve.


                              • Marsupilami Marsupilami 26 juillet 2007 15:19

                                @ Fouad

                                Commentaire inepte sans aucun rapport avec l’article. En plus je suis pas désœuvré, je suis en train de remplir mon sac à dos pour faire de la randonnée sur le chemin des douaniers en Bretagne dès après-demain. T’as tout faux.


                              • jamesdu75 jamesdu75 26 juillet 2007 20:31

                                Frida et le pognon.

                                @ l’auteur c’est un bon article, mais il y a chose plus importante et oublié c’est que Frida avait un style de peinture et des idées venus du fin fond de ses douleurs et c’est ca qui plait contraiement a Rivera qui était plus classique.

                                Je vais vivre a Coyoacan dans moins d’un mois. Et je peut vous garantir que les musées Frida et Trostky ( kk rues plus loins) sont une enorme sources de revenus pour les commercants locaux. Et je ne parle pas que de la fausse fondation, mais des habitants des quartiers.

                                Imaginez que le Louvre n’ait plus La Joconde, je vous garantis que tous les « admirateurs » du Da vinci code viendront moins dans ce musée. Et que malgrés le nombre incommensurable de peinture, il sera moins connus par le monde qu’il l’ait déjà.

                                Donc il est utile de voir le nombre de chiens pret a attraper un nonos pour faire du fric. Mais si il n’avait pas pris Frida ils auraient pris Zapata ou autre chose.

                                PS : Comme quoi Frida et son mercantilisme peut amener quelques choses. J’ai connus Frida réellement aprés le film de Selma hayek et je suis allé 2 fois au Mexique. J’ai rencontré une fille est devenus ma femme smiley. Voila tout le monde s’en fout mais s’est pas grave.


                                • Marsupilami Marsupilami 17 août 2007 20:17

                                  Un bon papier de Carlos Monsiváis, écrivain mexicain, paru dans Courrier International que je reproduis vu que cet article n’est accessible qu’aux abonnés :

                                  FRIDA KAHLO, PEINTRE - Quand douleur est beauté

                                  Alors que le Mexique fête un peu pompeusement le centenaire d’une icône, l’écrivain Carlos Monsiváis préfère évoquer le destin d’une femme au génie protéiforme qui résiste au temps et à la mode.

                                  F COMME FÊTE

                                  C’est le 13 juin dernier qu’ont débuté les festivités célébrant le centenaire de Frida Kahlo. Au palais des Beaux-Arts de Mexico, au milieu des barrières de police et des huées, le président Felipe Calderón inaugurait la grande exposition sur Frida et prononçait ces mots sentencieux : “Frida Kahlo est un exemple dont on doit s’inspirer pour vaincre l’adversité, pour laisser de côté tout ce qui empêche le pays de se développer et d’aller de l’avant.” Curieuse réflexion à propos de Frida, sans doute la première en son genre.

                                  Inutile de s’opposer à cette canonisation laïque : au final, seule compte la manière d’approcher une œuvre, sans oublier à aucun moment l’être qui l’a produite. Dans le cas présent, “mythifier” ou “démythifier” sont des critères quelque peu étrangers à ce mélange à la fois esthétique et vital. Frida Kahlo est une icône, une légende, un mythe et une puissante réalité artistique. C’est la sainte Jeanne d’Arc d’une petite société riche en personnages limites, la patronne des avortements, l’Eve retenue au paradis infernal des tables d’opération, l’amoureuse qui se maquille ou se fait tatouer sur le front le visage de l’être aimé inaccessible. Frida marque une étape dans l’art mexicain et va même au-delà, elle est le symbole qui “agit enfin pour lui-même”, la Frida peinte par Frida que Frida crée pour peupler les alentours de nouvelles Frida. Dans son cas, vie et œuvre sont indissociables. En effet, cette dernière est un projet autobiographique détaillé où le désespoir et l’angoisse, si réels, orientent la forme imprégnée de dévotion, de témoignage, de fantaisie naturaliste, d’allégorie, de simplicité en même temps que de profusion baroque. La manifestation de l’agonie dans l’œuvre de Frida est un critère esthétique : par alchimie, la douleur devient aussi beauté.

                                  F COMME MODE INALTERABLE

                                  Devant les photos et les reproductions des tableaux de Frida Kahlo, qui aujourd’hui fleurissent, même un œil peu expert sait à quoi s’en tenir : ce sont autant d’expressions complémentaires d’une immense créatrice, surdéterminée par la douleur et l’épreuve, celle d’une grande figure de l’histoire [de son pays].

                                  Ne l’a-t-on pas vue à l’excès, cette grande artiste, emblème de dissidence morale et de radicalisme politique, peintre des fruits de la terre et du corps, elle qui, dans sa série d’autoportraits, met en peinture ses rêves et ses souffrances, les audaces d’un couple cosmique, des scènes où la mort est associée à l’insouciance solennelle de tous les jours ? Oui, évidemment. Mais visuellement non : les “résurrections” de Frida atténuent les répétitions et, quoi qu’on en pense, les effigies de Frida se perdent parmi les montagnes de biographies, les couvertures de livres et de revues, les calendriers, les poupées, les marionnettes, les pièces de théâtre, les films, les tee-shirts, les cartes postales, les tableaux qui citent ses tableaux, les analyses postmodernes, les déclarations admiratives de Madonna (“Frida est la grande inspiratrice de ma vie”), les prix pharaoniques aux enchères... Frida a été adoptée par les féministes du monde entier, par les chicanos [minorité d’origine mexicaine vivant aux Etats-Unis], par les visiteurs ou les touristes en quête de symboles. Adoptée, elle l’a aussi été par ceux qui, las des reproductions en série actuelles, recherchent l’authenticité. Frida, c’est également un rappel constant et exceptionnel de la façon dont procède la laïcisation de l’art.

                                  F COMME MALADIE

                                  “Toi, telle une fenêtre contre laquelle se déchaîne la tempête.” Ce vers de Carlos Pellicer [membre de l’Académie de la langue, au Mexique] résume admirablement bien l’expérience de Frida. D’opération en opération, de martyre en martyre, elle s’élève au-dessus de ses fragilités pour mieux y retomber, prisonnière de la maladie dont elle a fait son autre vision dramatique du monde. [A l’âge de 8 ans, elle est atteinte de poliomyélite et, à 18 ans, elle est victime d’un accident de tramway. Une barre de fer la transperce de l’abdomen au vagin, provoquant de graves séquelles.] Comment Frida interprète-t-elle, de manière rationnelle et irrationnelle, grâce à ses sens et à ses sentiments, ses séjours à l’hôpital et ses passages sur la table d’opération ? Là-bas, Frida fait de nouvelles rencontres : les médecins qui la conseillent, s’occupent d’elle et lui font passer des tests destructeurs, naviguent entre les traitements, conjecturent et proposent. Impuissante, inquiète, courageuse, Frida se peint aux côtés de son médecin ou, comme dans Sans espoir, réalisé en 1945, témoigne du sens de son ordalie.

                                  F COMME ÉCRITURE

                                  Si les textes n’étaient pas de Frida Kahlo, les lirait-on ? A partir de cette question banale, qui ne se pose même pas, on aboutit à une évidence : le génie de Frida est tellement protéiforme que tout importe en elle - l’œuvre, la vie, la reconstruction de son temps, les portraits, les amours, l’écriture. C’est un personnage unique aux multiples facettes. Lire sa correspondance, c’est plonger dans la vie de cet être puissant qui ne connaît que malheur et agitation. On voit aujourd’hui en elle une réalité qui englobe ses différentes facettes dans un faisceau d’impressions. Frida est sa propre histoire. Elle est faite des impressions que chacun dégage d’elle. Frida, c’est une célébrité sans frontières et un militantisme infatigable. Elle écrit à son médecin, le Dr Eloesser, lui demandant de retrouver “tous les amis” et de rassembler ensuite “la plus grosse somme d’argent possible pour permettre à nos frères espagnols d’obtenir, grâce à cette aide financière, ce dont ils ont le plus besoin pour aider les blessés, enfants et veuves qui souffrent aujourd’hui des horreurs de la barbarie fasciste”.

                                  F COMME MEXICANITÉ

                                  “Arbre de l’espérance, reste ferme.”

                                  Toute l’apparence de Frida est un manifeste : les jupons aux “polychromies de dauphin”, les huipils [blouses brodées très colorées] cousus de fil doré, les tresses qui rendent hommage à l’architecture fantastique, le tout agrémenté de rubans de couleur et de boucles d’oreilles. Grâce à une démarche simple - la beauté des vêtements - et très annonciatrice, Frida veut rendre visible l’identité nationale étouffée par la modernité, en redonnant sens au quotidien, à cette fidélité entre les générations que ne tolèrent plus les villes. Les traditions s’accumulent sur son corps, mais la tradition, brandie comme un défi, s’interrompt et, privée des paysages qui l’ont rendue possible et indispensable, recommence.

                                  F COMME PHOTOGRAPHIE

                                  “En regardant bien, on se rend compte que Frida Kahlo ressemblait à ses photos.” Dans les années qui suivent sa mort, la reconnaissance dont Frida fait l’objet est de celles qui annoncent souvent l’oubli. Ses tableaux ne sont pas bien cotés, on publie peu sur son œuvre et on souligne souvent sa naïveté picturale, tout en exaltant une personnalité formidable. Voilà où en est Frida quand, du jour au lendemain, dans les années 1980, arrive une avalanche d’admirations. Tout coïncide : les détails de sa vie amoureuse, les expositions (plus à l’étranger qu’au Mexique), le long-métrage de Paul Leduc [Frida Kahlo, 1984], avec Ofelia Medina, le film avec Salma Hayek [Frida, de Julie Taymor, 2002], la foule de visiteurs dans la maison Bleue de Coyoacán, les livres de Raquel Tibol, Marta Zamora, Hayden Herrera, Rauda Jamís, et le catalogue raisonné, œuvre de Helga Prignitz-Poda, Salomón Grimberg et Andrea Kettenman. Rapidement, tout le monde est unanime : Frida est plus que cette figure singulière et cette artiste inattendue qui, faute d’autre sujet, se représentait dans ses tableaux de manière obsessionnelle. Frida, c’est le portrait d’une époque, mais c’est aussi l’œuvre qui transcende les portraits d’époque. Au milieu de cette avalanche, une chose reste sûre : ce que Frida symbolise reste d’une actualité incroyable, car ses références ne sont ni la peinture (bien que les reproductions abondent), ni la foi dans le socialisme, ni la condition féminine, ni son amour pour un monstre sacré, mais tout à la fois. Au sommet de la “fridamania”, Frida est le symbole d’elle-même, le visage où l’on croit voir l’apparition qui remet en cause sa propre origine miraculeuse, la rencontre des pinceaux et de l’amour de la vie dans une salle d’opération. Frida renvoie à Frida, et ce cercle créatif la rend unique.

                                  F COMME “FRIDAMANIA”

                                  La “fridamania” est une mode, mais Frida Kahlo (l’œuvre, le concept, la vie) l’inclut et la transcende. C’est un culte et une entreprise dont les vestiges providentiels prouvent une évidence : les saints de notre époque ne proviennent plus de vierges défendues corps et âme, ni de manifestations célestes qui guérissent sans distinction malades et bien-portants. Les saints, ce seront d’abord ceux dont la vie mêle organiquement dimension artistique, résistance aux oppressions, parfois autodestruction, altruisme désintéressé, originalité et radicalité existentielle. Sainte, amante délirante et délurée, bisexuelle, Frida Kahlo fait son chemin à travers les encouragements, les succès et les modes. Elle s’en sort indemne, comme à l’origine, déchirée entre la douleur et la nécessité de transcender la douleur dans un tourbillon expiatoire d’amour et de peinture.

                                  F COMME AUTOPORTRAIT

                                  La Frida des autoportraits, c’est : l’égotisme expliqué et rendu rationnel par la mort imminente ; la souffrance qui transforme les tableaux en confessionnal laïc (“Je m’accuse devant toi, témoin de ce tableau, de faire mienne la sérénité pour éloigner les peines”) ; la Mère Nature entourée de singes, créatures d’un envol qui contredit la paralysie ; la reine qui choisit de grandes tresses en guise de couronne ; l’orgueil réjoui de la détentrice d’un unique et provocant sourcil ; la tenue traditionnelle qui devient ornement national ; l’irruption du supplice chrétien dans des paysages où la faune est solidaire ; la femme qui adore son double, celle qui est à la fois la même et l’autre, quoique les cœurs soient enlacés ; le renoncement à un trait distinctif (ses cheveux longs), en signe d’adieu à son amour-propre (“Tu vois, si je t’ai aimée, c’est pour tes cheveux,/Maintenant que tu es chauve, je ne t’aime plus”) ; la malade face à l’occupation onirique de son lit par un mannequin en carton à tête de mort, lui-même arsenal de fusées, elles-mêmes marques de confiance en la mort ; la Mexicaine qui s’étire sur la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis, soit d’un côté la limite entre le passé cosmogonique affirmé dans les racines et de l’autre la technologie et les nouveaux centres de cérémonie ; le fruit de l’arbre généalogique que nuancent les paysages et les constructions ; l’incarnation d’une culture populaire faite d’ornements, d’offrandes de fleurs, d’artisanats prospères, de chiens itzcuintlis [de l’époque précolombienne et d’origine mexicaine], de poupées ; la créature qui regarde l’eau de la baignoire se transformer en déluge généralisé et autobiographique, avec des femmes noyées, des volcans en éruption, des pieds monstrueux - et l’on comprend pourquoi -, les parents de l’artiste, le costume tehuano [de Tehuantepec, une ville du sud-est d’Oaxaca], la flore abondante, les deux Frida ; c’est le calme avant, pendant et après la tempête ; c’est Frida en cerf transpercé de flèches comme autant de traits distinctifs.

                                  F COMME FIN DE L’HISTOIRE

                                  La Frida des fresques, la Frida des tableaux, la Frida des anecdotes. C’est ici que naissent les éléments de l’explosion mythologique, qui n’a lieu qu’en se conjuguant à d’autres éléments : le statut de femme hors du commun récupéré par le féminisme ; la chute historique du stalinisme et du maoïsme (les grandes erreurs de Frida) ; le sauvetage qui capture dans des symboles et des répétitions une étape d’une extraordinaire originalité. Dans toutes ces combinaisons, Frida perdure. C’est la tragédie qui fait que, à force de se survivre à elle-même, elle obtient l’effet inverse : l’esprit de la continuité de l’art et de la vie, le personnage unique et multiple.

                                  Carlos Monsiváis

                                  COMMENTAIRE :

                                  Toute ressemblance avec l’œuvre picturale et littéraire de Demian West serait évidemment fortuite vu que Frida était une authentique artiste qui méprisait les glandouilleurs pseudo-artistes germanopratins : « J’aimerais mieux m’accroupir dans le marché de Toluca à vendre des tortillas que de m’associer à cette »merde« d’artistes parisiens, qui passent des heures à chauffer leurs précieux culs dans des cafés », écrivait-elle, lors d’un de ses séjours à Paris.


                                  • ka 19 août 2007 00:13

                                    Moi je ne m’en fiche pas, je trouve l’article de Marsu et celui de Monsiváis très intéressants même si je ne suis pas une fan de Frida Kahlo et si je ne connais rien à sa peinture ou à la peinture en général. Mais l’aspect humain est intéressant et cette histoire de fric qui pue également même si ce n’est pas la première ni la dernière. Frida Kahlo devait sûrement être une personne fascinante vu son parcours.


                                    • lilouunette 28 février 2008 14:04

                                      Bonjour, je pars pour le Mexique en aout et j’envisage de faire mon Master LLCE sur l’évolution du "mythe" Frida Khalo ou encore sa "sanctification" , en comparant l’image qu’elle a pu donner dans le passé, l’image qu’on a amplifié/créé d’elle ensuite et l’image que les mexicains et l’international peuvent avoir d’elles enfin...ceci en étudiant le contenu et les tendances de ses biographies, films, expositions, et articles de presses...

                                      Sauriez-vous si des travaux de ce type ont déja été publiés ? La fridamania "économique" ne m’intéresse pas particulièrement, il s’agit plutôt d’étudier la postérité d’une artiste, sa mythification et le caractère plus ou moins légitime de celle-ci

                                      Merci beaucoup d’avance !

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