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La langue n’est pas sexiste

La langue n’est pas sexiste, d’une intelligence du discours de féminisation de Patrick Charaudeau Éditions le bord de l’eau ; collection Clair & Net 16€ 165p

La thèse de ce livre est claire : la langue est un outil à la disposition de tous et s’il y a sexisme, ce ne peut être que chez le locuteur qui l’emploie. Une langue ne saurait être sexiste par elle-même, dans son essence.

Une langue comporte trois dimensions : elle est un système, elle est une norme, elle est le lieu du discours (p18).

La langue-système relève de l’usage permanent et des récurrences que l’on y rencontre, elle porte sur la nomenclature et l’organisation des mots. La langue-système propose des moyens pour décrire les êtres et leurs actions, les idées abstraites… dans un réseau lexical et un réseau sémantique… On peut en faire une description ou (inclusif), en établir des normes, fixer un peu les usages. La langue-norme se pratique de toute façon : « ce qu’il faut dire » fait l’objet d’un contrôle spontanée de l’entourage ; il y a des usages reconnus, il existe aussi des accents, des mots locaux, des mots ou des tournures à la mode, des jargons professionnels… Enfin, le discours est le lieu de la réalisation des actes de langage : parler à, parler de et parler pour… la langue comme discours est dans la personne qui parle.

Dans cette conception « tripartite », une langue ne saurait être sexiste, ou non, que dans son usage singulier, la parole. La féminisation de certains noms de métiers et de fonctions, devenue nécessaire par l’heureuse progression de la place des femmes dans la société peut prendre plusieurs modes, dont l’écriture inclusive en certains cas (p160), cela ne fait pas problème. Fait problème l’extension de cette évolution, et de quelques autres, à l’ensemble de la langue française, sur la base de déterminations volontaires, défavorisant les femmes.

La grammaire, descriptive et prescriptive, édicte les règles d’une langue, nécessaires à l’enseignement notamment. Patrick Charaudeau fait une histoire de l’apparition du français, par dérivation du latin, et de la construction d’une grammaire à la charnière du XVIIIème et XIXème siècle ; il y mêle des comparaisons avec les autres langues latines qui ont la même origine latine, l’italien, l’espagnol et même le portugais.

Le genre des mots est l’objet d’un litige politique intense. On ne sait pas le sexe d’une personne, ni d’une girafe… (féminins grammaticaux). Une table est un meuble… etc. Les relations entre les genres grammaticaux sont complexes et ne peuvent être réduits à cette formulation ancienne, et plutôt délaissée dans les classes selon laquelle le masculin l’emporte sur le féminin.

La raison historique est parfois invoquée, par les féministes, dans deux sens contraires : la prédominance du masculin vient de loin et l’accord de l’adjectif avec le mot le plus proche prend de la valeur également parce qu’il a été pratiqué il y a longtemps. Le sexe et le genre désignent deux choses distinctes et liées : le réel sexuel et le traitement sociétal de l’existence de deux sexes par le symbolique ; ce que ne fait pas le mot anglais « gender ». Le français n’a pas de forme portant le neutre (étymologiquement ni l’un ni l’autre). Il en résulte que le féminin grammatical, appliqué à un groupe ne parle que du féminin réel, le masculin ne spécifiant pas le sexe. Dans un groupe de randonneuses, il n’y a que des femmes, on ne sait pas les sexes d’un groupe de randonneurs. D’une certaine façon, le masculin est un genre non marqué (p69, l’auteur citant Daniel Elmiger). Une idée importante de Patrick Charaudeau est que « le genre peut être neutralisé  » par la parole du locuteur (p69). L’auteur insiste sur ces procédures de neutralisation discursives (chapitre 4) ; le contraire, laisser jouer la distinction sexuée étant possible : C’est donc bien au niveau du discours que se situe le processus de neutralisation, c’est-à-dire au moment de l’acte de langage, moment où le sujet parlant fait ses choix pour exprimer ses intentions. (p70). Charaudeau abonde en exemples ayant été dit ou écrit, du type : « je suis députée, les députés ont délibéré de… ». Le premier « députée » nécessite de signifier qu’une femme parle, le deuxième est un masculin neutralisé englobant députées et députés.

Patrick Charaudeau apporte un éclairage linguistique sur un objet sociétal clivant, c’est-à-dire sans terrain de débat, donc sans terrain d’aménagement, de compromis, d’évolution concertée et réfléchie, d’entente. Son opposition à des formes nouvelles par trop imposées et pas forcément justes tend à créer ce terrain de réflexions communes et à ce titre, il est d’une grande utilité.


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12 réactions à cet article    


  • xana 12 mars 13:15

    C’est une évidence ; mais le fait de n’être pas sexiste est déjà une culpabilité pour ceux qui sont eux-mêmes sexistes.

    Mais ceci est vrai pour tout ce à quoi s’oppose l’anti-culture woke.

    Il est souvent difficile de faire la part de la propagande et de l’imbécillité dans tout cela.

    Il est vrai que la part d’imbécillité chez les propagandistes woke est hallucinante...


    • sylvain sylvain 12 mars 13:15

      quand on nous apprend a l’école que la règle c’est « le masculin l’emporte », ça reste un peu sexiste quand même non ??


      • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 12 mars 13:23

        @sylvain
        Fallait choisir un neutre.


      • Orélien Péréol Orélien Péréol 16 mars 18:24

        @sylvain Pas du tout.
        Cette formulation n’est plus guère employée, sauf par celles qui veulent se victimiser et ceux qui les accompagne, je ne sais pas par quel calcul, pour quel intérêt. Elle est plus employée par les idéologues que par les pédagogues.
        Dans les classes, on dit qu’on accorde avec le masculin.
        Ensuite, c’est un cas très rare dans la langue, devoir accorder un adjectif avec un nom masculin et un nom féminin, cela n’arrive pas souvent, et on en fait une montagne (tiens, l’imposante montagne a un nom féminin)
        Enfin, il ne s’agit que de grammaire, seulement de grammaire.
        Dans une assemblée, il y a des femmes et des hommes, dans une foule de même, dans un public de même... etc. Patrick Charandeau parle très bien de la neutralisation du masculin.
        Je pense que vous n’avez pas lu mon article, vous avez répété ce que l’on entend et lit partout...


      • Esprit Critique 12 mars 14:38
        La langue n’est pas sexiste

        C’est une évidence

        Mais le sexisme qui est une maladie mentale comme bien d’autres, a besoin de se racccrocher a des details de la vie rélle pour croire a la réalité de son existance.


        • Séraphin Lampion Kaa 12 mars 14:59

          La langue reflète la structure d’une société et, entre autres, le « rang » des uns et des autres, et dans les les uns il y les unes.

          Ce n’est pas par hasard si on appelle une femme préfet Madame le Préfet, la préfète étant la femme du préfet mâle (on ne sait pas comment appeler le mari d’un préfet femelle. Il en va de même pour Madame le Maire, la mairesse étant l’époux du maire (même question pour le mari d’une femme maire qu pour celui d’une femme préfet).

          En regardant « Meurtre dans l’Hérault », hier, sur la 3, je me disais que ça serait sympa si on avait des procureuses plutôt que des procureurs en jupons.

          La langue contient tout le matériau nécessaire (mais pas suffisant) pour savoir ce qu’il y a dans la tête de ses locuteurs.


          • wagos wagos 13 mars 18:25

            Ensuite féminiser des mots au nom de la féminisation,

            Masc....Vidangeur ..

            Fem...Vidangeuse ?

            Masc ....Pompier .

            Fem...Pompière ou pompeuse ?

            Masc..Bourreau 

            Fem..Bourotte ? 

            Etc


            • Jason Jason 14 mars 11:48

              @wagos

              Ajouter filou, marlou, escroc, sauteur, vitrier, croque-mort, menuisier,et bien d’autres.


            • Jason Jason 14 mars 11:45
              Non, la langue est sexiste de même que le bien dire reste un signe de classe. Le fait que pour les substantifs en Français, il y ait un masculin et un féminin atteste de cela. Prenez l’Anglais par exemple, où tous les substantifs (à quelques exceptions près) sont neutres, et donc l’accord de l’adjectif n’a pas lieu d’être. Ce qui n’empêche pas les anglophones d’être aussi sexistes que les autres.

              La langue reste le champ privilégié de ceux qui s’en emparent. Les usagers sont-ils sexistes ? eh bien la langue l’est.

              • Decouz 15 mars 09:06

                Video faite par une québéqoise qui a fait une étude sur la question, concernant principalement les représentations mentales dans les aires cérébrales, selon les cas l’utilisation du masculin pour un pluriel sera être associé à une image de groupe masculin plutôt que féminin ou mixte, cependant elle n’est pas rigide sur le sujet, elle a changé de position au cours du temps, elle ne se prononce pas sur certains sujets, qui de toute façon n’ont pas été suffisamment étudiés par l’imagerie cérébrale c’est simplement une analyse de ce qui se passe au niveau des représentations mentales dans certains formulations  :

                https://www.youtube.com/watch?v=url1TFdHlSI


                • Decouz 15 mars 09:10

                  « sera associée » ! accord sur image.

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