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« La Locandiera » Alain Françon ouvre la fenêtre émancipatrice à La Comédie-Française

Impensable d’aborder une nouvelle version de « La Locandiera » sans que soit évoqué le souvenir d’une précédente dont se dégagerait forcément la nostalgie d’une interprétation à nulle autre pareille.

En effet, la Mirandolina de Goldoni suscite partout, toujours et encore les fantasmes, d’abord ceux de ses partenaires, puis des critiques et enfin des spectateurs qui finissent toujours par la porter en triomphe tant sa véritable conquête est avant tout sur elle-même.

 

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LA LOCANDIERA
© Theothea.com

  

La présente création d’Alain Françon aurait dû voir le jour fin mai 2018 mais, en raison d’une grève des techniciens de la Comédie-Française, celle-ci a été reportée cinq mois plus tard.

La voici donc aujourd’hui cette fameuse « Locandiera » qui se sera faite attendre, désirée et fantasmée à la manière de toutes les « Mirandolina » de la terre, exceptée paradoxalement celle d’Alain Françon.    

En effet, si cette ravissante aubergiste a généralement tant de succès, c’est que, victimes de son attitude fascinante, les hommes qui la côtoient finissent inexorablement par tomber à ses pieds, d’une manière ou d’une autre.

 

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LA LOCANDIERA
© Christophe Raynaud de Lage

  

Et cependant en salle Richelieu, tout se passe comme si Florence Viala, superbe comédienne dont le charme naturel a été maintes fois exploité sur scène par le passé, avait ici reçu la consigne de ne pas utiliser les armes de la séduction.  

Belle, elle l’est, c’est certain ! Mais son véritable atout sera la parole juste, pertinente et fédératrice.  

Le marquis, le comte, le chevalier & le valet capituleront d’autant plus sous son charisme dévastateur que celle-ci ne sera en rien l’instigatrice d’une ambition amoureuse plus ou moins sous-jacente.

En effet, ceux-là tomberont tout seuls dans le piège qu’ils se sont concocté par lâcheté ou simple illusion sur eux-mêmes.

 

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LA LOCANDIERA
© Christophe Raynaud de Lage

  

Lorsque, néanmoins, la Mirandolina sera déstabilisée par le Chevalier et que, par affinités ou inclination, celle-ci sera peut-être sur le point de lui céder, elle aura la présence d’esprit de se rendre compte qu’à la suite de son évanouissement simulé son séducteur n’est resté, de toute évidence, qu’un homme en mal de complaisance envers son propre ego.  

Ainsi va donc le monde autour de la Mirandolina qui doit gérer l’excès de désir à son encontre, tout en ayant conscience que les classes sociales ne se transgressent point par la magie de la beauté ou de la sensualité alors même que de surcroît son métier d’aubergiste l’oblige à anticiper et à répondre au plus près des desiderata de ses clients.

Michel Vuillermoz, Hervé Pierre et Stéphane Varupenne s’en donnent à cœur joie de pratiquer ensemble cette corrida pour laquelle chacun d’entre eux possède une arme spécifique mais sans jamais pour autant se ressentir solidaires car ils pensent chacun être le formidable Don Juan dont la belle a besoin.

 

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LA LOCANDIERA
© Christophe Raynaud de Lage

  

C’est un régal que de les voir se disputer, se contredire et, pour tout dire, se pavaner dans leurs certitudes étayant un pouvoir de domination idéologique d’une puissance sans limite.

Ainsi, les pseudos-maîtres de l’Amour et même de son contraire « l’indifférence distanciée » savent se payer de mots mais, au bout du compte, ne sont pas en mesure d’être à la hauteur de l’enjeu, celui de la destinée de Mirandolina dont elle reste la dépositaire exclusive.  

A l’inverse des deux comédiennes (Coraly Zahonero & Françoise Gillard ou Clotilde de Bayser) de passage touristique dans son hôtellerie, la jeune patronne tant courtisée se doit effectivement d’« être » et non point de « paraître ». 

  

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LA LOCANDIERA
© Christophe Raynaud de Lage

  

Aussi aucun compromis avec les faux-semblants ne devra subsister dans le choix de vie à venir pour assumer son entière cohérence existentielle.

Dans les cartes du jeu de société qu’elle détient entre les mains, il ne restera en définitive qu’une seule option viable :

C’est Laurent Stocker qui en sera l’interprète ; lui qui aura joué Fabrizio, deux heures durant, se devra de refouler toutes les appréhensions de sa servitude et accepter comme un cadeau du ciel l’hyménée proposé en perspective.

Alors, ouvrons les stores et les fenêtres vers l’extérieur ! Alain Françon en perçoit l’esquisse d’un aboutissement grâce à la parole émancipatrice…

 
photos 2 à 5 © Christophe Raynaud de Lage, coll. Comédie-Française
photos 1 & 6 © Theothea.com
   
LA LOCANDIERA - ***. Theothea.com - de Carlo Goldoni - mise en scène Alain Françon - avec Florence Viala, Coraly Zahonero, Françoise Gillard, Clotilde de Bayser, Laurent Stocker, Michel Vuillermoz, Hervé Pierre, Stéphane Varupenne, Noam Morgensztern & Thomas Keller - Salle Richelieu / Comédie-Française 

  
  

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LA LOCANDIERA
© Theothea.com

   


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1 réactions à cet article    


  • baldis30 6 novembre 11:02

    ouf.... un vent d’air pur ! bel article .... A quand au familistère... ? n’en déplaise aux jocrisses rose, brun, rouges, verts.... car nous sommes tous .... marron ... 

    Comment vous ne savez-pas ? un théâtre mooooossieu... c’est la perte de la moralité de nos enfants ... ? Vous serez coupable et responsable ! Et pas seul !

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