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La Maison des Paroles (Casa delle Parole) à Venise

L’autre jour, une amie vénitienne m’a porté à la Maison des Paroles « Casa delle Parole », cercle littéraire vénitien qui se réunit une fois par mois dans le Musée Goldoni, ancienne demeure de Goldoni.

Casa delle Parole
 
Depuis quatre ans déjà, des auteurs et des artistes de toutes nationalités confondues, ayant pour dénominateur commun d’être résident ou de passage à Venise, se réunissent autour d’un thème central qu’ils développent pendant la rencontre. Chaque intervenant lit un texte choisi dans la langue de son choix pendant que les autres en lisent la traduction - apportée par l’orateur - et s’abandonnent à la poésie des sons.
 
Une fois sur deux, on ne comprend rien de la langue originale lue (le Polonais, le Russe, le Grec, l’Ebraique ou l’Arabe ne sont pas à la portée de compréhension de tous) mais il nous reste la beauté d’écouter des sons autres que ceux auxquels nous sommes habitués, on se laisse porter par leur rythme et leurs différences nous ouvrent des portes sur des horizons lointains et inconnus.
Lors de cette rencontre du mois d’Avril, le thème choisi était celui du Voyage et des voyageurs, thème ô combien fécond pour l’imagination.
On eu droit pour commencer au prologue du nouveau roman de l’écrivain et journaliste italo-américain Andrea di Robilan « Irresistible North : from Venice to Greenland on the trail of the Zen brothers », racontant l’incroyable histoire de deux frères vénitiens du XIV ème siècle qui traversèrent l’Atlantique et rejoignirent l’Amérique du Nord ainsi qu’ils explorèrent les mers arctiques
(Nicolò Zen (Venise, ? – 1395) et Antonio Zen (Venise, ? – 1405).
Ce prologue nous mit l’eau à la bouche. Quant à savoir la suite il faudra attendre sa traduction en Français….
 
Yasher Odeh a poursuivi avec un texte en Arabe extrait des « Milles & une nuits : le voyage de Sindbad ». Il lisait tellement bien, avec force gestes expressifs, qu’il m’a semblé être capable de suivre le texte de l’Arabe à l’Italien, sans me perdre au détour d’une langue totalement inconnue.
Stefano Vitale pour sa part a sélectionné un texte portant sur Saint- Brendan de Clonfert (485-577) qui navigua pendant sept ans avec quatorze moines jusqu’en Islande et au Groënland et découvrit probablement l’Amérique le premier, dans sa recherche de la Terre Promise, tiré du texte latin original « Navigatio sancti Brendani » et lu en Anglais à cette occasion. Saint-Brendan réussit à revenir dans son Irlande natale avec ses fidèles compagnons de voyage, aussi devint-il le saint patron et protecteur des marins.
Riccardo Held (traducteur et poète) a poursuivi avec une lecture en Allemand d’un Lieder de Goethe « Mignon »,  suivi d’un texte en Espagnol « Manoa » d’ Eugenio Montejo sur l’Eldorado mythique du Venezuela, lu par Marina Gasparini.
Amos Luzzatto (écrivain et médecin Italien, président de l’Union des Communautés Ebraiques italiennes) a alors lu un texte ébraique de Nathan Zach extrait du « Manuel du nomade », suivi d’un texte de Yehuda ha Levi, considéré le plus grand poète médiéval de son temps. Né à Tolède (1080-1140) il partit en 1099 en voyage vers la ville sainte, affrontant un voyage très aventureux par voie de mer qui le porta en Egypte, où il mourut sans avoir réalisé son rêve. Suivi d’un texte en allemand extrait du « Voyage du Besht » (1700-1760), fondateur du mouvement « Israel Baal Shem Tov », dit le « Besht », qui espérait accélérer la rédemption à travers une fusion spirituelle avec le mystique Chaim ben Atar, habitant en Terre-Sainte. Mais le Besht n’alla pas plus loin qu’Istanbul. Le voyage finit dans les mains des pirates avec la perte de leur navire, retrouvé miraculeusement avec l’aide d’un mystérieux vieux capitaine, qui se révéla être par la suite le prophète Elia….
 
L’artiste Russe Katia Margolin a lu une poésie d’Alexandre Puskin « Rue en hiver », suivie par Giorgia Fiorio qui a lu « Toujours » de Guillaume Apollinaire et « Le Voyage » de Charles Baudelaire.
Mohammed Salhi a sélectionné un texte de Shafique Giabri de son « Voyage en Europe » datant 1934 : « Images de l ‘Italie » souvenirs de sa découverte de l’Italie, alors mussolinienne, suivi d’un texte en Grec de Konstantinos Kavafis (1863-1933) « Quand tu partiras pour Itaque » et « Dans un port » lus par Caterina Cartinato.
L’artiste Polonaise Uzia Ograbek a choisi un texte émouvant et humouristique du Polonais Ryszard Kapuscinski, « en Voyage avec Hérodote », où le voyageur de l’Est (1956) s’étonne des différences entre Est et Ouest et s’en émerveille mais est blessé de ne pas réussir à passer pour un vrai occidental malgré tous ses efforts…
 
Pour finir un texte délicieux d’humour anglais comme on les aime de Charles Kinglake, extrait d’ « Eothen » de 1844, où il raconte son long voyage duré dix ans en Syrie, Palestine et Egypte, lu par John Francis Phillimore, poète anglais et libraire dans le vieux ghetto de Venise.
Deux heures de lecture passionnante de textes cosmopolites souvent amusants, toujours poétiques et généralement inconnus du grand public. Une belle expérience à refaire. J’attends avec impatience la prochaine réunion du cercle le mois prochain...
 
J’ai deux questions à poser aux agoravistes :
Y a-t-il un cercle littéraire dans votre ville ?
Comment fonctionne-t-il ?
 

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