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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > La muse de l’impressionnisme en téléfilm ce soir sur France (...)

La muse de l’impressionnisme en téléfilm ce soir sur France 3

France 3 diffuse ce samedi soir, 16 février, un téléfilm retraçant la vie de Berthe Morisot. Cette artiste fut un des modèles fétiches d'Edouard Manet mais aussi et surtout une peintre impressionniste de premier plan. Et, il faut le rappeler, une pionnière de ce mouvement de peintres indépendants. Belle et rebelle, elle sera l'amie de tous les impressionnistes. Elle sera de presque toutes leurs expositions et incarnera finalement l'avant-gardisme de leur mouvement.

Berthe Morisot n'était pas que la jeune femme posant avec un bouquet de violettes pour Edouard Manet. Ce fut une femme exceptionnelle, une femme de talent et de défi. Un hommage enfin lui est rendu, plus d'un siècle après sa mort.

Il était temps ! Berthe Morisot, estimée de ses pairs, et rare impressionniste bien considérée par la critique de son époque, n'a toujours pas trouvé la place qu'elle mérite au panthéon des grands peintres. Son nom est souvent trop absent dans les ouvrages d'art trop accolé à celui de Manet, dont elle fut la belle-sœur et le modèle.

"L'indomptable Berthe"

C'était le titre provisoire donné au téléfilm pendant le tournage. Ce sera finalement tout bonnement "Berthe Morisot".Le film a été tourné en Limousin au mois d’avril 2012. Il est réalisé par Caroline Champetier qui n'est pas une inconnue (chef opératrice notamment pour "Des hommes et des dieux"). L'actrice Marine Delterme, qui incarne le rôle, portait le projet en elle depuis des années.

L'histoire débute en 1865. Berthe Morisot a 25 ans et déjà des idées bien arrêtées sur son avenir. Elle va lutter contre la volonté de sa famille qui lui dessine un dessin tout tracé. Au diable les convenances, elle veut être peintre. Ce qui est une gageure à une époque d'hommes. Rappelons que l'Ecole des Beaux-Arts était interdite aux femmes.

Trois femmes soudées

(sa soeur et sa mère)

Heureusement, sa soeur Edma veut aussi devenir peintre, cette complicité aidera Berthe à persévérer dans son choix. De plus, la mère des deux jeunes filles, qui a vu sa vocation de pianiste contrariée, permettra à Berthe et à Edma de prendre des leçons de dessin (chez Chocarne). Elles recevront ensuite l’enseignement de Corot avec lequel elles pratiqueront la peinture en plein air à Ville d’Avray. Puis, chez Oudinot dont elles sont les élèves, les jeunes femmes feront la connaissance de Daumier, de Daubigny, et de Monet.

Berthe poursuit sans sa soeur

(Edma, veillant sur le sommeil de sa fille, Blanche)

Quand Edma se marie et renonce à la peinture, Berthe est très déçue mais elle continue son chemin de peintre. Manquant de confiance en elle, perfectionniste, elle détruit des œuvres d’avant 1869.

En 1874, elle épouse Eugène Manet - frère du peintre Edouard Manet - un riche oisif qui l'installera dans une vaste demeure en plein Paris. Elle ne retrouvera pourtant pas dans ce vaste espace de quoi établir un vrai atelier. C'est donc dans le grand salon qu'elle s'adonnera à son art. Dans ce même salon, elle recevra ses amis artistes et écrivains : Degas, Monet, Redon, Rodin, Fantin-Latour, Puvis de Chavannes, Jules Ferry, Mallarmé....

Son mari la soutiendra dans sa carrière de peintre. 

Berthe et les Impressionnistes

(sa fille Julie peinte par Renoir)

En 1878 naît sa fille Julie. Et pour une fois, elle n'expose pas avec les impressionnistes. Elle fait de sa fille son modèle favori. Douée pour le dessin, Berthe est encouragée par Renoir dans cette voie. Renoir, en ami de la famille, fait le portrait de la petite Julie (ci-dessus).

Berthe Morisot devient la muse des impressionnistes qui reconnaissent son talent. La critique lui est aussi favorable. Elle participe à toutes leurs expositions sauf à celle qui s'est tenue l'année de la naissance de sa fille. Mallarmé la présente à Claude Monet avec lequel elle se liera d'une profonde et durable amitié.

Elle étudie les effets de la lumière sur l’eau. Son talent se retrouve dans ses paysages, très subtils, et le nu, qu’elle a appris en copiant les oeuvres au Louvre.

La relation Manet-Morisot

(Berthe Morisot peinte par Manet)

Dans le téléfilm, le projecteur est tourné vers cette relation et installe un certain mystère laissant imaginer une relation plus poussée que celle qu'on lui connaît, voire quelque chose de plus sulfureux : "On ne sait pas exactement ce qui s’est passé entre eux, Manet a tellement peint Morisot, et toujours avec des fleurs violettes dans le tableau, qui à l’époque représentaient les femmes qui aimaient les femmes…".

La rencontre se fait un jour au Louvre. Manet s'y promène et fait sa connaissance par l’intermédiaire de Fantin-Latour. Il est aussitôt séduit par sa beauté mélancolique. Il la convainc de poser pour lui dans différents tableaux. Parmi les portraits qu'il fera d'elle, sera remarqué le célèbre portrait "Berthe Morisot au bouquet de violettes" (1872). C’est surtout "Le Balcon" qui va frapper les esprits. De son côté, Berthe sera inluencée par son beau-frère. Mais il ne s'agit pas d'une relation maître - élève. Plutôt d'une estime réciproque. Elle forge sa propre technique impressionniste.

Manet tient en grande estime le travail de Berthe Morisot qui ose s'affranchir des convenances. Elle ne peint pas pour plaire ; elle ne représente pas forcément ce qui est joli. Le sujet peint n'est plus que prétexte à des variations lumineuses. Les critiques ne voient pas qu'elle opère une évolution dans l'art. Elle évoque à propos de son oeuvre de "ravissantes marines", de "délicatesse exquise". Bref, c'est une femme et l'on juge donc "charmant" et sans conséquence son travail de peintre. Des regards plus compréhensifs et avisés comprennent néanmoins qu'elle est en réalité à l'avant-garde des expériences impressionnistes. Elle va s'imposer comme la première femme peintre professionnelle.

Adieu Berthe  !

Au total, Berthe Morisot aura conservé 423 de ses peintures. Elle a réalisé aussi une centaine de dessins, d'aquarelles et de pastels. Enfin, elle s'était initiée à la sculpture auprès de Rodin.

Berthe Morisot n'a réalisé sa première exposition personnelle qu'en 1892. Cette année-là, elle perd son mari, Eugène. Elle ne se remettra pas de cette perte immense, de ce soutien de la première heure. Pendant les trois années qui vont suivre, jusqu'à sa mort, elle se jettera à corps perdu dans le travail, peignant sans relâche. Elle meurt prématurément d’une pneumonie à 54 ans.

Ses amis Degas, Renoir, Monet et Mallarmé lui rendent hommage en organisant l’année suivante la première et sans doute la plus importante rétrospective qui lui ait jamais été consacrée, avec trois cent quatre-vingt œuvres de l’artiste.

Illustration de l'article : Berthe Morisot, autoportrait

Présentation des oeuvres de Berthe Morisot (la Tribune des arts)


 

 


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5 réactions à cet article    


  • Fergus Fergus 16 février 2013 11:33

    Bonjour, Paul.

    On oublie trop souvent de citer Berthe Morisot dans les grands nomds de l’impressionnisme, et c’est non seulement une faute par omission, mais également une grande injustice tant cette femme a joué un rôle éminent dans le développement de ce courant pictural fondamental. Belle idée d’attirer l’attention sur le téléfilm de ce soir.


    • Taverne Taverne 16 février 2013 12:35

      Bonjour Fergus,

      J’ai en effet voulu parler de Berthe Morisot avant la diffusion du téléfilm, sans préjuger de la qualité de ce dernier. On verra bien ce soir...


    • colza 16 février 2013 13:02

      Merci, Taverne, pour ce portrait...
      Je connais bien et j’admire de même depuis longtemps l’oeuvre de Berthe Morisot.
      J’attends également le téléfilm de ce soir, j’espère ne pas être déçu, j’ai lu tant de choses sur elle que je crains que ça ne corresponde pas à l’idée que j’ai de cette femme.
      Comme vous dites, on verra bien.


      • Taverne Taverne 16 février 2013 22:31

        Bonsoir Colza,

        J’ai apprécié le téléfilm mais j’ai été frustré par le choix du scénariste de mettre fin à l’histoire quand Berthe se marie. On comprend ce choix : tout miser sur la relation d’amants possibles entre Manet et Morisot. Et donc, ne pas traiter la suite où Edouard est relégué au statut de beau-frère. L’ennui, c’est que c’est faire l’impasse sur la partie la plus importante de la carrière de Berthe Morisot. Quelque part, c’est encore l’homme qui l’emporte sur la femme.


      • Kookaburra Kookaburra 17 février 2013 11:05

        Hélas un navet ! Romantique et stylisé, le scénario est une pure fiction, et les acteurs n’ont aucune ressemblance ni à Berte ni à Manet. Mais bon, un téléfilm n’est pas un documentaire. Pour approfondir ses connaissances il vaut mieux regarder les livres.

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