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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > La palabre hier et aujourd’hui - Prélude et découverte (...)

La palabre hier et aujourd’hui - Prélude et découverte (1)

Dans de nombreuses de sociétés africaines le lieu de la discussion n’a rien de formel, ne porte parfois même pas de nom et n’est pas toujours choisi à "l’ombre majestueux d’un baobab millénaire" comme le dirait un reportage ethnologico-bobo sur Discovery Chanel ou National Geographics.

 
Prélude :

Je me suis vu demander par L'association "Sociopâtes" des étudiants en sociologie l'Université de Rennes 2 de faire une présentation sur le thème "La palabre hier et aujourd'hui, un espace vivant pour la culture" dans le cadre des rencontres organisée pour "L'université Populaire celtique", et je me demande encore ce qui m'a pris d'accepter…

Attention, ma réticence ne vient pas d'un manque d'intérêt pour le sujet, au contraire, mais quand j'y ai commencé à y penser je me suis rendu compte de la complexité et de l'immensité de la tâche.

Complexité car le principal écueil, justement, sur ce type de thème est le risque de simplification extrême. Exemple concret, un petit tour sur Internet et sur la fiche Wikipédia consacre au terme "palabre" et vous lirez "En Afrique, l’arbre à palabres est un lieu traditionnel de rassemblement, à l'ombre duquel on s'exprime sur la vie en société, les problèmes du village, la politique1. C'est aussi un lieu où les enfants viennent écouter conter des histoires par un ancien du village."

Vous êtes d'accord avec moi que dès que l'on commence une phrase par "En Afrique", on sait que l'on est potentiellement plongé dans le stupre du cliché et dans le Styx de la caricature. Donc, il me fallait fuir la généralité – généralement caricaturale – sans avoir évidemment la somme des connaissances nécessaires pour faire du spécifique sur tous les territoires africains.

Il est évident que, pensé sérieusement, ce thème est immense comme la voie lactée et je n'oserai pas faire mon Capitaine Flam et en tenter la traversée.Je me suis juste accordé de faire ce que les anglo-saxons désignerait par "get back to the basics" et pour moi, les "basics", ce sont les livres, ce sont les romans des Afriques.

Je me suis donc tourné vers un certain nombre d'œuvres et j'ai tenté de les revoir sous l'angle de la thématique "Palabre" et je dois avouer qu'ils ont drivé ma réflexion comme jamais je ne l'aurai pensé. Je vous avoue, qu'au départ, je voulais surtout vous parler de livres que j'aime, vous faire découvrir cette littérature dont je me veux un des promoteurs acharné depuis bientôt six ans. Puis, en entrant dans les livres, en me posant la question de la place de la Palabre dans les œuvres des auteurs africains, il m'est apparu un mot "Palabre" qui, en fait, ressemble furieusement au mot "Parole".

La Palabre est Parole. Dans tous ces aspects. La Parole qui transmet, celle qui dispute, celle qui enseigne, celle qui commande, celle qui juge, celle qui rit. La Parole est Palabre.

En ayant cette vision des choses, s'est précisée le fait que disserter sur la "La palabre hier et aujourd'hui, un espace vivant pour la culture", c'était se poser la question de la place de la Parole dans les sociétés africaines à travers ce que les auteurs nous en disent. Je me suis donc atteler à aller dénicher chez des auteurs de différentes générations, écrivant sur des époques différentes à des lieux géographiques différents et plongés dans des sociétés africaines différentes, les traces de la Parole, de la Palabre donc, et de voir comment elles se meuvent avec le temps et l'espace et comment elles sont intrinsèquement liées aux soubresauts que connaissent les cultures.

Je vais commencer par confronter la place donnée par les auteurs à la Parole, au cliché, aux attendus que nous avons tous en tête quand nous entendons l'expression "Palabre africaine".

1 - Le lieu de la Palabre, de la Parole

"L'arbre à palabre" n'est que l'expression Toubabisée d'un concept qu'il a fallu marketer pour que le tourisme culturel occidental accepte dans ses rangs une réalité de certaines sociétés africaines qu'elle a du mal à comprendre.

Dans de nombreuses de sociétés africaines le lieu de la discussion n'a rien de formel, ne porte parfois même pas de nom et n'est pas toujours choisi à "l'ombre majestueux d'un baobab millénaire" comme le dirait un reportage ethnologico-bobo sur Discovery Chanel ou National Geographics.

Le lieu de la palabre peut, bien évidemment, être un lieu de pouvoir, un lieu de transmission, un lieu d'initiation mais aussi simplement un lieu de discussion et d'échange.

Quelques mots que je connais pour désigner "L'arbre à palabre"

  • Le Toguna est une construction ouverte érigée en général au centre des villages dogons (bon, là c'est Wikipédia qui le dit, et quand Wikipédia dit quelque chose…)
  • Le Mbongui, chez certains clans Kongos (les lariis), est le lieu de discussion, le tribunal, le lieu de décision
  • Le Tchimoko, (mot en Kituba) lieu de discussion, d'échanges et de rigolades chez les jeunes
  • Le manguier, dans mon quartier de Talangaï était le lieu de rencontre des "grands" qui refaisaient le monde
  • Le Bangwé au Comores, lieu où les "grands hommes" discutent des affaires du village, place publique où se déroulent certaines festivités.

(A suivre... La palabre, la parole, n’est pas – toujours – l’apanage des anciens (2) )


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3 réactions à cet article    


  • Montdragon Montdragon 3 mai 2014 13:51

    Bravo, après tout une réunion de druides sous le chêne c’est quoi ?
    Et les vieux sous le platane, c’est quoi ?
    Merci d’avoir remis dans les clous les bobos sociologues qui ne mangent que ce qu’on veux bien leur donner.


    • Prudence Gayant Prudence Gayant 3 mai 2014 18:56

      L’arbre à palabres peut être sous la paillote pour se protéger des grosses chaleurs africaines. Il peut être pour les plus fortunés, l’un des très nombreux salons installés dans la maison. On se retire au fond de la pièce pour discuter en toute tranquillité à l’abri des bavardages des enfants ou des regards et des oreilles des autres membres de la « maisonnée ». Il y a encore les bâches installées lors des funérailles au milieu de la route quitte à empêcher la circulation des riverains. 

      Pourtant j’aime beaucoup ce terme d’ « arbre à palabre ». 
      La configuration du milieu de village fait que l’on se rassemble à l’ombre de grands arbres pour échapper à la fournaise ou essayer de happer un peu de fraîcheur du soir.

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