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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > La petite robe noire de la liberté

La petite robe noire de la liberté

Comment de ne pas croiser une petite robe noire dans la rue ? Quelle star ne l’a pas portée lors d’une soirée habillée ? Plus qu’une apparence, qu’une figure physique ou un vêtement, la petite robe noire lancée par Coco Chanel en 1926 apparait comme une mode sans âge. Coup de style génial, est-elle aussi un marqueur culturel ?

Comment de ne pas croiser une petite robe noire dans la rue comme dans une soirée ? Plus qu’une apparence, qu’une figure physique ou un vêtement, la petite robe noire popularisée par Coco Chanel apparait comme une mode sans âge. Coup de style génial, est-elle aussi un marqueur culturel ? Peut- elle être considérée comme un symbole, celui d’une promesse d’humanité meilleure pour les femmes ? Il peut paraitre incongru d’attribuer ainsi tant de signification à un simple vêtement. Mais, considérant l’importance d’être vêtu, il n’est pas excessif d’affirmer que cette petite robe noire a permis aux femmes d’affirmer leur féminité tout en se revendiquant comme individu à part entière. C’est la petite robe de la liberté.

Depuis son lancement, en 1926, il y a plus de quatre vingt ans, par un article publié dans la revue Vogue, cette petite robe est toujours à la page. Adoptée par les femmes de toutes les époques, son enracinement dynamique a démultiplié son effet de mode de générations en générations. Elle fait désormais partie des classiques de l’habillement, comme le tee-shirt et le jean, version chic.

Bien née, cette robe, bien que prude à sa création, manches longue et raz-du-coup, a créé un petit scandale lors de sa présentation, par sa légèreté, et surtout pour sa couleur noire. A l’époque, détourner le noir des veuves, des bonnes sœurs et des femmes de chambres n’était pas innocent, émanciper la mode féminine non plus. Ce noir n’avait pas peur de ses connotations subversives, celles de la rébellion et de l’anarchie. Mais la sévérité du noir aurait-t-il détourné l’attention de la légèreté de sa coupe, qui, pour la première fois, mettait en valeur les formes du corps ?

« Il n’y a d’autre beauté que la liberté du corps » disait Chanel. Si cette robe revendique la féminité, c’est d’abord par le corps. Un corps qui se libère et se profile dans une robe courte, légère et confortable. La petite robe noire permet de courir et de danser. Elle épouse des tempéraments qui s’émancipent de toutes les normes. La petite robe noire peut être l’expression de deux codes opposés tout en étant complémentaire : L’affirmation de la féminité d’une part et le combat pour l’égalité hommes femmes d’autre part. Sa finesse révèle l’éternel féminin, distillant et exacerbant sa féminité, et sa sobriété plait aussi à la garçonne androgyne, cheveux courts, la cigarette à la bouche, et conduisant sa voiture. Ce vêtement permet d’exprimer les deux faces d’une même personne, un peu comme les nuances d’un jour et le cycle d’une vie. Accessible à toutes par l’échelle de ses prix, elle a accompagné la révélation du nouveau sujet social des années 30, de la femme des années folles, libérée des corsets de leurs mères. De la bourgeoise à la télégraphiste, de la princesse à l’étudiante, de la femme fatale à la jeune fille, cette robe simple se révèle universelle et s’adapte à tous les caractères

L’audace d’un classique

Sa simplicité évocatrice est pleinement féminine. Par nature, ambivalente, simple tout en étant chic, noir tout en étant joyeux, elle peut être à la fois le signe de la distinction, d’une festivité ou de la douleur, être de convenance, sensuelle ou érotique. Plus besoin de toilettes sophistiquées, chaque femme peut être instantanément à la mode, et même porter la même robe l’après-midi et le soir. Des années avant le tailleur pantalon, la petite robe noire s’affirme comme la complice de la femme active. Attachée à l’élégance et au raffinement, mais qui n’a plus le temps de consacrer ses journées aux essayages, et veut être à l’aise dans sa vie.

Elle s’impose aussi comme un « basique » comparable au jean, au sweat, à la veste d’homme ou la chemise blanche, et permet toutes les audaces et tous les caprices. En mettant naturellement en valeur les accessoires, broches, bijoux, foulards, gans et chaussures, elle met en avant tous les signes personnels, originaux ou drôles, précieux ou gadget. Ecrin de tous bijoux la petite robe noire peut ainsi révéler des concentrés de soi, en mettant en valeur des bras, des seins, un cou, un visage, un regard, une coiffure. Elle se porte sur mesure, avec ou sans manches, plus ou moins habillée, plus ou moins décolletée, plus ou moins allongée. Elle est un exercice de style personnel. Contrairement aux apparences, elle est loin d’être uniforme. Elle se décliner en soie, mousseline ou satin, et ses coupes et ses versions sont aussi variées que celles des chemises blanches, et elle sait aussi quitter le noir pour prendre toutes les couleurs de l’arc en ciel, mais, là, nous nous éloignons de notre sujet…

Il y a cinquante ans, une femme habillée d’une petite robe noire pouvait se situer d’emblée au-dessus des codes vestimentaires imposés. Elle était un outil d’évasion face aux interdits désuets qui voulaient encore l’enfermer dans une condition maternelle soumise et la maintenir dans des positions sociales désignées.

La petite robe noire fut comparée par les Américain à une « Ford » cette automobile populaire révolutionnaire. Sa force est aussi de conjuguer l’effet de masse pour chacun, qui rassure, tout en laissant à tous le chacun pour soi qui singularise.

Sûres d’elles et de leur poids dans la vie de la société, les femmes ont fait souffler un vent nouveau sur le 20ème siècle. : En réclamant l’égalité dans le couple, le travail et la société, et leur espace de liberté pour les mœurs, elles ont aussi imposé leurs signes de reconnaissance. Comme la musique, la mode a été un étendard pour les nouvelles générations. En avance sur la mini jupe, la petite robe noire a surfé sur cette vague.

Elle témoigne d’une époque ou la femme aspirait aussi à l’égalité sans en disposer. En contestant à l’homme le monopole du noir et le confort du vêtement, elle lui reprenait aussi l’exclusivité des cheveux courts et du short. Depuis 1918, la femme votait en Allemagne. Il faudra attendre 1944 pour que les françaises deviennent pleinement citoyennes. Et c’est au cours des années 50 et 60 que la petite robe noire de Chanel, adoptée par Jackie Kennedy, Audrey Hepburn ou Juliette Gréco, devait s’imposer comme le classique qu’elle est demeurée depuis. Au point de devenir aujourd’hui très sage, loin de l’esprit rebelle de sa création.

La rencontre d’une mode et d’un phénomène de société

Madeleine Vionnet, la pionnière de la libération vestimentaire des femmes, proposait déjà des robes noires dans les années 1910, tout comme Chanel portait déjà le pantalon en 1920, bien avant que Yves Saint Laurent ne le popularise pour les feMais Gabrielle Chanel a été une des premières à faire de son nom une marque. Elle portait elle-même la petite robe, popularisée notamment par Marlène Dietrich et Edith Piaf. En développant ainsi l’histoire de la marque - son niveau narratif – elle s’est rapprochée de la légende américaine de Levi’s

Avec son parfum n°5, sa petite robe noire toujours au-dessous du genou, ses tweeds, et ses cheveux courts, Coco Chanel a créé son univers. Chanel est devenu une marque-pouvoir avec des valeurs identifiables, et a passé un véritable contrat avec les femmes. Par ses créations comme par son personnage, Coco Chanel a réussi à cristalliser l’esprit d’une époque .Ses créations ont donné consistance et réalité à la femme moderne et contemporaine. Et ce sont bien ces femmes de la génération 1920, ces grandes pionnières, qui ont été les premières à voter et à travailler massivement, qui nous ont fait entrer dans le monde moderne. Cette jeunesse de 36 et du baby boom, a installé la petite robe noire dans la penderie familiale. Aujourd’hui sans cesse revisitée, portée par Inès de la Fressange ou Sophia Coppola, elle est aussi un vêtement des plus tendances pour la jeune génération, les stars et les jeunes créateurs.

Le produit d’une industrie naissante

La mode est un phénomène économique. Elle ne se limite pas à un marqueur culturel. En quelques décennies, ce secteur s’est métamorphosé. Dans la deuxième partie du 20 ème siècle, la mode plutôt considérée comme une activité relevant de l’artisanat de luxe ,est devenue une véritable industrie. La petite robe noire annonçait aussi l’arrivée du prêt à porter. Ce prêt à porter allait connaitre une expansion considérable dans les années 60 et 70, avec la conjonction de phénomènes démographiques (l’arrivée à l’adolescence de la génération du baby boom), économiques (la croissance du niveau de vie dans les « Trente Glorieuses » et politiques (l’ouverture des frontières après l’entrée de la France dans le Marché commun en 1958),

La société a changé, s’est urbanisé- en 1968, 60 % de la population vit déjà en ville – le travail des femmes s’est généralisé. Dans ces nouveaux modes de vie, le vêtement joue un rôle quotidien. L’élévation du niveau de vie, la multiplication de l’offre et la grande distribution ont développés la société de consommation mais aussi le sens critique. Sensibles aux facteurs qualitatifs, les femmes ont développé leur sensibilité aux qualités esthétiques, et au discours des marques. Chic et pas chère, reprise par Gucci Prada mais aussi Zara et tous les stylistes, la petite robe noire de Chanel fait partie intégrante de l’horizon de la mode. Après avoir contribué à l’histoire de la libération de la femme, la petite robe noire habillera toujours les histoires individuelles, avec élégance.

Eric Donfu


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9 réactions à cet article    


  • pseudo pseudo 2 août 2008 13:13

    Oups, je n’ai pas de petite robe noire
     :-[  :-[

    C’est grave ?


    • Bof 2 août 2008 18:52

      OUAaaoOUU... !!!!! que c’est long pour une robe si courte ! Il est certainement complet votre article mais...moi qui suis nul en orthographe....votre phrase : ’" cette robe, bien que prude à sa création, manches longue et raz-du-coup," ...Raz du ...C....de rein ? pas en 1926...alors, ...mes pensées sont ailleures..... !!!!!

      Je suis certain que ça s’écrit "raz du cou" , NON ? Y a -t-il un prof. de Français ?


      • Eric Donfu eric donfu 2 août 2008 19:48

        Raz ou Ras, du cou ? Dans un cas ça zigouille et dans l’autre ça serre ? non ? Cordialement, ED


        • pseudo pseudo 2 août 2008 20:20

          Voici un petit cadeau http://www.youtube.com/watch?v=ilKWl9dCjoU


          Car une petite robe, noire ou non, c’est fait pour être enlevée, non ?

           smiley smiley


          • HELIOS HELIOS 3 août 2008 00:20

            effectivement... un monde entre la burka qui libère la femme de la pression des hommes et la "petite robe noire"...


            • Michèle 3 août 2008 10:39

              Quel talent, cette saga de la petite robe noire et qui en même temps est une véritable ode qui lui est dédiée !


              • Eric Donfu eric donfu 4 août 2008 07:20

                 Merci !


              • Eric Donfu eric donfu 3 septembre 2008 08:23

                Je vous conseille l’excellent article de Sylvia Jorif dans l’hebdomadaire ELLE du 1er septembre 2008 ( N° M 01648) pages 170 à 174 sous le titre " La déferlante de la petite robe noire".
                " La petite robe noire sort du placard ! " titre l’article, avec ces mots " Tendance : C’est la valeur sûre qui assure dans toutes les situations. La petite robe noire est la plus belle des indémodables. Et 2008 la découvre pleine de surprises. Par Sylvia Jorif. " A lire avec plaisir et intérêt..

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