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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > La Possibilité d’une île, le film

La Possibilité d’une île, le film

Ou la démonstration d’une culture française réactionnaire.
Le mercredi 10 septembre 2008, jour de sortie du premier film du controversé Michel Houellebecq, une adaptation de son propre livre qu’il coproduit à hauteur de 50 % et qu’il réalise.

Les a priori sont vastes, la salle de cinéma est vide, les bandes annonces sont étranges, les critiques : un pur lynchage.

Une adaptation

On pourra dire que le film de MH n’est pas une adaptation version Seigneur des anneaux, suivant scrupuleusement le livre, de son début problématique, à sa fin (heureuse ou non). Le moindre des respects que l’on puisse porter à cet effort de création est celui, de la part de MH, d’avoir fait un choix.

Car c’est ce que MH a fait, il a fait un choix : celui de la création, de l’expression artistique et sensible, d’une tentative de transmission de l’essence de l’artiste au travers d’un ensemble de décors mitigés, sublimes et kitsch, de dialogues d’un pur style houellebecquien aux paroles parfois téléphonées, de la mise en scène de clins d’œil, subtils ou non, d’humour très houellebecquien, de poésie graphique et d’adaptation risquée. MH est un homme courageux, car ce film est une vraie prise de risque, un véritable ovni, captivant, qui fait froncer les sourcils, qui peut frustrer ceux qui aimeraient voir les passages du livres inexistants dans le film.

MH a fait un choix, celui de mettre à l’écart la critique sociale développée par l’humoriste dans le livre (d’ailleurs on ne sait même pas qu’il est humoriste), d’exprimer, au sens poétique, un court passage du livre et de le laisser croître comme les racines d’une bouture extraite du livre initial.

L’ensemble est cohérent

L’effort conséquent sur les décors, sur les paysages splendides et les huis clos au carton-pâte futuriste, laissent une impression d’étrangeté intellectuelle, d’invraisemblance et d’étonnement.

Quels sont les buts d’une œuvre cinématographique ? De passer un moment léger en suivant une histoire très schématisée à la technique irréprochable et au scénario bidonné à grand coup d’intellectualisme et de lieux communs intellectuels français (La Boîte noire, Ne le dit à personne) ? Ou bien de recevoir en plein visage, d’être submergé, un instant de folie porté à l’écran ?

Je choisis le second cas, les souvenirs sont plus marqués, soyons honnêtes.

La pure haine, claire, cristalline, sortie de la plume des critiques français, a été si puissante qu’ils en ont oublié que ce film contenait des acteurs, dont le casting, la prestation, le jeu, l’humour et la sincérité ne sont pas à remettre en cause.

Techniquement, ce film offre la possibilité de croire à de l’humour volontairement mal placé, quelquefois au peu de finesse, ou au manque de moyens, mais ne laisse jamais penser qu’il s’agit-là d’un film bas de gamme sorti du chapeau d’une production française sans saveurs.

Benoît Magimel est touchant, le Raël version cinéma houllebecquien dispense une pensée sincère, drôle et expose une relation « père-fils » émouvante et talentueuse.

Les spectateurs scientifiques (comme moi), les vrais, ceux dont la passion des sciences allie épistémologie, philosophie et imagination et culture scientifique solide, apprécieront le mélange subtil de disciplines futuristes dans un décor informatique digne d’un Kubrick des années 70, cela est drôle et ouvert. Les thèses ne sont pas farfelues, elles ont une réelle existence dans l’imagination, la "Possibilité" porte bien son nom.

La haine viscérale d’une "masse (de) critique" incompréhensible

Que ce film ne plaise pas, cela peut se comprendre car la prise de risque de MH est un pari artistique considérable qui peut repousser, jusqu’à ses propres fans.

Que l’on manque d’indulgence envers le premier film d’un romancier, producteur et réalisateur, cela se comprend déjà moins. Il n’y a pas besoin de faire preuve d’une empathie immense pour imaginer la pression à laquelle MH a dû faire face. Et pourtant l’on se retrouve face un ramassis de violence verbale, sans arguments, une suite de paroles de haine relevant de l’antipathie personnelle et dont la France devrait se méfier.

La culture du désastre est en cours, il semblerait que les journalistes ne fassent pas leur métier, mais se promènent avec un fouet et font le choix collectif (au hasard ou non, c’est le mystère pour nous, en province) d’une victime à punir. Ce film ne mérite pas cette violence, dans le pire des cas, il pourrait recevoir une critique de qualité sur les choix qui peuvent causer la déception et qui se comprendraient, mais jamais la presse ne devrait autoriser ce genre de lapidation, à l’esprit taliban confinant à la dictature, au goût amer de vengeance et d’animosité découlant vraisemblablement d’un intellectualisme sadique de pseudo-responsables culturels français au bord de la perdition.

La possibilité existe

MH livre un film étrange, déroutant, mais plaisant pour les supporters de l’artiste. L’art contemporain, les risques visuels et humoristiques peuvent intriguer ceux qui ignorent l’œuvre de l’écrivain, et laisse une envie de découverte. Il prend la liberté de créer deux œuvres sur un socle commun, il propose la sur-création, libre à vous de l’accepter.
Quant à MH lui-même, il montre ici qu’il reste un sommet de la culture française, visionnaire, sensible, attendrissant et propose un fond très positiviste d’une surface noire et crasseuse de la vie, il est fidèle à lui-même et laisse son œuvre vivre d’elle-même, comme les personnages de ses romans, et espérons que ce film saura attirer le public qu’il mérite.


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14 réactions à cet article    


  • feelgood333 12 septembre 2008 11:22

    Il y a ne erreur de copier/coller, une repetition de plusieurs paragraphes, je ne sais pas d’ou provient l’erreur d’edition, vous m’en voyez desolé.


    • JJ il muratore JJ il muratore 12 septembre 2008 15:38

      J’ai lu quelques critiques de La possibilité d’une île mais je n’ai pas vu le film. Par contre je connais son travail de photographe et dans votre article j’ai cru, un instant, entendre parler de ses photos.
      S’i est vrai que je comprend très bien qu’on ne puisse pas aimer ses romans pour le regard qu’il porte sur les femmes et les hommes d’Occident et sur nos sociétés, par contre les critiques négatives qui s’appliquent à son écriture sont le fait, soit de la mauvaise foi, soit de l’ignorance soit d’une position beaucoup plus irrationnelle : la haine. En tout cas les quelques critiques de ce film que j’ai pu lire m’ont parues bien sales.
      J’ai beaucoup apprécié ce que vous, vous en dites.


      • feelgood333 12 septembre 2008 22:25

        C’est bien ca qui me sidere ! car peu de mes amis aime houellebecq, je suis souvent seul dans les discussions...mais mes amis ne font pas preuve de haine, seulement d’ignorance, ou simplement d’ "innappreciation". Alors, lorsque j’ai constaté que je me faisais berner par la presse en allant voir le film avaec un a priori negatif, j’ai decidé de diffuser un avis honnete...je ne sais pas d’ou sortent ces delires de papiers de journaleux parisiens...mais je ne l’accepte pas. Pourtant, je trouve pas mal de defaut au film, mais il s’agit d’un premier film...et l’indulgence, le recul, est la moindre des chose que l’on puisse attendre d’un critique...Lorsque le Figaro publie une vomissure, digne d’un couple qui s’envoie des lettres de haine sans fondement, de retomber au stade animal, d’imaginer un critique qui ecrit comme un pitbull enragé aboit, j’ai reelement envie reagir, de defendre le faible de l’histoire. La lapidation n’est pas digne de notre pays, par patriotisme, par respect de la France et sa production litterai seculaire, je me me dois de reagir. Ensuite, que les gens n’aiment pas, j’accepte totalement...La visite de l’unique exposition d’art contemporain que j’ai pu faire à lyon m’a valu une trés mauvaise soirée de confrontation d’avis avec mon ex-compagne...je prefere l’art moderne...il n’empeche qu’il me serait jamais venu à l’idee de deverser autant de haine, malgré mon aversion pour les 98 % d’oeuvrs inutiles de cette exposition..j’aurais trouvé des arguments, c’est la moindre des choses, et sinon, par ingorance, j’aurais posé des questions...enfin, j’appercie votre reaction, je veux deoncer le lynchange, quant à l’oeuvre, comme je dit, libre à vous d’en penser du mal...vous savez a quoi vous attendre, je pende avaior été clair. Cool le commentaire... ps : desolé pour les faute, je relis pas, cc’est le premier et unique jet


      • La Cinéfille 13 septembre 2008 02:50

        Le travail de sape des critiques a été très efficace : 1754 entrées le premier jour : une misère. Tout de même, nos contemporains ne sont vraiment pas curieux !


      • docdory docdory 12 septembre 2008 23:40

         @ Feelgood 333
        Je n’ai pas encore eu le temps de lire " la possibilité d’une île " . J’ai u les trois autres romans de Michel Houellebecq , qui sont des chefs d’oeuvre absolus , et je pense que c’est de très loin le plus grand écrivain français actuel , les précédents grands écrivains français ayant été Céline , Malraux , Camus et Frédéric Dard !
        La très mauvaise critique de ce film dans les médias , et votre intéressante analyse ,me donne donc envie d’aller le voir !


        • feelgood333 13 septembre 2008 00:01

          C’est mon but,que vous puissiez le voir, ensuite vous pourez le descendre...pas de soucis, ou le mettre en emphase comme je le fait...

          Je fais la critique de la critique, et je vous promet que jamais j’ai mis autant d’energie pour defendre un avis. Mais là, ca va beaucoup trop loin.

          Merci de commenter. Et n’hesitez surtout pas à me transmettre vos avis du film, je serais particulirement interessé d’en discuter......SANS HAINE. (ne parlez pas d’Arielle Dosmballe, je vais etre immediatement d’accord avec quiconque sur l’inutilité de sa prestation) smiley


        • La Cinéfille 13 septembre 2008 00:05

          J’ai vu le film mercredi, le jour de sa sortie, 12:50, champs élysées. Choquée par la "chasse à l’artiste" à laquelle s’est livrée la critique, je voulais me rendre compte par moi même, et j’ai bien fait.
          10 pékins dans la salle, dont un qui ronflait et un qui est sorti en milieu de projection.
          Eh bien, pas déçue finalement.
          Houellebecq, j’ai tout lu même sa poésie, si fluide et si riche. Et j’aime. Et je ne comprend pas la haine qu’il provoque qui ne peut avoir qu’une explication : le miroir qu’il nous tend en défrise certains.
          Ceux qui lui reprochent de ne pas avoir fait un brûlot anti-secte n’ont pas perçu tout l’humour distillé dans la première partie : les prêches pouilleux, avec une technologie rudimendaire et une sonorisation grossière et loin des technologies de pointe, et Patrick Bauchau qui siffle "boire un petit coup" après son prêche !..

          Oui ce film est bien un OVNI, plein de choses disparates, c’est vrai que parfois on se demande si c’est de la maladresse ou de l’expérimentation (utilisation de la bande son notamment), et une scène avec élection de miss bikini plutôt lourde !
          Mais cette vision hilarante d’un monde pré-apocalyptique (notamment le personnage du belge qui tient bien autant l’affiche que B. Magimel), peuplée de vieux qui prennent leurs vacances hors saison et qui s’emmerdent ...
          Mais la réponse non entendue de Houellebecq à l’eugénisme qu’on lui reproche est celle d’un monde certes délivré du vieillissement mais à la solitude écrasante et au potentiel d’amour complétement éradiqué.
          Cette seconde partie , avec ses paysages irréels sublimés, et la possibilité d’une rencontre admirablement construite, avec une chute à la hauteur du challenge, m’a par moment fait penser à Tarkovski, excusez du peu.
          Bon et puis quand même, admiration pour Benoit Magimel qui s’est courageusement jeté dans cette entreprise incertaine où sa photogénie est plutôt mise à mal, mais c’est bien comme ça.
          Non, franchement pas déçue, mais comme je n’ai pas vu "bienvenu chez les ch’tis" est-ce que je sais ce qu’est un bon film ? 
           


          • feelgood333 13 septembre 2008 00:21

            Tu vois, je n’ai pas toute la culture necessaire pour pouvoir repondre positivement à ta reaction...mais, j’ai vu bienvenu chez les chti (en streaming, je veux bien rentabiliser 3M€ à MH, mais je donne pas ma thune a la ridiculisation des gens du nord, que je ne connais pas, mais dont le film m’a "à peu prés" degouté)...et la je te comprend, totalement.
            Merci d’avoir donné ton avis, c’est cool


            • La Cinéfille 13 septembre 2008 01:35

              comment çà tu n’as pas la culture ? ton post était pointu ! puisque je suis là j’en profite pour faire la pub du film de christophe honoré "la belle personne"" qui est passé ce soir sur arte et qui sort en salles mercredi, il faut aller voir les films au cinéma si on veut que les producteurs qui prennent des risques continuent de le faire et nous proposent autre chose que du prêt à consommer ! ce qui n’exclut nullement le cinéma de distraction le dernier batman (the dark knight) par exemple m’a beaucoup plu.

              finalement un des grands débats que lance "l’affaire houellebecq" est de savoir dans quelle mesure les artistes sont obligés de faire de la promo, il semble que de ne pas le faire est vu par certains critiques comme crime de lèse majesté, comme du mépris
              Je n’ai pas de réponse mais une suggestion : n’est-ce pas justement le boulot de la critique de faire la promo des films sinon à quoi serviraient les avant-première ?

              Je ne suis pas naïve au point de ne pas savoir que le cinéma est certes un art mais aussi une industrie commerciale mais il y a quand même qqchose d’impudique à vouloir à tout prix que les créateurs s’expriment sur leurs oeuvres qui est finalement un objet intime, offert au public, qui en fait bien ce qu’il veut.


            • feelgood333 13 septembre 2008 01:46

              Je suis admiratif de tes posts, oui, je n’ai pas la culture necessaire pour te repondre, mais je vais lire, ou voir les artistes que tu cites.

              J’ai fait des etudes totalement scientifiques, j’ai lu trés tard, j’ai eu du mal avec le cinema, et avec le temps, j’en ai cultivé une passion, grace à des auteurs (Nietzche, Houellebecq, Shoppenauer, Toole, Bukowsky, Onfray, et d’autes) mais le temps de filtrage, d’acceptation, de lecture, de reportages etc.....ne me permet pas de jouir d’une culture suffisante, car tu sites des auteurs que je connais pas...
              Peu importe, je suis sur de moi sur le coup, et la qualité de ton avis, me donne envie de decouvrir les Noms que tu cites, peut etre un prochain post.

              Bonne nuit, moi, je vais dormir.


            • feelgood333 13 septembre 2008 01:56

              Et je ferais le necessaire pour decouvritr Tarkovski, bon, dans l’esprit de corellation patronymique, je suis fan de Dostoievky, et je cherchrais le moyen de voir le film que tu cites, car je n’ai pas la TV depuis quelques mois....

              Bonne nuit à tous, profitez de ce samedi pour aller voir La possiblité d’une ile, moi, j’ai beaucoup de choses à decouvrir.....encore.


            • Avatar 14 septembre 2008 21:18

              Y’A QUELQU’UN A LA MODERATION ?

              > A en manger sa cravate (épisode 3)
              par tonton raoul (IP:xxx.x19.152.7) le 14 septembre 2008 à 17H57




              " (...) Sachant qu’il faut 10 m3 de gaz pour tuer 45 juifs de 70 kgs en 10 minutes, combien de temps faudra-t-il si la porte de la chambre à gaz est entrouverte, laissant fuir ainsi 0,20 m3 de gaz à la minute ? (...) "

              Réagir à l’article | Réagir au commentaire | SIGNALER UN ABUS | Lien permanent

               

              commentaire constructif ? 2


              • Christoff_M Christoff_M 17 septembre 2008 09:35

                 la possibilté d’un bide...


                • JJ il muratore JJ il muratore 24 septembre 2008 17:20

                  Ah si les critiques avaient conscience que dans ce qu’ils écrivent sur les autres c’est toujours le portrait d’eux qu’ils dressent !

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