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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > La révolution Caravage

La révolution Caravage

 

Le réalisme et l'intensité émotive de ses œuvres suscitent encore de nos jours la fascination ou le rejet. Transgresseur, réformateur, mystérieux, Caravage impose à l'art pictural de la fin du XVIème siècle en Italie une rupture radicale, voire une révolution. Michelangelo Merisi de son vrai nom, né à Caravaggio en Lombardie en 1571, meurt sur une plage près de Rome en 1610, à l'âge de 39 ans.

 

Son génie dut attendre le début du XXème pour être de nouveau reconnu.

Sa vie est un roman dont la passion dévorante et exclusive est la peinture. On retrouve dans ses œuvres injectées de passions, de tragédies et de paraboles de prodigieux fonds noirs éclairés de lumières violentes.

 

Sa courte vie

Dès l'âge de treize ans, il entre en apprentissage dans l'atelier d'un peintre renommé à Milan. A 18 ans, plein d'impatience et de désir de peindre, il prend la route de Rome. La cité des papes est alors en pleine effervescence, on vient d'y terminer la construction de la coupole de Saint-Pierre, le marché de l'art y est très actif. Avec des camarades, il alterne séances de travail, beuveries et escapades dans de mauvais lieux jusqu'à ce que la chance lui sourie. A 25 ans il s'installe au Palazzo Madame qui appartient à un Médicis, il y baigne dans une atmosphère d'érudition raffinée, sous la protection du cardinal Del Monte, grand amoureux de musique. Ce sont des années de production intense jusqu'en 1606, cependant marquées par une succession d'aventures douteuses, de délits et démêles avec la justice. Viennent alors ses années d’errance et d'exil. Devenu un des peintres les plus célèbres de Rome, sous la menace d'une condamnation à mort il doit s'enfuir à Naples, la puissante famille Colonna y facilitant son accueil et son séjour. Il doit de nouveau fuir en Sicile, revient à Naples où il est victime d'une tentative d'assassinat, il débarque enfin à bord d'une felouque sur une plage près de Rome. On le retrouve en 1610 mort sur le rivage dans des conditions mal élucidées.

 

Son œuvre, passions, solitude , sujets intemporels sacrés et profanes

 Dans l’ensemble de sa production au début de son œuvre il va opposer au bon goût et au maniérisme de la peinture italienne la trivialité de ses mauvais garçons lascifs, aux visage grimaçants, au regard vague et fatigué tels que le "Jeune Bacchus malade" et le"Garçon mordu par un lézard ". Ces toiles sont refusées par ses contemporains offusqués qui n'acceptent pas que pour créer un art qui échappe à des règles établies, il choisisse des sujets terribles et intemporels issus de son monde où le quotidien de cabarets est fait de misère et de violence. Pour lui c'est un défi vis à vis des peintres recherchés dans la Rome de la fin du XVIème siècle.

C'est alors que, sans doute fatigué de sa vie de vagabond, il accepte la protection du cardinal Del Monte et réalise deux chefs d'oeuvres, " Le Martyre et La vocation de Saint Matthieu" et "Saint-Matthieu et l'ange" dans la Chapelle Contarelli de l'église Saint-Louis des Français à Rome en 1599.

" La vocation de Saint-Matthieu " où l'on voit que le miracle divin peut s’accommoder d'une scène de la vie quotidienne. L'action se déroule dans le bureau des impôts où un agent fait ses comptes. La lumière vient d'en haut à droite, d'une fenêtre close, comme condamnée. Le Christ surgit et désigne un homme occupé à faire des calculs de la main dans un geste évoquant « La Création du monde » de la Chapelle Sixtine. Dans le tableau, le visible se coupe en deux, le bras tendu du Christ fait entrer dans les ténèbres de la pièce close une brèche lumineuse, irruption de la grâce divine dans la réalité la plus banale, instant d'une vision qui nous fait pénétrer dans le sacré. Toute l'illumination qui l'anime est une rupture d'avec la Renaissance.

La demande de sujets religieux le poussent à peindre d'autres scènes bibliques. Il réalise la toile " Judith et Holopherne, 1599 "conservée dans le palais Barberini à Rome qui décrit un épisode biblique issu de l'Ancien testament, au dramatisme puissant. Les personnages baignés de lumière se détachent sur l'arrière plan très sombre. On y observe l'intraitable Judith de Bethulie tranchant le cou du général assyrien Holopherne afin de libérer sa ville assiégée. Du beau visage de Judith, concentrée, aux sourcils froncés émerge une lumière aux éclats de la nacre de ses boucles d'oreilles qui va à l'encontre du thème abordé. Le ressenti esthétique devient ici comme dans "La vocation de Saint-Matthieu " une expérience du sacré. A ce propos Yannick Haenel nous dit précisément « Ce nid de flammes où la lumière et l'ombre, en se livrant une bataille sans merci, ne cessent de nous initier à ce qui échappe au visible » dans un très bel essai consacré au Caravage ( 1) .

Nous avons pu observer que ses peintures religieuses décrivent des moments de tension et de basculement, conformes au tragique biblique. Une caractéristique surprenante chez Caravage est sa propension à se mettre en scène dans ses tableaux. Il s'est représenté dans son "Jeune Bacchus malade", il assiste en spectateur affligé au "Martyre de Saint Matthieu", et encore dans la dernière version de "David tenant la tête de Goliath", la tête coupée du Philistin offre ses traits. A l'image de sa vie, il y est à la fois le bourreau et la victime, représentés par le jeune David et le vieux Goliath. Il choisit des sujets terribles et intemporels, des assassinats, la misère et la violence qu'il a croisées dans sa vie.

 

S'il fallait résumer cette œuvre dérangeante, sublime et révolutionnaire, il me semble que Caravage vit la peinture comme un moyen de représenter une lumière surgie d'un monde de ténèbres. Chez lui des rayons tombent dont on ne sait où sur des visages, des mains, des corps dénudés toujours violemment éclairés. Et aussi, comme peu d'autres après lui, dont Cezanne et Monet, il parvient à affecter notre esprit et tous nos sens par l'intermédiaire du regard. C'est en cela qu'il est un génie.

( 1) La solitude Caravage, 2019

 

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Caravage : Saint Matthieu et l’Ange

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Réagissez à l'article

18 réactions à cet article    


  • Clocel Clocel 29 janvier 09:38

    Sublime Caravage, un peinture viril et bohème.

    La Joconde perdrait beaucoup de son éclat à côté de Judith.

    (Vivaldi évocation par Lea Desandre.)


    • Clocel Clocel 29 janvier 09:39

      @Clocel

      un peintre... Sorry...



    • Clocel Clocel 29 janvier 10:31

      @Opposition contrôlée

      Comme Descartes, l’épée toujours prête à jaillir, prompt à la boisson et à la gaudriole, j’aime ce genre de personnage, en cette période de fiottes* assumées, ils me rendent l’humain plus sympathique, pas le genre de gars à se mettre en levrette devant un virus, si tu vois ce que je veux dire.

      PS : L’excellent George Carlin appelait ça, la « pussyfication », que tu peux traduire par « fillettisation ».


    • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 30 janvier 00:04

      @Clocel Humm

      question portrait , la jeune fille à la perle ... Vermeer.


    • @Aita Pea Pea

      bla bla bla repond plutot a la question ...

      moi je suis GRODD pour te servir 
      https://www.youtube.com/watch?v=qOmq—Hqg9I


    • @ㄈϤ尺Цら(« ochlocrate »)

      tu ârle pas un mot d’ anglais , c’ est quand même dommage pour un gars qui vi si prêt ...

      Duel batterie Shaka Ponk Live 2015

      tu sait que si t’ avais bosser un peut tu parlerais courament comme moi ?


    • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 30 janvier 00:26

      @ㄈϤ尺Цら(« ochlocrate »)

      Misère ...



    • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 30 janvier 00:57

      @ㄈϤ尺Цら(« ochlocrate »)bon chien. Couché.


    • @Aita Pea Pea

      t’ est en slip aita prend pas froid ...
      https://www.youtube.com/watch?v=65Xl_UmROo8
      un petit doc ou tu n’ appairatra pas dans les stat de ceux qui le regarde ...
      mais c’ est bien vu ca fait ilusion un moment .


    • L'apostilleur L’apostilleur 30 janvier 11:32

      @Clocel
      « ...pas le genre de gars à se mettre en levrette devant un virus, si tu vois ce que je veux dire... »
       

      Non ??


    • Opposition contrôlée Opposition contrôlée 29 janvier 09:45

      une succession d’aventures douteuses, de délits et démêles avec la justice

      Des délits, mais surtout un crime, il a tué Ranuccio Tomassoni, ce qui l’a forcé à fuir.

      réalise deux chefs d’oeuvres, « Le Martyre et La vocation de Saint Matthieu » et « Saint-Matthieu et l’ange » dans la Chapelle Contarelli

      Il réalise trois chefs d’oeuvres : la vocation, Saint-Matthieu et l’ange, et le Martyre pour la Chapelle Contarelli.


      • Eliane Jacquot Eliane Jacquot 29 janvier 10:05

        @Opposition contrôlée
        Vous avez raison, et merci de m’avoir lue .


      • Eliane Jacquot Eliane Jacquot 29 janvier 09:59

        Je remercie vivement l’équipe des rédacteurs d’Agora vox d’avoir rajouté ce tableau à mon article .

        Pour ma part, j’avais choisi un détail de la sublime toile de « la vocation de saint – Matthieu . » avec le bras tendu du Christ faisant entrer dans cette pièce close une brèche lumineuse, présence divine ...

        caravaggio .matteo particolare




        • L'apostilleur L’apostilleur 29 janvier 21:23

          L’effet Carravaggio.

          Visitant le palais Pitti (Florence ) je suis tombé sur une toile du maître des chevaliers de l’Ordre de Malte (Martelli) du Carravaggio. Pendant le reste de la visite je me suis remémoré l’extraordinaire co-cathédrale Saint-Jean à La Valette et sa Décollation de Saint Jean-Baptiste du Carravaggio, seule capable de faire lever les yeux des visiteurs rivés sur les oeuvres tombales polychromes qui pavent l’édifice. 

          C’était la révélation d’une fascination pour cet écorché vif.

          L’exposition qui lui a été consacrée au Musée Jacquemart-André en 2018 était l’occasion de rebondir de toile en toile en mesurant la permanence de :l’effet Carravaggio «  


          Merci de nous rappeler le souvenir du plus célèbre »peintre-Chevalier de l’Ordre de Malte" (quelques temps).

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