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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > La Voie des Arts

La Voie des Arts

La Bourgogne Œuvre d’Art totale * ? Ambitieuse vision.. Du 11 au 20 Mai 2012, l’Association nationale AMI (Association de défense des Malades et Invalides) organise son Printemps du Handicap - Google printemps H - en Bourgogne du Sud. Parmi les 40 évènements inscrits au programme, la « Voie des Arts » se propose de mener une étude autour d’une simple question : Cluny Sud Bourgogne peut-il se constituer comme le lieu d’une exposition d’art permanente ? Plus généralement, une région peut-elle être reconnue comme une vaste exposition d’art en dehors de toutes limites conventionnelles de temps et d’espace ?

Pour les organisateurs enthousiastes, la réponse est évidente. La réalisation d’un tel projet est à portée de main. Après la Voie Verte**, après la Voie Bleue**, la Voie des Arts se fera certainement en Bourgogne (si elle n’existe déjà..), et vous irez la parcourir avec plaisir, aussi simplement que vous vous rendez au Louvre, au Grand Palais ou au MOMA.. Voire à Cluny IV, le modeste centre d’art contemporain qui doit sortir de terre d’ici un an ou deux et qui, précisément, se situera à deux pas de la Voie Verte.

D’ici a penser que Cluny IV ne soit qu’une étape parmi d’autres sur la grande Voies des Arts, il n’y a qu’un pas, que les organisateurs franchissent allègrement.

Le ministère de la Culture sera informé et sollicité, comme le seront Conseils

Généraux, Conseil Régional, grandes municipalités, grandes associations de la région.. Comme dit le sémillant président du Conseil Général, « pas de mécènes privés, pas de projet » !

L’étude en cours, dirigée par Heidi Loron, sera officiellement lancée à l’occasion du Printemps du Handicap. Printemps du Handicap car, si l’on parle d’une exposition quelle qu’elle soit, on n’oubliera pas d’intégrer dés le départ les aspects pratiques qui permettront aux visiteurs de s’y déplacer, d’y accéder. On n’oubliera pas de prendre en compte les obligations inscrites dans la loi et faites pour les « ERP » - Etablissements Recevant du Public – concernant les personnes en situation de handicap, un dixième environ de la population au bas mot.

Ces considérations d’ordre pratique étant abordées, force est de constater qu’on est loin encore de pouvoir entrer sur la Voie pour l’instant.. Quoi que. Tout pourrait aller très vite..

Toutes les habitudes de pensée convergent pour empêcher un tel projet

Pour les entreprises et les collectivités, les « acteurs économiques » qui dans l’esprit des organisateurs devront jouer un rôle essentiel, et qui seront invitées à se prononcer dans le cadre de l’enquête, pour les artistes, résidents ou non, pourtant parmi les premiers intéressés, pour tous ceux qui sont censés être les visiteurs de cette exposition d’un nouveau type, l’idée est étonnante, la question ne s’est jamais posée.

Avant même de recenser toutes les conditions qui permettront de donner corps au projet, il est facile de constater que les mentalités ne sont guère préparées à reconnaître l’intérêt d’une telle perspective..

Car, ne soyons pas naïfs, l’ensemble de nos contemporains se déterminent en effet en fonction du puissant chant des sirènes de l’omnipotente industrie de la réclame, ils suivent les « memes » de la culture dominante - en fait, la « culture » quel que soit son contenu, la culture-variétés bien souvent, dans presque tous les cas celle qui est commercialisable, commercialisée. Ils préfèreront toujours courir après les très-vantés et hypothétiques émerveillements proposés comme des produits de grande consommation.

Ainsi, appuyé par son image institutionnelle et renforcé par un amoncellement de publicité, le Magazine Beaux Arts de janvier recensait, en titre à la Une, « Les grandes expositions 2012 ».

Pages parcourues, rien d’innovant, rien que de très connu. Paris pour l’essentiel.

Dans sa livraison d’Avril, le magazine, toujours à la Une, titrait « Spécial Paris », du Palais de Tokyo rénové aux galeries de l’Est parisien, Art Paris, semaine du dessin, Pavillon des Arts et du Design, Louvre..

Ainsi, tout à l’avenant. Convenu, conventionnel, habituel, enjolivé recensement d’un existant que tout aficionado pourrait retrouver sans mal sur son écran.

La livraison de Mai ne fait pas exception : « Le Grand Palais de Buren, les coulisses d’un projet expérimental et génial »..

Au passage, Buren et l’expérimental, le génial.. ! On pourrait en discuter ! Jugez plutôt :

-« L’installation va en quelque sorte sculpter l’air, la hauteur du Grand Palais jouera le rôle d’une sorte de grand poumon qui aspirera le visiteur » Daniel Buren.

Que d’émotions ! Que du bonheur !

Pour l’Intelligentsia parisienne, celle qui s’impose à la France, à l’ensemble du monde, la province ne peut donc rester qu’un désert si l’on parle Art, même si la hauteur des ciels de province est aussi de nature à inspirer le visiteur (pas l’aspirer, vous me suivez ?).. Les quelques concessions faites à cette observation ne concernent que quelques grandes villes, Metz et son Pompidou, Lyon..

Mieux encore, si l’on regarde les comportements du grand public, celui qui n’a même pas le moindre vernis d’une culture artistique, celui-ci n’hésitera pas à se lancer dans de coûteuses entreprises, lointaines, fatigantes, au bout du monde, dont la seule évocation les assure pour longtemps d’impressionner leurs proches. Raison première de leur choix..

Tous, vous les connaissez bien ces ignorants dépensiers heureux de jeter par la fenêtre leurs 4000 dollars pour aller voir, de loin, le Taj Mahal ou la pyramide, ou le tombeau de Toutankhamon et s’assurer, pour le prix, une image certifiée d’amateur et d’aventurier éclairé.

Ceux-là qui s’épuisent tant, semblables aux inconditionnels admirateurs des Kokopipi et autres Ko Phuket, ne jetteront pas un regard sur les probables trésors qui se trouvent à côté d’eux. Ainsi tous ces gens de Mâcon que j’ai pu rencontrer par exemple, puisque nous sommes en Bourgogne, aisés fonctionnaires ou cadres d’entreprises prospères qui n’ont jamais mis un pied à Cluny, qui ne sont jamais entrés sur le site de l’Abbaye, qui seront toujours à mille lieux d’imaginer la ville comme ce qu’elle fût dans sa réalité pas si lointaine, un « Manhattan de l’An 1000 », lieu de tous les imaginaires et de tous les rêves de puissance – spirituelle - de l’Occident..

L’afflux de centaines de milliers d’étrangers venus des quatre horizons de l’Europe ne les « interpellera » même pas, ces aveugles, ces erratiques livrés aux vents de toutes les modes..

Et puis ! Quoi ! Une exposition.. ?

- C’est dans un lieu réservé à cet effet une exposition, Louvre, Orsay, Grand Palais, Maeght, Guggenheim, l’offre est si grande qu’il ne convient pas d’en rajouter..

 

Une étude, une enquête.. Pour faire passer des idées, bousculer la pensée

On peut à juste titre douter du bien fondé d’investir 5 millions d’Euros à Paris pour restaurer des pots de Yaourt bicolores démoulés par Buren il n’y a pas trente ans.. Mais qui osera ? Qui prendra le risque de se ridiculiser, de se vouer aux Gémonies, de contester publiquement Buren ? Il y faudra du culot, il conviendra d’appeler Bachelard à la rescousse, d’invoquer les millénaires puissances chamaniques, de braver les pouvoirs oligarchiques, d’affronter la caste politique ! La Voie des Arts prône la contestation.

On attend avec impatience l’édito de Fabrice Bousteau qui montrera que les maxi-monstres du bestiaire médiéval n’ont jamais été dépassés par leurs attendrissants, modernes et infantilisés avatars de l’art dit contemporain ! Les organisateurs de la Voie des Arts provoqueront et remettront tout en question.

On attend que soit reconnu, présenté, débattu, l’immense potentiel artistique de la Bourgogne du sud, que l’on fasse référence à la richesse incomparable de son patrimoine roman, à la présence de tant d’artistes, qui y vivent, ou de l’incontestable et authentique beauté de « l’installation », déjà présente, toute faite, matérialisée dans ses paysages, ses églises, ses châteaux, ses demeures. La Voie des Arts fera savoir. La Voie des Arts portera la revendication.

Buren, d’ailleurs, il a même été exposé à Cluny, tout comme César, Annette Messager ou Niki de Saint-Phalle, Andy Warhol ou Yan Pei-Ming. Il y a donc lieu de ne pas rendre trop antagonistes les différentes façon de voir l’Art.. 

Et si l’on en pince pour Buren ou Duchamp et ses urinoirs, il n’y a aucune raison de les enfermer dans le réduit d’un Cluny IV, on les verra plutôt illustrant de leur mondiale célébrité les nombreux lieux existants, églises romanes, locaux d’entreprises, salles des châteaux, Caves et celliers composant l’immensité de la Voie des Arts.

Ils seront ainsi juxtaposés, ces contemporains vieillis avant l’âge, aux Christs en gloire, aux visages de pierre, aux fragments des arts vernaculaires, aux œuvres des artistes de la Bourgogne contemporaine au sens propre, Pape, Degluaire, Cade, Chotard, mille autres. Ils ne sauront en aucun cas souffrir, ces idoles du show-biz et du cash-biz, de ces voisinages éminemment profitables et invitant à la libre et décomplexée comparaison en même temps qu’à la réflexion sur l’art, l’artiste, leur rapport au monde. .

L’Art roman, composante intrinsèque et majeure de l’œuvre mise en exposition est de nature à faire naitre cette perspective d’art totale. Ce qui est parfait en la circonstance, c’est qu’il est déjà ici tout installé, hic et nunc, dans toute sa plénitude, dans toute son immensité, comme « une sorte de grand poumon qui aspirera le visiteur ».. 

Vers le ciel, pas vers le plafond de la verrière du Grand Palais.. Vous me suivez toujours ?

Ah ! Autre composante dans cette tentation de dessiner une perspective de recréation d’un art total : les traces, la colonisation des esprits, la pérennité, sortir de l’éphémère !

Regardez Cluny 2010, l’année du 1100ème anniversaire de la fondation de l’Abbaye. Qu’en reste-il ? Pas un seul ouvrage significatif, pas une application vivante sur l’Internet.. Frappez Cluny 2010 dans Google : trois millions de résultats, mais rien à jour, rien qui prolonge résolument. Une lacune qui oblitère cruellement une si grande opportunité.

Et Cluny IV, le centre d’art contemporain, si fièrement annoncé en février 2012.. ? La démonstration de la précarité du projet et d’ores et déjà faite. Frappez Cluny IV dans Google actualité : depuis février 2012, aucune nouvelle.

Bah ! On objectera que le désintérêt porté par le pouvoir politique à une initiative de cet ordre est bien la plus haute distinction qu’il puisse lui conférer.

La Voie n’échappera pas à ces hautes distinctions elle non plus. Mais, avant même de naitre, elle se voit déjà douée, par nature, de la plus robuste constitution qu’on puisse imaginer.

L’Abbaye, « phare de la Chrétienté » pourrait bien être aussi le phare de la Voie des Arts. D’ailleurs, pourquoi Cluny IV n’y serait pas hébergé ? En passant, saluons la vaste entreprise de transformation dont elle a bénéficié et qui en fait déjà l’une des étapes les plus visitées de la Voie.

La Voie des Arts sera avant tout une invitation à parcourir un pays, d’église romane en église romane, de Lys à Paray, d’Autun à Tournus, de Châteaux en châteaux, d’ateliers d’artistes en ateliers d’artistes.. Des artistes comme le peintre autrichien Herbert Pape, des sculpteurs comme Monique Degluaire et Cade, ont leur site internet ou figurent leurs adresses, leur téléphone, évidentes incitations à prendre contact, à rendre visite. L’exposition est ouverte, immense, en un environnement que le célèbre duo suisse Herzog et de Meuron*** ne saurons jamais recréer.

Les entreprises ? Il leur sera proposé de devenir un point, une étape sur la Voie des Arts, d’exposer des artistes, contemporains, d’ici ou d’ailleurs, ou anciens.. De compléter leur site Internet, simple vision commerciale du monde trop souvent, par une ou des applications consacrées aux questions de l’Art, aux artistes qu’elles choisiront. Certaines ont ouvert la voie, le Château de Chasselas, la Cave de Prissé..

Quant aux nécessaires services rendant facile et agréable l’accès à la Voie, le cheminement d’étapes en étapes, on peut faire confiance à la Bourgogne du Sud. Tout est là, rien ne manque, TGV qui met la Voie à 1H30 de Paris, 40 minutes de Genève, 3 H de Strasbourg et de l’Allemagne, de la Belgique, de l’Angleterre, restaurants, gites, chambres d’hôtes qui sont à la vaste exposition ce que sont les exigües cafeteria du MOMA ou du Louvre..

Ainsi, Aux villes tentaculaires et aux campagnes hallucinés de Verhaeren, la Voie des Arts opposera sa vision des villes tranquilles, sereines, et des campagnes toute en harmonie.

Contre les coûteux et vains projets artistiques relevant d’érection forcenée de bâtiments de plus en plus grands, de plus en plus bizarres et de budgets de publicité dignes de l’industrie de l’amusement publique, la Voie des Arts offrira l’inépuisable ressource de son trésor roman, le travail de ses artistes, l’excellence de ses services d’accueil, la beauté de ses paysages, naturellement. Pas un sous à dépenser.

Ainsi, la Voie des Arts ajoutera aux 1000 m2 d’expo de Cluny IV, environ 3000 Km2 de la plus exceptionnelle des expositions.

Pour donner vie pleine et entière à La Voie des Arts, il suffira de changer les regards, de rafraîchir les mémoires, de ressusciter, d’un coup de baguette magique dont certaines fées d’ici ont le secret, une belle au bois dormant, depuis trop longtemps endormie.

Ou, si l’on ne croit pas aux contes d’enfants, de mettre en place le puissant outil de communication, lui aussi œuvre d’art totale qui, sans limite de temps ni d’espace, permettra au monde de voir la Voie. 

Comme on voudra.

Google printemps H

 

Citations graphiques : www.degluaire.fr le site de Monique Degluaire

« Faucheur » du peintre Herbert Pape, collection personnelle.

-* Pour une définition du concept d’œuvre d’art totale, on ne se reportera pas à l’ouvrage de Boris Groys – Staline, œuvre d’art totale.

-** La Voie Verte est un itinéraire permettant de sillonner Sud-Bourgogne sur presque 120 kms qui suivent le tracé des anciennes lignes de chemin de fer. Itinéraire entièrement balisé et sécurisé, réservé aux véhicules non motorisés, et recouvert d’un revêtement entièrement roulant, la Voie Verte offre la possibilité, seul ou en famille, de se promener ou de faire du sport à pied, à vélo, à roller…

Partie intégrante de l’itinéraire européen "Eurovélo 6 Atlantique - Mer Noire", la Voie Bleue de la Saône permettra à terme de réaliser un aménagement cyclotouristique de 180 km, entre Mâcon (Saône-et-Loire) et Heuillez-sur-Saône (Côte-d’Or) en Bourgogne. La Voie bleue utilise principalement les chemins de halage de la Saône

-*** « Les architectes sont également convaincus : il s’agit du célèbre duo suisse Herzog et De Meuron, auteur notamment du Tate Modern de Londres, de l’Allianz Arena de Munich ou du stade national « nid d’oiseau » de Pékin. Plus près de nous, les architectes ont également conçu la résidence universitaire Antipodes de Dijon, qui fut leur première réalisation française.
Convaincus par le projet Cluny IV, ils ont imaginé une structure carrée de 12 mètres de côté sur deux étages, qui serait répliquée quatre fois pour former le musée. »

http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/cluny-manhattan-yan-pei-ming-rome-61976 Yan Pei-Ming à Cluny

Repère : « …no longer the portrait of an isolated character cut off from everything, but of a being connected to the fundamental mental motions of the Universe” François Cheng. 


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4 réactions à cet article    


  • gordon71 gordon71 7 mai 2012 15:24

    bonjour montagnais

    que d’idées et de créativité :

    Bourgogne, vie culturelle, y associer nos amis handicapés

    à tout hasard deux liens dont celui de cluny numérique que vous connaissez sûrement 
    (avec le jeune ingénieur Christian Père à l’origine du film en 3D qui reconstitue la majior ecclesia et qui a co organisé cluny 2010, et qui ne peut qu’être intéressé par votre effervesscence créative)

    http://www.dailymotion.com/video/xaf8j9_20h-tf1-le-monastere-de-cluny-renai_tech

    http://www.cluny-numerique.fr/


    • 23101925 23101925 7 mai 2012 16:28

      Bonjour, 


      C’est Cluny V alors le projet ?

      Bravo

      • lebaron 8 mai 2012 13:41

        Il y à juste deux trois médiocres qui allèrent voir ailleurs :
        Loti - Stevenson - Conrad - Kipling - London - Cendrars - Kessel - Gary - Gauguin - de Nerval, une bonne centaine d’autres - sans compter les voyages « initiatiques » des Flaubert etc....
        Par contre Trissotin est toujours bien vivant, il habite la Bourgogne.


        • Emile Mourey Emile Mourey 10 octobre 2012 10:22

          @ Montagnais

          Je n’avais pas vu votre article, félicitations !

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