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Le 21ème sera progressif avec Il tempio delle clessidre

Nul ne sait où vont conduire les révoltes de 2011 alors que DSK ne mène nulle part. Par contre, 2011 semble confirmer le renouveau du rock progressif amorcé les années précédentes. L’occasion de faire le point sur quelques-unes des créations les plus intéressantes produites dans ce genre et plus spécialement du côté de l’Italie, pays dont on peut dire qu’il est devenu la patrie du rock progressif, avec ses centaines de musiciens virtuoses et ses petites maisons de disque qu’un pléonasme nous invite à désigner comme étant indépendantes. Mais au fait, indépendantes de quoi et de qui ? En fait ces petits labels, tout comme les groupes qui y sont édités, créent et exécutent du rock indépendamment de visées purement mercantiles, composant en toute liberté des morceaux dont le format et l’atmosphère se prêtent rarement à une diffusion radiophonique millimétrée et formatée pour des radios généralistes qui placent un peu de chanson entre deux séquences publicitaires. Vous n’entendrez pas de rock progressif sur RTL ou NRJ. Il est d’ailleurs regrettable que les grands médias censurent ce genre musical qui pourtant, peut se réclamer d’un répertoire aussi riche, sinon plus, que le jazz.

Il tempio delle clessidre (le temple de la clepsydre) est certainement l’un des groupes les plus prometteurs. Sa naissance fut assez originale puisqu’elle fut initiée par la rencontre d’un vieux routard du prog, Stephano « Lupo » Galifi et d’une jeune claviériste et compositrice, Elisa Montaldo. Un groupe fut formé dès 2006, exécutant sur scène un album mythique des seventies, le Zarathoustra de Museo Rosenbach, formation éphémère dans laquelle justement chantait « Stephano le loup » et qui ne produisit qu’un seul album, considéré comme une pièce maîtresse du genre. Dans ce disque sorti en 1973 figure une suite musicale dont la cinquième pièce s’intitule Il tempio delle Clessidre. Depuis 2006, la line-up a évolué autour de Galifi et Montaldo et c’est en 2010 qu’est sorti le premier album de la « clessidre » avec des compositions et textes signés par la claviériste Elisa Montaldo et le bassiste Fabio Gremo. L’intention musicale est ambitieuse, affirmée autour de la recherche de nouvelles sonorités, de subtilités harmoniques, de notes habilement déclinées pour une alchimique composition conçue autour de thèmes ésotériques, symboliques, avec des alternances entre séquences sombres ou lumineuses évoquant le centre et les infinis. Bref, ce CD paru récemment a tout du concept album des seventies et se place largement au niveau des précurseurs sans atteindre le top du top jusqu’alors inégalé du légendaire Banco et son prog symphonique joué avec les deux claviers des frères Nocenzi. La « clessidre » se situe néanmoins parmi les meilleures formations actuelles de prog italien tendance symphonique, en compagnie de The watch, Torre del alchimista… Les mélomanes ont reconnu plusieurs sources d’inspiration, Genesis bien sûr, mais aussi Banco et pour les connaisseurs, des réminiscences rappellant les meilleures formations du prog italien des seventies, par exemple le très torturé Balleto di bronzo ou les effluves poétiques de Quella vecchia locanda. L’emploi généreux du mellotron ne fait que renforcer cette impression vintage et nostalgique sans toutefois laisser transparaître quelque intention de plagier car les musiciens de la « clessidre » sont résolument tournés vers un parti pris avant-gardiste, en innovant sans lésiner sur les audaces esthétiques.

L’album compte neuf compositions assez différentes. La version CD offre un titre bonus supplémentaire, absent du vinyle. Le premier morceau nous place dans l’ambiance, avec des claviers omniprésents et une composition suggérant l’entrée dans un musée avec une première peinture sobre et bucolique. Une scène où l’on imagine un étrange théâtre à venir. Et c’est parti, le second morceau permet de passer aux choses sérieuses. Une composition alternant des passages chantés, mélodiques et planants, et des séquences endiablées, entre symphonisme et facéties jazzy. La voix rocailleuse de Stephano se marie subtilement aux nappes de mellotron. Le ton est donné. L’album est homogène, sans faille mais selon les goûts, on pourra préférer les compositions de Gremo, plus rock, plus orientées dans un style chanté et virevoltant, à la manière de PFM, ou alors les pièces plus subtiles et atmosphériques signées Montaldo qui ne lésine pas sur les innovations, les jeux de notes, les choix dans les sonorités alternées du mellotron, du piano et de l’orgue. Une mention spéciale pour Danza esoterica di datura, pièce musicale dont l’intitulé évoque tout un programme. Dès la première minute, l’ampleur des nappes de mellotron rappelle quelques passages de Yes alors que le piano saccadé additionné aux effluves d’orgue évoque le mythique Anglagard (groupe scandinave ayant sévi dans les années 1990). Le piano prend les rênes. On croirait entendre Nocenzi, puis Satie, puis à nouveau Anglagard avec quelques riffs torturés de guitare conférant à l’atmosphère quelques instants de tempête. Nous avons là une pièce d’art rock contemporain aussi subtile qu’un quatuor de Bartok ou Debussy. La pièce suivante Faldistorum se situe dans une même veine, débutant comme du Anglagaard, puis planante à l’excès et clôturée par l’insertion d’une séquence jouée aux grandes orgues. Dernière pièce, une fresque musicale bigarrée de 10 minutes, Il centro sottile (centre mince), tout en métamorphoses.

Si écouter le rock progressif flatte l’âme, soutenir ce genre musical participe d’un acte résolument politique. C’est une manière de plaider pour un art conçu comme une émanation de l’imaginaire créatif et joué par des virtuoses passionnés, au lieu de sacrifier à l’esprit grégaire du marché des multinationales qui tentent d’écouler le plus d’exemplaires de chansons produites industriellement et vendues comme des barils de lessive. C’est une bonne nouvelle que de voir le prog se développer, surtout en Italie, avec ses nombreuses formations. Il tempio delle clessidre mérite l’attention des mélomanes, lesquels ne sont pas passés à côté, pour preuve, ce disque est considéré comme l’un des meilleurs parus en 2010. Courrez vite vous procurer cette perle, avant que le CD ne soit épuisé.

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4 réactions à cet article    



    • Slipen’Feu 21 septembre 2011 17:07

      bon article
      Merci pour l’info


      • Triodus Triodus 21 septembre 2011 23:53

        Intéressant, merci !

        ça me rappèle un peu Litfiba

        cdt

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