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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Le blouse d’Henri Salvador

Le blouse d’Henri Salvador

Henri Salvador est mort trois mois après ses adieux à la scène, en décembre dernier. Né en 1917 en Guyane, Henri Salvador commence sa carrière de musicien en 1933, vers l’âge de 16 ans, dans des cabarets parisiens. Excellent guitariste, jazzman, fantaisiste-né, créateur de balades, interprète inégalable, Henri Salvador a aussi, sous le pseudonyme d’Henri Cording, popularisé le rock’n’roll et inventé la bossa nova. Rien que ça.

Henri Salvador, ce nom rime avec or. Maladie d’amour (1947), Le loup, la Biche et le Chevalier plus connue sous l’appellation Une chanson douce (1950), Syracuse (1960), Le lion est mort ce soir (1962), tout le monde a fredonné ces tubes.

Ils ne suffisent pourtant pas à résumer la vie d’Henri Salvador, mort hier mercredi 13 février à Paris d’une rupture d’anévrisme. Une carrière qui a duré parce qu’il ne s’est jamais contenté de remettre au goût du jour ses anciennes recettes, mais qu’il a toujours évolué. Il faut rappeler cette évidence : un créateur, peu importe son domaine, est d’abord un individu qui observe, qui se nourrit d’influences extérieures pour arriver à recréer une forme nouvelle. Salvador se lance très tôt dans la musique. Un jour il entend du jazz. C’est le déclic. C’est comme ça qu’il se retrouve un jour dans l’orchestre de Django Reinhardt :

« Sur les pas de son frère aîné, André, Henri Salvador se met à 16 ans à la guitare raconte Ludovic Perrin dans Libération. "Dix-huit heures par jour", il se familiarise avec des tas d’accords compliqués, avec neuvièmes bémol et quintes diminuées, dont les harmonies traversent ses chansons. Fan de Louis Armstrong et Duke Ellington, "Monsieur Henri" ne sera pas médecin ou avocat comme l’aurait souhaité son père. A Pigalle, le quartier des musiciens, il passe une audition dans un café devant Paul Raiss. Qui l’engage aussi sec : trois mois au casino de Boulogne-sur-Mer. Pour l’ouverture du Jimmy’s Bar, il crée un quartet avec son frère. Et on le retrouve en 1936 au côté de Eddy South, violoniste de jazz américain, qui l’initie à la musique noire. Puis, aux côtés de Django Reinhardt : "J’étais assis à sa droite. Le premier soir, en l’accompagnant, je regardais ses doigts du coin de l’œil. Le lendemain, il m’a fait mettre de l’autre côté. Ouaaah ! Jaloux. Comme si j’essayais de lui piquer ses plans. Impossible ! Avec deux doigts, il faisait ce que jamais de ma vie je ne réussirai à faire !" Appelé sous les drapeaux en 1937, il passe en zone libre en 1941, rejoint la Cote d’Azur puis joue dans l’orchestre de Ray Ventura et de ses collégiens avec qui il part en tournée en Amérique du Sud en 1944-1945. Il revient en France fin 1945 et continue à se produire avec Ray Ventura et ses collégiens. »

En 1948, « c’est chez Polydor qu’arrive tout naturellement Henri Salvador (Ray Ventura y étant déjà) pour l’enregistrement de son premier disque en solo. Polydor ensuite racheté par Philips, c’est sous cette dernière marque que sortiront ses disques à partir de 1952. Il y restera jusqu’en 1958, date à laquelle il passe chez Barclay. Son travail chez Barclay sera surtout marqué par sa collaboration avec Boris Vian (qu’il connaissait déjà), Quincy Jones », peut-on lire sur un site qui lui est consacré.

Dès 1956, avec Boris Vian et Michel Legrand, Henri Salvador, qui se choisit le pseudo transparent d’Henri Cording, invente le rock à la française. L’année précédente, en 1955, reprend le même site.

« Il fait ses véritables premiers pas dans le cinéma avec le film Bonjour sourire et reprend un récital à Pleyel d’où sortira son premier album public tout logiquement intitulé A Pleyel. Son récital se poursuit à l’ABC, à L’Etoile, au Daunou, aux Capucines, puis en 1956 à Bobino et à l’Etoile.

Il participe ensuite au show d’Ed Sullivan aux Etats-Unis où il y restera trois mois. D’Amérique, il ramènera dans ses bagages le rock’n’roll avec le 45 tours Henri Cording and his original Rock and roll boys, avec la complicité de Boris Vian et de Michel Legrand ». Parmi ses tubes (le mot tube est inventé par Boris Vian) figure notamment Le Blouse du dentiste. Le sens de la parodie et de la fantaisie, on le voit, est une constante chez Salvador qui en 1958 invente la bossa nova « dans une loge à l’Alhambra, raconte Le Monde. Henri Salvador ralentissait une samba. La chanson s’appelle Dans mon île. Il paraît que Tom Jobim l’a entendue dans un film italien. Et que tout est né de là. The Girl from Ipanema n’avait pas alors été composée. Edith Piaf avait encore cinq années devant elle et Johnny Hallyday n’avait pas débuté ».

Dans les années 60 et 70, Salvador devient un immense chanteur populaire avec des titres comme Faut rigoler, Zorro est arrivé, Juanita Banana, Le travail c’est la santé... En 1975, il interprète le conteur dans le conte musical Émilie Jolie.

« Parmi les 500 titres que compte son catalogue à la Sacem, on trouve de tout, des chansons composées avec le patron des disques Barclay (Eddie), le directeur de l’Olympia (Clopin-clopant, coécrite par Bruno Coquatrix avec Pierre Dudan), entre autres productions de Quincy Jones, au temps où le futur producteur de Michael Jackson résidait à Paris, et adaptations du team Joe Dassin (Frank Thomas) pour les chansons de Disney (1971-1976). Mais l’attelage revendiqué sera constitué d’une poignée d’auteurs parmi lesquels Maurice Tézé (Juanita Banana), Maurice Pon (Dans mon île), mais surtout Bernard Michel pour les farces et Bernard Dimey, l’auteur de Syracuse écrite fin saoul, mais avec les "plus beaux mots du monde". Salvador savait la rareté d’auteurs sachant écrire en français. "J’ai eu trois paroliers extraordinaires et tous trois sont morts. Et moi, je suis resté comme un con", regrettait-il à la sortie de l’album Chambre avec vue », écrit Ludovic Perrin dans Libération.

Chambre avec vue marque le grand retour d’Henri Salvador. Mais au Brésil, bien avant que ce succès phonographique ne s’impose, on n’a jamais oublié Salvador : « Veloso n’a jamais cessé de chanter Dans mon île, dédiant avec chic la chanson à son compositeur, "le grand Henri Salvador", devant des salles françaises éberluées, pour qui Salvador n’était qu’un comique démodé. C’était avant Chambre avec vue, deux millions d’albums vendus en 2000, un balancement, une tendresse, un velouté proche du Salvador de Dans mon île précisément (Maurice Pon/Henri Salvador, 1957) ».

« Six ans après le raté d’un album rock (Monsieur Henri avec une reprise de Layla de Clapton), rappelle Libération, Henri Salvador se pose comme un Compay Secundo d’ici. Impose deux jeunes auteurs (Keren Ann et Benjamin Biolay) et remet les vieux à la mode (Juliette Gréco, Enrico Macias) tout en ouvrant la voie à la nouvelle scène française (Benabar). Henri Salvador récidivera avec deux autres albums studio et un live, sans rencontrer à nouveau cet immense succès (1,5 million d’albums) emmené par la chanson Jardin d’hiver ».

Henri Salvador est mort hier à 90 ans. Il avait eu le temps, en décembre dernier, de tirer une dernière révérence à son public.

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Crédit photo : Henri Salvador



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1 réactions à cet article    


  • Ironheart 17 février 2008 15:57

    Bonjour,

    J’écris actuellement un mémoire sur le journalisme citoyen, et j’aimerai vous interroger, en tant que rédactrice sur Agoravox. Si vous êtes d’accordn, je pense envoyer un questionnaire par e-mail, ou vous téléphoner.

    Pouvez vous me répondre assez vite sur mon e-mail ? le voici :

    ironheart59@hotmail.fr

    Merci d’avance !

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