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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Le bonheur par le plaisir (Epicure, lettre à Ménécée)

Le bonheur par le plaisir (Epicure, lettre à Ménécée)

Voici un texte fondamental de l'épicurisme, bien plus complexe qu'il n'y parait au premier abord : la Lettre à Ménécée.

 
Epicure, Lettre à Ménecée, a écrit :Il faut, en outre, considérer que, parmi les désirs, les uns sont naturels, les autres vains, et que, parmi les désirs naturels, les uns sont nécessaires, les autres naturels seulement. Parmi les désirs nécessaires, les uns le sont pour le bonheur, les autres pour l'absence de souffrances du corps, les autres pour la vie même. En effet, une étude de ces désirs qui ne fasse pas fausse route, sait rapporter tout choix et tout refus à la santé du corps et à l'absence de troubles de l'âme, puisque c'est là la fin de la vie bienheureuse. Car c'est pour cela que nous faisons tout : afin de ne pas souffrir et de n'être pas troublés. Une fois cet état réalisé en nous, toute la tempête de l'âme s'apaise, le vivant n'ayant plus à aller comme vers quelque chose qui lui manque, ni à chercher autre chose par quoi rendre complet le bien de l'âme et du corps. Alors, en effet, nous avons du plaisir quand, par suite de sa non-présence, nous souffrons, <mais quand nous ne souffrons pas>, nous n'avons plus besoin du plaisir.Et c'est pourquoi nous disons que le plaisir est le principe et la fin de la vie bienheureuse.
Reprenons :
Epicure a écrit : Il faut, en outre, considérer que,

D'où vient l'impersonnalité commanditaire de ce il faut ? ... De l'argumentation d'ensemble, assurément ; de l'intentionnalité philosophique d’Épicure, traduite esthétiquement toutefois par ce verbe impersonnel d'aspect injonctif & nécessitariste. Rhétoriquement, il y a certes art d'agréer (démonstration argumentaire d'une part, persuasion de l'interlocuteur épistolaire d'autre part). Mais, métaphysiquement, il y a moralisation injonctive & nécessitariste, comme provenant d'une impersonnalité commanditaire, donc, qui ne saurait chez Épicure avoir jamais que le caractère de la raison. Soit donc sa rationalité, ou raisonnement philosophique spécial (épicurien), comme Vérité ... C'est que, dirais-je simplement, dans l'ordre du tetrapharmakon, Épicure prescrit une pharmacie philosophique comme médication, qui pourtant est très-perspective.

Epicure a écrit :parmi les désirs, les uns sont naturels, les autres vains, et que, parmi les désirs naturels, les uns sont nécessaires, les autres naturels seulement.

La métaphysique dite se concrétise, en s'affinant de l'opposition naturel/vain, où donc quelque naturalité préférentiellement bonne (Bien), s'oppose à quelque vanité référentiellement mauvaise (Mal). - Ceci étant dit, ce moralisme est très-subtil, tenant même d'un hygiénisme pharmaceutique-médicinal, de telle sorte qu'on aurait tort de l'associer à un moralisme pur & dur. Mais, de deux choses l'une : ou bien cette atténuation ne le rend jamais que plus intense par dénégation, ou bien il s'agit belle et bien d'une atténuation comme légèreté matérialiste du réel épicurien - sinon que se-nourrir-de-perspective ("légèreté matérialiste") me laisse soupçonneux quant à la démoralisation de la chose. Tout comme avec le bouddhisme.
Au reste, on peut s'interroger sur cette dichotomie du naturel & du vain et, pour en donner une brève idée : pour Georges Bataille (les Part maudites) la nature est d'une prodigalité gaspilleuse, profuse, efflorescente, débordante, pour ainsi dire vaine, en regard de l'économisme ; inversement, la vanité se retrouve-même chez les animaux, qui ont leurs susceptibilités égotiques.
Je n'ai pas commenté-là la subdivision des désirs naturels, mais on sent bien qu'elle tombe sévèrement sous le coup de ma critique.

Parmi les désirs nécessaires, les uns le sont pour le bonheur, les autres pour l'absence de souffrances du corps, les autres pour la vie même.

Trois nécessité submoralistrices-hygiénistes épicuriennes : l'eudémonisme, l'aponisme, la prozootisme.
Quant à l'eudémonisme, je ne contesterai pas l'aspiration au bon-heur nous faisant bien-heureux : l'aspiration à ce qu'adviennent de bonnes choses pour nous. Mais tout réside alors dans la détermination du souverain bien, qui varie tempéramentalement (alter-épicuriennement).
Sur l'aponisme, on voit bien qu'il est partie-intégrante de l'eudémonisme, et en constitue une détermination du souverain bien. Mais, non contente d'émerger dans la douleur de l'accouchement, la vie se poursuit dans la douleur du développement (la frustration œdipienne, la mutation pubertaire, les frictions, conditionnements voire harcèlements sociaux - dont les deux premiers éléments ne sont que des variantes développementales, - le devenir-senescent, l'agonie - sans parler des vulnérabilités maladives, infectieuses, climatiques, inter-spécifiques, etc.). On peut alors comprendre l'épicurisme comme contraction face à cela, comme velléité d'oubli, voire de dénégation, encore que ça soit largement intégré à la réflexion épicurienne générale, mais pour aboutir à la vita philosophica comme transpersonnelle & intemporelle, sorte d'éternisation transcendante de soi comme philosophant. N'est-ce pas se-nourrir-de-perspective ? Et pourquoi pas ? L'Homme met en perspective & projette/projectionne les choses.
Enfin, au sujet du prozootisme, il ne s'agit évidemment pas des "pro-vie" actuels dans l'idéologie, mais bien de répondre à ses besoins premiers, en dehors de la sexualité donc considérée comme non-nécessaire quand bien même naturelle, voire vaine ? bien qu'elle réjouisse son Homme normalement.

Épicure a écrit :En effet, une étude de ces désirs qui ne fasse pas fausse route,

Il y a donc les viae bona & mala, fondées manichéennement (nous avons d'ailleurs déjà assisté à une arborescence manichéenne, à l'instant) en la rationalité épicurienne submoralistrice-hygiéniste, où Épicure "fait bonne route", soit donc est dans ladite Vérité. Il y a donc de l'absolu dans tout cela, qui renvoie de proche en proche au Il faut initial. En fait, cette rationalité est très-mécanique : une rhétorique pouvant faire passer pour orgueilleux (quand on est peut-être juste très-sûr de soi, ou formel dans son ordre d'idées).

Épicure a écrit :[une étude de ces désirs] sait rapporter tout choix et tout refus à la santé du corps et à l'absence de troubles de l'âme, puisque c'est là la fin de la vie bienheureuse.

Voici donc "la santé du corps" clairement hygiéniste-matérialiste, mais "l'absence de troubles de l'âme" apathique n'avait pas encore été évoquée.
Pour l'instant, remarquons qu’Épicure dit de ces deux éléments qu'ils sont "la fin de la vie bienheureuse", qui comptait donc pour item précédemment, dans l'eudémonisme, pourtant mis côte-à-côte avec l'aponisme et le prozootisme. Or, nous venons d'apprendre que c'est "la santé corporelle" et "la paix animique" qui comptaient téliquement. De sorte que l'aponisme et le prozootisme appert désormais logiquement comme moyen, mais qu'illogiquement l'eudémonisme de même, quand il est pour "la vie bienheureuse"-même "à la fin", qui de toutes façons doit être entretenu.
Où le bonheur est le moyen et la fin ? Kézako ? Épicure, comme la majorité des philosophes, place-t-il "la charrue avant les bœufs", de ce que seul comptait pour lui "le bonheur", et que très vite il se sentit de le définir comme aponisme, prozootisme, santé corporelle & paix animique ? ...
Permettez-moi "d'emmêler les pinceaux" mais, plus j'aligne ces éléments, plus je les trouve redondants, pouvant être autant des moyens que des fins indistinctes. Mais c'est que l'épicurisme est une école d'éthique phronétique, dont la rationalité n'a de limite que la dérationalité du réel, mais que cela ne pose aucun problèmes en termes praxéologiques. Et puis, c'est une lettre, un échange épistolaire, pas un traité rigoureux non plus. Néanmoins, la rigueur-même n'aurait aucun intérêt dans la démarche, de ce qu'elle vise défensivement le bonheur : soit donc, en prescrivant de se défendre des susceptibilités corporelles & animiques, avec certes ce dualisme du corps & de l'âme, quand même réunis matérialistement, mais dont on pose la différence structurelle comme entour-extérieur & for-intérieur, dualistement, intra-matérialistement. C'est assez contradictoire, et paralogique-même, de ce que le monisme retrouve le dualisme, comme en préfiguration spinozienne, où le corps & la pensée sont des modes de la substance ?? ...
Reste que l'on voit bien que l'épicurisme se présente comme discours expériencialiste, dans la processualité des choses rapport à ses attentes philosophiques, moins que comme discours rationaliste, ni même empiriste : son matérialisme est pré-rationaliste comme pré-empiriste ! encore qu'il se veut rationnel comme empirique.

Épicure a écrit :Car c'est pour cela que nous faisons tout : afin de ne pas souffrir et de n'être pas troublés.
Une fois cet état réalisé en nous, toute la tempête de l'âme s'apaise, le vivant n'ayant plus à aller comme vers quelque chose qui lui manque, ni à chercher autre chose par quoi rendre complet le bien de l'âme et du corps.

On avait bien compris, donc, mais cela m'appert comme une philosphie de ... chat dans l'eau !  où donc le réel & la vie sont vécus comme passant dans lesquels nous pataugerions sans pharmacie-médecine épicurienne.

Épicure a écrit :Alors, en effet, nous avons du plaisir quand, par suite de sa non-présence, nous souffrons, <mais quand nous ne souffrons pas>, nous n'avons plus besoin du plaisir. Et c'est pourquoi nous disons que le plaisir est le principe et la fin de la vie bienheureuse.

La "non-présence" en question, est celle du "bien de l'âme et du corps", sans lequel Épicure signale que nous pouvons très bien éprouver du plaisir, pour ainsi dire "dans la douleur et la tourmente" : principe des junkies, par exemple ? du moins, certainement en stéréotypant la chose pour illustration.
Ce "bien de l'âme et du corps" (souverain bien épicurien) une fois atteint, Épicure nous dit que "nous n'avons plus besoin de plaisir", et en effet, puisqu'il n'est plus besoin de compenser quelque "douleur & tourmente" : c'est un état longanime & équanime, pareil à une mer d'huile, pour ainsi dire neutranime. "Et c'est pourquoi nous disons que le plaisir est le principe et la fin de la vie bienheureuse", soit donc "tout ce qui va lui donner quelque animation, après extinction des "douleur & tourmente".
Un peu comme si le plaisir était une monade indépendante des "douleur & tourmente" (comme si le plaisir ne dépendait pas de quelque aptitude contrastive), il faut alors que, une fois cet état d'équilibre pur & parfait soit atteint comme en centre de gavité (relativement morbide, quand on y pense), pour recréer une nouvelle vie de born again, in the land plenty of milk and honey, où nous n'avons plus qu'à nous repaître & autosatisfaire de notre resurrection !

Il semble assez évident (?) pour ce que j'en sais, qu’Épicure emploie la notion de désir à la croisée de l'instinct, de la pulsion, du souhait & de l'aspiration, interchangeablement.


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22 réactions à cet article    


  • François Pignon Clark Kent 25 juillet 2018 09:15

    Ne pas confondre l’épicurisme qui évite la souffrance par l’absence de douleur et l’hédonisme ou eudémonisme qui tente de procurer du bonheur par le plaisir et la jouissance. Epicure prône une philosophie minimaliste évitant tout type d’excès et n’est pas si éloigné du stoïcisme d’Epictète. Le succès de la formule « carpe diem » caricaturée par Montaigne a produit une confusion qui perdure. 


    Dommage.

    • Morologue Mal’ 25 juillet 2018 09:19

      @Clark Kent. Heureusement, l’article ne la commet pas - cette confusion.


    • François Pignon Clark Kent 25 juillet 2018 09:32

      @Mal’

      Parler de « plaisir » à propos d’de l’épicurisme est déjà un contresens : la sagesse qui consiste à fuir la vie publique et fuir des « plaisirs » fugaces parce qu’ils produisent des déplaisirs de longue durée est une ascèse qui, si elle s’écarte des préceptes religieux polythéistes, prépare Plotin et le dualisme chrétien à l’origine du monachisme.

      Nul « plaisir » là-dedans, mais une vie de privations.

    • Morologue Mal’ 25 juillet 2018 09:49

      @Clark Kent. J’ai très bien compris. Et pourtant, des traductions usent du terme. Cela n’empêche pas de comprendre l’épicurisme comme ascèse, ainsi que fait heureusement l’article.


    • Jean Roque Jean Roque 25 juillet 2018 09:49

       
      « l’absence de troubles de l’âme » apathique n’avait pas encore été évoquée.
       
      ataraxique ? smiley
       
      apathique c’est réservé au gogochon gland remplacé... anomie, aporie, aphasie, abruti...


      • Jean Roque Jean Roque 25 juillet 2018 09:54

        C’est assez contradictoire, et paralogique-même, de ce que le monisme retrouve le dualisme, comme en préfiguration spinozienne, où le corps & la pensée sont des modes de la substance ??
         
        Et en quoi ? Toute la scolastique est ainsi

        « L’ordre de la connexion des idées est le même que l’ordre de la connexions des choses. » L’Éthique, Spinoza (le reflet matérialisme) 


      • Jean Roque Jean Roque 25 juillet 2018 10:01

        « de même en effet que les yeux des chauves-souris sont éblouis par la lumière du jour, ainsi l’intelligence de notre âme est éblouie par les choses les plus naturellement évidentes » Métaphysique Aristote


      • Jean Roque Jean Roque 25 juillet 2018 10:42


        Il semble assez évident (?) pour ce que j’en sais, qu’Épicure emploie la notion de désir à la croisée de l’instinct, de la pulsion, du souhait & de l’aspiration, interchangeablement.
         
        C’est ce qui le différencie de Démocrite, il ne croit pas au fatum « atomiste » naïf mécanististe mais à la contingence des « futurs », son clinamen est libre arbitre, c’est un proto-matérialisme dialectique sujet-objet. Et sa philosophie est une « praxis » (même si elle n’est pas historicisée, à voir ?)
         
        Volonté de puissance n’est pas besoin génétique, social/Histoire n’est pas individu/animal : Démocrite / Épicure thèse de Marx
         
        « Pour que l’homme en tant qu’homme devienne pour soi son unique objet réel, il doit avoir brisé en soi-même son existence relative, la puissance du désir et de la pure nature. » Marx
         


      • Jean Roque Jean Roque 25 juillet 2018 10:56

        La praxis suivant Epicure : « Les dieux peuvent être influencés... »
         
        ça s’appelle l’Histoire sociale chez un marxiste smiley et l’Histoire fonctionne mieux si on se branle pas à la fatalité (TINA) la subjectivité (le droitdelhommisme) et avec son bambou (le jouir sans entrave)
         
        https://fr.wikisource.org/wiki/Lettre_%C3%A0_M%C3%A9n%C3%A9c%C3%A9e_%28traduction_O._Hamelin%29
         
        il se moque du destin, dont certains font le maître absolu des choses. Il dit d’ailleurs que, parmi les événements, les uns relèvent de la nécessité, d’autres de la fortune, les autres enfin de notre propre pouvoir, attendu que la nécessité n’est pas susceptible qu’on lui impute une responsabilité, que la fortune est quelque chose d’instable, tandis que notre pouvoir propre, soustrait à toute domination étrangère, est proprement ce à quoi s’adressent le blâme et son contraire.(134) Et certes mieux vaudrait s’incliner devant toutes les opinions mythiques sur les dieux que de se faire les esclaves du destin des physiciens [le Capital], car la mythologie nous promet que les dieux se laisseront fléchir par les honneurs [historicisme] qui leur seront rendus, tandis que le destin, dans son cours nécessaire, est inflexible ; il n’admet pas, avec la foule, que la fortune soit une divinité – car un dieu ne fait jamais d’actes sans règles [rationalité] –, ni qu’elle soit une cause inefficace : il ne croit pas, en effet, que la fortune distribue aux hommes le bien et le mal [la Grâce du protestantisme !], suffisant ainsi à faire leur bonheur et leur malheur, il croit seulement qu’elle leur fournit l’occasion et les éléments de grands biens et de grands maux [la praxis] ; (135) enfin il pense qu’il vaut mieux échouer par mauvaise fortune, après avoir bien raisonné, que réussir par heureuse fortune, après avoir mal raisonné – ce qui peut nous arriver de plus heureux dans nos actions étant d’obtenir le succès par le concours de la fortune lorsque nous avons agi en vertu de jugements sains.


      • Jean Roque Jean Roque 25 juillet 2018 11:09

         
        et pourtant toute douleur ne doit pas être évitée. (130) En tout cas, chaque plaisir et chaque douleur doivent être appréciés par une comparaison des avantages et des inconvénients à attendre. Car le plaisir est toujours le bien, et la douleur le mal ; seulement il y a des cas où nous traitons le bien comme un mal, et le mal, à son tour, comme un bien. [Officine Négrière Gogochonne]
         
        là je place du Lénine ! smiley c’est du matérialisme historique !
         
        « Il faut l’unité de la connaissance et de la praxis. »
        Lénine, cahiers sur la dialectique de Hegel
        (contre Kant et son impératif catégorique branletteur abstrait tombé du ciel) Ds le même ordre d’idée Marx :
        « il ne faut jamais céder à une indignation morale »
        (notion de bien et mal pas en adéquation avec le réel)
         
        Car un homme qui vit au milieu de biens impérissables [œuvre= nation, art, peuple, social] ne ressemble en rien à un être mortel [un gogochon].
         

        Car ce n’est pas une suite ininterrompue de jours passés à boire et à manger [comme un 68ard], ce n’est pas la jouissance des jeunes garçons et des femmes [Richs meet beautifuls], ce n’est pas la saveur des poissons et des autres mets que porte une table somptueuse, ce n’est pas tout cela qui engendre la vie heureuse, mais c’est le raisonnement vigilant [la science], capable de trouver en toute circonstance les motifs de ce qu’il faut choisir [la rationalité, la politique] et de ce qu’il faut éviter, et de rejeter les vaines opinions d’où provient le plus grand trouble des âmes.
         


      • Morologue Mal’ 25 juillet 2018 11:19

        @Jean Roque. Merci, tout cela demanderait des discussions de vive-voix. Bonne journée


      • Jean Roque Jean Roque 25 juillet 2018 14:03

        @Mal’
         
        HEGEL : ÉPICURE SUR LA CROIX
         
        « Après le déclin de la liberté romaine et grecque [d’ailleurs la démocratie directe germanique devint la féodalité au contact de la république élective romaine... ironie d’une régression politique à méditer par le lotocrasse Chouard smiley ], quand les hommes furent privés de la domination de l’esprit sur les objets [Degrelle], le génie de l’humanité se divisa :
        L’esprit de la masse corrompue [le troupeau gogochon évidement smiley ] dit aux objets [l’Iphone ce doudou....] : je suis vôtre, prenez-moi ! Il se jeta dans leur torrent [diarrhéique qu’on appelle la mode, le consumérisme], se laissa corrompre par eux et disparu dans leurs vicissitude [la Technique]. »

         
        Mais certains s’opposèrent au purinement gogochon, Épicure, puis fils stoïciens. Dans la Rome tardive de l’orgie et de la « branlette artistique et universaliste » ils restèrent impuissants face à l’Histoire jusqu’à ce qu’Épicure fût mis en croix :
         
        « L’Église instituée a réuni le désir des stoïciens et ces esprits intérieurement déchirés. Elle permet à l’homme de vivre dans le tourbillon des objets [comme un amish smiley ] et promet en même temps la possibilité de les surmonter par de simples exercices, des manipulations, des chuchotements. »
         
        Ainsi vint la contre-réforme 68arde, l’inquisition, qui fit rôtir les gogochons qui ne voulaient pas murmurer leurs prières à l’Esprit du Monde.
         


      • Étirév 25 juillet 2018 09:53

        Toutes les actions des hommes semblent n’avoir qu’un but ; le bonheur.

        Qu’est-ce donc que le bonheur ? Quelle en est la base  ? Où en est la mesure ?

        Les philosophes libertaires, qui s’occupent beaucoup de la question, nous répondent : « Le bonheur c’est, pour chaque individu, la faculté de satisfaire librement tous ses besoins physiques, intellectuels, moraux.  » (Sébastien Fauve)

        Or, nous voyons que l’homme, livré à lui-même, c’est-à-dire à l’impulsion de ses instincts, jette l’humanité dans un abîme de douleur. Nous voyons que, non seulement, il fait souffrir les autres, mais qu’il est lui-même victime de sa liberté puisque la première chose qu’il fait c’est d’en abuser.

        Et comment en abuse-t-il ?

        En se donnant des jouissances matérielles. Ses sens demandent des satisfactions que sa raison réprouve et c’est cependant à ses sens qu’il obéit.

        Voyez un homme longtemps réduit à la pauvreté ; que fait-il le jour où, par bonheur, ou par malheur, une somme d’argent vient lui donner le pouvoir de satisfaire ses désirs ?

        Il se paie un bon dîner d’abord, puis des femmes ensuite : deux intempérances. Par la première, il gâte son estomac et ruine sa santé ; par la seconde, il vide son cerveau et ruine son intelligence. (C’est en s’assimilant la loi qui régit le sexe féminin que les hommes produisirent, plus tard, le système épicurien qui ruina la Grèce- Voir l’article sur la Loi des sexes)

        Résultat : La liberté lui a donné un germe de maladie et un germe de folie, sans compter les tourments intermédiaires.

        Il résulte de ceci que les hommes les plus riches, ceux qui ont, plus que les autres, les moyens de satisfaire pleinement leurs besoins physiques, intellectuels et moraux, ne sont pas les plus heureux, si, à leurs richesses, ils n’ajoutent pas les vraies conditions du bonheur.

        M. Vanderbilt père, qui fut l’un des hommes les plus riches du monde, a avoué, dans une lettre qui a été publiée, les misères de son cœur :

        « Mes dollars m’écrasent, disait-il, je n’en recueille aucun plaisir, je n’en retire aucun bien. En quoi suis-je plus heureux que mon voisin dans une position modeste ? Il goûte les vraies jouissances de la vie ; elles me sont inconnues. Il peut se fier à ceux qui l’entourent ; moi je ne puis me fier à personne.  »

        Ceci prouve que ce n’est pas ce qu’on a qui fait le bonheur, mais ce qu’on est.

        Parmi les définitions qui ont été données du bonheur, il en est une que l’on accepte assez généralement, c’est celle ainsi formulée : Le bonheur c’est la joie d’une conscience pure, c’est la pratique habituelle de la vertu, c’est-à-dire tout le contraire de ce que dit Sébastien Faure, puisque la satisfaction de tous les besoins physiques, qu’il réclame, mène au vice et non à la vertu et empêche les besoins intellectuels d’apparaître ; ils se trouvent supprimés par la satisfaction des besoins physiques, qui annulent la vie intellectuelle.

        Victor Hugo, qui comprenait mieux la nature, a dît, plus justement : « Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent.  »


        • acetrip 25 juillet 2018 11:19

          @Étirév
          « le bonheur,c’est l’absence de malheur »(Alain)


        • Jason Jason 25 juillet 2018 13:44

          @Étirév


          Oui, l’argent ne fait pas le bonheur, dit-on, mais il y contribue largement.

          Et ceux qui ont la chance de profiter du « dolce farniente » vivent très bien, en dépit de M. Hugo.

        • Jason Jason 25 juillet 2018 10:05

          Comme toute doctrine philosophique il suffit de la tronquer, de la triturer un peu pour lui faire dire ce qu’elle ne dit pas.


          Beaucoup se sont moqués de sa doctrine, certains ont parlé des pourceaux d’Epicure, etc.

          Mais elle nous interroge et nous tente toujours autant. Il suffit de nous y attacher quelques instants pour nous faire entrevoir de jolis sentiers.

          • MKT 25 juillet 2018 10:19

            Eh Bien !
            Cela fait longtemps qu’il n’y avait pas eu d’article lisible sur ce site.
            Même les commentaires de Jean Roque sortent de sa monomanie.

            Merci donc à l’auteur pour ce rappel relatif à Épicure.

            Ce qui est étrange c’est que Épicure est assez proche (temporellement) de bouhdda. Y aurait-il eu en ces temps une espèce de vision des choses partagée ?

            Bon pour revenir à Épicure j’ai trouvé cette page : https://www.philolog.fr/le-plaisir-selon-epicure-victor-brochard/

            Bien à vous.


            • Sozenz 25 juillet 2018 11:35
              La métaphysique dite se concrétise, en s’affinant de l’opposition naturel/vain, où donc quelque naturalité préférentiellement bonne (Bien), s’oppose à quelque vanité référentiellement mauvaise (Mal)

              vous commencez très mal votre analyse interpretation . vous confondez vain qui est inutile qui ne sert à rien avec le mal .
              et naturel qui est bien ; alors que le nature est quelque chose qui appartient simplement a nos « nécessités »

              vous etes trop primaire sur votre analyse, trop "materialiste , terrien.

              il faut alors que, une fois cet état d’équilibre pur & parfait soit atteint comme en centre de gavité (relativement morbide, quand on y pense)
              c est la vie d avidité, d ambition qui est morbide , nous le voyons dans notre monde capitaliste ;

              • Jean Roque Jean Roque 25 juillet 2018 18:52

                @Sozenz
                 
                Vrai et faux logiquement peut se dire Bon et Mal moralement, Épicure démarre la dialectique de la praxis humaine. Relativisme de l’existence « métaphysique » qui se rapproche de hindouiste/boudhiste (alors là y a plein de mythes marrants !) où recherche matérialiste de la vérité logique du concept « homme » ?
                 
                Car les dieux existent, attendu que nous connaissons leur existence par une intuition évidente. [transcendantale, il fait le Kant ?] Mais, quant à leur nature, ils ne sont pas tels que la foule le croit [et non, il fait le Hegel ! ...]
                Mais la multitude, incapable de se déprendre de ce qui est chez elle et à ses yeux le propre de la vertu, n’accepte que des dieux conformes
                à cet idéal et regarde comme absurde tout ce qui s’en écarte. 
                 
                On appelle ça aliénation ! (fausse conscience...)
                 
                Mais la multitude tantôt fuit la mort comme le pire des maux, tantôt l’appelle comme le terme des maux de la vie. (126) Le sage, au contraire, ne fait pas fi de la vie et il n’a pas peur non plus de ne plus vivre : car la vie ne lui est pas à charge, et il n’estime pas non plus qu’il y ait le moindre mal à ne plus vivre
                 
                Pas bouddhiste....
                 

                On fait pis encore quand on dit qu’il est bien de ne pas naître
                 
                Pas Cioran ...
                 
                , ou, « une fois né, de franchir au plus vite les portes de l’Hadès ».
                 
                Pas barbu

                « L’Esprit est uniquement l’acte de sursumer son être-autre ; cet autre, qu’il est lui-même, est la nature ; l’Esprit est uniquement l’acte de se rendre identique à soi à partir de cet être-autre. Son essence n’est pas l’identité à soi, mais de se rendre identique à soi [...] L’Esprit sursume la nature [physique et éthique] ou son être-autre en reconnaissant cet être-autre comme lui-même [nature et objets humains], en reconnaissant que la nature n’est rien d’autre que lui-même posé comme un opposé. Par cette connaissance l’Esprit devient libre, ou encore c’est seulement par cette libération qu’il devient Esprit ; il s’arrache de la puissance de la nature lorsque celle-ci cesse d’être un autre pour lui [à travers l’Histoire]. » Iéna, Hegel
                 


              • covadonga*722 covadonga*722 25 juillet 2018 11:50

                yep , la philosophie tout ça , pour le vulgus pecum respirer encore c’est déjà du bonheur après le plaisir ........



                  se réveiller, vivant , en ce monde
                  quel bonheur !
                  pluie d’hiver 
                  Mizuhara Shuoshi , haiku



                • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 25 juillet 2018 17:47

                  OUI. Texte intéressant, mais à traduire en démotique. Vite des haikus. Il ne suffit pas qu’une vérité soit simple ; ll faut aussi qu’elle soit dite simplement. 

                  PJCA

                  • bonnes idées 26 juillet 2018 21:47
                    Tout comme je suis un putchiste du dimanche matin je suis aussi un philosophe du lundi soir néanmoins je pense que le véritable bonheur nous glisse entre les doigts comme une savonnette mouillée ou bien comme une anguille qui se débattrait afin de retourner à son ruisseau. Le véritable bonheur restera pour toujours dans la simplicité des choses, dans les petits actes de la vie sans tire boulette cotillon et serpentin.
                    La vie est une ligne droite et elle ne s’entendra jamais avec le bonheur qui lui tourne sans cesse en boucle et l’esprit humain devient comme hypnotisé par la recherche perpétuelle de plus de plaisir. Comme un drogué qui a besoin de sa dose l’esprit devient alors irritable si il n’obtient pas satisfaction tout comme un enfant pleure dans le supermarché lorsque ses parents lui refuse un caprice.

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