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« Le Canard à l’Orange » La recette Nicolas Briançon enthousiasme La Michodière

De la « Vénus à la fourrure » jusqu'au « Canard à l'orange », Nicolas Briançon a l'art de régaler son public par des mises en scène où les comédiens peuvent se distancier de leurs rôles en poussant ceux-ci paradoxalement jusque dans leurs failles.

Cultivant le lâcher-prise, chacun y va de sa capacité à exacerber une situation qu'il sent lui échapper pour mieux tenter d’en reprendre le contrôle après l’essorage des pulsions contradictoires agitant le précipité des ressentiments.  

Quand, de surcroît, notre metteur en scène est également partie prenante en tant que comédien, voici celui-ci jouant les démiurges omnipotents façon Sacha Guitry mais laissant apparaître ses propres vulnérabilités comme composante de l’enjeu soumis au public.

 

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LE CANARD A L’ORANGE
© Céline Nieszawer

  

Alors, si la séduction addictive fut le ressort selon lequel le rapport de forces entre Thomas & Wanda (La Vénus ) avait dû trouver son point d'équilibre salvateur au sein d'une dualité attisée par des postures ambivalentes allant de la domination à l’assujettissement ici, à La Michodière, c'est comme si l'homme de spectacle se retrouvait de l'autre côté du miroir, versant clown assumé, cultivant le paroxysme de l’empathie joyeuse comme arme de déconstruction totale.

En effet, point question présentement de compromis petit bras, bien au contraire, grand seigneur, l'artiste jette son va-tout selon la maestria téméraire de celui qui joue à qui perd gagne avec ce qu'il a de plus précieux.

En l'occurrence, Liz Preston, son épouse, est en train de vaciller sur la pente du divorce, s'étant laissée conquérir par un enjôleur prétentieux et sans vergogne.

Le départ définitif de l’épouse étant sur le point de se conclure, Hugh Preston, le mari, ose alors un coup de maître.

 

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LE CANARD A L’ORANGE
© Céline Nieszawer

  

Il propose à John Brownlow, l'amant, de venir passer le week-end au domicile familial sous prétexte de régler les procédures juridiques à l'amiable tout en invitant, par ailleurs, Patricia, sa propre secrétaire (Alice Dufour), afin d’objectiver le flagrant délit des torts respectifs.

Ce stratagème risque-tout étant en passe de réussir, il ne devrait plus rester qu'à développer tant d'ardeur et de compétence à bien recevoir cet hôte de prédilection que celui-ci, décontenancé par quelques circonstances imprévues, perdrait peu à peu toute son aura au regard de la conjointe infidèle.

Mais cela reste, bien sûr, plus facile à dire qu'à exécuter !

Et c'est précisément tout l'art de Nicolas Briançon d'avoir su tirer de ce chef d'oeuvre anglais, un tant soit peu désuet, le puissant principe actif ne se souciant point d’une idéologie misogyne et ringarde latente pour, a contrario, jouant avec le feu, transgresser celle-ci par une énergie positive assumant pleinement la caricature forcée.

 

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LE CANARD A L’ORANGE
© Céline Nieszawer

  

A l’appui de cette réalisation menée tambour battant, se trouve également la nouvelle adaptation de Marc-Gilbert Sauvajon mieux formatée aux critères de l’époque contemporaine ne s’embarrassant point des convenances et des codes de bonne conduite.

En outre, la judicieuse idée d’avoir imaginer John, l’amant, avec un accent belge quelque peu trivial, permet à Francois Vincentelli de composer un personnage plein de fantaisie dont les réparties prennent une saveur propre à déclencher les fous rires.

Gageons que la vaine impatience des gourmets ne verra jamais arriver sur la table le fameux canard mais d’aucuns ne s’en offusqueront car cela autorise Mme Gray, la cuisinière (Sophie Artur), de faire des irruptions opportunes pour différer une armistice culinaire dont, en définitive, personne ne voudrait.

Dans cette perspective, Anne Charrier (Liz) a la charge très intéressante de faire évoluer sa perception amoureuse et affective au fur et à mesure des audaces de son mari liées directement au prorata des forfanteries de son amant, et c’est donc un véritable régal pour les spectateurs d’assister à leurs rounds successifs changeant ainsi peu à peu la nature du match libidinal.

 

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LE CANARD A L’ORANGE
© Theothea.com

   

Tous prennent un malin plaisir à se camper dans de beaux draps, ceux dans lesquels le bon droit rejoint au bout du compte la juste cause, fût-elle complètement antagoniste à celle des partenaires.

Reste donc, en continuité insatiable, le point de vue du spectateur se réjouissant d’observer que le ridicule, décidément, ne tue point l’humour alors que se déclenchent les salves de rire à chaque gong ponctué par le score des turpitudes sociétales.

De fait, cet imbroglio intensément drôle donne à penser que ces cinq comédiens ont vraiment de la chance d’être ainsi, chaque soir, aux premières loges de cette comédie culte pour laquelle, c’est un euphémisme, ils donnent vraiment beaucoup d’eux-mêmes ...

(... ainsi qu'évènement exceptionnel et sans doute jusqu'ici unique, chacun des cinq vient d'obtenir sa propre nomination aux prochains Molières 2019 , en plus de celles du metteur en scène et de La Comédie, portant ainsi le score de leur " Canard à l'Orange " à 7 nominations

    
photos 1 à 3 © Céline Nieszawer
photos 4 & 5 © Theothea.com
  
LE CANARD A L'ORANGE - **** Theothea.com - de William Douglas Home - mise en scène Nicolas Briançon - avec Nicolas Briançon, Anne Charrier, Francois Vincentelli, Alice Dufour & Sophie Artur - Théâtre de La Michodière
  
  

 

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LE CANARD A L’ORANGE
© Theothea.com

   


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