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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Le cas Lucia J. (un feu dans sa tête)

Le cas Lucia J. (un feu dans sa tête)

Le cas Lucia J. (un feu dans sa tête) d’Eugène Durif ; mise en scène Éric Lacascade ; joué par Karelle Prugnaud. Spectacle jeté à la rue en Avignon à mi-parcours…

J’ai vu une préfiguration au théâtre de la Reine Blanche, le 28 avril 2018 (il avait un autre titre) et lu le texte édité aux Carnets de frictions.

Lucia Joyce aurait été la muse, pour parler calme et ancien, de son père James. Les choses ne sont pas très nettes. Les hommes font des enfants et parmi ces enfants, des filles. Symétriquement, les femmes font des hommes. C’est un mystère ineffable de la vie, qu’on pratique sans trop savoir quelles interrogations poser à son propos. Ah ! les filles et leur père ! dit-on parfois, les bras au ciel. Eh oui ! que savoir de cette filiation, de ces ressemblances, quelle force cela donne-t-il, quels empêchements, stagnations, boucles statiques, cela produit-il ?

Dans le cas des Joyce (est-ce vraiment le cas Lucia seule ?), la fusion est grande, et comme bien des excès qui nous habitent, elle crée tensions et fissions. « On a longtemps parlé la même langue, même dans le silence. »

Lucia fut danseuse, à un haut niveau : « Il y a tant de danses inachevées, retenues dans mon corps, de danses qui ne demandent qu’à se déplier… » Il y a beaucoup de beau monde dans l’entourage des James : Dalcroze, Duncan pour la danse ; Beckett pour l’écriture de papa, et un rêve d’amour ; Jung pour les soins psys. « C’est Giorgio mon frère qui m’a fait enfermer. Giorgio mon grand frère m’a fait enfermer le jour de l’anniversaire de papa, pour ses cinquante ans… »

L’auteur évoque l’état des connaissances et des recherches sur la folie. Le soin et la répression y sont grandement confondus, sans qu’on s’en rende compte, à l’époque : les soins calment, alors qu’ils sont des punitions tellement terrifiantes qu’ils « calmeraient » n’importe qui. On n’y voit pas clair du tout à ce moment-là.

Tandis que James Joyce écrit Finnegans Wake, et son héroïne Anna Livia Plurabella, Lucia danse dans les chambres des « maisons de santé » (quand elle ne porte pas de camisole de force). La fille et le père sont-ils reliés par une télépathie ? Le père crut réellement que Lucia retrouverait ses esprits après l’écriture de ce roman. Ces « personnages » sont-ils tous superposés ? Le père, la fille, les personnages de plume et les vrais de chair et d’os ? Anna Livia Plurabella, double de Lucia, lui prendrait-elle son mal ? C’est ce fil, fragile et cassant comme de la laine, qu’a discrètement noué Eugène Durif, avec tendresse pour ses personnages. Délicatesse et âpreté ; un oxymore mené de main de maître par l’auteur, et toute l’équipe, comédienne et metteur en scène. Il faut dire que le texte fut écrit en collaboration avec la comédienne-performeuse et le metteur en scène, ce qui contribue fortement à la profonde unité du spectacle.

 

Eugène Durif a écrit un beau texte, plein de vigueur, à la fois brut et cru comme une « pièce du boucher », saignante, une pièce de qualité (image crue aussi) et… subtil, complexe, analytique, poétique (car il y a de la poésie aussi dans l’élémentaire impudique). Le jeu de Karelle Prugnaud était plein de cette énergie sauvage, primale, et plein de toutes les attentions et méandres du texte.


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3 réactions à cet article    


  • Orélien Péréol Orélien Péréol 4 août 18:54

    Pourriez-vous commenter mon texte, parler du texte ou de la pièce « Le cas Lucia J. (le feu dans sa tête) » ? Merci


    • pacifico 4 août 19:44

      @Orélien Péréol
      Ah oui la pièce.
      Vous souhaiteriez donc que nous nous lancions dans des aventures écrites au sujet d’une pièce que nous n’avons pas vue., ou , d’un texte qui lui est étroitement lié.
      Désolé je suis trop occupé à rédiger un article sur un livre que je n’ai pas lu.


    • Philippulus Séraphin Lampion 5 août 09:54

      Il ne faut pas effacer les commentaires quand on y répond

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