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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Le chemin de l’inculture

Le chemin de l’inculture


Dans le passé le baccalauréat était un diplôme qu’obtenaient 5 ou 10 pour cent d’une classe d’âge. Depuis quelques décennies l’idéologie "tous au bac" a transformé ce diplôme radicalement. Sa signification avant et aujourd’hui, quant au degré de maturité impliqué, quant à la connaissance de la langue, de la syntaxe et de l’orthographe, quant à la capacité de raisonnement logique, n’a plus de rapport. Parallèlement, la signification du mot "culture" a changé. La différence entre la culture au sens traditionnel, c’est-à-dire les arts, la philosophie, la psychologie etc. et la "culture" de masse, les variétés, musique pop, bande dessinée, tags etc. est du même ordre qu’entre le baccalauréat avant et aujourd’hui.

L’idéologie "tous au bac" vise à faire accéder une grande majorité d’enfants à une classe cultivée qui, elle, se réduit comme une peau de chagrin, n’ose pas dire son nom, n’ose plus se présenter pour ce qu’elle est et que d’ailleurs elle est de moins en moins. Car le concept de culture, au sens traditionnel, est associé à d’autres concepts comme patrimoine, transmission et héritage, celui-ci anti-démocratique par excellence, et donc inadmissible. Dans le processus de "démocratisation" on "met au centre" comme on dit, non pas tant l’enfant mais emblématiquement l’enfant "défavorisé", "issu des milieux défavorisés", ce qui assure que l’enfant favorisé, lui, n’a aucun avantage (alors que son avantage est l’héritage culturel) et reçoit la même éducation, une éducation contrainte par les besoins du "défavorisé", limitée par ses limites à lui. C’est garantir absolument, non seulement que le niveau général et moyen ne "montera" pas, mais à chaque génération il baissera davantage - et c’est en effet ce que se passe.

Il faut toujours s’adresser de préférence aux plus mauvais élèves, de sorte que non seulement on n’avance pas mais, l’ignorance progressant sans cesse avec un tel système, l’acquis s’amenuisant toujours et le niveau moyen se baissant, la culture régresse indéfiniment. Le beau résultat de trente ou quarante ans d’éducation de masse et d’intense action culturelle jacklanguienne, c’est que les citoyens ne savant plus lire, et qu’ils ont une capacité d’attention et de concentration, zapping télévisuel aidant, dépassant rarement la minute.
Curieux effet des immenses progrès prétendus de la diffusion de la culture dans le public tels que les décrivent idylliquement Jack Lang et les autres exaltés du désastre, tout est ainsi décalé d’un cran vers le bas. De même qu’à l’université les professeurs sont obligés de faire le travail qui n’a pas été fait au lycée, qu’au lycée on s’efforce de compenser tant bien que mal les négligences du collège, et que dans les collèges on calfeutre comme on peut les trous laissés béants dans le cursus éducatif par les années d’enseignement primaire.

On peut voir le résultat à la télévision lors des mouvements de mécontentement universitaires, ou bien directement si on a l’occasion de s’aventurer dans leurs facultés, qui elles, souvent, plus que d’un esprit prolétaire, paraissent relever quasiment de la décharge publique ou de la cour des Miracles. On évoquera rituellement à ce propos le fameux « manque de moyens », et il n’est pas question de contester que l’Université française gît en effet dans une grande pauvreté et dans un paradoxal abandon. On aurait pu penser en effet qu’une société qui décidait, contre tout bon sens, de faire de tous ses jeunes des « étudiants », eût mis un point d’honneur à consacrer à cette entreprise des sommes proportionnelles à l’ambition affichée. Mais il en va du délabrement qu’on constate sur les lieux comme de celui de certains quartiers « défavorisés » : c’est en grande partie d’un délabrement actif qu’il s’agit, provoqué par ceux-là mêmes qui en sont les victimes ; et qui procède autant du vandalisme que d’un coupable abandon de la part de autorités - lesquelles, sachant bien que tous nouveaux investissements verraient leurs effets subir le même sort, ne sont pas outre mesure tentées, on les comprend, de forcer leur nature pour procéder à ces vaines dépenses.
Ces lieux délabrés, prolétariens et souvent lumpenprolétariens produisent naturellement et sans surprise des prolétaires, au mieux des petit-bourgeois, et peu importe alors que ceux-ci soient avocats, médecins, professeurs de lycée ou de faculté. Ils produisent en masse des diplômés sans culture, des instruits sans éducation, et des « cadres ». Ils produisent en masse des prolétaires culturels, des prolétaires de civilisation, des prolétaires en usage de la langue. La seul chose qu’ils ne produisent pas ce sont de vrais prolétaires, des prolétaires disposés à faire encore un travail de prolétaires. L’enseignement de masse, sans engendrer d’élite élargie ni même assurer le renouvellement ou le maintien de l’élite ancienne, éradique progressivement, aussi sûrement qu’il a éradiqué la classe cultivée, la classe ouvrière, dont les fonctions traditionnelles sont assurées peu ou prou par le moyen de délocalisation d’une part, de l’immigration d’autre part.

La culture, au sens traditionnel, est en train de disparaître sous nos yeux. Qu’elle soit prétendument partout n’abuse que ceux qui veulent être abusés. Tous ce qui relève de près ou de loin du divertissement, de l’occupation des loisirs, de la gestion du temps libre est désormais paré du nom de "culture", qu’il s’agisse de concerts de l’électro-pop, de one-man-show d’amuseurs ou des matches de foot, tout est "culture". Même la gastronomie a été annexée. Les amis du désastre, qui soutienne que "tout est culture", ont recours aux chiffres, aux statistiques, au nombre d’entrées, qui ont été les grands moyens sociologiques du mensonge pour persuader le peuple qu’il jugeait à tort et à travers de ce qu’il ressentait. Ainsi, il n’y aurait jamais eu autant de monde dans les musées, ni de publique pour les grands expositions. Jack Lang excipe de ces vérités-là chaque fois qu’il en a l’occasion, et de ces chiffres et de ces foules pour ressasser indéfiniment son vieux rêve selon lequel la culture, depuis trente ans, aurait gagné à elle d’innombrables couches nouvelles de la population.

Qu’il y ait plus de monde que jamais autour des œuvres d’art, qu’il télécharge sans cesse davantage de "titres", qu’il paraisse toujours plus de livres nouveaux, ces vérités-là sont aussi vraies que la proposition, vrai elle aussi, selon laquelle il n’y a jamais autant de bacheliers - en conséquence de quoi un bachelier est incapable d’écrire une simple lettre, et même un e-mail un peu près poli sans trop de fautes, ne parlons pas d’un devoir de licence, quand bien même la licence est à peu près officiellement le nouveau baccalauréat ; tandis que dans les musées et les grandes expositions il est impossible de voir un tableau. Beaucoup de visiteurs y songent à peine, d’ailleurs : ils viennent plutôt voir le musée, ou l’avoir vu, et "l’expo" pour l’avoir faite. Mais les rares musées qui ne se livrent pas à de grandes agitations médiatiques afin d’ »attirer un public plus diversifié » sont déserts ; et les mêmes tableaux devant lesquels les foules mécaniquement et médiatiquement émerveillées jouent des coudes au Grand Palais reposent paisiblement dans leur solitude coutumière à Valenciennes ou à Agen le reste de l’année, quand ce n’est au Petit Palais, de l’autre côté de l’avenue. L’époque et la société sont tout entières médiatiques et dans la dépendance de leurs maîtres les médias. N’existe culturellement que ce qui a sa place dans les médias - mais cette place tend à se substituer à la chose même. Et pour les médias il s’agit toujours d’attirer vers les sites ou vers les rites ou les pratiques et les comportements culturels, des publics qui ne seraient pas attirés « naturellement », c’est à dire « culturellement ». La société postculturel ne croit pas à la médiation personnelle, au travail sur soi-même (sinon bien sûr dans le dessin d’être soi-même davantage) et pas davantage à l’éducation ou à l’héritage culturel. Certes un succès moyen de librairie représente un nombre d’exemplaires vendus très inférieur à ce qui était le cas dans le passé, mais les amis du désastre ne manquent pas de le rappeler, il y a infiniment plus d’élèves dans les lycées, plus d’étudiants dans les universités, cent fois plus de monde dans les musées. Que ce soit dans les bibliothèques, dans les théâtres, dans les salles d’opéra ou dans les galeries d’art, l’objectif est toujours de faire venir en masse des individus qui n’en ont pas particulièrement envie, et qui n’y eussent pas songé de leur propre chef. Ces cohortes, qu’on précipite vers les musées sans que rien les a préparées à en tirer profit, mais qu’une habile politique à inciter à s’extasier devant Velázquez ou Rembrandt, la qualité et la réalité de leur extase sont tout de même plus mesurables qu’on ne veut bien le dire, ne serait-ce à partir de leurs autres extases ou leurs autres goûts, tels qu’ils se manifestent par exemple dans leurs intérieurs ou dans les souvenirs qu’ils rapportent de leurs voyages.

Ceux qui souffrent de cette incursion formidable de la masse dans ce qui était des sanctuaires de l’individu, du silence, du recueillement, de l’intimité avec l’art et avec la pensée, ce sont les anciens habitués, qui ne reconnaissent plus les lieux qu’ils hantaient, et finissent par s’en dégoûter. Ceux-là meurent, dira-t-on, ils vont mourir, et avec eux un certain type de rapport à la peinture.

C’est une des plus tristes marques de l’inculture générale que la revendication par des populations de se voir offrir sans cesse quelque chose à faire pour occuper leur loisir, pour les distraire, pour tuer leur temps. Il semble convenu que c’est à l’Etat et aux diverses autorités locales de prodiguer ce service essentiel, faute duquel la jeunesse, en particulier, se trouve n’avoir rien à faire, si l’on en croit ses plaintes, ne pouvoir que végéter en des lieux, des quartiers où il n’y a rien à faire, et parce qu’il n’y a rien à faire, s’abandonner à la plus naturelle des activités de l’espèce humaine laissée par elle-même à elle-même, déranger, importuner, vandaliser, détruire, blesser et exercer la nuisance.

Pour l’Etat et les autorités locales ce que devient vite très cher c’est l’épuisante nécessité d’occuper l’inculture, de la distraire, de la canaliser, de la satisfaire pour les besoins de la paix sociale, de la sérénité et du profit. L’inculture s’ennuie, par définition, donc elle a toujours faim de nouveautés, de nouveautés fussent-elles culturelles, s’il le faut, mais c’est alors le nouveau qui est important, par la culture. Il faut aux responsables culturels offrir en permanence du nouveau. Un musée, s’il veut être dit "vivant", doit proposer des innovations, un nouvel accrochage, de nouvelles expositions, un "thème" de saison, un espace ludique, une aire d’interactivité. Les musées sont sommés de consacrer toujours davantage de leurs espaces aux expositions temporaires, au point que très souvent on ne peut plus voir, ou très diminuées, leurs collections permanentes.

Ce qui est égalitaire dans la situation culturelle, c’est le désastre. Il affecte sans beaucoup de nuances toutes les anciennes classes. Les anciennes classes culturellement défavorisées le sont à peine moins, ou même le sont davantage, si l’on prend en compte l’effondrement du bagage culturel de base, tel que le prodiguait l’ancien système aux enfants de la paysannerie ou de la classe ouvrière, enfants qui, devenus vieillards à présent, maîtrisent infiniment mieux ce qu’il est convenu désormais d’appeler "les fondamentaux" que leurs petits-enfants ou arrière-petits-enfants. Les anciennes classes favorisées, elles, sont en passe, grande victoire de la démocratie, de perdre complètement le privilège dont elles jouissaient.

On peut remarquer au passage que le prestige spécifique, à l’étranger, et la situation particulière de la culture proprement "française" étant de part leurs origines de nature hautement aristocratique et, à travers leurs avatars séculaires, de caractère résolument élitiste (comme pour la plupart des grandes cultures), la démocratisation petite-bourgeoise et prolétarisante leur a été fatale, ainsi qu’il est constaté de toute part.

Réf. : Renaud Camus - La grande déculturation. Fayard 2008



 

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24 réactions à cet article    


  • frugeky 5 mars 2010 10:17

    Je plusse pourtant je suis d’accord avec pas grand chose.
    Certes, le niveau baisse au niveau du bac et de l’université. Certes aussi, il y a confusion entre culture et entertainment.
    Mais de quels médias parlez-vous qui seraient les seuls à faire vivre une culture qui sans eux n’existerait pas ? La télévision ?
    Quid de la radio, des livres, d’internet ? Des tableaux (et autres oeuvres), puisque vous avez fait une partie de votre carrière dans les arts plastiques. Du cinéma ?
    Toute culture nécessite d’avoir des clefs de compréhension. On ne déchiffre pas un livre comme on le ferait d’une image. C’est le rôle de l’enseignement que d’apporter ces clefs afin que les élèves puissent choisir leur culture.
    Qu’une nouvelle culture soit en train d’apparaitre et que je ne me reconnaisse pas dedans ça m’effraie un peu mais ne me désespère pas complètement.
    Merci pour votre article, bien à vous.


    • Pie 3,14 5 mars 2010 10:38

      Quelle morgue, quelle suffisance, vous jouez à l’aristocrate dégouté par la médiocrité de la masse.

      Vos arguments à la sauce R Camus ou Finkelkraut sont ceux des déclinistes de tout temps ( le niveau baisse, la masse est bête, la « vraie » culture fout le camp).

      Ce long texte prétentieux et ampoulé n’est qu’une suite de jugements de valeur à l’emporte-pièce , j’ai déjà lu cela 50 fois sans y trouver la moindre pertinence.


      • ffi ffi 13 mars 2010 20:46

        Pour prolonger le Sudiste

        Il ne faut pas oublier que Mr Lang a fait entrer par la loi la publicité dans le cadre de l’exception culturelle.

        La culture commerciale a été substituée à la culture spirituelle.

        La culture spirituelle visait à créer un art et des sciences de plus en plus performants, précis et affiné
        La culture commerciale vise à faire vendre des produits, d’où sa redéfinition en tant que loisir.

        L’effondrement culturel présent (s’il continue), aura fatalement des conséquences en terme de niveau de vie à l’avenir, puisqu’il implique in fine une perte de savoir-faire (et de savoir-être) par les populations.

        La culture désigne les productions humaines (agriculture, arts, sciences, spiritualité...). Sans esprit, ni intelligence, la culture dégénère.

        L’élitisme culturel n’était rien d’autre que la recherche du progrès social, car c’est évidemment l’amélioration de l’art de vivre de chacun qui permet le progrès collectif.


      • morice morice 5 mars 2010 12:04

        « La culture, au sens traditionnel, est en train de disparaître sous nos yeux »


        Serait temps de se mettre à la nouvelle ; avant on ne se posait pas la question : on a appris les colonies lors de leur création sans se demander si c’était mieux « avant ». Tous les propos sur la culture d’avant meilleure ne résistent pas... au temps. Pleurnicher ne sert à rien, ce qu’il faut c’est MAITRISER celle du moment : combien d’adultes rechignent encore devant le net ? Or, en dix ans, c’est lui qui s’est imposé. A vous de le maîtriser.

        Votre texte n’est qu’un pleurnicherie inutile de plus. Regarder vers le passé, c’est être REAC, tout simplement.

        • morice morice 5 mars 2010 13:33

          « du jazz des anées 50 »



          jamais cité ça... et encore des attaques perso : vous ne savez plus faire que ça ici... 

          achetez un bouquin d’orthographe, au passage... et méfiez-vous en.

        • morice morice 5 mars 2010 12:05

          une pleurnicherie, pardon.


          • dom y loulou dom 6 mars 2010 02:29



            Un très beau texte auteur, merci, très salutaire au contraire. je n’y lis pas une pleurnicherie mais un cri de désespoir absolument jusitifé par un bon million de raisons, résumées très justement en « désastre » par l’auteur.

            Et puis Morice de quelle nouvelle culture parlez-vous ? Celle de cette bête systémique appelée OTAN qui décide maintenant que les ours polaires ne savent plus nager ou que le soleil n’a AUCUNE incidence sur les tempértures terrestres ? Parce que des âneries il faut en avaler tous les jours... des couleuvres et des vipères il y a vingt ans encore ... des T-rex aujourd’hui qui s’opposent à toutes les prises de conscience !!

            Voudriez-vous clarifier quelle est cette nouvelle culture que vous voyez poindre ?

            Celle des nouveaux paradigmes qui doivent survivre en marge ou au plus profond des secrets des coeurs ? Ou carrément en-dehors de cette société marchande qui fait précisément disparaitre la société au nom du productivisme ? Les liens chaleureux humains au proft de hiérarchies militaires stéréotypées ?

            Ou celle du Red Bull filant le cancer de la mâchoire à ceux qui en consomment ? Celle de l’aspartame utilisé à Auschwtiz et qu’on retrouve aujourd’hui dans le coka light ou la même qui vante des vaccins qui n’en sont pas ? Celle qui trouve plus important les résultats du foot plutôt que la qualité de l’eau qu’on boit ? Ou celle qui vient de comprendre que l’eau, précisément, est consciente nous menant vers de nouvelles perspectves de dialogue avec notre environnement et nous-mêmes ? Celle qui chiffre et numérote les gens comme des bêtes d’abattoir et qui jure que c’est absolument indispensable ou une autre qui n’y voit que folie de contrôle ? Laquelle ?
             


          • minidou 5 mars 2010 14:34

            L’impression d’avoir entendu / lu ça mille fois...Quel intérêt ? A t-on des indicateur pour étayer la thèse de la baisse du niveau, ou bien ou bien est-ce la sempiternelle complainte du « c’était mieux avant »... Pourquoi commenter un texte aussi prévisible et sans intérêt...Je devrais consulter...


            • srobyl srobyl 5 mars 2010 15:47

              Ce qu’il y a tout de même de très étonnant, c’est de constater l’incroyable ambition (en diversité des contenus et aussi en notions abordées) des programmes de certaines termlnales (peut—être moins depuis la réforme des lycées ?) qui intègrent des données parfois assez pointues et le manque de maîtrise des « fondamentaux » comme vous le soulignez : certains élèves , les mêmes qui tutoient les neurotransmetteurs et connaissent la formule chimique du RU 486, se trompent systématiquement dans le calcul de la vitesse de l’expansion des fonds océaniques, où il faut convertir des km en cm...
               
              Je n’adhère pas complètement à tout ce que vous dites, mais je suis d’acord avec le point suivant : à force de vouloir à tout prix « occuper le temps » en des activités multiples, à force de demander sans cesse et toujours plus d’images, on étouffe le temps de réflexion et on tue l’imaginaire. Il est cependant difficile de s’extraire du contexte « culturel » (au sens second du mot) dans lequel on vit. S’il y avait eu la télé au temps de Newton ou de Galvani, ils auraient peut-être préféré voir les matchs de foot, sait-on jamais, nous privant de découvertes fondamentales. Quoi que...un bon lobe, et peut-être...la gravitation au bout du chemin ?


              • Jean-Fred 5 mars 2010 15:50

                Je crois que l’auteur se trompe de A à Z, ce n’est pas parce que la grande majorité a aujourd’hui son bac que celui-ci a été dévalorisé.
                Il y a là, à mon sens, un amalgame digne des plus vieux réactionnaires de notre époque.

                Affirmer que nous sommes dans une spirale du désastre sous prétexte de permettre à tous d’accéder à la culture devenant l’inculture est aussi une aberration.

                L’auteur ne semble pas avoir le courage d’aller jusqu’au bout de son analyse, elle conduit tout droit à l’eugénisme.

                Il y a trop de raccourcis, l’auteur ne semble pas connaître l’ensemble des outils nécessaires à la compréhension du phénomène bien réel à savoir une baisse qualitative de l’enseignement.

                Les causes sont multiples et l’éducation de masse n’a rien à voir dans ce problème.

                Ce billet est pour moi un des pires torchons néo darwiniste que j’ai pu lire sur ce site.


                • Mycroft 5 mars 2010 15:55

                  Il est vrai, le bac perd de sa signification. Et les gens ne savent plus écrire, mon bon monsieur. Moi même, et croyez moi j’en ai honte, j’ai peine à écrire sans mon correcteur d’orthographe automatique.

                  Et pourtant, pourtant, regardez la puissance que nous apporte cette nouvelle génération, et la précédente. Regardez la bien, et vous verrez qu’elles ont fait bien plus que toutes celles qui les ont précédées.

                  Regardez l’informatique. En à peine 50 ans, on est passé de simples calculatrices améliorées à des systèmes capable de simuler de véritables mondes virtuels. On crée, jour après jour, année après année, des êtres artificiels de plus en plus brillants, de plus en proche du vivant. Des machines sont capables de faire le travail que des humains devaient faire par le passé.

                  Des solutions à des problèmes d’une complexité incroyable, comme la conjecture de Fermat, sont trouvées.

                  Tous ça, les générations passées n’en ont pas été capable. elles n’ont même pas été capable d’en faire le dixième. Non seulement en quantité, mais aussi en qualité.

                  Les élites ne disparaissent pas encore. Les classes préparatoires existent toujours, les thèses aussi. Et là, le niveau ne baisse pas. La culture évolue, parce que notre civilisation a dépassé ce passéisme dont vous faite preuve, et donc, oui, on ne considère plus que l’art doit suivre les modes de l’ancien temps pour être de l’art. Et pourtant, cet art divertie toujours, et ne procure pas un divertissement de moindre qualité que l’ancien. Et c’est ce qu’on lui demande, car la mission de l’art a toujours été celle de divertir. Pour la réflexion, il y a les sciences, la politique et la philosophie. C’est justement à cause des passéistes que l’art a perdu cette vocation au divertissement pour devenir autre chose, sans vraiment trouver un réel sens.

                  On peut optimiser le système, c’est un fait. Mais pleurer en disant « c’était mieux avant », c’est surtout une preuve de vieillesse mal digérée, et pas grand chose d’autre. Mais on ne peut vous jeter la pierre, la vieillesse est un naufrage, et seul la mort vient pour récupérer les victimes.


                  • dom y loulou dom 6 mars 2010 04:28

                    hmm... Mycroft

                    l’art ne sert pas à divertir, mais alors juste... pas du tout.


                    Reprenons le fondamental mentionné plus haut.

                    L’eau que vous buvez.

                    La manière dont vous la buvez définit si c’est avec art ou non.


                    est-ce là un divertissement ?


                    Non, l’art est un fondamental, auss indispensable que de boire de l’eau.

                    Il est un exercice de vérité avec soi, très loin des divertissements.

                    Même si les fruits que les artistes donnent à leur public est l’essence de ce qu’ils ont appri et qu’ils tentent de rendre compréhensible et que cela peut se faire sous fome de spectacle, d’un tableau ou d’une pièce de musique.

                    Mais la place de l’art est partout, comme la place de la vie, des êtres ou de la liberté ne saurait seulement se trouver dans des écrans.

                    sachant cela le système en fait de la déco pour occuper les artistes... ou alors pire... il faut qu’ils fassent les guignols et on dit que c’est encore de l’art. L prodie pr eemple n’st en rien un exercice de vérité puisqu’on se cpontorune soi pour ridiculiser l’autre... mais ce qui pousse quelqu’un à agir de la sorte... voilà qui va être plus ardu à vouloir être vu... cette honnêteté basique... c’est le portail dentrée dans l’art de VIVRE je penses.

                     Même si faire le guignol peut être un art... est-ce avec ou sans lard ?

                    image de soi... avec ou sans fard ?


                    voici une belle pièce des écrans néanmoins.


                    Mlle Ksenyia Simonova - art de la pensée exprimée en dessin ici

                    http://www.youtube.com/watch?v=518XP8prwZo&NR=1



                  • Lapa Lapa 5 mars 2010 16:35

                    Une vision réactionnaire mais qui pointe avec justesse les travers de notre société du spectacle et de consommation de masse.


                    • finael finael 5 mars 2010 16:36

                      Je ne peux que mettre un « plus » à cet article, même si je ne suis pas entièrement d’accord.

                      C’est un débat récurrent depuisau moins une génération.

                      Mais quand je lis dès le premier commentaire « entertainment » pour divertissement ...

                      Quant à Mycroft, il « oublie » que l’informatique a été inventée et utilisée par des générations antérieures, et c’est cette informatique qui a permis de résoudre certains problèmes complexes ... comme si la plupart des inventions et découvertes qui ont permis de résoudre ces problèmes n’avaient pas été faites il y a plus de 50 ans !

                      Si à une époque où vivent plus de chercheurs qu’il n’en a vécu depuis l’origine de l’humanité on n’est plus capable de trouver la moindre découverte fondamentale, on est en droit de se poser quelques questions.

                      En tout cas il semble que le naufrage ne soit pas l’apanage de la « vieillesse ».


                      • frugeky 5 mars 2010 16:58

                        Je cherchais le mot au moment où j’ai écris mon commentaire et ne le trouvais plus. Je vous affirme pourtant que je ne pense pas en anglais. Mais si je peux me permettre, vous n’avez pas fini votre phrase. L’utilisation d’un mot étranger, même anglais, signe-t-elle mon manque de culture ? En tout cas merci de me l’avoir rendu...


                      • Soma Soma 5 mars 2010 18:41

                        La baisse du niveau elle est bien la ( peut etre ? ) surtout en Ortographe ( dont je suis moi meme une victime )

                        Mais j’aimerai vous mettre au defis de repasser le Bac Economique et Sociale, que tout ceux qui disent = Ouai le bac il est DONNER

                        allez le repasser...

                        =]

                        Ca fait des jolies phrases dans un article qui en faite se contente de dire que MA generation n’a aucune culture et ( peut etre ) aucune education.
                        La Culture on se la forge. Par soi meme et par nos experiences..

                        Bien a vous.


                        • Pie 3,14 5 mars 2010 18:53

                          Vous avez raison, mes enfants ont passé un bac plus compliqué que le mien avec plus de matières, des épreuves plus longues et exigentes.

                          Le niveau en orthographe a baissé parce que l’école y consacrait une bonne partie de son temps il y a encore 40 ans. L’orthographe française est très compliquée et remplie d’inutiles difficultés à la différence de l’italien ou l’espagnol. C’est pourquoi je suis favorable à une réforme du français écrit plutôt qu’à un retour à l’école de « papa ».


                        • Yannick Harrel Yannick Harrel 5 mars 2010 22:22

                          Bonjour,

                          Au travers d’un article paru sur ce même site je m’étais justement posé la question de la pertinence de la satisfaction politicienne du chiffre de succès au baccalauréat. D’autant que ni les employeurs ni les grandes écoles (à travers les prépas particulièrement) ne sont dupes de l’actuel niveau général des bacheliers. Et ces derniers non plus quant à l’avenir qui les attend alors qu’ils sont pour la plupart mieux diplômés que leurs propres parents !

                          Tout repose en réalité sur l’absence de clarification quant à une problématique ne cessant de pourrir la volonté de réforme ces dernières années : quel est l’objectif d’une éducation scolaire ? La formation d’un citoyen ou la préparation à la vie active ? Le questionnement pourrait paraître fort basique mais il n’en demeure pas moins pesant et contemporain.

                          Le plus intéressant je pense est de converser avec des autodidactes et vous comprendrez par leurs paroles combien est précieuse la culture générale dont ils ont été privés. 

                          Cordialement


                          • nhjsenior 5 mars 2010 22:24

                            De la culture

                            Il me parait très difficile d’appréhender ce qui est ou ce qui n’est pas « de la culture ». Votre article démontre les faits avec pertinence. Mais pour autant il faut se féliciter de la disparition des modèles culturels des anciennes générations. En effet la culture était érigée par et pour des élites dominantes et les peuples n’y avait pas accès. Le modèle d’aujourd’hui n’est pas plus sympathique : la massification de la culture pourrait faire penser que le niveau culturel se dégrade. Alors où se trouve la bonne voie, nulle part pour l’instant, à ce qu’il semble. Nous devons patienter pour voir une culture de masse « intelligente » apparaitre. Et même si le bac n’est plus ce qu’il était il est au moins ouvert à tous. Rien n’empèche, dans notre société démocratique, que chacun d’entre nous accède à la culture par ses propres moyens. L’essentiel c’est que notre système social nous permette d’acquérir les outils intellectuels pour accéder à la culture. Cette démocratisation intellectuelle et culturelle n’aura jamais freiné les élites quand à l’accès de leurs enfants à la culture dominante. Soyons rassuré quand à l’avenir des ces enfants, ils seront toujours du coté des dominants et des plus érudits, il suffit de savoir que ce sont leurs parents qui nous gouvernent et que ceux ci ne font pas beaucoup d’effort (peut être même qu’au contraire ils sabotent !!!!) pour permettre aux masses d’accéder à la culture des dominants, il suffit comme l’auteur de l’article le précise de voir l’état de la formation universitaire en France.


                            • finael finael 5 mars 2010 23:17

                              L’ennui c’est que « les modèles culturels des anciennes générations » perdurent et sont toujours dispensés dans les écoles fréquentées par les « zélites », même s’ils se sont adaptés aux nouvelles réalités. C’est ce qui fait que les enfants des dites « zélites » se retrouvent en position de dominants. L’accès aux « grandes écoles » ne s’est pas démocratisé lui ! c’est même le contraire avecl’augmentation exorbitante des droitsd’entrée.

                              Il n’y a pas de « massification de la culture », plutôt une massification de l’inculture !

                              La différence est énorme entre amener toute une classe d’âge au niveau du bac (d’il y a quarante ans), ce qui ne s’est jamais produit, et abaisser le niveau exigé pour le « bac » afin d’obtenir 80% de réussite.

                              Cela ressemble aux phénomènes liés aux « plans » soviétiques : Comme leurs objectifs étaient bien souvent irréalisables, on révisait, à la baisse bien entendu, les objectifs et à la fin on pouvait se féliciter de les avoir atteints.

                              Ce fameux « bac ouvert à tous » n’ouvre plus aucune porte... et les employeurs ne se font pas d’illusions à ce sujet.

                              N’en déplaise à ceux qui racontent que les bacs sont plus difficiles aujourd’hui, je ne connais pas un seul élève de fac capable de réussir, ni même de comprendre, les « annales du bac » 1971. Nombre de nouvelles matières sont certes enseignées, mais au détriment des fondamentaux et si les calculettes ont remplacé le calcul, cela signifie simplement qu’il y a de moins en moins de gens sachant compter.

                              Quant à l’orthographe si « complexe », si nos contemporains ne sont plus capables de lire un texte de ce bon monsieur De la Fontaine, je les plains (ou jeu lé plein en français post-moderne !).


                            • Colette Le Peutrec 5 mars 2010 23:44

                              un des « réactifs » à cet article a dit « pleurnichard » j’irai plus loin ...vous souffrez sincèrement de la perte d’un culte plus que d’une culture. Le culte du beau, de l’émotion fine, raffinée même, d’un savoir vivre l’esthétique et les valeurs qui n’existent plus que là où ça sent la cire pour les planchers en chêne et le vieux thé.
                              La culture est vivante et vit avec les vivants. Vous ne voyez que ce qui se perd et vous ne voyez pas ce qui se crée. Ce qui se crée vaut autant que ce qui se perd.
                               Et il faut faire avec la démographie galopante. La préoccupation majeure n’est plus à savourer les belles lettres et le coup de pinceau génial. 
                              Il y a la notion de partage à inclure, tant pis si tous n’accède pas à un recul suffisant pour ne pas se savoir manipuler, tant pis si la culture, à bien des égards, se nivelle par le bas.
                              Mes filles en sauront toujours plus que ma mère.


                              • Arunah Arunah 6 mars 2010 04:18

                                @ l’auteur

                                Le faible taux de réactions à l’article confirme ce que écrivez. La culture intéresse peu de monde. Tant il est vrai qu’il ne s’agit plus que de loisirs, de divertissement et de consommation... Les rares réactions sont elles-mêmes intéressantes : à part les « valeurs sûres » tels que Finael et Yannick Harel, les autres ne se privent pas de vous traiter de vieux schnock réactionnaire. Bienvenue au Club ! J’en ai fait la triste expérience en constatant qu’il est incongru de visiter les collections permanentes des musées de sa ville de résidence... ou du moins d’en faire état. S’il est très bien vu de courir les expositions temporaires et les vernissages, vous ne rencontrez qu’un regard gêné si vous mentionnez sans penser à mal que vous venez de visiter en détail certains départements du Louvre sans alibi ( c’est à dire, si vous n’êtes ni un touriste ni un provincial en goguette... ). Pour éviter le ridicule, il suffit de s’assurer la complicité d’étrangers innocents, qui ne soupçonnant rien sont ravis d’être pilotés dans le Louvre... La visite devient ainsi licite et politiquement correcte... et vous cessez de passer pour un(e) demeuré(e) ! 
                                Quant à ceux qui vous traitent de pleurnichard, il est vraisemblable qu’ils n’ont pas compris grand-chose à la culture et ne sont que des consommateurs. Triste époque...


                                • Colette Le Peutrec 6 mars 2010 08:19

                                  @ Arunah
                                  j’imagine assez facilement que dans l’avenir (incertain c’est vrai) des gens très cultivés - comme vous - et qui auront compris ce que c’est que de l’être - comme vous - s’intéresseront avec passion à l’époque qui est la nôtre . Ils la trouveront passionnante (car elle l’est !) et peut être qualifiront la leur de « triste ».
                                  Je vous plains de ne savoir jouir que des productions du passé


                                  • anty 6 mars 2010 09:20

                                    La culture sert que si on l’utilise

                                    Sinon elle se perd au file du temps dans des approximations

                                    Le bac doit se démocratiser davantage et devrait être accessible à tous.

                                    A mon sens il doit donner des bases solides dans le raisonnement et la compréhension du monde pour pouvoir faire des études et/ou se débrouiller dans la vie.

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